20 mai 2013
Divertimento
On a toujours l'impression que, quand ça vient d'une langue étrangère, c'est plus précis, ça «sonne mieux», ç'a plus de charme. Les anglos emploient des mots français dans leurs textes pour faire «chic», les francos des mots italiens pour faire savant, des mots anglais pour faire cool, etc.
Ce n'est que normal, il n'y a pas de quoi fouetter un chat. Ce qui l'est moins, c'est lorsqu'on est colonisé au point de croire que les expressions d'une langue sont meilleures, plus justes ou plus efficaces que l'autre. Je songe ici à ceux qui sans cesse s'exclament que c'est donc mieux et plus percutant en anglais, que les anglo-américains l'ont donc l'affaire!
Je connais pourtant nombre de cas où la traduction française de textes états-uniens est, à mon avis, fort supérieure.
La grande majorité des littéraires reconnaissent qu'Edgar Allan Poe est plus intéressant en français qu'en anglais, parce qu'il a été traduit par Baudelaire. Pour se rapprocher de notre époque et de la culture populaire, j'ai toujours trouvé que la version française de The Sound of Music était meilleure.
En anglais do-ré-mi-fa-sol-la-si deviennent doe, ray, me, fa', sow, la, tea et leurs illustrations «sow a needle pulling thread, la a note to follow sow» sont plutôt alambiquées alors que la seule difficulté en français était avec fa dont on a décidé que c'était «facile à chanter».
Que dire maintenant de la devise de Star Trek: «To boldly go where no man has gone before» finalement désexisée fin des années 80 en «To boldly go where no one has gone before» traduite par un très efficace «au mépris du danger, avancer vers l'inconnu» non sexiste dès le point de départ et plus proche encore des intentions. Cette traduction fut améliorée par la suite en «au mépris du danger, reculer l'impossible», expression dotée d'une puissance d'évocation nettement supérieure à l'originale.
En publicité, je me rappelle d'une discussion où certains se plaignaient de la traduction du slogan de Gillette «The best a man can get» en «la perfection au masculin». Il y a dans l'original un jeu de mots sur «ce qu'un homme peut obtenir/devenir de mieux», mais la traduction aussi comporte un jeu de mots qui aura peut-être échappée aux moins subtils: c'est la perfection du masculin, et c'est la perfection un mot féminin, dont on fait du masculin. Personnellement, le côté plus matérialiste du slogan anglais me rebute alors que le côté esthétique de la version française me séduit.
Et pour ne prendre qu'un exemple du passage à l'inverse, qui dira que The Tin Flute rend mieux l'esprit du roman de Gabrielle Roy que Bonheur d'occasion. Je sais, je suis de mauvaise foi et je prends les exemples qui m'arrangent, exactement ce que font les partisans de: «les traductions ne rendent pas justice à l'original». On peut faire moins bien, aussi bien, et parfois mieux.
Décolonisons nos esprits!
13 mai 2013
Les monstres politiques
Est-ce parce que nous n'enseignons pas assez l'importance du politique par opposition à la politique politicienne? Est-ce parce que les médias et une grande partie des élites elles-mêmes considèrent le monde politique comme un cirque? Est-ce parce qu'on a convaincu la population qu'elle devait être spectatrice alors qu'elle devrait être l'acteur principal?
Toujours est-il que nous avons ainsi créé des monstres politiques, tel ce Jean Charest qui trouvait tout à fait normal d'appeler un juge pour l'influencer, fin des années 80, et qui s'excusait non d'avoir commis le geste, mais de s'être fait prendre. Tels ces élus municipaux qui estiment dans l'ordre des choses que d'utiliser leur position pour se servir dans l'assiette au beurre et au passage graisser les pattes de leurs petits copains. Tels ces péquistes qui trouvaient toutes naturelles les manifestations contre le gouvernement libéral, parce qu'ils croyaient qu'elles étaient en leur faveur, mais insupportable la volonté de manifester pour contester leurs décisions à eux.
C'est une monstruosité que de vouloir asservir la population à la politique politicienne, alors que le printemps érable a été une magnifique révélation de la découverte du politique par un nombre important de citoyennes et de citoyens.
Mais qu'a de plus pressé le gouvernement péquiste? Pas d'enquêter sur l'épouvantable répression policière ordonnée par le gouvernement précédent! Non, car cette répression, il la pratique lui-même à son avantage. Sa commission spéciale a pour but de trouver des moyens pour que la population ne prenne plus la rue. En clair, inventez-nous des façons d'étouffer la grogne populaire afin que la seule chose qui compte, le commerce, puisse s'épanouir sans contrainte.
Si nous avions des politiques au gouvernement, plutôt que de petits politiciens, ils chercheraient des moyens pour que la population ait davantage de possibilité de s'investir dans le politique. Ils ouvriraient la possibilité pour les quartiers, les villes et les villages de s'exprimer dans les rues, les chemins, les places publiques. Ils se demanderaient comment créer des mécanismes pour répondre rapidement aux besoins des populations. Ils ne chercheraient pas à inventer des moyens pour réprimer les manifestations avant même qu'elles aient lieu.
6 mai 2013
La peur des apparences
Des milliers d'occasions peuvent illustrer cette crainte des faux-semblants, mais deux exemples récents m'y ramènent.
Le premier m'est fourni par une visite dans un syndicat la semaine dernière. Je me suis trouvé en présence d'une personne qui, tout en se plaignant du manque d'information et d'engagement de beaucoup, trouvait que l'appellation «camarade» pouvait en rebuter certains. Au cours de son intervention, elle apporta un argument dont elle ne compléta pas la teneur en énonçant «Mais quand on connaît l'histoire, le sens et l'origine des mots...» sans terminer sa phrase.
C'est avec grande déception que je constatai qu'elle ne tirait pas la bonne conséquence. En effet, quand on connaît l'histoire, l'origine et le sens du mot «camarade», on se rend compte que c'est la meilleure appellation pour des gens qui partagent le travail ou certaines conditions sociales ou le même projet politique.
Le mot vient d'abord du jargon militaire espagnol, où il désignait celui qui partage la chambre d'un autre. Les deux co-chambreurs étaient donc des camarades. Le Dictionnaire historique de la langue française du Petit Robert nous apprend que le mot «camaraderie» au sens où on l'emploie aujourd'hui apparaît déjà sous la plume de Madame de Sévigné en 1671.
Au XIXe siècle, les syndicalistes, les socialistes et les communistes ont avec raison utilisé le terme puisqu'il désigne cette condition commune beaucoup mieux que «frère» ou «soeur» et encore mieux que «collègue» dont les relents corporatistes me gênent. Le collègue ne se détache pas de sa condition professionnelle alors que le camarade embrasse tous les aspects des conditions partagées, la solidarité sociale en somme.
Que l'expression «camarade» ait été dévoyée sous des régimes totalitaires ne devrait pas nous empêcher de nous en servir, pas plus qu'on ne devrait cesser de parler d'amour parce que les religions chrétiennes ont commis de nombreux crimes en son nom ou que les hommes ont dominé des femmes sous ce prétexte.
Et voilà qui m'amène à mon second exemple. En fin de semaine, c'était le congrès de Québec Solidaire. Il y a eu débat sur la nécessité ou non de faire alliance avec d'autres partis en campagne électorale ou autrement. A été évoquée la crainte de la perception qu'on aura de nous si on ferme la porte à des alliances avec d'autres partis souverainistes. Que diront les médias?
Un parti qui s'attaque au capitalisme ne peut pas avoir bonne presse. Se préoccuper de la façon dont on sera présenté dans les médias ne peut en aucune façon déterminer les choix politiques. Avec qui Québec Solidaire doit-il faire alliance? Avec les citoyennes et les citoyens, car ce sont elles et eux qui voteront pour la justice sociale.
29 avril 2013
Pour nos camarades intersexes
J'ai parlé la première fois de ces personnes le 10 décembre 2007. Nous devrions en parler un peu plus souvent, engoncés que nous sommes dans notre confort binaire.
En tout cas, l'occasion m'en a été offerte par l'activité de l'Université populaire de vendredi dernier au café l'artère: «Regard sur l'intersexe».
La discussion qui a suivi a été fort éclairante, car il s'en trouve au nom de la raison pour justifier les mutilations qu'ont pu subir, et subissent encore, les personnes intersexes. Il faut rappeler ici que l'on a très souvent fait des opérations chirurgicales pour transformer les personnes intersexes en fille (le plus fréquent) ou en garçon. On l'a fait avec ou sans l'accord des parents et, la plupart du temps, sans aucune consultation de l'enfant. Comprendre que le corps médical veut bien faire est une chose, mais penser que c'est «raison» en est une autre.
