LE BILLET DE FRANCIS LAGACÉ
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Chaque semaine, je vous propose une réflexion sur un sujet politique, social, philosophique ou d’actualité.
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19 novembre 2008
Dérives de campagne
A)
Vendredi dernier, j’étais à Chicoutimi. Le journal quotidien de la région s’appelle très justement Le Quotidien. Que vois-je à la une de ce Quotidien en allant prendre mon petit déjeuner? Une grande photo d’une dame qui accueille chaleureusement Mario Dumont. Et le titre? « Mario inspire confiance ».
Je n’arrive pas à croire que l’on puisse faire une telle première page de nos jours. Ce n’est pas de la nouvelle, c’est de la publicité électorale. On n’est pas en page éditoriale. Une première page pareille devrait être comptabilisée dans les dépenses électorales.
B)
Samedi soir en me couchant avec mon tendre époux, je regarde brièvement les infos télévisées. Je me demande si c’est la fatigue ou quoi, mais je vois la juge Ruffo dans un événement de l’ADQ. La dame appuie les politiques familiales de l’ADQ. « Allez les femmes, à vos chaudrons! » Parce que s’égosille-t-elle : « L’État ne donne pas d’amour ».
Et les parents, eux, en donnent-ils?
D’ailleurs, la question n’est pas là. Certains enfants sont délivrés de leurs parents par la garderie, mais la majorité, s’ils s’ennuient un peu, apprennent surtout la vie en société et enrichissent leurs perceptions. Il est connu que les enfants qui ont une variété de stimuli sont plus éveillés et plus inventifs que ceux qui reçoivent toujours les mêmes.
Arrêtez de nous bassiner avec le droit des enfants à avoir un père et une mère. Je me répète, mais ça ne fera pas de tort : Un enfant n’a besoin ni d’un père ni d’une mère. Il a besoin qu’on lui fournisse l’aliment, la sécurité, l’hygiène, l’affection et l’éducation. Peu importe le nombre et le sexe des personnes qui les lui procurent, il se développera bien.
C)
Le Devoir d’aujourd’hui annonce les intentions de vote suivante : « Parti libéral 44% ; Parti Québécois 33% ; ADQ 15% ». Le plus inquiétant est qu’on prévoit que 37% des électeurs n’iront pas voter. Sous prétexte d’être «tannés» d’élections que personne ne désirait, plus du tiers des électeurs veulent boycotter le scrutin. Ils s‘imaginent en cela punir le gouvernement. Or, c’est tout le contraire. En n’allant pas voter, ils lui assurent une victoire majoritaire.
Quand on veut punir un gouvernement d’avoir déclencher des élections pour rien, on va voter et on va voter contre ce gouvernement. C’est la seule façon de bien se faire entendre.
11 novembre 2008
Bon sens et sens commun
Quand Voltaire écrivait ses contes philosophiques, il référait souvent au « sens commun ». L’expression était équivalente à ce qu’on entend en général aujourd’hui par « bon sens ». Pourtant, il faut bien se rendre compte que le bon sens n’est plus le sens commun.
En effet, si on se fiait au sens commun, on croirait toujours que la terre est plate. Le sens commun, c’est ce que tout le monde est à même de constater et c’est ce qui est tributaire de la tromperie des sens. Le bon sens, c’est ce qui résulte de l’interprétation rigoureuse de l’information afin d’en dégager la réalité la plus objectivement plausible.
D’ailleurs, avec les progrès de la logique, déjà les Grecs (les sophistes en particulier) mettaient leurs contemporains en garde contre le « sens commun ». À la doxa, le sens qui est correct et attendu, ils opposaient le paradoxe, le sens à côté de ce qui est attendu.
Je me méfie toujours quand les politiques font appel au « gros bon sens » parce que je sais très bien qu’ils font référence au sens commun dans lequel on tombe trop souvent. Le gros bon sens qui satisfait la masse des consommateurs a peu à voir avec le bon sens qui demande un peu de recul.
Ce sont des différences à méditer en cette période électorale où il s’en trouve pour claironner leur allégeance inconditionnelle au « gros bon sens ».
4 novembre 2008
La Croix et la Bannière
Je commence par la bannière.
Barack Obama deviendra président des États-Unis le 20 janvier prochain. Vu qu'il est sous une bannière une peu plus "libérale", nous pourrons souffler un peu. Mais la commande est grosse et les États-Unis restent les États-Unis. La guerre en Afghanistan va continuer. la religion restera un élément central de la culture états-unienne et le néolibéralisme ne reculera pas.
Nous pouvons fonder quelques espoirs, mais le risque d'être déçus est grand. En tout cas, ce sera mieux qu'avec le vieux fou de McCain et sa colistière à l'esprit léger.
La croix maintenant
La semaine dernière, je signalais le débat sur le crucifix dans les écoles en Italie. C'est du connu pour nous. Mais, qu'ai-je vu en allant visiter mon conjoint à l'hôpital? Un crucifix sur le mur de sa chambre. Révoltant qu'un édifice public, qui donne des services publics au nom de l'État, soit décoré de ce signe religieux. L'Empire chrétien se manifeste encore.
28 octobre 2008
Réflexions italiennes
Je rentre d'un séjour en Italie (principalement Rome, ce qui explique mon silence de 15 jours). Mon passage là-bas me suggère les réflexions suivantes.
1. L'empire chrétien
La visite de la basilique Saint-Pierre fait voir le caractère imposant, souverain et impérial de la religion catholique. Voir tant d'or et de puissance, outre l'émotion esthétique que les oeuvres d'art peuvent susciter, rappelle que, des trois grandes religions, la catholique est très certainement la plus monstrueuse par sa volonté d'en imposer, par son attitude dominatrice. Les papes aiment bien se coiffer du titre de Pontifex Maximus, dont ont bénéficié tous les empereurs romains en tant que fonctionnaires chargés de la surveillance des pratiques.
D'ailleurs, les papes ont longtemps été ceux qui confirmaient les empereurs d'Occident.
Difficile de demander de l'humilité de personnes qui vivent dans tant de faste.
2. Le libéralisme berlusconien
Ça va mal au pays de Berlusconi: grèves, manifestations, occupations d'université, etc. Devant les volontés du gouvernement Berlusconi de privatiser l'éducation, le milieu de l'enseignement s'est mobilisé. La réponse du gouvernement? On va envoyer la police pour sortir les étudiants qui occupent les universités.
Le porte-parole du Parti démocratique, Walter Veltroni, demandait justement publiquement: "Est-ce qu'il est encore possible de manifester sa dissidence dans ce pays?"
Quelques heureux slogans aperçus devant les écoles fermées ou occupées: "Hé, Berlusconi, moins de télé, plus d'école"; "Moins de police, plus de livres".
Berlusconi a aussi reconnu, tout à coup, que l'intervention de l'état était essentielle, quand il s'agit de sauver les banques. Formidable de la part d'un partisan du "moins d'état".
Les débats se ressemblent donc un peu partout dans le monde. Et la meilleure: J'ai vu et entendu un midi un débat sur la place des immigrants dans la société. L'un des participants au débat défendait le maintien des crucifix dans les écoles.
En se comparant ici, je ne sais pas si on doit se consoler ou se désoler.
9 octobre 2008
Critique de Les anges s'envolent par Paul Laurendeau
L’expérience est si simple et pourtant tellement inhabituelle. On fait jouer le disque compact de Doucet et on s’installe avec le recueil poétique de Lagacé sous les yeux. Trois titres chamarrent cette rhapsodie poétique de 114 pages: Ailes rognées, Ailes régénérées, Ailes déployées. À travers une poéticité libre et dépouillée, où perlent discrètement quelques clins d’œil à Trenet et à Brel (Il m’apporte des bonbons et des fleurs périssables – p. 103) se profile implacablement une narration. La narration sourde, à la fois ferme et ondoyante, d’un drame ourdi. La manipulation émotive, la tourmente lancinante du tourment lancinant, le paradoxe acide et destructeur du double message, les ragots faux jeton du visage à deux faces, l’autre, la manipe, la torture, la déroute, la révolte, la torture, la torture, la révolte, la révolte, la révolte. La plongée dans le gouffre innommable, pulpeux, onctueux, dégueu. On comprend, au fil du texte, que la parole syncopée encadre l’indicible. Et hors de tout doute, doucement et durement, cela avance, s’exprime, dénonce, se dit.
Puis, presque imperceptiblement, c’est la remontée, la reconstitution, la reconstruction, la rédemption. Son drame dominé au mieux, et de mieux en mieux, le poète s’affranchit, se libère. Il se décloisonne, s’épivarde, s’éblouit, s’envole. Il voyage, il se mondialise, il explore, il y va, il en vient, il réinvestit le bercail…
De temps en temps
Stockholm descend sur moi
Et je me prends
À la défendre
De temps à autre
Massada remonte en moi
Et je me prends
À faire silence
Des fois rarement
De plus en plus souvent
Montréal et moi
Nous nous prenons
À faire abstraction
(p.72)
La poésie et la musique (musique ET poésie doublement DE FOND) s’allient pour donner le fond du drame et de la rédemption qui nous investit et nous submerge. Musique, musicalité, poéticité, conceptualisation. Singulière triade, je ressens, je compatis, je pense. Le texte est dans tête, la musique est physique (Lucien Francoeur)... et la poésie est juste entre les deux. La triade: musique, poésie, pensée. Je souffre et m’affranchit, avec Lagacé, avec les trahis et les tourmentés du monde. Ils et elles ont tourné irrémédiablement le dos à leur statut hors sujet, hors thème, hors propos, faux, honni, nul, non avenu, de victime.
Pour la facette musicale, signée Doucet, en vrac, j’ai repensé à Pierre Henry, à Stockhausen, à Erik Satie, à Poulenc, à Ennio Morricone, à un copain musicien à moi mort récemment du nom de James Tenney et, en un fugitif moment, à Pink Floyd. Les plages 14 et 15 sublimement dominées par un piano rond, dense et ample m’on transporté. La tension d’accompagnement est juste, si juste. Musique de fond, dans les deux sens du terme.
Le tout se conclut, en un point d’orgue élevé, poignant et profondément rationnel, sur un court essai d’une page et demi intitulé simplement Postface. Sublimement mûr et lucide, Lagacé nous signale le caractère socio-historique de l’émergence de la pulsion tortionnaire et exprime sereinement son rejet d’une diabolisation individualisante de la génitrice du drame dont sa poésie est tragiquement lacérée. Cela inspire un grand respect… voué lui-même au plus décapant des relativismes…
Le respect est une couleur inconnue
Ornant un drapeau de vapeurs
Qui bat au vent des planètes
Où il n’y a pas d’atmosphère
(p. 18)
À lire. À écouter. À découvrir.
Francis Lagacé, Érick Doucet (2008), Les anges s’envolent (livre-disque), Les Écrits francs, Montréal, 118 p et un disque compact musical de 16 plages (64 minutes).
6 octobre 2008
Deux erreurs grossières
Décidément, regarder la télé après souper le dimanche a le don de faire monter ma pression. Regardant la fin de Tout le monde en parle, la grande messe médiatique, j’ai eu l’occasion de voir une publicité d’Héma-Québec sur les dons de sang.
Un personnage masculin se présente avec le bras gauche dénudé et tient à peu près le discours suivant : « Au bureau, tout le monde donne. Y ajuste Gendron qui donne pas. Y dit qu’y a pas de collecte dans son coin. Peut-être qu’y est un peu peureux, Gendron, hein? »
On a envie de hurler : « Hé, le gros colon! Peut-être qu’y est gai pi qu’y en a marre d’être ostracisé! » Avant de faire de la pub sociétale, Héma-Québec pourrait commencer par arrêter la discrimination inutile.
La deuxième erreur est apparue quand le cinéaste Philippe Falardeau s’est autoflagellé, et toute l’assistance montréalaise avec lui, sur la « montréalisation » de la culture. Quelle grosse couleuvre a-t-on avalée en intégrant le discours hargneux des radios poubelles de Québec. Croire qu’il y a montréalisation de la culture, c’est prendre la conséquence pour la cause.
Rappelons quelques faits :
1. La grande région de Montréal comporte plus de la moitié de la population du Québec. Il est donc normal qu’il s’y trouve plus d’activités culturelles.
2. Les autres régions ont des activités culturelles et ne se gênent pas pour en parler. Mais pour être tenus au courant, il faut s’y déplacer parce que les médias eux ne se dérangent pas.
3. Il n’y a pas de « montréalisation » de la culture ni de l’information. Il y a concentration de la presse et concentration des activités économiques entre quelques mains. Les propriétaires des chaînes de radio, de télé et de journaux n’embauchent pas assez de journalistes et ne cherchent pas à couvrir les activités qui ne touchent pas les vedettes. Résultat, ils diffusent ce qu’il y a à leur porte.
Ce n’est pas la faute aux Montréalais si les capitalistes qui possèdent les moyens d’information ne font aucun effort.
Est-ce qu’on parle de la maison d’édition Les Écrits francs dans les médias? On n’en parle pas, pourtant, c’est une activité de Montréal.
Est-ce qu’on parle beaucoup de Patrice Desbiens dans les journaux? Non. Ce poète franco-ontarien habite pourtant Montréal.
Il n’y a pas de « montréalisation »; il y a de la « pipolisation » (concentration sur les vedettes et non sur les artistes) et concentration des moyens de diffusion.
4. Finalement, dans tous les pays, il est normal que la ville capitale (celle qui a le plus d’habitants et le plus d’activités) accueille et produise plus d’activités culturelles que les autres villes parce qu’elle concentre des moyens de représentations (salles de spectacle, musées, galeries, etc.) et que les artistes, las d’être considérés comme des extra-terrestres dans leur petit village perdu, s’y rendent dans l’espoir d’un avenir meilleur ou à tout le moins d’un milieu plus tolérant.
Désolé pour tous les montrealbashers, il n’y a pas de méchant complot montréalais.
30 septembre 2008
Élections fédérales :
Lettre ouverte à ma marraine
Chère marraine,
Nous nous fréquentons un peu, pas autant que nous le voudrions. Toutefois, j’ai de l’affection pour vous et je crois comprendre que la réciproque est vraie. Si je rends publique cette lettre, c’est que je suis inquiet et perplexe devant votre choix électoral.