Forcer des gens à choisir d'être autre chose que ce qu'ils sont est une violence dont les conséquences sont incalculables. Plus grandes encore lorsqu'on décide à leur place et qu'on ne leur en parle même pas. Je proposerais d'être à l'écoute et d'accepter que nous n'avons pas à obliger nos camarades intersexes à entrer dans les petites cases «mâle» ou «femelle».
On lira avec intérêt le communiqué du Second forum intersexe international de l'ILGA (International Gay and Lesbian Association), qui s'est tenu du 9 au 11 décembre 2012 à Stockholm.
Je terminerai par ces mêmes mots qu'en décembre 2007: Et je manquerais à mon devoir d'enseignant si je confortais l'ignorance et les préjugés: "Inquiéter, tel est mon rôle. Le public préfère qu'on le rassure. Il en est dont c'est le métier, il n'en est que trop." (André Gide, Journal)
22 avril 2013
Politiques au service de qui?
Le 28 août 2012, quelques jours avant les élections, madame Pauline Marois fait un discours devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain où elle se déclare «la meilleure alliée des entrepreneurs».
Peu après son élection, elle ne tardera pas à retourner devant ce même cénacle, soit le 9 novembre 2012, pour y parler d'enrichissement et de rigueur économique.
Le 13 novembre 2012, plus de 50 organismes représentant des centaines de milliers de citoyens demandent une rencontre avec la première ministre pour discuter de la nécessité d'une commissioin d'enquête publique et indépendante sur les dérapages policiers du printemps 2102. La réponse fut le silence le plus complet.
Le 1er février 2013, le Conseil central du Montréal métropolitain de la CSN, le Regroupement intersectoriel des organismes communautaires de Montréal et le Regroupement des organismes communautaires famille de Montréal unissent leurs voix pour demander un rencontre avec Jean-François Lisée, ministre responsable de la région de Montréal, afin de discuter du problème que représente l'intrusion des fondations privées dans les orientations sociales du gouvernement. La réponse fut le silence le plus complet.
Malgré des relances récentes à l'une et à l'autre, la réponse est toujours le silence le plus complet.
Pierre-Karl Péladeau dit à la première ministre qu'il aimerait bien «servir» le Québec. Elle ne tarde pas à nommer ce magnat de la presse à la présidence du conseil d'administration d'Hydro-Québec procédant à ce que certains ont appelé très justement la berlusconisation du Québec.
Au printemps dernier, quand monsieur le maire Tremblay de Montréal implorait que cessent les manifestations parce que ça déplaisait aux commerces, je lui ai demandé si c'était les commerces ou les citoyens qui élisaient les maires. Si les maires devaient s'occuper de la population d'abord ou des commerces en priorité. La réponse fut le silence le plus complet.
Le message est tristement clair: les politiques sont élus par les citoyens, mais ils gouvernent au service du commerce.
15 avril 2013
Paradoxes de l'information
Jamais nous n'avons eu accès à autant d'informations. Les sources sont diversifiées, riches et nombreuses. Il n'est même plus nécessaire de se fier aux médias de masse, on peut aller chercher les renseignements qui nous intéressent par les canaux qui sont les plus près de nos préoccupations et ainsi obtenir des nouvelles avant même le grand public.
Mais, alors que 50 sources différentes proposant 20 nouvelles différentes devraient nous fournir 1000 renseignements nouveaux, la concurrence entre les différentes sources pour s'arracher le chaland fait en sorte que les 50 diffuseurs se disputent la clientèle en nous présentant chacun 10 fois les deux mêmes manchettes criardes et «pipoles», de sorte qu'on se retrouve avec 100 renseignements de plus ou moins d'importance au lieu de 1000 utiles.
Pas plus aujourd'hui qu'hier, il n'est possible de bien se renseigner sans faire soi-même une chasse à l'information. Se renseigner, malgré la facilité d'accès aux sources, exige un travail de recherche, de tri et d'analyse.
Prenons un autre exemple à partir d'une information bien connue et accessible à tous. Comment appelleriez-vous une personne qui réunit sous son toît des miséreux pour les regarder mourir sans leur fournir aucun analgésique, qui fricote avec les dictateurs et reçoit leurs cadeaux, qui récolte de l'argent pour faire des campagnes contre le droit des femmes à l'avortement et qui vole au secours des compagnies en demandant aux pauvres de rester tranquilles et d'accepter le sort que Dieu leur fait. Moi, j'appelle ça un monstre, et ce monstre s'appelle Mère Térésa.
Il y a quelques semaines des journalistes ont déterré ces informations qui étaient déjà largement publiques et qui avaient entre autres été colligées dès 1995 dans le livre de Christopher Hitchens, The Missionary Position (Mother Teresas in Theory and Practice). J'aurais pu moi-même témoigner de cela dès décembre 1984 (et vous de même si vous étiez de ce monde, car c'était dans toutes les télés de la planète) quand la bonne dame est allé prêcher la résignation et le pardon à la population de Bhopal qui voulait exiger des comptes à la compagnie Union Carbide.
Même la faculté de théologie de l'Université de Montréal a expliqué qu'il n'y avait pas lieu de réagir à ces nouvelles, qui n'en étaient pas, puisqu'elles étaient de notoriété publique depuis longtemps. On terminait en disant que les gens préfèrent croire ce qui les arrange que de faire face à une réalité déplaisante.
Voilà bien un autre paradoxe de l'information, non seulement les faits sont facilement accessibles, mais ils sont connus depuis longtemps. Pourtant ils n'ont aucun effet sur les masses qui les oublient aussitôt préférant le mythe confortable à la vilaine vérité.
8 avril 2013
Quand la nouvelle détruit l'information
Vendredi dernier (5 avril 2013), les nouvelles du matin à Radio-Canada parlaient, comme il se doit, d'un spectacle tenu au Latulipe, rue Papineau à Montréal. Cet événement organisé par la Coalition contre la réforme de l'assurance emploi visait à donner de la visibilité à sa campagne contre les désastreuses modifications imposées par le gouvernement Harper au régime d'assurance emploi.
Peu de gens connaissent les détails de cette réforme enterrée parmi des centaines de modifications à environ 60 lois dans la loi mammouth C-38. Expliquer ces choses serait un véritable travail d'information que les médias devraient se donner comme devoir.
Toujours est-il que le malheureux fait divers des deux décès dans une garderie de la région de l'Outaouais a complètement évacué cette nouvelle et a fait la manchette des informations tout le reste de la journée et toute la journée du lendemain.
C'est alors que le fait divers prend le pas sur le fait social, que la nouvelle détruit l'information. Pour éviter de se faire reprocher de répéter ad nauseam une information qui n'est plus une nouvelle, on décompose l'information: à 15 heures, on apprend par quelle porte le tueur est entré, à 16 heures, on découvre la couleur de la robe que portait la directrice de la garderie.
Là, encore, on confond la nouvelle et l'information, on cède à la tentation du voyeurisme et on met sur le même pied le fait divers, qui devrait se retrouver en bas de liste, avec le fait social, structurant et systémique, et qui devrait donc avoir la priorité.
Il n'est pas vrai que le journalisme soit uniquement dévoué à la nouvelle. Il se doit aussi à l'information. Quant aux nouvelles elles-mêmes, elles doivent être triées et classées selon leur «signification», c'est-à-dire leur impact réel sur la collectivité, et non leur attrait voyeuriste éphémère.
1er avril 2013
Ce qu'on ne veut pas voir
Plutôt que d'accepter une réalité qui leur déplaît, certains feindront de ne pas la voir. Et, si en plus, elle ose se montrer, ils feront tout pour la dissimuler ou la nier, quitte à l'écraser.
Deux cas illustreront mon propos.
1. La violence policière
Depuis l'élection du Parti québécois, j'ai toujours trouvé suspecte l'obsession du ministre Duchesne à répéter sans cesse que «les gens ne sont plus dans la rue, on se parle maintenant». Comme si l'expression dans la rue était une mauvaise chose, comme si la démocratie ne s'exerçait que dans le bulletin de vote.
Avec l'absence totale de réaction de ce gouvernement à la demande d'une enquête publique et indépendante sur les agissements policiers, avec l'indifférence incroyable dans laquelle il acceuille l'écrasement des moindres manifestations, avec le silence qui accompagne l'application du règlement P-6 de la ville de Montréal, aux conséquences pourtant aussi terribles que celle de l'ignoble Loi 12, avec la superbe nonchalance quant aux propos mensongers et révoltants de la police montréalaise concernant l'inexistence du droit de manifester, on constate que le Parti québécois ne voulait pas voir la démocratie, considérant comme le Parti libéral qu'entre les élections, il n'y a pas de démocratie, seulement de la gouvernance. Cela confirme l'usurpation de la volonté générale et du bien commun au profit de ce que l'on appelait au milieu du siècle dernier les «puissances d'argent».
Il est grand temps de réhabiliter la rue, mais il ne faut pas compter sur le Parti québécois, parti aussi bourgeois que le Parti libéral ou la CAQ, pour le faire.
2. L'homophobie
Un quidam m'ayant vu avec mon conjoint s'empresse de me demander ce que je pensais des deux messages télévisés utilisés dans la campagne de sensibilisation contre l'homophobie. Je répondis qu'ils sont très gentils et positifs.
«Mais, vous ne trouvez pas ça trop provocateur, m'a-t-on répliqué, ça pourrait faire tourner les homophobes contre le message voulu?» Je n'en croyais pas mes oreilles. «Vous trouvez ça provocateur», ai-je reparti?
—Non, pas pour moi, mais pour les homophobes!
—Un geste si simple et si anodin est provocateur?
—C'est simple et anodin pour vous!
—Non, intellectuellement parlant, Monsieur, deux personnes qui s'embrassent quand elles se retrouvent, n'est-ce pas la chose la plus banale qui soit?
—Ben, pas pour les homophobes.
J'en suis encore médusé. Cette campagne extraordinairement soft serait provocatrice et il faudrait être davantage discret? N'est-ce pas à dire qu'il faudrait absolument se cacher? N'est-ce pas exactement ce que veulent les homophobes, ne pas voir qu'on existe?
Il est grand temps d'affirmer haut et fort que l'homosexualité est normale et que c'est l'homophobie qui n'est pas acceptable.
25 mars 2013
La police au service de qui?
À quoi devrait servir la police? À maintenir l'ordre public en principe. Et l'ordre public ne devrait-il pas être défini par la volonté générale qui s'exprime dans les institutions démocratiques? À voir comment les choses se déroulent, c'est loin d'être le cas.
Nous sommes nombreux à nous inquiéter quand la police, par la bouche d'un porte-parole officiel, se permet effrontément de déformer la réalité dans une déclaration mensongère, telle que celle citée dans cet article de La Presse à l'effet que le droit de manifester ne serait pas garanti par nos chartes des droits.
Mais une autre très grave raison de s'inquiéter, c'est quand la police offre ses services à qui peut les payer comme cela est présenté sous l'onglet «Services affaires» de son site. Qu'il ne se trouve personne pour s'en émouvoir parmi le personnel politique actuel est un très mauvais signe.
On n'espérait pas grand-chose des libéraux pour qui l'État est un buffet bien garni auquel peuvent s'empiffrer ceux qui arrivent à s'en approcher, mais des péquistes, qui prétendent avoir des notions de bien public, c'est pour le moins désolant.
Ainsi donc, quand la police s'approche de vous comment pouvez-vous savoir à l'avantage de qui elle intervient? Comment ne pas croire qu'elle est en service commandé pour une cause privée qui n'a rien à voir avec l'ordre public, mais tout au contraire avec la bonne marche de la business?
18 mars 2013
Paul Rose
Le camarade Paul Rose est décédé la semaine dernière. Il était clair pour moi que le seul sujet de mon billet cette semaine serait cet homme de valeur que j'ai appris à connaître.
J'ai eu la chance de négocier deux conventions collectives avec lui. Passer de longues heures à attendre et à préparer les étapes à venir m'a permis de mieux découvrir ce grand gaillard aussi remarquable par sa taille que par sa gentillesse et sa douceur.
À travers les vicissitudes de la vie, Paul avait acquis une sagesse qui pouvait déconcerter les esprits un peu plus rigides. En plus d'être toujours prêt à analyser et à comprendre comment les autres pouvaient aboutir à tel ou tel comportement, comme conseiller il nous présentait toutes les options avec les conséquences. Cependant, il nous laissait décider de l'action à entreprendre, ce qui est le véritable rôle d'un conseiller même si cela a l'heur de déplaire à ceux qui préfèrent se faire dicter leur conduite, quitte après à se plaindre d'avoir été mal conseillés.
Compréhensif et patient, il n'appréciait pas les esprits superficiels, mais se montrait tolérant à leur égard. Je ne l'ai vu s'emporter qu'une fois. C'était surtout un emportement rhétorique, sa voix était forte, mais pas colérique. Toutefois, comme il était impressionnant debout, faisant des gestes pour ponctuer son message et pointant du doigt les responsables de son impatience, les négociateurs patronaux faisaient mine de vouloir se cacher derrière leur table.
Ayant négocié dans plusieurs secteurs auprès d'employeurs de toute sorte, il n'en revenait pas de constater tant de petitesse chez ceux qui auraient dû être les mieux éduqués.
Il appréciait les arts, la poésie, le cinéma. Toujours ouvert à des discussions élevées, mais aussi capable de blaguer. Il faisait preuve d'une grande humanité.
Peu de gens savent ce qu'il a fait pour améliorer la condition des détenus, pour qu'ils aient un meilleur accès à la formation et à l'éducation, pour l'accès à des visites contacts.
Titulaire d'une maîtrise en développement régional, il a été lui-même chargé de cours. Il comprenait bien notre situation. Quant à la précarité, il avait déjà donné.
Je garde en mon coeur la mémoire d'un homme chaleureux, militant, partisan de la justice et profondément humain.
11 mars 2013
Exigeons une enquête publique et indépendante
sur les agissements policiers pendant le printemps Érable !
Au printemps 2012, plus de 3400 personnes ont été arrêtées.
Des centaines ont été blessées.
La répression a été brutale et injustifiée.
Plus de 50 groupes de la société civile exigent une enquête publique et indépendante.
Ils ont demandé une rencontre avec la première ministre. Nulle réponse ne nous est parvenue.
Venez participer à la vigile organisée
le mardi 19 mars 2013, de 9 h à 21 h
devant les bureaux de la première ministre
Avenue McGill College
entre Sherbrooke et De Maisonneuve
Le Conseil central du Montréal métropolitain-CSN sera plus particulièrement visible à la plage horaire de 18 h à 19 h.
À 19 h, il y aura projection du film Dérives produit par 99%Média.
4 mars 2013
Poulapaix
«Poulapaix poulapaix poulapaix poulapaix poulapaix, moi j'suis poulapaix poulapaix disait-il.
On l'appelait monsieur Poulapaix.
Même quand la police défonce des portes à quatre heures du matin
...
Même quand on fait des procès en l'absence de l'accusé
...
Même quand on demande à la liberté de montrer ses papiers
...
Même quand on traite les chômeurs de maudits paresseux
...
Même quand on casse des grèves à coups de matraque
...
Même quand la police tire dans le dos des jeunes en les traitant de maudits drogués»
Gérald Godin
Monsieur Poulapaix, c'est moi. Malgré toutes les provocations, malgré les mensonges largement diffusés, malgré la démesure de la répression.
Je fais partie des Artistes pour la paix et je m'obstine à penser que l'art et la culture nous sauveront.
Mais, je ne suis pas aveugle pour autant. J'ai vu le lundi 25 février 2013, en direct à CUTV, la télé qui ne fait pas de montage commode, les policiers armés, bottés, casqués, charger sur une foule pacifique.
J'ai vu le mardi 26 février 2013, en direct dans la rue, les agents de médiation de la police venir nous faire du charme à la queue de la manif pendant que la cavalerie se préparait à charger des gens sans défense à la tête de la foule.
Et pendant ce temps, le gouvernement du Québec tarde toujours à créer une commission d'enquête publique et indépendante sur les agissements de la police.
Oui, je suis encore et toujours poulapaix, mais il me semble que j'aurais plus de chance de succès si la police ne déployait pas tant d'énergie pour me prouver que j'ai tort.
25 février 2013
Marre de compter!
Mercredi soir dernier, j'étais devant l'édifice de la Commission scolaire de Montréal afin de réclamer avec le collectif Éducation sans frontières l'accès à l'école pour les enfants des sans papiers.
Un commissaire qui passait et à qui j'expliquais la cause m'a demandé si nous savions quels étaient les coûts d'une telle demande. Je lui répliquai que l'on ne posait pas telle question à quelqu'un qui se présente à l'hôpital et qu'on ne devait pas le faire non plus pour tout droit fondamental.
Il ne s'agit pas ici de fournir gratuitement des pastilles contre la toux à la population entière. Il s'agit simplement de remplir la mission normale de l'État et de permettre l'accès à l'éducation à tout enfant comme nous y sommes engagés par le Pacte international sur les droits sociaux, économiques et culturels.
Quand il s'agit d'un droit fondamental, on ne se demande pas combien ça coûte, mais on s'organise pour le réaliser. À moins qu'on demande à la population de faire moins d'enfants pour qu'il y en ait moins au total dans les écoles?