Vous me connaissez. Vous savez que j’ai épousé l’homme que j’aime. Vous savez que cela déplaît fondamentalement à la plupart des idéologues conservateurs. Vous savez aussi que s’ils prennent le pouvoir de façon majoritaire, ils risquent fort de nous retirer ce droit. Peut-être pas à moi qui l’ai déjà exercé, mais aux autres qui devraient pourtant être égaux en droits et libertés. Et pourtant, vous vous apprêtez à voter pour les conservateurs.
Je suis inquiet et perplexe, car ces droits que nous avons acquis, ils ont pu être discutés et soumis devant les cours parce qu’un programme de contestation judiciaire existait, parce que nous disposions d’un outil démocratique permettant aux citoyens de s’assurer que les lois sont conformes à la Charte. Or, vous vous apprêtez à voter pour un parti qui n’a rien eu de plus pressé que d’abolir ce programme.
Je suis inquiet et perplexe, car vous vous apprêtez à voter pour un parti qui a réduit au minimum les comités de condition féminine.
Comme moi, vous n’appréciez pas la mainmise de la religion sur la vie des gens. Pourtant, vous vous apprêtez à voter pour les conservateurs, dont les principaux artisans sont des intégristes chrétiens. Je suis inquiet et perplexe.
Vous trouvez sans doute que notre présence en Afghanistan est un gaspillage d’argent et surtout de vies humaines. Et pourtant, vous vous apprêtez à voter pour le Parti conservateur, un parti qui nous a entraînés dans des missions guerrières et qui a complètement rétréci le rôle de nos casques bleus. Je suis inquiet et perplexe.
Comme moi, vous trouvez épouvantable la voracité des banques et vous vous désolez des sinistres financiers dont sont responsables les excès capitalistes. Et pourtant, vous vous apprêtez à voter pour un parti qui favorise la déréglementation financière et fiscale, qui prêche le laisser-faire dans le marché. Or, c’est justement ce laisser-faire qui a entraîné la débâcle financière dont sont victimes tant d’États-uniens et dont nous subissons les contrecoups. Je suis inquiet et perplexe.
Avec d’autres, vous me direz que monsieur Harper a l’air de savoir où il va et qu’il faut des personnalités fermes pour diriger le pays. Il est clair qu’il sait où il va. Il va dans ces directions que j’ai mentionnées dans les paragraphes précédents. Il a fait des choix contraires à nos intérêts communs. Par ailleurs, n’avons-nous pas eu assez de personnalités fermes dans le passé, qui nous ont conduits d’une main de fer pour nous maintenir dans l’ignorance et la misère?
Monsieur Harper prétend s’occuper du vrai monde et des gens ordinaires. C’est pourquoi il méprise les artistes. Savez-vous, chère marraine, que mes droits d’auteur comme écrivain suffisent tout juste à payer ma cotisation à l’Union des écrivains, laquelle n’est pas très élevée? Et pourquoi donc, ce monsieur qui s’occupe du « vrai monde » favorise-t-il les tranches les plus riches de la population? Une baisse de taxe de 1% ne change pas grand-chose pour un consommateur ordinaire, mais pour les gros acheteurs, c’est une économie qui s’applique souvent. Un pour cent de mille dollars, ce n’est que dix dollars; un pour cent de un million, c’est dix mille dollars. Je suis inquiet et perplexe.
Croyez-vous comme moi que nous devrions laisser aux générations qui viennent une planète où il fera bon vivre? Vous savez que les gaz à effet de serre sont responsables des perturbations climatiques. Et pourtant, vous vous apprêtez à voter pour un gouvernement qui ferme les yeux devant le désastre et ne respecte pas l’accord de Kyoto.
Chère marraine, je suis inquiet et je suis perplexe. Si nous partageons les mêmes valeurs, comment se fait-il que vous votiez pour des gens qui les rejettent avec tant de légèreté? Au lendemain des élections, lorsque plus rien ne les empêchera d’appliquer leur idéologie individualiste, lorsqu’il leur sera aisé de faire reculer le pays en matière de paix, de droits du travail, de droits des minorités, de droits des femmes, d’environnement, de culture, de justice sociale, quel appui pourrez-vous me donner, vous qui aurez voté pour eux?
Mon conjoint et moi sommes inquiets. Nous sommes inquiets et nous sommes perplexes, car nous cherchons l’espoir et ne le voyons pas chez ceux-là même qui devraient comprendre. Nous vous gardons notre affection, mais nous sommes tristes de vous voir foncer dans le piège que les conservateurs vous tendent.
Nous sommes perplexes, et tristes.
22 septembre 2008
L’actualité de l’esclavage
J’ai lu la semaine dernière Mémoires d’un esclave de Frederick Douglass paru chez Lux éditeur en 2007. Il s’agit d’un ouvrage essentiel que tout le monde devrait lire pour comprendre l’importance de la liberté de tous les êtres humains et la nécessité de la lutte. En exergue, les traducteurs et présentateurs du texte, Normand Baillargeon et Chantal Santerre, ont placé une citation dont voici un extrait : « Là où il n’y a pas de lutte, il n’y a pas de progrès. » Citation toujours d’actualité.
Cette autobiographie nous montre à quel point l’éducation et l’apprentissage de la lecture sont essentielles pour combattre la sujétion. Cela s’appliquait bien sûr à des esclaves tenus en laisse au dix-neuvième siècle, mais il faut savoir qu’aujourd’hui encore des enfants sont utilisés comme esclaves dans de nombreux pays et que des travailleurs sont maintenus dans l’ignorance pour éviter qu’ils ne se révoltent.
Un autre aspect important de cet ouvrage est l’illustration que les oppresseurs utilisent la religion comme outil pour asservir les autres. Bien que Douglass soit resté chrétien, il a très justement vu à quel point les chrétiens des États-Unis d’alors n’étaient que des hypocrites. Je cite un court extrait de la page 140 : « Chez nous, des voleurs d’hommes sont ministres du culte; des batteurs de femmes sont millionnaires; des pilleurs de berceaux sont membres de l’Église. »
Comme quoi la religion n’a jamais été un obstacle aux pires des crimes.
12 septembre 2008
Turcotte et l'ordre du Canada
Monseigneur Jean-Claude Turcotte a bien fait de retourner son insigne de l'ordre du Canada. En effet, il ne mérite pas un tel honneur.
C'est bien que l'ordre soit réservé à des gens qui ont fait quelque chose d'utile, comme le docteur Henry Morgentaler.
9 septembre 2008
Foncer dans le mur
Pendant que les républicains états-uniens plastronnent avec la colistière Sarah « Appallin », les conservateurs canadiens continuent leur fuite en avant avec la promotion d’idées simples pour ne pas dire simplistes.
Le plus triste est que tous les commentateurs médiatiques, y compris dans le Devoir et à Radio-Canada, vantent cette capacité à simplifier les enjeux et à les réduire à rien. La population aime qu’on la traite en enfant?
Il n’y a pourtant aucune solution simple à des situations complexes. Je ne veux pas qu’un candidat vienne me promettre que ce sera facile. Je ne veux pas qu’on me raconte qu’il y a des solutions qui vont faire revenir la croissance. La croissance ne peut pas être un objectif en soi. C’est comme si on promettait à un enfant qu’il grandira toujours. Un peu de réalisme peut-être?
Ce que les conservateurs nous préparent, qu’ils en soient conscients ou non, ce sont des lendemains très difficiles au points de vue environnemental, économique, social et culturel. Pour un exposé détaillé des raisons de ne pas voter conservateur voyez le bilan fort intéressant dressé par le Mouvement d’éducation populaire et d’action communautaire du Québec (MÉPACQ) sur le site de Presse-toi à gauche: Dossier noir des conservateurs.
Les gens qui voteront conservateur ne voteront pas pour leurs propres intérêts comme le disait gentiment M. Harper, mais bien contre leur propre avenir. Il suffit d’y réfléchir une minute, et surtout d’oublier les solutions simplistes. Je préfère les candidats qui me prennent pour un adulte et m’exposent la complexité de la réalité.
Le 14 octobre 2008 nous verrons si la société canadienne a envie de s’améliorer ou de foncer dans le mur.
2 septembre 2008
L’âge dort vraiment
Le 7 avril 2008, j’écrivais le billet Si l’âge dort, réveillez-le! J’y proposais à la Fadoq de servir de chroniqueur mouton noir afin d’offrir une vue un peu plus alternative à la conception un peu traditionnelle du groupe ciblé par cette appellation d’ « âge d’or ». J’y parlais aussi de l’absence remarquable dans tout ce qui concerne la Fadoq de ce qui n’est pas blanc, hétérosexuel, francophone et catholique. J’interpellais le président à partir de son propre éditorial où il appelait à opérer « les remises en question qui permettront à l’association d’aller plus loin ».
Que la Fadoq ne daigne pas publier mon texte, cela n’est pas grave. Qu’elle ne daigne pas y donner suite dans ses activités, ça pourrait se comprendre si on en connaissait les motifs. Mais qu’elle ne tente même pas la moindre réponse ni par lettre ni par courriel, c’est une indifférence qui en dit long sur le manque d’ouverture à la discussion.
Je profite de ce message pour faire écho au numéro d’été de Virage, le magazine de la Fadoq, où la rédactrice en chef parle en page 6 de la possibilité pour les gens de se mobiliser quand les causes leur tiennent à cœur (elle faisait référence alors à l’Opération Enfant Soleil). Mais les interventions ponctuelles ne suffisent pas. Une approche collective des problèmes sociaux est nécessaire, et ce n’est pas parce qu’on vieillit qu’on s’en désintéresse, bien au contraire.
Pourtant, à lire le magazine en son état actuel, on a l’impression que les membres de la Fadoq sont de charmants petits hédonistes uniquement préoccupés de questions consuméristes. Que sont devenus les baby-boomers contestataires? Ils font tous partie du public cible de la Fadoq. Ça serait bien qu’ils se retrouvent dans des articles un peu plus engagés et plus ouverts à la diversité.
Ce serait bien que ces contestataires, qui ne sont pas tous endormis, se présentent dans vos instances et vous rappellent qu’il y a autre chose que le bien-être personnel dans la vie. On ne veut pas seulement rester en forme et faire du bénévolat local. Il faut aussi se prononcer sur des enjeux sociaux; il faut aussi faire la promotion de la diversité dans les réseaux de personnes âgés; il faut montrer notre solidarité avec les jeunes; il faut quantité de choses dont celle-ci : ouvrir tout grands les placards pour que tous ceux qui veulent en sortir le fassent.
Votre mouton noir préféré qui vous dit : « Debout là-dedans! »
24 août 2008
J’ai des amis zétés, vous savez
La réplique de M. Beaudry(1) à mon commentaire(2), et à ceux de quelques autres, sur sa chronique du 21 août 2008(3) est encore plus affligeante que le texte d’origine. Disparu le fond du sujet selon lequel c’est une disgrâce pour un club de hockey de s’associer aux gais et lesbiennes. Disparu le commentaire selon lequel les Canadiens sont devenus si mauvais qu’on peut les dénigrer avec l’insulte la plus injurieuse « Gay Habs gay », c’était pourtant le titre de l’article.
Tous les experts en rhétorique (et en psychologie !) vous le diront : lorsque votre interlocuteur sait qu’il a tort, il ne vous répondra que sur l’accessoire et évacuera le principal. Alors, le bon monsieur veut qu’on oublie, car il n’est pas méchant. D’ailleurs il a des amis gais.
Mais, mon pauvre M. Beaudry, les racistes et les homophobes ne sont pas des personnes méchantes. Elles sont certaines de leur bon droit. Elles ne font que reproduire des systèmes de pensée (l’hétérosexisme dans le cas qui nous occupe) qui hiérarchisent les gens selon leur valeur supposée. L'homophobie n'est pas une affaire de gentillesse ou de méchanceté individuelle. C'est une affaire d'idéologie. Je sais, vous n’aimez pas les analyses sociales.
Refuser de prendre une distance critique par rapport à son agir est très certainement le meilleur moyen de conserver une pensée étriquée et de perpétuer les systèmes de pensée oppresseurs. Ce n’est pas de la méchanceté, mais ça devient de l’incurie quand on est mis face à ses erreurs et qu’on refuse de les voir.
À moins que je n’adopte la réaction que m’a suggérée un ami à propos de l’homosexualité refoulée des homophobes. Je le cite : « J’appuie ma main sur leur épaule en leur disant que ce n'est pas amusant d'être dans le placard et de souffrir de ne pas s'accepter. J'enchaîne en leur disant que s'ils me dévoilent être homosexuels je continuerai à les respecter. »
Quant à la fameuse expression « J’ai des amis qui sont gais », je ne saurais l'entendre sans frémir. Elle me rappelle trop une phrase que les fascistes répétaient dans les années 30 et 40, croyant se dédouaner de leur ignorance. La plupart n’étaient pas vraiment méchants, ils adhéraient juste à un système de pensée qui hiérarchisait les gens. Un certain J.-M. L le répète aussi sur toutes les tribunes en France : « J’ai des amis qui sont juifs. »
1. « Qui dit vrai ? » dans Le Journal de Montréal du samedi 23 août 2008, p. 4.
2. Sus aux homophobes ! (billet comique), francislagace.org/billet.php#sujet72
3. « Gay habs gay » dans Le Journal de Montréal du jeudi 21 août 2008, p. 4.
21 août 2008
Sus aux homophobes!
(billet comique)
Aujourd’hui, 21 août 2008, dans le Journal de Montréal en page 4, Michel Beaudry nous offre une chronique particulièrement zétée (1). Si on comprend bien la bouillie servie par le chroniqueur, le fait pour les Canadiens de Montréal de déléguer des représentants au défilé de la Fierté gaie constitue un déshonneur attribuable à la manie du marketing. Quelle honte et quelle chute sociale !
Ah, j’oubliais, il est indiqué dans cette chronique qu’il s’agit « d’humour ». C’est sans doute ce qui autorise à répandre les préjugés selon lesquels les gais ne pensent qu’à « ça ». Chacun sait que les hétéros, eux, ne pensent jamais à « ça ».