Hier, j'étais devant les locaux de l'Agence de la santé et des services sociaux de Montréal en appui aux sages-femmes qui demandent entre autres que la rémunération pour leurs heures de garde soit raisonnable. Alors que les infirmières ont droit à une heure de salaire payée pour chaque tranche de 8 heures de garde, les sages-femmes ne sont payées que 1$ par heure de garde, soit moins que le salaire minimum d'une heure pour 8 heures de garde. Et on veut nous faire croire que c'est cela qui va déséquilibrer le budget du Québec?
Ah oui, j'oubliais, il faut respecter le déficit zéro. Il faut tout compter parce qu'on «n'a pas les moyens». Et il faut faire des règles différentes pour les «eux» contre les «nous» pour les «elles» contre les «autres». Souvent compter empêche de réfléchir.
18 février 2013
Média et idéologie
J'avais rangé mon carré rouge quelque temps après les élections de septembre, mais je l'ai ressorti dès le mois de novembre voyant comment le Sommet sur l'enseignement supérieur dessinait l'une de ces consultations dont les apôtres de la mobilisation-concertation des acteurs à la sauce gouvernance ont le secret.
Ce port du carré rouge ne m'a valu aucune question particulière, sauf hier où tout à coup plusieurs quidams apeurés m'ont demandé ce qui se passerait bientôt. Il semble que la rumeur des médias de droite ait augmenté le régime sur ce sujet.
Jeudi soir 14 février 2013, quelques centaines de manifestants d'Idle no more ont parcouru les rues de Montréal. Je n'en ai eu aucun écho par les médias traditionnels.
Dimanche 17 février 2013 vers midi, une centaine de manifestants anglophones protestaient contre le projet de loi 14 qui vise à renforcer la loi 101. Cette nouvelle a fait le premier sujet des nouvelles radio de Radio-Canada toute la journée. Ça me rappelle quand les carrés verts manifestaient à 12 et étaient couverts autant que les carrés rouges qui manifestaient par dizaine de milliers.
Lors du Forum social de Laval, en novembre 2102, le comité des jeunes du Conseil central du Montréal métropolitain de la CSN présentait des clips vidéo diffusés sur le web pour faire pièce à la couverture inadéquate des médias traditionnels. Une personne présente ayant longtemps fait du journalisme s'est élevée contre la tentation naïve de croire qu'il y a un complot médiatique favorisant leurs grands propriétaires capitalistes. J'ai répliqué qu'il était encore bien plus naïf de s'imaginer neutres parce qu'on n'est pas conscient du charriage idéologique qu'on transporte, tant il est vrai que l'idéologie n'est pas ce que l'on pense, mais ce qui nous pense. Le travail de recul, de mise à distance et de critique des poncifs que nous assènent les «experts patentés» est toujours nécessaire et le reportage «neutre» est probablement ce qu'il y a de moins neutre.
Si les médias sociaux offrent autant la parole aux voix de toutes les tendances et sont donc bien loin d'être exempts de l'idéologie néolibérale dominante, du moins ils offrent une diversité, ils sont un canal par où s'exprimer.
11 février 2013
La justice ou la peur?
Ces croyants qui ont besoin d'un dieu pour appuyer la morale me remplissent d'horreur et d'effroi. Ils nous avouent tout simplement que la seule chose qui les retient de nous voler, violer et égorger (pas nécessairement dans cet ordre, d'ailleurs) est la crainte de l'enfer ou de la punition de leur dieu.
Ce sont donc des psychopathes doublés de sociopathes qui trouvent désirables le vol, le viol et le meurtre.
Le pire, c'est que pour nous prouver que leur dieu a raison et nous obliger à penser comme eux, ils sont bien prêts à nous voler, violer, égorger (toujours pas nécessairement dans cet ordre).
4 février 2013
Méfions-nous de ces personnes qui définissent la vertu pour nous!
Deux récentes activités, soit le colloque sur les PPP sociaux, tenu les 31 janvier et 1er février ainsi que le Forum citoyen de Montréal en vue du Sommet sur l'enseignement supérieur, ont été l'occasion de rappeler qu'il ne faut pas prendre pour argent comptant les concepts qu'on nous livre comme si nous devions nous soumettre à leurs présupposés.
Prenons par exemple le concept de gouvernance, dont j'ai déjà maintes fois parlé. Prétendre qu'une certaine façon de composer les conseils d'administration, de réguler les structures de pouvoir dans une organisation, que cette façon donc soit la bonne juste parce qu'elle correspond aux recommandations de l'Institut sur la gouvernance des organisations publiques et privées, c'est mépriser la volonté des communautés qui pourraient s'exprimer tout autrement. Faisons passer la démocratie avant les principes de «gouvernance».
Autre exemple: la mobilisation. Les subventions venant des comités de gestion qui administrent les fonds venant de la Fondation Chagnon et du gouvernement québécois (Avenir d'Enfant, Québec en forme, Réunir Réussir, Appui) demandent une mobilisation des milieux. Si cette mobilisation consiste à adhérer à des mots d'ordre déjà décidés, elle se fait au service de quoi et de qui?
Dernier exemple: la qualité. Ça fait des lustres que j'entends parler d'éducation de qualité, mais j'aimerais bien savoir qui définit la qualité. Est-ce que la qualité, c'est la satisfaction du client? Est-ce que la qualité, c'est la possibilité de comparer les pratiques d'un établissement à l'autre? Il n'est pas sûr que je veuille de cette qualité-là.
Remettez en question tout ce qu'on vous sert: que ce soit la «saine gestion», la «bonne gouvernance», la «qualité», la «concertation», la «vertu» et j'en passe.
C'est toujours difficile d'avoir l'air d'être contre la vertu parce que des gens bien intentionnés nous arrivent avec de beaux concepts tout ficelés et enrubannés, mais la première chose à faire quand on nous soumet ces beaux cadeaux, c'est d'être plus méfiants que les Troyens et de vérifier ce qu'ils ont dans le ventre avant de les faire entrer en nos murs.
28 janvier 2013
Les Français et nous
Nous sommes différents et nous nous ressemblons.
Parfois nous croyons nous comprendre et nous nous méprenons.
Par exemple, cette fois où une amie autour de l'année 1980 s'était retrouvée sur un banc quelque part aux Tuileries et avait engagé la conversation avec, ô coïncidence, quelqu'un qui était enseignant comme elle!
Il la croyait millionnaire. Elle le croyait miséreux. En effet, ils avaient discuté salaires. Elle avait donné son salaire annuel brut, comme c'est l'usage au Canada, mais sans dire que c'était le salaire annuel brut puisque c'est entendu. Il avait donné son salaire mensuel net, comme c'est l'usage en France, mais sans dire que c'était le salaire mensuel net puisque c'est entendu.
Imaginez l'écart!
D'autres fois, nous nous croyons éloignés, mais nous faisons pareil.
Par exemple, cette manie de croire qu'une expression en anglais est plus «parlante» qu'une expression française. Nous nous gaussons bien de leurs emprunts à l'anglais, et pourtant nous empruntons nous aussi même sans besoin.
Mais alors que leurs anglicismes portent carrément les habits anglais, tels les shopping et les mail, les nôtres se déguisent sous des vêtements français comme nos éventuellement pour dire «un jour» alors qu'en français ce mot veut dire «si les circonstances s'y prêtent» ou nos décade pour dire «dix ans» alors qu'en français ce mot veut dire «dix jours».
Nous sommes parfois offusqués de voir chez eux à quel point le client n'est pas toujours roi. Le commerçant ne se plie pas en quatre pour satisfaire nos caprices. Par contre, nous sommes ravis de constater que le même commerçant n'essaiera pas nécessairement de nous fourguer un article qui ne nous convient pas et sera prêt à nous envoyer chez son compétiteur si ce dernier a ce qu'il nous faut; on ne voit pas ça souvent chez nous.
Nous nous croyons très solides devant les changements de climat, mais nous chauffons à 25 en hiver et climatisons à 17 en été. Les Français me paraissent bien plus résistants que nous au froid et à l'humidité. Quand il fait moins 5 à Paris, je grelotte bien davantage que lorsqu'il fait moins 30 à Montréal.
Ils nous bassinent avec notre accent, mais ne faisons-nous pas de même avec eux?
Et, ici comme là-bas, nous mettons beaucoup de temps à accepter qu'un «immigrant» soit un des nôtres. Pourtant, toute l'histoire de l'humanité est faite d'immigration.
Si nous pouvons les trouver par moments prétentieux, ils nous jugent souvent pusillanimes. C'est toutefois Marcel Rioux, dans son ouvrage Les Québécois, qui illustre le mieux nos différences d'attitude: pour le Français tout est occasion d'apprendre ou d'enseigner alors que pour le Québécois tout est prétexte à une histoire ou relation d'une expérience.
De part et d'autre de l'Atlantique, nos charmes sont aussi nos faiblesses; nous n'avons pas fini d'apprendre les uns des autres et d'enrichir nos expériences.
21 janvier 2013
Débattre de l'égalité?
Contrairement à ce que certain aimerait bien nous faire croire, le débat en France autour du mariage des conjoints de même sexe est tout sauf riche. Il est empreint d'un navrant refus de l'égalité et d'une homophobie malheureusement très bien assumée pour beaucoup et dissimulée sous une prétention anthropologique profondément ridicule pour d'autres. Faire du fantasme maman, papa, bébé, le modèle de toutes les familles du monde alors que cette famille nucléaire est extrêmement circonscrite dans le temps et dans l'espace, c'est proprement étaler son ignorance.
Au Québec le débat a tourné court et a donné lieu rapidement à une loi sur l'union civile (en 2002) parce que les élus ont fait preuve de sensibilité et d'intelligence. Ils se sont vite rendu compte d'une chose très simple: de l'égalité devant les droits, on ne débat pas.
Il n'en a hélas pas été ainsi au niveau canadien et le sujet a été sur le devant de la scène médiatique pendant des années avant que la question ne se règle devant les cours, puis devant le parlement en 2005. Il y a même eu une commission parlementaire itinérante sur la question. Prétendre qu'il n'y ait pas eu de débat de ce côté-ci de l'Atlantique, c'est encore une fois étaler son ignorance. Toutefois, ce n'est pas que le débat fût à ce point justifié.
Il n'y a jamais eu de débats riches sur l'abolition de l'esclavage, mais des plaidoyers riches en faveur de l'égalité. Il n'y a jamais eu de débats riches sur le vote des femmes, mais des plaidoyers riches en sa faveur. Il n'y a jamais eu de débats riches sur le mariage des conjoints de même sexe, mais des plaidoyers riches en sa faveur.
Ce qui se débat, ce n'est pas ce qui oppose les Noirs et les Blancs, les femmes et les hommes, les homos et les hétéros, mais bien ce qui les concerne tous. Par exemple, il n'y a pas lieu de débattre de l'abolition de l'esclavage, mais bien de débattre des limites et de l'extension à accorder aux contrats de louage de sa force de travail d'un être humain à un autre être humain ou à une «personne morale». Il n'y a pas lieu de débattre du droit de vote pour les femmes, mais bien de débattre de comment le vote doit être exercé par tous, de son caractère plus ou moins proportionnel, de la fréquence de ce vote, de ce qui lie les personnes élues aux citoyennes et citoyens. Il n'y a pas lieu de débattre du mariage des conjoints de même sexe, mais de débattre par exemple de la PMA (procréation médicale assistée), pas dans le but de savoir si elle doit s'appliquer aux couples homos, mais de savoir si on l'accepte point. Si oui, il n'y a pas de raison que certains couples en soient exclus.
La France, hélas, ne fait pas particulièrement bonne figure avec ses hordes d'opposants à l'égalité des droits, qui se drapent dans des arguties spécieuses, qui fleurent le mépris et la haine. La France retarde, et j'aimerais bien qu'on m'explique comment les Espagnols, les Belges et les Néerlandais échappent tout à coup à la «civilisation» ou aux «principes anthropologiques» que prétendent défendre les antimariage.
Mais il faut bien que la plupart se rabattent sur des distinctions jésuitiques comme cette histoire de «couples ayant la capacité de reproduction», qui ne résiste pas une seconde à l'épreuve de la réalité, quand on sait que les couples stériles hétéros se marient sans aucune objection de quiconque et que la plupart des couples homos ont intactes leurs capacités de reproduction, dont ils ne se privent d'ailleurs pas. Mais, il le faut bien, dis-je, car il n'y a pas d'arguments justes contre l'égalité. Il n'y a que ce sentiment lancinant que ces «gens-là» ne sont pas comme nous, qu'ils ne peuvent pas former une famille et qu'on ne va tout de même pas leur confier des enfants.
Quant au supposé droit des enfants à avoir un père et une mère, quelle fadaise digne du plus mauvais élève de rhétorique! Les droits des enfants sont beaucoup plus sérieux et beaucoup plus précis que cela: l’aliment, la protection, l’hygiène, l’affection et l’éducation, peu importent le nombre et le sexe des personnes qui les leur procureront.
Débattre de l'égalité? Non. L'obtenir, si!
14 janvier 2013
L'obsession de l'activité
On me demande quand j'annonce que je vais passer mes vacances à Paris pour la trente-deuxième fois: «Mais qu'est-ce que tu vas faire?» C'est un peu la même question qu'on me pose lorsqu'on apprend que je prendrai ma retraite à la fin de mon présent mandat.
Outre le fait que j'aie dans mes cartons de quoi écrire pour les vingt années à venir sans discontinuer, je ne vais pas non plus à Paris pour voir la tour Eiffel pas plus que je ne visite le stade Olympique tous les jours depuis que j'habite Montréal.
On ne va pas nécessairement quelque part pour «faire», mais pour «être». Pourquoi donc faudrait-il toujours faire quelque chose? Cette obsession de l'activité est bien occidentale; elle est semblable à cette autre manie que nous avons, et dont je parlais récemment avec une camarade, de vouloir à tout prix meubler le silence de nos paroles, alors que d'autres cultures s'accommodent très bien de passer du temps ensemble sans même parler, sans même agir, comme le font les amoureux et comme devraient pouvoir le faire les amis.
Petit aparté analogique: Cela me ramène aux derniers moments que j'ai passés avec mon père. J'étais dans sa chambre de CHSLD et je lui tenais la main sans mot dire. Il me regardait, je le regardais. Il tombait assoupi par moments. Un instant, il releva la tête et me demanda: «Ça doit être plate pour toi.» Je répondis: Non, est-ce que c'est plate pour vous? Il fit signe que non. Eh, bien, ce ne l'est pas davantage pour moi. On est bien là; ça me suffit.
Pour revenir à notre sujet, l'art de ne rien faire, n'en déplaise aux maniaques de la production, est aussi nécessaire à la vie que l'art de l'action. C'est pourquoi pendant mes vacances j'en profite pour accomplir mon activité préférée: Rien.
Les croyants appellent ça prier; les philosophes et les sages appellent ça méditer; les pragmatistes appellent ça recharger ses batteries; les hédonistes appellent ça se reposer ou se gâter; les intellectuels du réalisme critique appellent ça l'état de latence; les humanistes appellent ça se recueillir, ce qui au sens propre signifie «ramasser ses morceaux pour se refaire une unité dans la diversité de son expérience».
14 décembre 2012
Fondations et PPP sociaux: visages de la privatisation
Nous vous invitons à vous inscrire à un colloque portant sur les grandes fondations à fonds mixtes (comme la fondation Lucie et André Chagnon), lesquelles s'infiltrent de plus en plus dans nos services publics. Ces fondations nous dictent leurs valeurs et contournent nos lieux démocratiques pendant que le gouvernement perd son rôle d'expression de la volonté commune dans les orientations sociales.
Par ce colloque, nous voulons réfléchir sur leur impact, partager un état de situation et réfléchir ensemble à des pistes d'interventions communes. Il s'adresse à tous les acteurs préoccupés par ces questions : intervenantes et intervenants en milieu communautaire, syndicats, travailleuses et travailleurs des services publics, citoyennes et citoyens...
Ce colloque aura lieu le 31 janvier 2013, de 19h à 21h et le 1er février de 9 h à 15h30, à la CSN (1601 de Lorimier).
Pour vous inscrire : ginette.henry@csn.qc.ca. L'inscription est obligatoire. Des frais de 20$ sont demandés et sont payables sur place.
C'est un rendez-vous!
Ce colloque est organisé conjointement par le Regroupement des organismes famille de Montréal (ROCFM), le Regroupement intersectoriel des organismes communautaires de Montréal (RIOCM) et le Conseil central du Montréal métropolitain-CSN (CCMM-CSN).
Francis Lagacé
2e vice-président du CCMM-CSN
10 décembre 2012
Au secours, Monsieur Lafargue!
Le comité Environnement et Développement durable du Conseil central du Montréal métropolitain-CSN a organisé le 29 novembre dernier une soiré de réflexion sur la décroissance, intitulée «Pour sauver la planète, repenser le développement». À cette occasion, une conférencière, Andrea Levy, a interpellé les syndicats afin qu'ils reprennent leur revendication traditionnelle de réduire la durée du travail.