À lire des chroniques comme celles de monsieur Beaudry, on comprend pourquoi les homosexuels qui font partie des Canadiens de Montréal (oui, il y en a chez les Canadiens, il y en a dans toutes les équipes et il y en a parmi les spectateurs) refusent absolument de sortir du placard. Tant qu’il y aura des abrutis pour croire que le sport est réservé aux zétés, les homosexuels continueront à se cacher. Et les jeunes qui rêvent de faire carrière continueront à être malheureux, à déprimer et, pour certains, à se suicider. Comme c’est drôle !
Ça me rappelle un de mes amis qui me disait : « On dit pas qu’on est fiers d’être hétéros, nous ! » Je lui avais répondu : Non, y a vraiment pas de quoi être fiers, de nous avoir discriminés et maltraités pendant des siècles. Par contre, nous avons diantrement raison d’être fiers d’avoir survécu à toutes les brimades de la société et au harcèlement acharné auquel nous faisons face dans les écoles. Je vous ferais remarquer en passant que les garçons hétéros sont aussi victimes de l’homophobie dans les cours de récréation.
Et les clichés sur les tutus, ça commence à bien faire ! Il y a autant de variété dans la communauté gaie (c’est comme ça qu’on l’écrit au Québec) que dans le reste de la société. Pour faire dans les clichés, je vous dirai que j’hésite à aller dans une soirée où il n’y a que des hétéros, étant donné qu’au lieu de se dire des mots gentils quand ils sont contents, ils se donnent des tapes sur la gueule. C’est bien ça, n’est-ce pas ?
Je ne suis pas hétérophobe, mais, il faut pas qu’y m’achalent avec ça. Vous comprenez, moi, les hétéros qui arrêtent pas de parler de ça, ça me dégoûte. C’est pas de leur faute, si y sont de même, mais y sont pas obligés de nous en parler.
J’espère que mon billet vous aura fait rire. En tout cas, moi si zété vous, Monsieur Beaudry (c’est un calembour), j’y repenserais avant de me prendre pour un humoriste.
(1) Dans le roman Rose ? Vert ? Noir ! (Les Écrits francs s. a., 2007), zété est le sobriquet infamant dont on affuble les hétérosexuels. L’adjectif en est dérivé. On se moque des zétés et on leur attribue toutes sortes d’étranges manies.
19 août 2008
Nos voisins du Sud
Quand j’étais petit, on référait aux États-uniens par cette expression à laquelle on ajoutait souvent «Nos amis». L’influence de ce pays immense et l’identification au mode de vie de ses habitants n’a rien de nouveau. Il suffit de se rappeler l’hémorragie de Québécois qui ont quitté des terres ingrates et des lots étroits pour gagner leur vie dans les manufactures de la Nouvelle-Angleterre à la fin du XIXe siècle. Pas grand-monde qui n’ait eu son « oncle des États ».
C’est même de cette émigration qu’est issu le fameux Jack Kerouac.
Mon propos aujourd’hui est toutefois un peu plus anecdotique, mais se veut en même temps révélateur de certaines limites à la « parenté » que nous avons avec ces voisins. Enfin, j’espère que ce sont toujours des éléments qui nous distinguent.
J’arrive d’un séjour à San Diego. Le pays est magnifique, il n’y pleut presque jamais, et les gens sont tous charmants. Mais, outre ces éléments qui frappent à prime abord, la lecture des journaux m’a confirmé que je ne voudrais pour rien au monde vivre dans ce pays-là.
En une du USA Today du vendredi 8 août, un article avise que le ministère du Transport étudie la possibilité d’interdire les armes à feu dans les aéroports. Je croyais rêver. On ne peut même pas emporter une bouteille d’eau dans les avions, mais on peut se promener avec un fusil chargé dans un aéroport! D’ailleurs l’opposition est vive, on fait valoir qu’une personne qui rentre tard se sentira rassurée de se rendre au garage avec un fusil dans sa voiture.
Moi, c’est qu’on puisse penser de cette façon qui ne me rassure pas du tout.
Deuxième fait vu dans le journal et à la télé : le grand sujet de préoccupation qui faisait la joie des tribunes téléphoniques et des éditoriaux était les aveux de John Edwards, ancien candidat à la candidature pour les démocrates, comme quoi il avait été infidèle à sa femme. Le bonhomme n’est plus candidat, la question est une affaire privée, et voilà qu’on en discute sur toutes les tribunes publiques. Mais quel en est l’intérêt? J’avoue ne pas comprendre.
Espérons seulement que ces traits si distinctifs de nos voisins du Sud ne passeront pas chez nous.
1er août 2008
Francis au pays des grands fauves
Le titre de ce billet est un peu trompeur. Il rappelle un livre paru en 1965 ; l’auteure en était Jeannette M. Fievet. Le livre, récit pour faire rêver à l’Afrique, a été le prétexte d’une série télévisée peu de temps après (1967). J’enviais ce garçon, parti à la découverte d’un monde fascinant.
Le lien entre ce titre et le petit divertimento d’aujourd’hui ? C’est l’été et il m’a semblé, plutôt que de refaire une poussée d’urticaire sur l’abus des faits divers scabreux, qu’une petite réflexion sur l’art de l’observation serait bienvenue.
Ce qui m’est arrivé est bien plus banal que la rencontre des éléphants ou des félins africains. J’allais cueillir des feuilles de basilic sur la galerie quand j’ai vu, dans l’un des plants, un gros corps noir avec des pattes velues. Était-ce une tarentule ? Il n’y en a pas au Québec, il me semble.
Après un premier mouvement de recul, j’essaie de contourner le plant pour apercevoir la partie antérieure de la bête. Je découvre alors qu’il s’agit d’un bourdon. Un bourdon plus gros que tous ceux que j’avais jamais vus de toute ma vie. Beaucoup plus gros qu’un jaune d’œuf !
La « bébitte » était en train de sucer la sève d’une feuille de basilic. J’ai remarqué tout autour des feuilles noircies. Depuis quelques jours d’ailleurs, je trouvais des feuilles dont les bords étaient noircis ou des feuilles plus petites complètement fanées et noircies.
Je donnai une pichenette au volatile qui tomba sur le dos et se débattit mollement. L’animal était complètement saoul, absolument incapable de voler. Il se releva péniblement en se raccrochant à la tige du basilic ; il agrippa une nouvelle feuille de ses mandibules et se remit à sucer goulûment.
Une nouvelle pichenette le fit chuter en bas de la galerie. J’ignore quel fut son destin par la suite : s’il dégrisa et put se remettre à voler, s’il périt dans la gueule d’un oiseau ou tout simplement par intoxication à l’huile essentielle de basilic. Je retournai à ma salade.
Et depuis, les feuilles de basilic ne noircissent plus. Était-ce le seul bourdon à avoir découvert les propriétés enivrantes de cette labiacée ?
Cette petite scène, peut-être insignifiante pour vous, me paraît un moment extraordinaire de découverte. J’ignorais que le bourdon pouvait se saouler au basilic. Que de choses fascinantes n’apprend-on pas à observer la nature ! Activité que nous avons de moins en moins le temps de pratiquer dans notre monde technologique. Pas une once de nostalgie ici ! Il ne s’agit pas de regretter le bon vieux temps et encore moins de rejeter la technologie. D’ailleurs, cet événement s’est produit en ville. J’étais dans ma métropole adorée et j’ai pu observer la nature.
On peut donc combiner l’observation patiente et le recours aux technologies ou passer de l’une à l’autre. Le plaisir d’apprendre des notions qui ne rapportent rien est irremplaçable. Que serait la vie sans l’art et ces autres petits riens qui ne sont pas immédiatement utiles ?
Une petite pause
Je prends congé de billet pour quelques semaines et serai de retour vers la mi-août. À moins qu’un aléa de la vie ne stimule mon indignation ou un irrépressible besoin de partager ma réflexion... Reposez-vous bien!
25 juillet 2008
Aujourd’hui, je cède la parole à un fidèle lecteur, Bruno Lagacé d’Ottawa, sans lien de parenté, qui a écrit ce texte à la suite de mon dernier billet.
L’Église catholique, (saint) Paul et l’homosexualité
L'Église chrétienne n'est pas l'Église du Christ comme « sa sainteté » le pape voudrait nous laisser croire. L'Église chrétienne est l'église de celui qu'Elle appelle « saint Paul », un homophobe notoire. Tout catholique qui renie saint Paul et ne suit pas ses préceptes est considéré par cette même « sainteté », hors de l'Église. Or tout le monde (catholique) sait que « hors de l'Église, point de salut ».
Je ne suis donc certainement pas catholique, car je considère ce Paul comme un intrus dans la vie des êtres humains sur la terre, un intrus qui, grâce à « l'Église une, sainte, catholique et apostolique », nous a fait vivre sous son joug pendant 2000 ans. Celui qui a vécu au temps de Jésus (l'Église célèbre son 2000e anniversaire de naissance cette année), qui n'a jamais rencontré Jésus et que l'on juche sur un piédestal comme étant l'homme de Dieu « qui a reçu la révélation », a usurpé la place de Dieu lui-même, ce Dieu qui est venu sur la terre, disons-nous, sous la forme d'un homme.
Celui qui se nomme Paul est un romain qui a été inspiré, semble-t-il, par l'Ancien Testament. Alors que Jésus est venu nous dire qu'il était venu nous apporter un « monde nouveau », Paul nous a replongés dans les délires des temps anciens, temps si anciens qu'ils remontent au début de la révélation de Dieu à l'Homme, soit, au temps d'Abraham et de Loth (le contemporain d'Abraham et le chef d'une tribu d'Israël voisine), au temps des adorateurs d'idoles et des sanctions de Dieu contre ces païens.
Dans l'Église catholique, Paul prend préséance sur Jésus (Dieu) pour nous dire que la vie d'un homosexuel est condamnable, en se basant sur l'histoire de Loth.
Jésus, de son côté, tout au long de quatre récits d'Évangile selon Mathieu, Marc, Luc et Jean, n'a jamais une seule fois fait mention d'homosexualité, ni de l'attirance de certains hommes pour leur propre sexe. C'est que, de toute évidence, Dieu lui-même n'était pas concerné par l'homosexualité. Même l'Évangile selon Thomas, qui est le plus beau et le plus authentique récit de ce que Jésus nous a révélé, à mon avis, ne fait nulle part mention d'homosexualité.
L'Église catholique, qui n'est en fin de compte qu'une machine à soumettre l'homme au pouvoir de ceux qui se sont hissés là-haut sur leur propre piédestal au détriment de l'évolution de l'homme vers une réelle conscience de ce qu'est l'esprit qui l'habite, n'est qu'un jeu de pouvoir qui a atteint son apogée au temps des rois et des empereurs. Que de souffrances se sont ensuivies au coeur des hommes (et des femmes - Paul était aussi un misogyne notoire) pour faire régner une supercherie.
« Faire régner une supercherie? » vous me dites. La voici et elle concerne l'homosexualité. (Un homosexuel est une personne qui ne sent aucune attirance pour le sexe opposé, et qui, par sa nature innée, tel qu'il a été créé, est attirée par une personne du même sexe.)
L'homophobie de (saint) Paul est basée sur l'histoire de Loth, qui est l'histoire d'une tentative de sodomie sur des visiteurs étrangers contre leur gré, ce qui n'est pas une histoire d'homosexuels mais une histoire de viol. Même aujourd'hui, quelqu'un qui fait une tentative de viol est condamné, dans la plupart des pays du monde, à la prison. Si le viol d'un homme par un autre homme est commis dans ma société ici au Canada, ce viol est considéré comme un crime et est punissable soit par une peine d'emprisonnement d'au moins cinq ans, soit par une peine d'emprisonnement à perpétuité si l'accusé est jugé danger public, c'est-à-dire susceptible de récidiver.
Voilà pour l'histoire de Loth et l'enseignement de Paul : l'histoire de quelques hommes qui se sont présentés chez Loth pour commettre ce qui était considéré comme un crime en ce temps-là et qui est toujours considéré comme un crime aujourd'hui dans toute société civilisée.
Oui, et « régner » est bien le terme approprié, car « sa sainteté » ne règne-t-il pas sur cette Église, avec tous les accoutrements désuets d'un roi?
Bruno Lagacé, Ottawa
20 juillet 2008
Refusez les excuses du pape!
En visite en Australie, le pape Benoît XVI fait des excuses à toutes les victimes de pédophilie aux mains de prêtres catholiques dans les pensionnats. C’est le même Benoît XVI qui invitait, il y a quelques semaines, sur grand écran lors du Congrès eucharistique de Québec « les jeunes garçons » à se joindre aux vocations chrétiennes en leur promettant, de sa voix onctueuse et roucoulante typique, qu’ils ne le regretteraient pas.
Tant d’hypocrisie lève le cœur. Ces excuses ne sont que des paravents pour une Institution qui a toujours protégé les pédophiles et qui continue à le faire tout en tenant des discours vides et inutiles.
Voici les arguments qui soutiennent mon propos :
1. L’Église catholique est une institution patriarcale et hiérarchique qui valorise l’autorité et la suprématie mâle. Or, l’agression sexuelle, et plus spécialement la pédophilie, avant d’être une activité sexuelle est d’abord et surtout un abus de pouvoir. Des êtres narcissiques utilisent les enfants comme objets pour nourrir leur illusion d’un ego pur et éternellement jeune. Toute structure hiérarchique rigide qui voue un culte à l’autorité arbitraire favorise ces abus.
2. L’Église catholique rejette les femmes et les homosexuels. En même temps qu’elle prétend condamner la pédophilie, elle met de côté plus de la moitié de l’humanité et s’acharne contre les homosexuels en espérant détourner l’attention de ses propres failles.
3. Pour éviter les comportements pédophiles, l’Église catholique instaure des procédures qui viseraient à éliminer les candidats homosexuels à la prêtrise. Elle opère volontairement une confusion parfaitement odieuse entre homosexualité et pédophilie. Elle rejette ses propres fautes sur les autres. La pédophilie n’ayant rien à voir avec l’homosexualité, elle ne fait donc rien pour prévenir la première et elle continue à s’acharner contre la seconde.
4. Tous ces cardinaux et évêques qui se comportent encore en princes, et leur leader en tête, prétendent nous mettre en garde contre les illusions du narcissisme. Pourraient-ils cesser de jouer les vedettes? Pourraient-ils favoriser la démocratie dans leurs rangs?