Cela m'a rappelé un article que j'avais publié dans L'Action nationale en 1995 et qui avait été intitulé par la rédaction «La réduction de la semaine du travail» alors que je lui avais donné le même titre qu'à ce billet.
Paul Lafargue, socialiste et gendre de Karl Marx, a publié le magnifique essai Le droit à la paresse en 1880, une lecture qui devrait être obligatoire dans les écoles. Et faisant appel à lui dans mon article, j'argumentais que la responsabilité sociale des entreprises doit faire en sorte qu'elles retournent leur profit non seulement sous la forme de salaire décent, mais aussi sous forme de temps parce que la production augmentée grâce aux machines devrait profiter à tous plutôt qu'à un seul propriétaire qui bénéficie des progrès de la technique et du travail de plusieurs.
Quelqu'un dans la salle nous a posé une question fort intéressante: «Est-ce que la réduction du temps de travail remet en cause le capitalisme destructeur pour la planète?» La discussion n'a pas permis de conclure que oui, car la redistribution du temps et de l'argent peut se faire sans annuler le profit. Or, la notion de profit est fondamentale dans le capitalisme.
Toutefois, en y repensant bien, si la revendication de la diminution du temps de travail est constante et conséquente, elle doit in fine aboutir à remettre en cause le profit puisque la rémunération décente mais non faramineuse de tous et chacun (le propriétaire, les actionnaires, les personnes travailleuses, les personnes lésées par l'activité économique, l'ensemble de la population par un impôt progressif et par des taxes appropriées) nous dispense de la nécessité du profit.
Il faut convenir que ce n'est pas la seule mesure à entreprendre, mais elle est plus que jamais nécessaire et, sur ce point en tout cas, Paul Lafargue est de fort bon conseil tant il est vrai qu'on n'a jamais tant travaillé et tant produit. Les personnes qui n'ont pas accès au travail méritent qu'on leur redistribue la richesse en argent; les personnes qui ont accès au travail méritent qu'on leur redistribue la richesse en temps sans réduire leur revenu. La richesse est là, on n'a pas à la créer.
«Les socialistes révolutionnaires ont à recommencer le combat qu'ont combattu les philosophes et les pamphlétaires de la bourgeoisie ; ils ont à démolir, dans les têtes de la classe appelée à l'action, les préjugés semés par la classe régnante. » (Paul Lafargue, extrait du Droit à la paresse)
3 décembre 2012
Les chargéEs de cours, excellentEs enseignantEs
Avec les rencontres sur la qualité de l'enseignement en vue du Sommet sur l'enseignement supérieur, on nous ressort la rengaine de la qualité menacée par la présence importante des chargéEs de cours dans les universités.
D'abord un petit mot sur la qualité. Ce concept est complètement contaminé par les affairistes de toute sorte. Qui définit ce qu'est la qualité? La qualité pour qui et dans quel but? Ça me fait penser aux jugements qu'on porte sur les universités et dont l'UQAM sort toujours perdante pour les raisons mêmes qui sont sa force: une université située au centre-ville et ouverte à la mixité sociale.
Quand on calcule les ratios professeurEs étudiantEs, on oublie toujours de compter les chargéEs de cours. En fait, les universités préfèrent les cacher de leurs statistiques, comme on cache la bonne immigrée qui est pourtant responsable du succès de la cuisine.
Quand j'entends des déclarations chocs comme «certainEs étudiantEs auront fait tout leur bac sans rencontrer un seul professeur», je ne me peux m'empêcher de riposter que les étudiantEs en question en seraient les premiers surpris, car elles et ils vous jureront qu'elles et ils en ont eu une bonne trentaine. Pour l'immense majorité des étudiantEs, unE professeurE est une personne qui leur enseigne. Et elles et ils ont bien raison.
J'ai beaucoup d'amiEs chez les professeurEs. Je vais en insulter plusieurs ici, mais il faut bien dire qu'en 26 ans d'expérience comme enseignant à l'université avec des contrats à durée déterminée, les témoignages que j'ai recueillis de la plupart des étudiantEs qui connaissent la différence entre unE chargéE de cours et unE professeurE sont à l'effet que les chargéEs de cours sont meilleurs pédagogues, plus à l'avant-garde, alors que les professeurEs sont payés pour être à la fine pointe des connaissances, et plus disponibles alors même que les professeurEs disposent de bureau et ne sont pas obligés de travailler en trois ou quatre endroits différents pour arriver à un revenu suffisant.
Devrais-je verser dans l'excès inverse de celui que je dénonce en prétendant qu'il suffirait de supprimer les postes de professeurEs? Ce ne serait pas plus malin que les personnes qui associent chargéE de cours et risques pour la qualité.
C'est la qualité de vie des personnes chargées de cours qui est menacée par leur précarité. On ne peut être contre une augmentation du nombre de professeurEs puisqu'il devrait être normal d'avoir une stabilité d'emploi et d'avoir accès à une infrastructure qui permette la recherche.
Mais, de grâce, ne tirez pas sur les précaires, tirez sur la précarité!
25 novembre 2012
Bachand s'en va-t-en guerre, mironton, mironton, mirontaine!
Monsieur Raymond Bachand perdrait sans doute un concours de charisme contre un crapaud, mais il sera peut-être le chef du vénérable parti libéral du Québec, ce parti de lumière et de sagesse, qui nous a donné la perle démocratique qu'on appelle la loi 12.
Ne voilà-t-il pas que, se lançant dans la métaphore sportive, l'illustre ancien sinistre des finances déclare que ses propos récents et plutôt venimeux à l'égard de son rival, Philippe Couillard, sont comme une «mise en échec» au hockey. Le sport exigeant une certaine rudesse même si on ne veut pas «trop blesser» son collègue.
L'inénarrable Outremontrais est un puits de science intarissable et l'on n'a de cesse d'apprendre grâce à lui des paradoxes inouïs. C'est bien la première fois que l'on m'avise que, lorsque deux joueurs sont en compétition pour devenir capitaine de leur club, ils sont autorisés à faire des «mises en échec» à leurs propres coéquipiers.
J'en suis tout ébaubi! Cela ne promet-il pas des splendeurs incomparables s'il devient un jour premier sinistre du Québec?
19 novembre 2012
La guerre contre l'intelligence
On apprenait avec stupéfaction, il y a quelques jours, que l'ancien ministre de la Santé, Yves Bolduc, avait traité d'incompétent le nouveau ministre de la santé, Réjean Hébert, sous prétexte qu'il aurait été trop universitaire et qu'il prenait des notes lors des rencontres avec les acteurs du réseau de la santé, qui pis est, qu'il prenait des notes «comme un étudiant».
Survenant quelque temps après l'intervention du maire Tremblay de Saguenay qui estimait, lui, que Gérard Bouchard avait étudié trop longtemps, cette déclaration montre où logent certains de ceux qui ont la prétention de nous diriger. Ils veulent nous entraîner avec eux vers l'obscurantisme.
On doit donc comprendre que les Bolduc et compagnie n'aiment pas les universités. On voit bien pourquoi ils n'avaient rien à faire de consulter le milieu universitaire pour décider de son avenir.
Ensuite, monsieur Bolduc se vante de ne pas prendre de notes, ça fait trop étudiant. À qui feriez-vous confiance, au prétentieux qui ne prend pas de notes où à celui qui écoute studieusement?
Finalement, on entend dans son discours le mépris des étudiants, encore! «Prendre des notes comme un étudiant» serait une honte au lieu d'une gloire?
Non seulement de pareils abrutis sans aucune envergure sont dans la caverne dont parlait Platon, mais ayant découvert qu'ils y étaient, ils veulent y rester.
12 novembre 2012
Mesure humaine
Savons-nous comment mesurer? Utilisons-nous le bon instrument?
Quand on compare la popularité des films, on calcule en nombre de dollars qu'ils ont rapporté. Quelle gymnastique pour arriver à tenir compte des prix des billets selon les différents types de cinéma, selon les différents pays et selon les années!
Ne serait-il pas plus simple de compter le nombre d'entrées? Après tout, même si un certain nombre des spectatrices et spectateurs ont reçu un billet en promotion, même si un certain nombre n'ont pas aimé le film, il est certain que toutes ces personnes sont entrées dans la salle pour voir le film. N'est-ce pas là la vraie mesure de sa popularité?
Quelqu'un me rapportait récemment les milliers de dollars que représente toute la viande jetée chaque semaine dans un supermarché. Mais comment dois-je interpréter ces dollars? Le poulet, le lapin, le boeuf et le porc n'ont pas le même prix. Si je savais combien de kilos on jette, sachant que 100 grammes constituent une portion, que ce soit du poulet ou du boeuf, je saurais combien de portions on gaspille et combien de repas on aurait pu servir avec toute cette viande jetée.