Décidément, l’Église et son chef n’ont pas changé : « Faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais. »
Vous pouvez être croyants si vous voulez, mais au moins ne soyez pas crédules.
14 juillet 2008
La désinformation économique
Certains chantres de l’économie néolibérale profitent de la tribune qu’ils occupent pour faire des déclarations complètement illogiques avec l’assurance des croyants. Comme le disait Voltaire, « Mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose. » Et l’œuvre de désinformation s’accomplit.
J’aimerais ici m’attaquer à deux énormités que j’ai eu l’occasion de lire récemment. Je ne nommerai pas leur auteur pour ne pas m’en prendre à sa personne. Ce qui m’intéresse, ce sont les idées.
1. Les spéculateurs
Je croyais rêver quand j’ai lu quelque part qu’il fallait apprécier le rôle important que jouent les spéculateurs. On se demande bien lequel à part celui de faire gonfler artificiellement les prix.
Le même auteur disait qu’il fallait bien récompenser les spéculateurs pour les risques énormes qu’ils prennent. Doit-on récompenser et admirer les gens qui liquident leurs économies au casino? Si vous pariez un million de dollars que vous pouvez traverser la rue les yeux fermés sans vous faire frapper, est-ce que je dois vous féliciter pour avoir pris un risque?
Les spéculateurs prennent volontairement des risques insensés dont toute la société paie le prix. Il n’y a là rien de louable.
2. Les revenus sont proportionnels à la productivité des individus
Les revenus des riches sont plus importants quand leurs employés sont plus productifs, mais ça ne garantit pas qu’ils payeront mieux ces derniers.
Dans une récente allocution au Conseil confédéral de la CSN le 11 juin 2008, la présidente, Claudette Carbonneau, rappelait que, si la richesse avait doublé dans le dernier quart de siècle, le pouvoir d’achat du travailleur moyen au Canada n’avait augmenté que de 53 $. Les revenus de la classe supérieure des travailleurs ont augmenté de 16 % et ceux de la classe inférieure ont diminué de 20 %.
Plus enrageant encore a été pour moi de lire la proposition suivante : si on n’est pas satisfait de son salaire, on n’a qu’à travailler deux fois plus, ça le fera doubler. Si vous travaillez dans une usine et que vous allez deux fois plus vite, soit vous vous blesserez, soit vous tomberez malade, mais votre salaire ne changera pas.
Si vous travaillez chez McDonalds, pensez-vous que vous pourrez servir deux fois plus de clients dans le même temps? Pensez-vous que ça va améliorer votre salaire?
Si on met deux fois plus d’étudiants dans ma classe, est-ce que ça va changer mon taux de rémunération?
Une pareille suggestion n’a pas d’autre effet que de culpabiliser les gens les moins bien rémunérés. Qui peut l’appliquer sinon des professionnels rétribués à l’acte qui peuvent décider d’accorder moins de temps à leur client pour encaisser plus. Sacrée bonne idée!
Il y a tout de même des limites à défier la logique.
7 juillet 2008
Deux pour un
Le duo Doucet Lagacé vous propose
Le 4 juillet, propriété exclusive de Tom Cruise et d’Oliver Stone?
ET
Compassion ou sadisme ?
Je ne suis certainement pas le seul à m’informer chaque jour que « Dieu crée » sur l’avenir politique états-unien. « Personne n’échappe à la gravité », comme le dit si bien mon ami Brian Molko.
Ne riez pas… Les champions de la liberté ont encore à nous apprendre. Aux États-Unis, les mots interracial et métis, l’idée d’un peuple construit par la force de sa pluralité ethnique et culturelle ne sont pas que notions abstraites. Et pourtant, quelque 45 ans après la mort de notre JFK instrumentalisé à ne plus savoir qu’en penser, un jeune homme nous martèle avec son désir de changement. Ce désir de changement, qui peut lever la main et déclarer sans rigoler qu’il n’est pas justifié?
Les USA représentent à ce jour —j’omets volontairement les démocraties/monarchies représentatives— le système démocratique (le plus efficace en durée) le plus fidèle et le plus juste qu’il est permis d’espérer. Je vois les dents des cyniques riant à pleine bouche devant mes propos, mais où dans le monde pouvons-nous espérer qu’un levier politique renverse les débâcles militaires actuelles? En Allemagne, en Turquie ou en Slovénie? Fadaise! Qui d’autres que ceux-là même qui ont créé le problème sont en meilleure position pour le solutionner?
Non. La seule réponse forte pourrait venir de la toute nouvelle Russie construite par monseigneur Poutine, mais que fera-t-il lorsque ses oligarques auront traversé l’océan pour le pays du Big Mac et du silicone cancérigène? Et surtout, que fera-t-il, M. Poutine, lorsque M. Obama vendra à rabais les stocks d’armes U.S. Army désuètes qui figurent en première page du catalogue que nos amis Caucasiens vendent à prix d’or à la Chine, à la Corée, au Vézénuela, etc.?
Cela est une autre histoire… Plus près de chez nous maintenant : que fera Harper avec ses torchons antigais et anti-avortement devant un noir (Holy shit, ai-je dit le mot?), et encore plus près de chez nous, jusqu’où sera prêt à aller notre Dumont national (Filion???) avec son rapport Castonguay endossé comme un chèque en blanc? Au Vermont, le système de santé est gratuit pour les moins de 18 ans. C’est un début.
Quelque chose me dit qu’on révisera les grandes lignes des partis au pouvoir en notre pays castorisé et drogué à la feuille d’érable lorsque nous célébrons la confédération, alors que nous vivons en fédérations, et que dire aux buveurs de Bleue Dry que la fête nationale est en fait une fête provinciale? À ce que je sache, nous n’avons pas encore obtenu l’indépendance! [Note de la rédaction : C’est le sens anglo-saxon de nation. En français, une nation n’a pas besoin d’avoir un état indépendant. Exemples : la nation arménienne, la nation acadienne, les nations cries et innus, etc.]
Où sont Oliver Stone et Tom Cruise dans ce billet? À la fin bien sûr! M. Stone, avec tout le respect que je lui dois, est resté prisonnier entre deux briques du WTC, et M. Cruise devrait pour une fois laisser la parole aux dames, quitte à danser en permanence sur les sofas d’Oprah, pour que la plus belle des femmes de ce monde (ceci est un billet, ne l’oublions pas) soit libre de chanter Tom Waits et d’accompagner le premier candidat mixte-noir-blanc-métis-interracial-catholique-musulman-coureur de jupons-patriote-et surtout humain, dans cette Amérique pourrie par le cash flow indécent et immortel du lobbying.
Avec un sourire éclatant d’innocence, je vous dis en bon français : Yes, we can!
Érick Doucet
Compassion ou sadisme?
Une pensée bouddhiste dit : « Le saint ne laisse pas de nom. » J’ai toujours cru qu’une personne vraiment « sainte », c’est-à-dire bonne et désintéressée ne pouvait pas être connue. Sinon, il y entre une part de narcissisme et de complaisance suspecte.
Méfiez-vous des abbés Pierre et des mères Teresa qui se complaisent en la présence des pauvres et des malades. Est-ce qu’ils les aident vraiment ou est-ce qu’ils instrumentalisent leurs malheurs?
Un exemple désolant
J’ai connu un vieux bonhomme de 90 ans qui a passé toutes les dernières années de sa vie à fréquenter les salons funéraires. Il disait qu’il trouvait ça beau. Je me demandais bien pourquoi il trouvait ça beau.
À force de le faire parler et d’étudier son comportement, j’ai découvert qu’il jouissait vraiment de la vue des cadavres (il ne fréquentait pas les salons où il n’y avait que des urnes) et qu’il appréciait énormément entendre les membres de la famille qui pleurent et se lamentent (c’étaient ses funérailles préférées). Et, la prime pour lui, c’était le lunch gratuit après les funérailles.
Morbide? Maladif? Aucun doute. Et les industriels de la sainteté, sont-ils bien meilleurs?
Francis Lagacé
30 juin 2008
Cruising bar 2 : la caricature optimiste
Je vais d’abord souhaiter une joyeuse fête du Canada aux Canadiens qui me lisent et un heureux moving day aux personnes qui déménagent.
Mon conjoint et moi sommes allés voir Cruising bar 2 avec beaucoup de curiosité et un peu d’appréhension.
Nous en sommes ressortis avec un sourire et de la tendresse pour l’humanité. Ce que le deuxième film perd en mordant et en originalité (on ne peut réinventer la roue), il le gagne en humanité.
En effet, ces caricatures nous offrent des moments fort sympathiques. On se prend à les comprendre et à éprouver de l’empathie. Après tout, ces personnages (pas seulement les quatre dragueurs, mais aussi les autres) sont tous assis dans la salle et bien prétentieux celui qui pourrait se dire absolument exempt de ces traits humains qui sont là grossis pour notre plaisir.
Le narcissique qui ne trouve jamais personne à sa hauteur, le distrait confus qui accumule gaffe par-dessus gaffe, le « vendeur de chars » trop sûr de lui, le timide qui n’arrive pas à s’affirmer.
Outre le fait qu’on n’a pas voulu trop faire déchoir les personnages, il y a des scènes touchantes qui ravivent notre confiance en l’humanité. Celle où Serge, le ver de terre, et sa conquête essaient de se rapprocher est vraiment trop mignonne.
Des films qui donnent le goût d’être gentil, c’est bon parfois!
23 juin 2008
Fête nationale
Je ne serai pas très original cette semaine et je souhaiterai bonne Fête nationale à mes lecteurs. Mais, d’où me vient cette lassitude quand je pense au 24 juin? Pourquoi ne sens-je plus l’enthousiasme d’autrefois? Pourquoi ai-je l’étrange impression de revivre le Jour de l’an, où la radio nous ramène la Bolduc et la Bottine souriante? Pourquoi ai-je le sentiment que la Saint-Jean est confinée au folklore et que le folklore est confiné à la Saint-Jean comme au Jour de l’an?
Sera-ce longtemps une fête nationale si, tout ce que nous y trouvons, c’est les refrains du passé?
Le projet indépendantiste est-il encore emmuré dans sa vieille obsession canadienne française? Évitons la confusion : faire du français la langue officielle d’un pays (à venir, mais le bébé prolonge drôlement sa gestation) ne signifie pas limiter la nationalité à l’origine canadienne française. Madame Nguyen est aussi québécoise que moi et, tant que vous ne serez pas capables de comprendre ça, vous ne serez pas capables de faire un pays.
Nous, dont la devise est Je me souviens, oublions que les Ryan, les Johnson, les Berger, les Burns et autres Fratte sont des personnes qui ont été intégrées dans notre « nous » collectif.
Il faudrait que nous soyons un peu plus réalistes et ne fassions pas de fixation canadienne française ni catholique. Il faudrait aussi que la Bolduc soit écoutée comme témoin historique en dehors de la Saint-Jean et du Jour de l’an, ça la rendrait beaucoup plus sympathique. D’ailleurs, cette bonne canadienne française était une Irlandaise, Mary Travers.
Il faudrait peut-être changer notre devise pour Je vais essayer de m’en souvenir.
17 juin 2008
Actualités religieuses ?
Existe-t-il une chose qui puisse s’appeler actualité religieuse? Franchement, j’en doute un peu. Mais pourquoi donc Radio-Canada fait-elle tout un plat avec le congrès eucharistique de Québec? Au point d’en faire une question à sa tribune téléphonique du lundi 16 juin 2008. Quel intérêt une radio publique a-t-elle à mousser les activités de la secte catholique?
Rappelons-nous que Radio-Canada avait flanqué Pierre Bourgault à la porte en 1989 ou 1990 parce qu’il avait osé critiquer l’Église catholique sur les ondes. Ce congédiement inadmissible n’a jamais été renversé et n’a fait l’objet d’aucune campagne publique de contestation. Je n’ai jamais entendu parler de quelqu’un qui se soit fait virer pour avoir dit du mal des athées.
Qu’il y ait des actualités religieuses ou pas, il y aura toujours des religions et des crédules pour embarquer. On espère simplement que, l’instruction et la réflexion aidant, il y en ait moins et que le bon sens et l’honnêteté triomphent des simagrées et de la crédulité.
Je me fais souvent dire qu’une bonne raison d’accepter la religion est que la croyance est universelle. Cet argument m’a toujours paru tellement insignifiant que je ne croyais pas nécessaire d’y répondre. Il se trouve qu’il en touche certains, aussi voici la réponse bien simple qu’il faut y faire : le meurtre, le viol, le vol et la méchanceté sont universels. Est-ce là une raison pour les accepter? Poser la question c’est y répondre.
Le meurtre, le viol et le vol sont universels parce que la haine, la concupiscence et la cupidité sont universels. Il faut encadrer la conduite humaine et lui fournir des conditions qui favorisent la justice et les bons comportements.
La croyance est universelle parce que la crainte de la mort est universelle. Il faut juste apprendre à vivre avec cette dernière [la crainte]. Ou alors, on se contente de la croyance pour se calmer, mais en aucun cas ça ne devrait déboucher sur la religion, système d’oppression qui utilise la croyance comme carburant. Vous voulez croire? D’accord, mais n’obligez pas les autres à faire comme vous et ne vous autorisez pas de cette croyance pour imposer des comportements ou en interdire d’autres. La croyance, ça doit rester dans la tête du croyant.
Fin des actualités religieuses.
10 juin 2008
Les anges s'envolent
Cette semaine, lancement du livre-disque Les anges s'envolent, une histoire en trois actes passant de l'enfance mutilée, par l'apprentissage difficile de la liberté vers l'assomption de la sérénité, tout ça sans mièvrerie. Une histoire chaotique qui s'ouvre sur l'espoir, accompagnée de musique qui offre toutes les atmosphères.
Musique par Érick Doucet et textes par votre serviteur.
Lancement en ville le mercredi 11 juin de 18 h à 20 h au Cheval blanc 809, rue Ontario Est (près Saint-Hubert).
Lancement domestique le vendredi 13 juin de 18 h à 20 h au 3217, av. Laurier Est (angle Saint-Michel), 514-723-0415.