Dans un but d'optimiser le travail, on veut en certains endroits minuter le temps de certaines relations humaines. D'après vous, quel est le médecin le plus performant? Celui qui traite 5 patients en une heure ou celui qui en traite 10?
Pour moi, c'est celui qui en traite 3, car plus on passe de temps avec une personne plus on a de chance de bien s'en occuper. Vous me direz: mais ça prendrait beaucoup trop de médecins et ça coûterait trop cher.
Ça, c'est une autre question qui concerne l'allocation des ressources, mais ce qu'il faut retenir de cet exemple, c'est que la vraie problématique n'est pas de se demander comment faire pour que le médecin passe moins de temps avec ses patients, mais bien comment faire pour qu'il réussisse à en passer plus.
Quand on sait quel est le vrai plus qu'on cherche, on regarde la situation selon une tout autre perspective et on se pose des questions très différentes.
5 novembre 2012
Questions de jugement
Des juges ont pris la décision de rayer d'un trait de plume l'acquis social du droit de grève pour les étudiantEs du Québec en parlant tout à coup de boycott plutôt que de grève. N'est-ce pas là une décision politique?
Certes, le Québec ne vit pas dans un régime de droit coutumier, mais dans un régime civiliste. Toutefois, dans le domaine social, les pratiques historiques ont leur poids.
Pour discréditer la grève étudiante, certains juges sont allés chercher son encadrement dans le droit du travail et ne l'y ont pas trouvé. Ils en ont conclu qu'il n'y avait pas de droit de grève pour les étudiantEs. N'est-ce pas une erreur de jugement que de confondre le marché du travail et le système d'éducation? N'est-ce pas une erreur de jugement de croire que la grève est un moyen de pression réservé à la négociation des conventions collectives?
Encore une fois, l'Histoire nous apprend que la grève a été utilisée par des groupes qui n'étaient pas nécessairement en lien d'emploi avec les autorités visées, qu'il s'agisse d'étudiantEs, de prisonniÈrEs, de femmes ou de membres de communautés locales.
Si les juges sont nommés par le parti politique au pouvoir, cela ne risque-t-il pas d'affecter l'apparence d'indépendance du judiciaire?
Si les juges sont nommés par le parti politique au pouvoir, cela ne risque-t-il pas de créer dans l'esprit des observateurs l'impression qu'il s'agit parfois de récompense politique?
Si les juges sont nommés par le parti politique au pouvoir, cela risque-t-il de déséquilibrer le rapport entre la tendance progressiste et la tendance conservatrice dans une population?
Si un juge prend une décision en disant qu'il s'agit de combattre l'anarchie, doit-on comprendre que les anarchistes n'ont pas droit à leur opinion dans la société? Doit-on comprendre que le juge en question confond anarchie et chaos?
Doit-on comprendre que la liberté d'expression ne permet pas de s'interroger sur nos institutions?
29 octobre 2012
Conditions de travail
Un jour, mon conjoint m'a demandé: «Francis, tu es un syndicaliste, n'est-ce pas?» Évidemment, ai-je répondu, intrigué avant de reprendre, mais pourquoi tu me demandes ça?
«Ton objectif, c'est d'améliorer les conditions de travail des travailleuses et des travailleurs, n'est-ce pas?», a-t-il repris. Mais tu sais bien que oui, ai-je répliqué.
«Alors, qu'en est-il des tiennes, de conditions de travail?», me fit-il. Eh bien, je ne pus répondre grand-chose. C'est vrai que la plupart des élus des grandes organisations syndicales ont des vies de fous et ne se ménagent nullement.
C'est une sacrée contradiction que nous avons à assumer, et ça mérite qu'on y réfléchisse.
22 octobre 2012
Le public au services des affairistes
J'apprends que le recteur de l'UQAM, Claude Corbo, donnera un déjeuner-causerie pour la Chambre de commerce du Montréal métropolitain le 31 octobre 2012. Parmi les arguments de vente de cette activité, on fait valoir aux entrepreneurs qu'ils peuvent prendre «toute la mesure des retombées positives des partenariats entre les universités et le secteur privé.»
De même, j'avais appris l'existence d'un Forum stratégique pour la santé, le 26 octobre, toujours organisé par la même chambre de commerce. On y parlera des «besoins et occasions liés aux établissements de santé». L'objectif est, entre autres, de faire «connaître toutes les occasions d'affaires du secteur».
La classe d'affaires considère le monde de la santé et de l'éducation comme un marché parmi les autres, une occasion de brasser du fric, et elle ne s'en cache même pas. Et, pourtant, s'il y a des secteurs où la notion de profit n'a aucun sens, où le seul intérêt devrait être celui de la population, ce sont bien ceux de l'éducation et de la santé.
Qu'on ne vienne pas me dire que les États font entrer le privé dans ces secteurs parce qu'ils sont plus efficaces. Ce n'est pas vrai. Le privé lui-même le dit. Les gens d'affaires y cherchent leur profit. On n'est alors pas étonné que des établissements de santé cherchent à imposer la méthode lean en leurs murs, cette méthode qui vise à faire disparaître les temps morts pour que la production soit plus efficace. Les universités et les hôpitaux sont vus comme des usines!
Et nous devrions trouver ça normal?
Madame Marois, nouvelle première ministre, s'adressera à la Chambre de commerce du Montréal métropolitain le 9 novembre 2012. Doit-on comprendre qu'elle ne trouve rien à redire sur cette conception affairiste de nos services publics?
15 octobre 2012
Le printemps des carrés rouges: l'autre révolution culturelle
Je l'ai déjà écrit, le conflit étudiant a servi de révélateur. Il a permis de montrer où se plaçaient certainEs; il a révélé le fond idéologique de plusieurs.
Il a aussi été l'occasion d'amitiés rompues, de familles déchirées.
Loin de trouver cela regrettable, il faut au contraire s'en réjouir. Savoir dans quel camp logent ses proches est une nécessité dans la vie. Mettre fin à l'insignifiante culture du «on va pas parler de ça, sinon on va se chicaner» est tout à fait vital. Parlons-en justement, chicanons-nous ou pas, mais ayons l'intelligence de dire clairement si on est du côté de la justice sociale ou de celui des privilèges.
Nous n'avons pas fini de mettre au jour les conséquences bénéfiques de cette grève et du mouvement social qui en a émergé. Cela déplaira à beaucoup de monde, notamment à qui a fait de l'hypocrisie et de l'abus sa profession.
L'on découvre maintenant (en fait comme l'a si bien dit une correspondante Facebook, «avant on le savait, mais maintenant on le sait») qu'il existe une culture de l'impunité et de la couverture systématique des bavures dans la police. Ne serait-il pas temps d'y mettre fin? Plus que jamais une enquête publique et indépendante sur les agissements policiers est nécessaire.
Le terme «carré rouge» est resté marqué. Il me souvient une rencontre de bonnes gens bien intentionnés qui se sentaient mal à l'aise d'utiliser les outils fournis pour se livrer à une petite expérience, car il s'agissait d'un carton bleu et d'un carton rouge. Une personne ayant émis le commentaire gêné: «ben, ça fait carré rouge pas mal», je m'empressai de répliquer vivement: «Vive les carrés rouges!» pour éviter qu'il y ait approbation d'un tel dénigrement.
Le rapport à la société, à l'autorité, à la démocratie, au gouvernement, évolue. Les nouvelles générations semblent moins psychorigides que les précédentes. Le printemps 2012 est le fruit de ce qui a été semé en 2001 et en 2005. Ce que ce récent printemps a semé éclora sous une forme que nous ne savons prévoir, mais il est à espérer qu'il nous éloignera de l'immonde «révolution culturelle» proposée par l'ex-ministre Bachand, qui n'était autre que la soumission la plus indigne aux diktats du capitalisme néolibéral. Gageons qu'il s'agisse d'une progression vers plus de parole et d'actions pour le peuple, vers plus de justice.
On n'y est pas encore, on n'y sera jamais à 100%; la démocratie n'est pas une destination, c'est un trajet, mais il vaut la peine de s'y engager.
8 octobre 2012
Revenu Québec: les contribuables aiment les responsables
Lettre ouverte au Ministre des Finances et de l'Économie, M. Nicolas Marceau
Monsieur le Ministre,
C'est une histoire banale. Un jour de juillet, on reçoit une enveloppe qui ne contient rien d'autre que ses feuillets de renseignements déjà fournis le 30 avril au ministère du Revenu ainsi qu'une photocopie de déclaration de revenus avec seulement quelques renseignements, inexacts par ailleurs, tapés à la machine.