2 juin 2008
Brèves sceptiques
1. Le maire Jean Tremblay de la ville de Saguenay a transmis une lettre aux médias dans laquelle il dit que l’Église ne doit pas interférer dans les affaires de l’État, mais il promeut en même temps l’expression religieuse dans les Institutions publiques. Contradictoire vous dites?
Il prétend que le « problème » des accommodements religieux est né des athées qui cherchent à interdire toute référence à Dieu dans l’espace public. C’est tellement simplet que ça se passe de commentaires.
2. Il paraît qu’on a découvert dans la jungle amazonienne une tribu encore inconnue jusque-là, et qui n’aurait pas été en contact avec le monde civilisé. Ça me rappelle un film documentaire que j’avais vu au début des années 80. Dans ce film, on nous invitait à aller à la rencontre d’une tribu qui faisait connaissance avec les hommes blancs et leur civilisation pour la première fois.
Dans le village en question, il y avait un comité d’accueil dont les membres portaient des sandales en plastique, des montres numériques au bras et des peignes de plastique dans les cheveux. On entrait dans leurs tentes pour y découvrir toutes sortes d’objets manufacturés.
Je parierais que les adolescents de cette tribu ignorée ont des posters de groupes hip-hop dans leur chambre.
3. Il circule sur le net une proposition d’action afin de faire baisser les prix de l’essence. Cette action consisterait dans le boycottage de deux compagnies de pétrole spécifiques. On nous dit qu’à la longue, les compagnies en question seraient obligées de baisser leur prix pour attirer à nouveau des clients.
Il est curieux qu’aucune de ces deux compagnies ne soit états-unienne. Par ailleurs, il paraît douteux qu’un tel boycott soit possible étant donné que, dans certains localités, il n’y a qu’un seul fournisseur d’essence, lequel appartient à l’une ou l’autre de ces compagnies.
26 mai 2008
Ne paniquons pas avec la dette
À la une du journal Métro du mercredi 21 mai 2008, on titrait «Chaque Québécois a une dette de 81.820$».
D’abord, c’est inexact parce qu’il ne s’agit pas d’une dette individuelle, mais d’une dette collective. Personne ne peut réclamer de chacun d’entre nous la somme en question.
Ensuite, cela a pour but de nous faire peur inutilement. Quand vous avez une dette, vous devez la comparer à votre revenu et à vos actifs pour voir si vous avez la capacité d’y faire face. Si vous devez 10.000$, mais avez des revenus de 35.000$ et des biens (maison, auto, terrain, placements) de 100.000$, vous n’avez pas à vous inquiéter.
Alors, pour la fameuse dette collective, il faut calculer les revenus d’État (toutes les municipalités, tous les gouvernements fédéral et provinciaux). Ensuite, il faut calculer la valeur de tous les biens collectifs, c’est-à-dire tous les ponts, toutes les routes, tous les édifices publics (écoles, collèges, universités, hôpitaux et édifices gouvernementaux), les ports, les aéroports, les prisons, les palais de justice, les conservatoires, etc. Calculez la valeur de tous ces biens, et vous verrez que vous avez des actifs pour appuyer vos dettes.
Finalement, quand on nous assène, selon la ritournelle usée, que les Québécois sont les plus taxés, on oublie toujours que les Québécois ont aussi plus de services que les autres.
Il ne sert à rien de parler de la dette collective si on ne la compare pas à la richesse collective. Arrêtez de paniquer avec la dette!
19 mai 2008
Religion = Pouvoir
En page A 10 du Devoir du 16 mai 2008, on apprend que le maire de Saguenay persiste à faire la prière au début des séances du Conseil municipal.
En page C6 du Devoir des 17 et 18 mai 2008, Georges Leroux essaie de faire croire que les partisans de la laïcité sont des intégristes, alors qu’ils réclament simplement qu’on dissocie éthique et religion. Cette dernière confusion conduit à attribuer une supériorité morale à la religion, supériorité qui n’a jamais été démontrée.
Dans le courrier des lecteurs du Devoir du 15 mai 2008, Guy Laperrière de Sherbrooke nous apprend que l’intention de prière du dimanche 11 mai dans le Prions en Église consistait à demander que l’Esprit saint inspire le partenariat entre les grandes entreprises et le gouvernement.
Une même conclusion : la religion et l’Église sont des structures de pouvoir, elles s’y accrochent et elles s’acoquinent même au capitalisme. Pas jojo, tout ça!
12 mai 2008
Les universités à courte vue
Il est franchement consternant de constater à quel point, sous prétexte de vouloir être à l’avant-garde, tout ce qui « grouille, grenouille et scribouille » au nom des universités fait preuve d’une ignorance de l’importance fondamentale de leur mission d’enseignement au premier cycle. Et dans cette mission d’enseignement au premier cycle, les chargées et chargés de cours jouent un rôle indispensable.
Le Conseil supérieur de l’éducation a émis la semaine dernière un avis au ministère de l’Éducation, du Loisir et des Sports. Eh bien, cet avis ignore superbement la réalité du premier cycle. On n’en a que pour les fonds de recherche et pour la course à la clientèle internationale. Ces obsessions conjoncturelles liées au sous-financement des universités sont des leurres si on ne se rend pas compte que la base des universités repose sur le premier cycle.
Personne ne niera l’importance et la nécessité de la recherche, mais la primauté que les Établissements d’enseignement supérieur lui accordent n’a rien à voir avec de nobles idéaux et tout à voir avec un désir de trouver des subsides parce que ce sont là les étudiants qui paient le plus cher et les programmes qui rapportent le plus.
Finalement, c’est un chercheur de l’INRS, entendu à la radio de Radio-Canada hier pendant l’émission Les années lumières, qui a sorti candidement le jugement que portent les universités sur le premier cycle. L’INRS étant une université de recherche uniquement, elle n’avait donc pas d’étudiants de premier cycle, ce qui la désavantageait au point de vue infrastructure, car disait-il en substance : « Les subventions pour les étudiants de premier cycle permettent d’avoir des locaux, de les chauffer et de les éclairer. » Voilà, tout est dit, le premier cycle, ce n’est pas important, mais ça peut être utilitaire. Le journaliste a réussi à rattraper le tout en disant que ce sont les bons étudiants de premier cycle qui font les bons étudiants des cycles supérieurs, mais le mal était fait.
Rien qu’à l’Université de Montréal, les chargées et chargés de cours enseignent plus de 50 % des cours (en excluant la Faculté de médecine) et les étudiants se disent satisfaits de leur enseignement à 91 %. S’il y a de bons étudiants aux deuxième et troisième cycles, c’est un peu grâce aux chargées et chargés de cours. Si les universités veulent avoir un avenir, il faudrait peut-être qu’elles regardent un peu plus à leur base.
5 mai 2008
L’indécrottable religion
Il est remarquable à quel point, lorsqu’on ferme la porte à la religion, elle réussit à rentrer par la fenêtre. Dans les universités, les programmes de théologie n’ont plus tellement la cote, en tout cas ceux qui s’accrochent à l’orthodoxie des églises.
Malheureusement, les religieux et autres prédicateurs se recyclent dans l’éthique. Cette confiscation de l’éthique par les religieux est tout simplement inadmissible. On ne comprend vraiment pas pourquoi les religieux et autres croyants auraient quelque connaissance supérieure en éthique, sauf par un préjugé naïf et ignorant.
Le nouveau programme d’éthique et de culture religieuse proposé par le ministère de l’Éducation entre tête baissée dans cette erreur. La religion n’a pas sa place à l’école. Elle devrait être enseignée dans les églises. Mélanger la connaissance des cultures religieuses et les règles d’éthique, c’est faire croire qu’il y a un lien entre l’éthique et la religion. À moins qu’on me fasse une démonstration de cette absurdité, je regrette, il n’y a pas de lien.
Chose fort amusante, les partisans de la religion à l’école se plaignent que le programme de culture religieuse confonde les enfants et risque de leur faire se rendre compte que toutes les religions se valent. Il est assez drôle que les tenants d’une religion avouent eux-mêmes qu’il est absolument impossible d’établir la supériorité, encore moins la véracité, de leur croyance. En effet, quel dieu choisir? Oui, ils valent tous la même chose : rien.
Toutefois, cela n’est pas une raison pour les présenter dans un cours où il doit être question d’éthique et de responsabilité citoyenne. Le comportement éthique relève des principes de justice, d’égalité et de liberté. Il doit être adopté rationnellement. Il n’y a aucune place pour la religion là-dedans.
Le Mouvement laïque québécois propose une pétition contre le programme en question. Pour s'opposer à cette place indue qu'on fait à la religion, on peut la signer sur le site suivant : http://www.petitiononline.com/laique/petition.html target .
28 avril 2008
Les impôts
Je viens de terminer mes déclarations de revenus. Ça m’a pris une quinzaine d’heures pour tout ramasser, faire les calculs et les nombreuses photocopies nécessaires. Le plus long, ce ne sont pas les calculs, mais bien sûr de réunir tous les documents et de vérifier tous les cas à déclarer.
Certes, c’est un peu compliqué d’avoir à la fois le statut de salarié, d’artiste, de travailleur autonome, de déclarer une multitude d’employeurs.
Tout le monde aime se plaindre des impôts : de leur coût comme des complications que leur déclaration nous causent. Pourtant, il est tout à fait normal de payer des impôts. Parce que les impôts, s’ils sont structurés de manière progressive, sont la façon la plus équitable de répartir la richesse.
Les taxes sur la consommation favorisent les gens les plus aisés. En effet, les 12,9 % combinés de la TPS et de la TVQ représentent parfois la marge de manœuvre qu’il reste à un ménage à faible revenu. Pour un ménage qui dispose d’un revenu nettement supérieur à la moyenne, c’est quelques dollars de plus pour un achat qu’on peut déjà se permettre.
Si une famille pauvre doit s’acheter un appareil ménager à 300 $, les 38,70 $ de taxe peuvent constituer un trou dans son budget. Ce n’est pas le cas pour une famille riche. Il faut donc comprendre que les taxes à la consommation ne sont pas une mesure progressiste alors que les impôts si.
Malgré les préjugés contre les impôts, malgré leurs inconvénients annuels, nous devrions les favoriser pour rétablir la justice sociale.
21 avril 2008
Qu’est-ce qu’un professeur?
Pour la grande majorité de la population, un professeur est une personne qui enseigne à des élèves ou à des étudiants. Dans cette majorité, on peut inclure les étudiants universitaires qui, dans leur évaluation de l’enseignement, parlent de leurs professeurs.
Quand ils ont aimé l’enseignement qu’ils ont reçu, ils écrivent dans leurs commentaires : « Madame Unetelle est une excellente professeure. » Et cela, même si dans près de 50 % des cas, il s’agit d’une chargée de cours. En effet, le bon sens usuel prédomine : un professeur est une personne qui donne des cours.
Mais, à l’Université au Québec, les choses ne sont pas toujours si simples. Le titre de professeur est un titre réservé qui s’applique à une personne disposant d’un poste et ayant comme fonctions l’enseignement, la recherche, l’administration et les services à la collectivité.
Ainsi quand on parle de professeurs, certains en excluent les chargées et chargés de cours. Dans les discours publics qu’on entend, où l’on dit que les étudiants n’ont pas accès à un professeur, on mêle deux niveaux de compréhension. La population peut s’imaginer un pauvre étudiant tout seul sans professeur pour lui donner de cours ni pour l’encadrer, alors que le même étudiant se dira satisfait de ses professeurs parce qu’il a recu l’enseignement de chargées et chargés de cours dévoués et passionnés par l’enseignement.
Les déclarations à l’emporte-pièce sur la situation des universités et sur les rapports entre les étudiants et les professeurs mériteraient beaucoup plus de nuances.
14 avril 2008
Tout un Forum
Vendredi soir dernier de 18 heures à 20 heures, le Syndicat des chargées et chargés de cours de l’Université de Montréal a honoré 32 de ses membres pour leurs réalisations : prix dans l’enseignement, publications, communications internationales, créations et autres activités.
Quand nous avons demandé au journal Forum, l’hebdomadaire de l’Université de Montréal, de couvrir l’événement, on nous a répondu qu’on ne travaillait pas après 17 heures. L’excuse est tellement grosse et manifeste un tel manque d’intérêt pour les chargées et chargés de cours qu’il ne nous est pas venu à l’idée de protester.
Curieux tout de même qu’on soit capable de faire le reportage d’activités sportives qui se tiennent en fin de semaine ou de faire un rapport de la soirée de reconnaissance des employées et employés ayant plus de 25 ans de service, laquelle s’est pourtant tenue un mercredi après 18 heures.
Ce fait et d’autres qui ont mécontenté la Coalition des associations et syndicats de l’Université de Montréal (CASUM) seront à étudier par les membres du comité sur une politique de l’information qui a été voté lors de l’Assemblée universitaire du 7 avril dernier.
Pour le moment, Forum porte bien mal son nom. Il n’est pas le lieu d’expression de l’ensemble de la communauté. On devrait peut-être l’appeler Porte-voix ou Mégaphone de la Direction.
7 avril 2008
Si l’âge d’or, réveillez-le!
On n’a qu’à regarder les photos de nos grands-parents, les gens de 50 ans au milieu du siècle dernier étaient des vieillards. Ce n’est plus tout à fait le cas aujourd’hui.
Toutefois, on regroupe toutes les personnes qui ont 50 ans et plus dans une catégorie sociologique qu’on appelle « Âge d’or ». Les « clubs d’âge d’or » et les personnes de 50 ans ou plus peuvent se regrouper dans la Fédération de l’âge d’or du Québec, fondée en juin 1970, et dont l’objectif clairement affirmé est d’«être l'organisme le plus représentatif des personnes de 50 ans et plus » ( FADOQ-Vision).
Je suis devenu membre de la Fadoq en novembre dernier parce qu’il me semble que cette association a effectivement un rôle à jouer, mais il est essentiel qu’elle s’ouvre à des réalités nouvelles.
J’ai été mécréant et athée toute ma vie ; je ne crois pas que je vais me mettre à baiser des croix en vieillissant. Je suis un homosexuel militant ; je ne crois pas que je vais rentrer dans le placard en vieillissant.
Les gens qui ont écrit « Au diable la tuque, au diable le goupillon !» (Manifeste du Refus global, 1948) et tous ceux qui y ont applaudi sont des aînés depuis longtemps. Où les voit-on dans les mouvements d’aînés ? Tout le monde devient-il conservateur en vieillissant ? J’en doute fort, mais si la pression sociale des organismes qui veulent parler en notre nom va dans ce sens-là, c’est sûr qu’on n’ose trop élever la voix.
Je ne demande pas aux membres de la Fadoq d’être tous d’accord avec moi, mais il est très important que ce regroupement n’agisse pas comme si tout le monde était blanc, francophone et catholique. Je lis à la fin de l’édito du président de l’Association, dans le dernier numéro de Virage, le magazine de la fédération, qu’il invite les membres « à entreprendre au plus tôt les petites et les grandes remises en question qui s’imposent pour mener notre organisation plus loin. »
Eh bien, à la bonne heure, j’écrivais justement dans mon mot du président de l’Association des familles Lagacé-Lagassé inc. de février 2007 qu’une tradition : « c’est une innovation qui marche bien et qu’on décide de garder. »
Je propose à la Fadoq et à son magazine de m’accueillir dans ses pages comme le mouton noir des aînés et d’ouvrir à la diversité ses activités et orientations. Il y a des aînés de toutes les couleurs, de toutes les croyances et non croyances, de toutes les tendances politiques et de toutes les orientations sexuelles. Place au débat, place à l’ouverture, place à la magie des aînés indignes! Si l’âge d’or, réveillez-le!
31 mars 2008
Victimes impuissantes
Cette semaine, le billet passe la parole à un lecteur. Martin Dufresne est un homme dont j’admire l’esprit critique. Si toutes les personnes qui ont réagi au texte de la semaine dernière ont compris qu’il traitait de cas pathologiques, Martin a vu en plus que ce billet pouvait aussi être interprété comme refusant le droit à des victimes de se plaindre.
En fait, le septième paragraphe de mon billet (sur les conditions qui conduisent à ce comportement) n’est pas assez développé et ne permet pas de faire toutes les nuances nécessaires. Martin apporte aussi des précisions sur le personnage de Dan Greenburg, lesquelles ajoutent une perspective différente à ses écrits.
Voici donc son commentaire :
« Même si tu ne le dis pas, tes deux premiers exemples désignent quasi-explicitement des femmes en les exposant au mépris de tes lecteurs.
Dans le premier des cas, je crois qu'avant de leur lancer la pierre, tu devrais peut-être te demander pourquoi des femmes sentent le besoin d'insister auprès de leur conjoint pour mettre au jour les vrais sentiments de ceux-ci à leur égard. Le silence des hommes dans les rapports de couple n'est pas de bon augure pour la personne qui dépend du maintien de la relation, affectivement ou financièrement, ou qui peut avoir de bonnes raisons de s'inquiéter d'un glissement de son conjoint vers une misogynie ambiante à mesure que s'émousse l'excitation du début.
En général, ton texte reprend la critique psychologisante très répandue des personnes qui se disent victimes d'une situation contre laquelle elles protestent. On "jouerait" à la victime, on envierait ce statut... air connu. Il est devenu quasi-impossible de montrer ce en quoi les groupes opprimés sont réellement victimisés tant le blâme psychologique jeté sur les personnes qui se disent victimisées est devenu prépondérant... même lorsqu'elles le sont réellement. La réaction aux demandes d'aide amène à percevoir tout témoignage de souffrance ou d'injustice subie comme une défaillance personnelle... à contrer par une attitude plus éclairée, courageuse, moins immorale à la limite! Je sais que tu prétends ne traiter que des cas pathologiques mais rien n'empêche que ton discours ne serve à censurer des personnes réellement victimes. Il nourrit cette optique qui force les personnes réellement victimisées et encore impuissantes à transformer leur situation - comme bien des femmes le sont - à se taire face à un discours qui leur prête une pathologie.
Finalement, Dan Greenburg... yark!!! Son How to be a Jewish mother (1964) est un des livres qui a fait le plus pour rendre la misogynie drôle et acceptable. Et ce n'est pas un hasard s'il siège au conseil d'orientation de la Coalition of Free Men, le principal lobby masculiniste américain, qui dénonce entre autres le "victim feminism" (féminisme victimaire), comme nos masculinistes québécois. (voir ci-dessous).
Martin Dufresne
P. S.: N'hésite pas à faire suivre ce commentaire à tes correspondant-es si tu veux.
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Men Freeing Men: Exploding the Myth of Traditional Male
Men's Rights Versus Victim Feminism, September 7, 2004
Commentaire de l'éditeur, Francis Baumli (Saint Louis, MO USA) - See all my reviews
This anthology, now in its fourth printing, is more timely than ever and won the "Best Book on Men's Issues" award given by The Coalition of Free Men. Endorsed by Dan Greenburg, Ed Asner, Karen DeCrow (past president of NOW), Warren Farrell, and many others, it contains writings by 50 authors, including such luminaries as Eugene August, Jed Diamond, Herb Goldberg, Arthur Winfield Knight, Naomi Penner, Jim Sanderson, and Suzanne Steinmetz. Edited by myself, Francis Baumli, Ph.D., it addresses men's liberation and men's rights. Topics include men and feelings, male depression, penis size, male midlife crisis, how prostitution humiliates men, and how men are the primary victims of pornography. Other issues examined are men and dating, how women manipulate men, men's desire for sexual foreplay, and how successful marriages are defined by playfulness. Political issues in men's liberation are examined too. Victim feminism is criticized, women's liberation endorsed. Other topics include men's image in movies and television, men and work, men and divorce-alimony, visitation, child support, mediation, child custody, joint custody. (This book's advice on joint custody is the most father-friendly you will find anywhere, with arguments that have special appeal to judges.) Father custody, and a lawyer's advice on how to get it, is discussed, along with men's rights in abortion. Men's health, macho dangers, men and birth control, men and sterility, male loneliness, men and suicide, the battered husband in domestic violence, the sexist military draft, and how handicapped men confront the macho ideal are also explored. There are also pleasant topics such as male friendship, the origins of Father's Day, the joys of parenting.
Used as a college textbook in women's studies and men's studies, this book elicits vigorous class discussion while reconciling opposing views on women's and men's liberation.
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Pas exactement le genre de type à citer à l'appui d'une démarche progressiste... »
24 mars 2008
Jouer à la victime
La technique n’est pas nouvelle; elle est d’ailleurs répertoriée dans Le manuel du parfait petit masochiste de Dan Greenburg, paru en français au Seuil en 1985 (édition originale chez Random House en 1966).
Imaginez, dans un couple, l’une des personnes demande à l’autre : « M’aimes-tu? » L’autre répond : « Bien sûr. » Mais la première reprend : « Oui, mais m’aimes-tu vraiment, vraiment? » et elle continue le jeu jusqu’à ce que le doute s’insinue ou que la lassitude s’installe et que l’autre finisse par dire : « Bien peut-être que je ne t’aime pas vraiment comme tu le souhaites. » Ou alors, irritée, elle dit ironiquement : « C’est ça, je ne t’aime pas! »
Dans tous les cas, la personne initiatrice de la démarche finit par dire : « Je le savais! Tu ne m’aimes pas pour vrai! » Peu importe les arguments que vous aurez, elle finira toujours par obtenir ce qu’elle souhaite : rendre les deux malheureux et pouvoir poser en victime.
Ça me rappelle une personne connue dans mon enfance qui, lorsqu’elle recevait de la visite, passait des bonbons une première fois, puis lorsqu’elle en passait une deuxième fois, espérait que personne n’en prenne parce que, d’après elle, la politesse consiste à ne jamais prendre deux fois de ce qu’on nous offre. Mais, devant les refus polis de la deuxième fois, elle insistait et faisait des scènes pour qu’on en prenne parce que c’était mépriser ses efforts que de refuser son offre. Donc, elle finissait toujours par gagner : Elle convaincait les invités de reprendre des bonbons et pouvait se plaindre le lendemain qu’elle avait reçu des impolis et des mal élevés.
Cette attitude peut se retrouver au travail quand un commis va trouver son patron pour lui dire qu’il n’est pas bien dans le rayon où il se trouve et qu’il se demande si son travail convient à cet endroit. Malgré les arguments du patron pour lui dire qu’il peut rester dans ce rayon-là, il finira par obtenir un changement d’affectation.
Dès qu’il aura obtenu cette mutation, il s’écriera en larmes : « C’est ça, je le savais, on ne m’apprécie pas dans cette fonction. On m’oblige à travailler dans un autre rayon. » On ne gagne jamais avec des personnes qui ont décidé d’avance qu’elles seraient victimes.
Mais avant de juger ces gens et de les considérer comme des êtres méchants, je crois qu’il faut s’interroger sur ce qui les a conduits à se comporter de la sorte. Quelles souffrances ont-ils endurées pendant leur enfance? Quelles sortes de parents ont-ils eus? Quels déterminismes sociaux permettent de conforter ce genre d’attitude? Espérons que, là comme ailleurs, des moyens de prévention pourront un jour être trouvés.
En attendant, la seule réaction responsable devant ce comportement consiste à mettre la personne face à ses propres contradictions et à ne pas hésiter à les exposer si nécessaire.
17 mars 2008
Assumer nos hivers
Les chutes de neige des dernières semaines ont mis à rude épreuve la patience des citadins surtout. On peut aimer ou pas l’hiver, on peut y trouver des avantages, des inconvénients, s’en plaindre ou s’en réjouir, tout cela est légitime, mais il ne faudrait surtout pas faire comme s’il n’était pas là.
Or, c’est notre tendance de postmodernes d’agir comme si nous étions toujours en plein été. Nous devrions au moins nous comporter en tenant compte des réalités hivernales et en tirer les leçons qui s’imposent.
Me voilà en bonne compagnie, car madame Denise Bombardier disait justement, dans sa chronique de l’édition des 15 et 16 mars 2008 du Devoir, que nous devrions cesser de nier l’hiver.
Toutefois, ce qui nous distingue de manière importante, c’est que loin de voir dans notre déni une faille morale, j’y vois plutôt une conséquence de l’idéologie turbocapitaliste.
En effet, pourquoi ne profiterions-nous pas des tempêtes de neige pour fermer les bureaux et les grandes surfaces? Les gens qui ont besoin de produit de première nécessité les trouveraient toujours dans les magasins de proximité. Les employés affectés au déneigement pourraient faire leur travail tranquilles sans être embarrassés par la circulation. Les citoyens ne risqueraient pas leur vie à se rendre au travail. Les familles pourraient en profiter pour admirer calmement la neige qui tombe et prendre du temps pour se parler. Et les maniaques du pelletage pourraient s’y livrer sans précipitation puisqu’ils ne seraient pas attendus dans l’heure.
Pourquoi donc ne pouvons-nous pas profiter d’un répit offert par la nature? Parce qu’il faut consommer. Parce qu’il faut absolument que l’on puisse rapporter aux enfants au plus vite les céréales au miel et aux fraises dont la boîte contient le dernier DVD du petit Jérémie. Parce qu’il faut absolument que madame Panet puisse acheter son lait de soya bio au chocolat. Parce qu’il est essentiel que l’on puisse acheter un banc de scie pour l’atelier qu’on ouvrira au mois de mai. Parce qu’il faut consommer. Parce qu’on l’a tellement entendu qu’on est arrivé à croire la devise du néolibéralisme : « Vous n’existez pas si vous ne consommez pas. » Il y a une très belle pièce de Jérôme Minière qui s’intitule : If you don’t buy, you die.
Il n’y a pas que les écoles qui devraient fermer les jours de tempête. Le système pourrait nous laisser souffler un peu.
10 mars 2008
Le pouvoir des foetus
La Chambre des communes du Canada a adopté en première lecture le projet de loi C-484 du député conservateur Ken Epp. Ce projet de loi est intitulé: Loi sur les enfants non encore nés victimes d'actes criminels.
On peut le consulter à l'adresse suivante: C-484
Le but du projet de loi est de faire en sorte qu'une personne accusée du meurtre d'une femme enceinte soit accusée de deux meurtres au lieu d'un.
Bien que le projet de loi stipule expressément à son article 3.7 que la modification au Code criminel ne vise pas:
"a) un acte posé relativement à une interruption légale de la grossesse de la mère de l’enfant avec le consentement de celle-ci",
cela constitue tout de même la création d'un statut juridique pour le foetus. Cette nouveauté pourra être invoquée pour octroyer des droits aux foetus et, éventuellement, pour justifier des reculs quant au droit à l'avortement.
Les groupes féministes ont très justement fait remarquer que les crimes contre les femmes enceintes relèvent généralement des problèmes de violence conjugale (voir article dans Presse-toi à gauche). Par ailleurs, il paraît absurde de créer une catégorie de meurtre double alors que le foetus n'est pas né. Cet étrange concept "d'enfant non encore né" risque de donner lieu à toutes sortes de dérives.
C'est ce même gouvernement qui a réduit le financement des groupes de femmes.
C'est ce même gouvernement qui veut introduire la censure dans le financement des oeuvres cinématographiques.
Il faudra nous en souvenir aux prochaines élections.
3 mars 2008
L'hétérosexualité conduit-elle à la pédophilie?
Étant donné que la très grande majorité des pédophiles se décrivent eux-mêmes et sont décrits par leur entourage comme hétérosexuels, peut-être y a-t-il lieu de chercher un lien entre ces deux réalités.
Bon, j'arrête mon char. Le titre de mon article est exagéré et l'on ne peut pas transformer une simple association de faits en causalité.
Et pourtant, on retrouve dans un article paru dans Forum, l'hebdomadaire de l'Université de Montréal, dans un article du 18 février 2008 sur la zoophilie, la phrase suivante: "elle [la zoophilie] est souvent liée à d'autres intérêts sexuels atypiques comme l'homosexualité ou la bisexualité."
On ajoute qu'il s'agit de l'une des trois caractéristiques "souvent attribuées à la plupart des paraphilies ou comportements sexuels déviants".
C'est exactement le procédé absurde que j'ai illustré au début de mon article.
D'abord que signifie souvent? À partir de combien de points de pourcentage peut-on parler de souvent?
S'il y a souvent des pédophiles qui sont religieux, est-ce qu'on peut dire que la religion est un facteur de pédophilie? Et si 35% des pédophiles sont religieux, c'est sans doute souvent, mais pas le plus fréquent. Alors, le concept de souvent est à manier avec prudence.
Ensuite à partir de quels critères l'homosexualité et la bisexualité sont-elles considérées comme atypiques? Les recherches sexologiques du vingtième siècle (Kinsey, Masters & Johnson, etc.) montrent plutôt que les comportements homosexuels et bisexuels sont assez fréquents, donc pas si atypiques que ça. Ils semblent même constitutifs de la nature humaine.
Laisser passer des affirmations aussi lourdes en ayant l'air de ne pas y toucher contribue à entretenir les préjugés et à brouiller les raisonnements. C'est irresponsable de proposer des associations de faits sans fournir de détails plus précis et ça ressemble fort à un jugement de valeur qui n'aide en rien à combattre l'homophobie.
25 février 2008
Différentes différences
Comme je l'écrivais dans le billet du 5 novembre 2007, certains religieux excellent dans l'art pervers de justifier leurs horreurs à partir des arguments même qui les condamnent.
La nouvelle recette à cet égard, utilisée tant par les religieux que par les partisans de la droite dure, consiste à se réclamer du droit à la différence. Ils accusent ceux qui attaquent leur pensée pernicieuse de ne pas accepter la différence.
Ainsi, quand au nom de la laïcité on a demandé au pape de ne pas faire de discours à l'Université de Rome en janvier dernier, nombreux sont ceux qui ont crié à l'intolérance et ont appelé à la possibilité de faire entendre la différence. C'est devenu l'argument préféré des personnes qui veulent l'intrusion de la religion dans la vie publique: faire une place à la différence.
Soyons clairs: il y a différentes sortes de différences et toutes les différences ne sont pas acceptables.
Voici quelques différences à rejeter parce qu'elles attaquent les droits humains:
--l'homophobie,
--le racisme,
--l'antisémitisme,
--la pédophilie,
--le sexisme,
--la torture,
--l'esclavage.
Pour ce qui est de la religion, cette différence est acceptable si elle se limite à la croyance. Dans ce cas, elle est réservée à l'esprit du croyant et elle n'attaque pas la liberté des autres. Si, au nom de la religion, on réclame le droit d'opprimer les femmes, de contraindre les fidèles et de répandre la haine, je regrette, ce n'est pas une différence acceptable.
On en reparlera le jour où les religions abdiqueront leur prétention à justifier l'oppression.
18 février 2008
Kokis: prétentieux et mal élevé
Je ne regarde à peu près jamais la télévision. Hier soir, mon conjoint et moi décidions d'allumer le téléviseur pour voir Tout le monde en parle. Il y avait Michel Drucker. Je sais, c'est kétaine, il aime tout le monde, on ne lui connaît pas d'opinion politique ferme, mais c'est tout de même vrai qu'il a fait beaucoup pour les chanteurs québécois en France et, après tout, ça fait du bien parfois de voir et d'entendre des gens aimables.
Puis, il y avait Pauline Marois. Je ne suis pas un fan, on s'en doute, mais nous voulions voir comment elle se débrouillerait. Elle aspire à gouverner le Québec, on a intérêt à l'entendre et à analyser son discours.
Aussi, il y avait Sergio Kokis. J'espère qu'il est bon écrivain (je n'ai pas encore lu son roman, La gare, que j'ai acheté l'an dernier) pour se faire pardonner sa personnalité insupportable. Cette prétention et cette ignorance sont parfaitement imbuvables.
Je ne voulais pas parler de son accent, car les accents sont charmants (celui des Français est sexy, le nôtre est sympathique, celui des slaves est séduisant, etc.), mais il est évident par son discours que le jugement qu'il porte sur la langue ne relève que de ça et non pas d'une véritable connaissance du système langagier. Alors, cet homme qui a toujours un accent à couper au couteau méprise l'accent des Québécois et forge son jugement là-dessus poussant l'outrecuidance jusqu'à conseiller à madame Marois de subir des tests de français, elle qui n'avait commis aucune faute de syntaxe, mais une imprécision lexicale (elle a employé élaboré plutôt que riche ou varié pour parler du vocabulaire). Alors que, lui, en trois phrases a commis deux fautes de syntaxe: sauter sur le tramway, on saute dans un tramway et il y avait quelque chose à apprendre avec cette commission au lieu de apprendre de cette commission.
La jeune Laetitia Angba s'exprimait fort bien, mais avec les expressions de son âge comme tous les jeunes. La différence avec les autres Québécois qui l'entourent est son accent, acquis pendant son éducation. Monsieur Kokis trouve qu'elle s'exprime parfaitement en français, il devrait alors reconnaître que les jeunes Québécois qui s'expriment avec les mêmes mots qu'elle s'expriment aussi parfaitement, mais non, il ne le reconnaîtra pas, parce que c'est l'accent "plouc" qui l'agace.
Mais le comble, ce fut lorsqu'il se permit de réclamer un verre de vin sans se préoccuper de ce que madame Marois lui disait. Prétentieux et mal élevé, je vous dis.
Ce genre d'attitude ne révèle que la faiblesse intérieure de ceux qui l'adoptent. Merci, Madame Marois, de ne pas vous être fâchée, même s'il aurait mérité une bonne correction (verbale, s'entend).
11 février 2008
Suicide
La semaine dernière, c'était la semaine de prévention du suicide au Québec. Au cours d'une présentation sur le sujet à l'Assemblée générale du Conseil central du montréal métropolitain de la CSN, les participants ont eu l'occasion d'apprendre tous les ravages que peut causer un suicide dans un milieu de travail.
Le mal touche toutes les couches de la population, mais surtout les hommes. Il est important de ne pas prendre à la légère tout signal de détresse à cet égard. Dès que quelqu'un parle d'idéation suicidaire, il faut être à l'écoute. Il ne faut pas hésiter non plus à référer au numéro de prévention 1 866 APPELLE.
Le soir même au journal télévisé, je vois une vidéo qui circule sur le Net et qui montre un jeune se faire tabasser. Le fier-à-bras qui a réalisé l'exploit ne se gêne pas pour traiter l'autre de tapette. Les jeunes à qui on a montré la vidéo semblaient trouver cela fort amusant.
L'homophobie est très présente dans les cours d'école et dans les écoles secondaires. Fif, gai et tapette sont les pires insultes que l'on puisse adresser à un jeune. Devant tant de méchanceté, comment un jeune peut-il avoir une bonne estime de soi? Ce sentiment essentiel pour faire face aux difficultés de la vie sans songer à se supprimer.
Il y a un autre aspect aux conséquences du suicide que j'ai trouvé fort troublant. Il y a de très nombreuses années, une personne que je connaissais bien s'est donné la mort. J'ai appris plusieurs années plus tard que certaines personnes de son entourage s'en trouvaient très heureuses et bien débarrassées. Je n'ai pas de mot pour vous dire la rage que j'ai ressentie en découvrant cela.
Ainsi, non seulement le suicide ne règle rien et laisse triste les personnes qui vous aiment, mais cela fait plaisir à vos ennemis. Ne cédez pas à la méchanceté, ne cédez pas à l'homophobie, accrochez-vous à ceux qui vous aiment et n'écoutez jamais personne qui prétend trouver une solution dans le suicide. 1-866-277-3553
4 février 2008
Autres dérives médiatiques: croyances et préjugés
Sous l'influence des sondages de préférence dont nous sommes bombardés, nous avons tendance à confondre sentiment et opinion. Dire que telle boisson gazeuse est meilleure que telle autre, ce n'est pas une opinion. Penser que monsieur Untel ferait un meilleur premier ministre n'est pas nécessairement non plus une opinion.
Le sentiment relève d'une impression gardée à la suite d'une sensation ou d'une émotion. Par exemple, une personne qui débarque à Montréal en plein juillet sous une atmosphère humide pourra garder le sentiment que Montréal est une ville tropicale.
L'opinion est une orientation choisie à partir des arguments, ceux-ci étant des faits orientés sur une échelle argumentative. Par exemple, sur l'échelle "s'habiller chaudement", le fait "il fait -35 degrés Celsius" est orienté très positivement et me permet d'avoir l'opinion: "Je dois m'habiller chaudement aujourd'hui."
Cette confusion entre sentiments et opinions traverse tous les discours médiatisés, et contribue à répandre des croyances et des préjugés tenaces.
J'illustrerai ce genre de fausses conclusions que l'on peut tirer à partir de trois exemples récents: le discours de Mario Dumont sur la réforme scolaire, le halo autour du Superbowl et l'influence des prix sur l'évaluation des vins.
1. Il fallait entendre Mario Dumont vers la fin de la semaine dernière au micro de C'est bien meilleur le matin où il essayait de dire quelque chose de concret au sujet de la réforme au secondaire. Outre quantité d'énoncés vagues et nébuleux enrobés de commentaires négatifs, il n'a su que répéter ce que l'on entend partout, soit que la réforme sacrifie les connaissances. Or, la réforme, dans laquelle il faut noter qu'il n'y a pas que du mauvais, ne dit nulle part qu'il faut sacrifier les connaissances. Certes, elle insiste sur les processus et sur des procédés plus englobants, mais comme l'enseignant reste maître du choix de sa pédagogie, il lui est tout à fait possible de faire primer les connaissances.
Il y aurait long à dire sur ce débat particulier, mais ce qui importe pour mon propos ici, c'est que peu d'opinions sont émises à son sujet, car on n'utilise que rarement les faits qui peuvent servir d'arguments. On se base plutôt sur des impressions qui nourrissent les sentiments.
2. Le Superbowl est présenté comme l'événement sportif le plus important au monde. Il faudrait bien appuyer ces dires prétentieux et un peu délirants sur de véritables statistiques plutôt que sur de vaseuses généralisations. Les États-Uniens jouent sur une ambiguïté de la langue en reprenant le fait bien connu que le football est le sport le plus populaire au monde, un fait documenté par le nombre de joueurs dans le monde et le nombre de fans. Or, le football dont il est question ici est le vrai football, c'est-à-dire ce que l'on appelle le soccer.
Autre fait artificiellement gonflé, on nous fait croire que les Chinois regardent le Superbowl et qu'un milliard de personnes seront devant le petit écran. La réalité est beaucoup plus décevante: la diffusion du match est accessible en Chine (où à peu près personne ne sait ce qu'est le football états-unien) et si tout le monde qui a accès à la diffusion du match sur la planète le regardait effectivement, cela ferait un milliard de personnes.
Ça me rappelle les publicités pour American Express que je voyais à la télé étant petit. On y disait que cette carte était la plus acceptée au monde. Or, elle était acceptée uniquement aux États-Unis et dans certains commerces canadiens. Plus de vingt ans plus tard (dans les années 80), il était encore difficile pour un États-Unien de faire reconnaître sa carte en Espagne ou en France en dehors de Paris. Les États-Uniens confondaient les frontières de leur pays avec celles du monde. C'est un air connu, le monde s'arrête aux marches de l'Empire.
3. Dans l'édition des samedi 19 et dimanche 20 janvier 2008 du Devoir (en page D4), Fabien Deglise rapportait les résultats d'une étude montrant que les personnes qui goûtent un vin au prix élevé sont préconditionnées à le trouver meilleur que si on leur dit que le prix est bas. Ce phénomène n'a rien d'extraordinaire. On trouve toujours plus belle une chemise de grande marque qu'une autre même si cette dernière peut avoir plus de qualité esthétique. On se laisse donc influencer par ses croyances et ses préjugés.
De là à croire que les spécialistes en matière de vin sont tous des charlatans et des fumistes, il y a un pas qu'il faut refuser de franchir.
Quand on déguste des vins, il faut noter les sensations qu'il procure et y attribuer une note. Cela a pour résultat que les vins très chers du Nouveau-Monde (États-Unis, Afrique du Sud, Amérique du Sud, Australie et Nouvelle-Zélande), lesquels cherchent à obtenir de bonnes notes justement en haussant indument les prix, n'obtiennent pas de si bonnes notes quand on les compare à des vins bien faits mais beaucoup moins chers venant de la Vieille Europe. De même, certains vins européens bénéficiant de leur réputation sont peu estimés quand on les analyse à l'aveugle. J'ai été à même de la constater maintes fois. Le snobisme et le marketing par le prix existeront toujours, mais le sens de la mesure aussi; il suffit de s'appliquer.
Conclusion: évitons de généraliser nos sensations, méfions-nous de nos croyances et de nos préjugés, appuyons-nous sur des arguments, donc des faits vérifiables, et nous aurons un meilleur esprit critique.
28 janvier 2008
Information; désinformation
Samedi dernier, 26 janvier 2008, la Confédération des Syndicats nationaux (CSN) organisait un débat sur le droit de grève dans le cadre de la journée mondiale d'action des Forums sociaux mondiaux.
Nous avons eu l'occasion d'y constater que, bien que les grèves soient devenues beaucoup plus rares que dans les décennies précédentes, elles sont aujourd'hui beaucoup moins bien tolérées.
On a fait référence au glissement de concepts qui s'est opéré entre ceux d'usager et de client. Si un usager a certains droits quant au service de transport en commun par exemple, on ne peut en dire autant de tout client d'un magasin. Les services essentiels sont devenus un prétexte pour interdire presque toute manifestation de grève. La paranoïa à laquelle nous avons assisté lors de la grève légale des employés de garage de la Société de transport de Montréal montre à quel point on refuse le moindre effet négatif d'une grève. Il est pourtant entendu qu'une grève ne saurait contribuer au rapport de force entre les employés et l'employeur si elle n'avait absolument aucun effet négatif.
Ce fut encore plus ridicule dans le cas de la grève à la Société des alcools du Québec, où certains réclamaient l'intervention du gouvernement comme si l'accès à l'alcool était un service essentiel.
Monsieur Paul Brunet, président du Conseil pour la protection des malades (CPM), a fait valoir qu'il fallait tenir compte des besoins de la population et qu'en définitive, c'est elle qui devrait avoir le dernier mot.
Ma réponse à cette remarque est que l'on veut bien que la population puisse décider, mais il faut pour cela qu'elle soit bien informée et qu'elle soit consultée pour vrai. Quelqu'un dans la salle a fait remarquer que les infirmières en 1999 avaient l'appui total de la population, mais cela n'a pas empêché le gouvernement d'intervenir sauvagement dans leur conflit.
Je signale aussi que nous avons assisté l'an dernier, dans le cas du conflit de travail au Cimetière Notre-Dame-des-Neiges, à une odieuse désinformation visant à jeter le blâme sur les syndiqués alors que l'arrêt de travail était la responsabilité de l'employeur qui interdisait à ses employés l'accès au site de travail.
Encore une fois, le rapport dans les médias de cette journée du 26 janvier a été mince et anecdotique. On a parlé de 300 personnes défilant dans la rue Sainte-Catherine alors qu'il y avait plutôt entre 1500 et 2000 personnes.
Quoi qu'il en soit, comment voulez-vous que la population ait une opinion éclairée si elle n'est pas vraiment consultée et si elle est constamment désinformée?
Pour l'instant, le dernier mot appartient aux gouvernements et au capital.
21 janvier 2008
Business as usual
Est-ce parce qu'il fait froid et que nous avons envie d'hiberner comme des ours, est-ce parce que les Canadiens ont la fibre dictatoriale et qu'ils trouvent normal qu'un gouvernement ne respecte pas les règles établies en matière de gestion démocratique, mais à part quelques éditoriaux, on n'a pas vu de grande indignation devant le scandaleux renvoi de madame Linda Keen, ancienne présidente de la Commission canadienne de sûreté nucléaire.
C'est très grave. Madame Keen a été congédiée parce qu'elle a fait son travail. Ce dernier consistait à s'assurer de la sécurité des réacteurs nucléaires au Canada. Le ministre des Ressources naturelles a utilisé un prétexte hypocrite, l'arrêt du réacteur nuisait à la production d'isotopes radioactifs utilisés en médecine, alors que la sécurité était en jeu, d'autant que les fameux isotopes ne seraient utiles qu'au diagnostic pas au traitement. Une pareille attitude est digne de petits potentats dictatoriaux et est parfaitement inadmissible dans une démocratie moderne.
Sauf chez quelques éditorialiste, où sont les demandes de démission? Un tel gouvernement, minoritaire, faut-il le rappeler, ne mérite pas la confiance du peuple. Imaginez ce que ce serait s'il était majoritaire! Est-ce parce que les Canadiens sont trop indolents et qu'on craint qu'ils accordent leurs voix à ces machiavels de pacotille que l'on ne cherche pas à les défaire?
Ce gouvernement se soucie de l'environnement comme d'une guigne. Il démet les fonctionnaires qui lui disent la vérité et soutient les appétits guerriers des voisins.
Ça ne sent vraiment pas bon. Et, pendant ce temps, vous vaquez à vos affaires sans vous inquiéter.
14 janvier 2008
Parents méchants
Aujourd'hui, je lis Petit Guide du parent infâme, une plaquette que je me suis procurée sur le Net auprès de la maison d'édition Jets d'encre.
Cette brochure contribue à briser le tabou selon lequel il faut absolument aimer ses parents. Qui n'a pas souffert dans les générations des 50 ans et plus du "Honore ton père et ta mère"? Ce mot d'ordre justifiait n'importe quel crime et interdisait toute plainte de la part des enfants.
Il y a des parents, figurez-vous, qui se faisaient un devoir de dire : "Il faut obéir à ses parents même quand ils demandent de faire le mal, c'est le Bon Dieu qui veut ça."
Si la grande majorité des parents aiment leurs enfants, ça ne signifie pas qu'ils savent toujours s'y prendre. Micheline Lanctôt s'est attaquée courageusement à cette illusion que les parents, et les mères surtout, sont par définition des êtres exemplaires dans son film Le mythe de la bonne mère.
Par ailleurs, il y a des parents monstrueux, il y a des mères monstrueuses, et la valeur des bons parents en est d'autant plus grande que, justement, ce n'est pas automatique d'être un parent équilibré. Les enfants qui ne parlent plus à leurs parents ne sont pas nécessairement des ingrats. Ce sont peut-être tout simplement des gens qui ont envie de vivre enfin normalement.
Que dire d'une mère qui entretient ses enfants dans la dépendance affective, qui les rend malades à force. Que dire d'une mère qui harcèle ses enfants pour qu'ils lui laissent leurs propres enfants à garder. Une fois qu'elle a bien insisté, qu'elle a rendu ses enfants coupables de ne pas lui laisser garder ses petits-enfants, ils finissent par céder. Alors, la grand-mère a tout le loisir de se vanter de suppléer à ses enfants incapables, et de se plaindre de la surcharge de travail qu'ils lui imposent. Vous trouvez ça gros? Je connais pourtant au moins deux cas de mégère semblable. Et, visiblement, d'après Mary Mac Laggan, auteure du livre dont je parle, les cas ne sont pas si rares.
Les mères manipulatrices ne manquent pas. Quand ce n'est pas trop grave, ça peut aller, quand ça vire au sadisme, c'est très inquiétant. Sur un mode humoristique, madame Mac Laggan donne des conseils pour toujours rabaisser les enfants. Exemple en page 32: "Parlez toujours à votre enfant comme à un débile, en adoptant une petite voix flûtée et ralentie." Ça ne vous rappelle rien? C'est aussi la technique des narcissiques, le parler gnan-gnan, auquel je faisais référence dans le billet du 24 septembre 2007.
Lors d'un bref passage à Londres, j'ai vu une affiche qui demandait: "Croyez-vous que les enfants de la rue soient coupables?" Et l'organisme d'aide qui a produit l'affiche répondait quelque chose comme oui, nous croyons qu'ils sont coupables de fuir un foyer violent. De quoi faire réfléchir.
Constater qu'il y a de méchants parents, c'est aussi reconnaître qu'il y en a de bons. Être réaliste à cet égard ne peut qu'être bénéfique à tout le monde.
On peut contacter l'auteure du livre sur le site Parent infâme. Et, comme disait Voltaire, combattons l'infâme!
7 janvier 2008
Ce qui est plus grand que nous
Dans notre société, où l'individualisme effréné fait oublier la part que chacun doit aux autres, il est particulièrement paradoxal de constater à quel point l'être humain des sociétés développées est absolument dépendant des autres alors qu'il se prétend parfaitement autonome et indépendant.
L'autarcie individuelle (c'est-à-dire la capacité de se fournir tout seul en biens et aliments pour assurer complètement sa survie) est devenue impossible, sauf dans de rares contrées isolées.
Aux individualistes de tout poil qui essaient de me convaincre qu'ils se débrouillent tout seuls, je suggère l'exercice suivant: installez-vous tout nu sans aucun accessoire dans une forêt (peu importe la saison, mais ça sera encore plus probant en hiver) et tâchez de vous débrouiller sans faire appel à quiconque.
Jamais, dans l'histoire de l'humanité, les êtres humains n'ont tant eu besoin des autres alors que jamais ils n'ont tant cru pouvoir s'en passer.
Dans une fort intéressante exposition consacrée à Benjamin Franklin par le Musée des Arts et Métiers de Paris (en cours jusqu'au 30 mars 2008), j'ai eu le plaisir de lire une pensée de Rousseau selon qui la liberté correspond au choix des contraintes mutuellement consenties. J'ai aussi pu savourer cette merveilleuse pensée de Franklin citée dans son Almanach du Bonhomme Richard: "Tout le bien qu'un particulier peut accomplir ne vaudra jamais celui que peut réaliser une collectivité qui s'en donne la peine."
Ce qui est plus grand que nous, ce qui nous transcende, ce n'est pas une quelconque déité ni une chimérique religion, mais bien la société dont nous faisons partie parce que l'être humain est un animal social et qu'il n'est rien sans l'apport de ses semblables qui l'aident à construire sa liberté.
Il est désolant de voir des penseurs comme Charles Taylor essayer de trouver au fond du firmament le souverain bien pourtant visible au bout de notre nez: le "vivre ensemble". À propos de Taylor, je vous signale un article de grande qualité, publié par le Mouvement laïque québécois, sous la plume de Marie-Michelle Poisson dans le numéro 10 de la revue Cité laïque actuellement en kiosques. On y traite de la position idéologique du philosophe: il se situe parmi les penseurs qui rejettent les progrès apportés par Les Lumières. Vous le trouverez en allant sur le site MLQ et en cliquant sur Publications dans le menu de gauche.
Renvoyez les obscurantistes à leurs devoirs!
17 décembre 2007
Mélange des fêtes
***À la suite de mon billet de la semaine dernière sur les personnes intersexuées, j'ai reçu un message d'une personne que je connais. Ce que je ne savais pas, c'est que cette personne faisait partie du groupe dont j'ai parlé et qu'elle avait dû subir une opération.
Je cite ici un extrait de son message: "Monsieur-madame-tout-le-monde ne voit pas la violence qu'il-elle exerce lorsqu'il-elle emploie des catégories binaires, nettes et tranchées. Comment le regard médical et la sélection TOTALEMENT arbitraire de critères de «différence de sexe» (clitoris de 0,8 cm maximum pour un bébé «fille»; pourquoi pas 1,1 ou 0,5 ou 0,9?) est la cause d'un profond sentiment d'étrangeté chez les personnes qui sont reléguées à l'extérieur du «normal» et de l'intelligible."
Nous ne savons pas la souffrance que nous imposons par notre confort et notre insouciance.
***La Commission Bouchard-Taylor a terminé ses audiences. Les médias ont-ils fait écho aux préoccupations du Mouvement laïque québécois? A-t-on beaucoup entendu parler des athées?
C'est à croire que l'athéisme est plus tabou que l'homosexualité. Je me souviens par exemple que lorsque Janette Bertrand a fait son coming out médiatique comme athée, elle l'a fait à Radio Canada (dont les auditeurs sont en principe plus tolérants) dans une émission d'avant-midi (alors qu'il y a moins d'écoute que tôt le matin ou qu'en fin d'après-midi) et en plein été (alors que peu de gens écoutent la radio).
***Je prends congé pendant quelques semaines, à moins que l'actualitè ne m'enrage trop. J'ai plein de corrections à faire d'ici la rentrée de janvier.
Passez de belles Fêtes!
10 décembre 2007
Les personnes intersexuées
On n'en parle pas souvent, mais environ une personne sur 2500 naît avec des organes sexuels des deux sexes ou une apparence morphologique située quelque part entre les deux. Attention, j'ai bien dit "des organes" pas "les organes". Il y a donc une espèce de doute quant au sexe auquel appartiennent ces personnes pour la simple et bonne raison qu'elles n'appartiennent pas à l'un ou l'autre, mais à l'un et l'autre. La nature n'est pas binaire; elle fonctionne en continuum.
Il ne s'agit pas ici d'orientation sexuelle (homo, hétéro ou bi) ni de genre social (homme ou femme), mais bien de sexe physiologique. Leur conformation biologique et chromosomique fait en sorte que ces personnes ne sont pas dans l'un des pôles, mais quelque part entre les deux.
Ces personnes autrefois appelées hermaphrodites sont aujourd'hui appelées des personnes intersexuées, ce qui est beaucoup plus juste.
Par le passé, on assignait automatiquement, dès la naissance, par opération médicale un sexe à ces personnes. Dans d'autres cas, quand la différence était peu perceptible, le problème se posait à l'adolescence et on forçait l'individu à faire un choix. On le fait encore trop souvent.
De plus en plus, ces personnes refusent cette obligation de choisir un sexe alors qu'elles n'appartiennent ni à l'un ni à l'autre. Elles veulent être reconnues pour ce qu'elles sont et être respectées comme elles sont.
Elles ont absolument raison et elles doivent prendre leur place. Nous devons comprendre qu'il y a un continuum et que parler uniquement de deux sexes est discriminatoire à leur endroit. Il ne s'agit pas de parler d'un troisième sexe, mais bien de reconnaître le caractère continu entre les deux pôles.
Quand j'ai évoqué, dans une réunion, la possibilité de parler d'égalité "peu importe le sexe" plutôt que "des deux sexes", je me suis fait répondre que l'hermaphrodisme fonctionnel n'existait pas. Cela me fait une belle jambe! Les personnes intersexuées existent et les forcer à choisir un sexe ou, pis encore, leur assigner un sexe à la naissance est à mon avis un crime.
Il existe de nombreux sites d'information sur la question. Au Québec, on pourra consulter le site francophone de l'Organisation internationale des Intersexués OII. Dans le menu de gauche en haut, vous trouverez le lien avec le site francophone pour le Québec ou pour l'Europe.
Connaître des réalités qui dérangent notre conception du monde nous met mal à l'aise. Pour être réalistes, les humains ne doivent pas songer à faire entrer le monde dans leurs conceptions étroites, mais bien élargir leurs conceptions pour y faire entrer le monde.
Et je manquerais à mon devoir d'enseignant si je confortais l'ignorance et les préjugés: "Inquiéter, tel est mon rôle. Le public préfère qu'on le rassure. Il en est dont c'est le métier, il n'en est que trop." (André Gide, Journal)
3 décembre 2007
Accommodements religieux
La question des accommodements raisonnables a été transformée en déversoir de toutes les inquiétudes sur la diversité sociale et nos rapports avec le religieux.
Vous trouverez ici quelques extraits d'un mémoire soumis à la Commission Bouchard-Taylor, qu'elle n'a pas le temps d'entendre en séance. Vous pourrez aussi en trouver le texte complet à la fin de la page "Athéisme" de mon site (le document sera accessible dans quelques jours) à l'adresse suivante: Athéisme.
Le mémoire est présenté à titre d'athée.
En regard de la grande place qu’on accorde aux croyants de toutes sortes, l’espace qui est accordé aux
athées est loin de correspondre à la dimension qui devrait être la sienne. Il est donc primordial que nous
prenions la place que nous méritons.
« Au sens juridique, l’accommodement raisonnable est une conséquence du droit à l’égalité et à la
protection contre la discrimination. C’est une mesure corrective qui vise à assurer qu’une personne puisse
avoir accès aux mêmes emplois, établissements ou services que les autres, peu importe ses caractéristiques
personnelles : âge, handicap, religion, langue, etc. Fait à souligner, l’accommodement raisonnable est fait
en faveur d’un ou de plusieurs individus précis et non d’un groupe. » ( |
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