On s'étonne. On appelle pour savoir ce qui se passe. Comme réponse, on obtient des énoncés vagues qui tous concordent sur un point: on n'a pas vos renseignements.
On se désole, mais on fait contre mauvaise fortune bon cœur et, le 1er août, on va, en personne cette fois, porter à nouveau aux bureaux de l'impôt tous les feuillets de renseignements ainsi qu'une nouvelle déclaration de revenus, consciencieusement recopiée du brouillon réalisé le 29 avril, et dont on joint même une photocopie.
Puis on reçoit une lettre disant qu'on n'a pas reçu la déclaration en question. Quand on appelle pour vérifier, on nous apprend que rien n'a été reçu le 1er août, même si on a une photocopie de la première page de la déclaration de revenus dûment marquée d'un timbre indiquant que les documents ont bien été reçus à la date en question.
Puis on reçoit un avis de cotisation fantaisiste, dont les données ne sont pas valides, parce que les renseignements transmis n'ont pas été utilisés.
On n'a pas tellement envie de faire parvenir une quatrième fois une copie d'une déclaration de revenus. On aimerait bien rencontrer quelqu'un qui a un poste d'autorité pour régulariser la situation, mais il n'est pas possible d'obtenir de rendez-vous avec une direction quelconque.
Revenu Québec parle de clientèle sur son site. On aimerait bien être traité en contribuable, pas en client. Même les clients, pourtant, réussissent à avoir un rendez-vous avec la directrice de leur succursale bancaire, mais les contribuables, ou plutôt les clients de Revenu Québec, n'ont pas ce privilège semble-t-il.
L'erreur est humaine. On ne cherche pas des fautifs ou des sanctions. On cherche juste à savoir s'il y a quelqu'un de responsable qui peut régler les imbroglios de façon humaine.
Plusieurs contribuables se reconnaîtront dans ces désagréments. Cette lettre concerne Revenu Québec, mais vous pouvez être certain que quantité d'autres «services» gouvernementaux souffrent de ce manque de rapports humains et de réponses personnalisées.
Est-ce donc si difficile de considérer les contribuables? Un client, ça rapporte; un contribuable, ça discute. Aura-t-on la chance de discuter?
Recevez, Monsieur le Ministre, mes salutations distinguées.
Francis Lagacé
1er octobre 2012
La force de la propagande
C'était un camarade de classe au secondaire. On est resté amis. On se voit une fois par année pour discuter et faire le point sur nos vies respectives.
Il a fait des études universitaires deux fois plutôt qu'une, il occupe une position assez importante et, j'imagine, bien rémunérée.
Ce n'est pas un réactionnaire, il est généralement bien informé et il réfléchit habituellement de manière très rationnelle et posée.
Mais pourquoi est-il convaincu que ce sont les étudiants qui ont provoqué de la violence dans les manifestations que nous avons connues le printemps dernier?
Au fil de la conversation, je lui explique tout ce que j'ai vu et à quel point la répression a été féroce et sans mesure.
Il finit par déclarer: «Il y a eu de la provocation des deux côtés.» Et surtout, il prétend que ce qu'il a vu à la télé est fidèle à la réalité, car moi qui étais dans les manifs, je ne pouvais avoir une vue d'ensemble. Je crois rêver.
J'ai beau expliquer, démontrer, opposer les reportages complets de CUTV aux clips en boucle des grands médias, décrire les tactiques peu subtiles des policiers qui sont très durs lorsque les manifestants sont peu nombreux et beaucoup plus polis lorsqu'il y a une très grande foule. Tout semble glisser comme sur du teflon.
Et à la fin de notre rencontre, il répète: «Les mouvements sociaux, c'est bien, mais c'est malheureux que ça conduise à la violence.»
Le dicton à raison: à force de répéter un mensonge, cela devient vrai pour celui à qui on le répète. Cela devient même indélogeable. Et si des personnes instruites et habituellement rationnelles comme mon ami en sont victimes, imaginez la tâche colossale que nous avons de détricoter cette propagande. Il nous faudra de la patience, et beaucoup d'outils de communication favorisant le regard critique.
24 septembre 2012
Le refus de la proportionnelle: la démocratie victime du pouvoir
À la suite du résultat serré des dernières élections législatives du Québec, j'ai entendu nombre de camarades qui se disent de gauche déclarer que la situation aurait été pire qu'elle n'est actuellement si nous avions un scrutin avec une composante proportionnelle, car c'est la droite, avec une coalition CAQ et PLQ, qui gouvernerait.
Cette remarque est fausse pour au moins trois raisons:
1. Parce que les électrices et électeurs ne votent pas de la même façon dans un sytème à composant proportionnelle puisqu'ils savent alors que leur vote n'est pas perdu et parce qu'ils ont deux votes, l'un pour la candidate ou le candidat de circonscription, l'autre pour le parti et la liste qu'ils préfèrent au niveau national;
2. Parce qu'il est toujours possible de prévoir que le chef de l'État (en l'état actuel, le Lieutenant-Gouverneur) appelle le parti qui a obtenu le plus de votes (dans le cas qui nous occupe, le Parti Québécois) à tenter de former un gouvernement, ce que le Parti Québécois aurait pu faire en allant chercher un ou deux ministres dans les partis d'opposition;
3. Aussi parce que la CAQ et le PLQ auraient pu prétendre à former une coalition gouvernementale seulement s'ils s'étaient coalisés avant le jour du scrutin. Or, la CAQ n'a cessé de traiter les membres du gouvernement du PLQ de corrompus. On peut difficilement prétendre qu'ils étaient coalisés.
Cette remarque est aussi, et c'est le plus gênant, totalement antidémocratique.
En effet, admettons pour fins d'hypothèse, en ne tenant pas compte des trois objections précédentes, que le pire se réalise et que la droite obtienne tout de même 60 % des voix, que les deux partis de droite se soient coalisés avant la date du scrutin et qu'ils forment le gouvernement. Eh bien, c'est le résultat du scrutin et c'est la volonté populaire.
Dire que c'est préférable de gouverner avec la minorité que de respecter le résultat des élections, c'est préférer le pouvoir à la démocratie. C'est préférer l'emporter à la loterie du scrutin territorial uninominal à un tour plutôt que de travailler à convaincre les électrices et électeurs de voter pour le bien commun. Et, à mon avis, il n'y a pas de quoi être fier.
17 septembre 2012
Considérations démocratiques
Les patrons et le grand capital nous considèrent comme des ressources humaines. Nous sommes donc sur le même pied que les ressources financières ou la machinerie. Nous sommes des instruments malléables susceptibles de gestion sans aucun état d'âme.
Certains politiques préfèrent gouverner majoritairement avec la minorité des voix plutôt que de convaincre la population de voter pour des programmes favorisant le bien commun, travail qu'ils devraient faire si nous disposions d'un scrutin proportionnel.
Certains politiques croient que la démocratie consiste à voter tous les quatre ans et que, le reste du temps, la population n'a qu'à prendre son mal en patience.
Certains politiques confondent représentation et direction. On serait élu pour dire aux autres quoi faire plutôt que pour les écouter.
Certains politiques croient que le mécontentement qui s'exprime dans la rue n'est pas légitime. Ce sont pourtant les mêmes qui croient qu'il ne faut pas contrarier la police quand elle défile dans les rues.
Le langage gestionnaire est en train de pervertir toutes les notions qui nous servent de repères, de sorte que nous glissons dans les ornières des manageurs. Ainsi l'administration, la gestion, le gouvernement, la conduite se fondent dans une «gouvernance» dont on nous impose les paramètres.
Ainsi même les élus syndicaux qui forment les comités exécutifs, bien nommés, car ils sont des exécutants liés à des mandats, sont subrepticement transformés en dirigeants syndicaux.
Ainsi la «saine gestion» fait consensus, alors même que personne ne nous a demandé notre avis sur ce que doit être la saine gestion.
CertainEs s'imaginent qu'après une élection, tout doit rentrer dans l'ordre, mais l'ordre de qui? Un gouvernement doit-il recevoir un chèque en blanc? N'a-t-il plus besoin de consulter? Les groupes sociaux devraient-ils se dissoudre?
Les APAQ, Assemblées populaires autonomes de quartier, semblent une forme de réponse à ces questions. Cela dit, toutes les formes d'organisation existantes, mouvements sociaux, partis politiques, syndicats, peuvent être revitalisées si elles sont investies par cette volonté démocratique.
Ce qui a fleuri au printemps fanera-t-il cet automne?
10 septembre 2012
Aînés et manifestations
Lettre ouverte à monsieur Jean-Claude Grondin, président du Réseau FADOQ
Vous avez publié un éditorial dans le numéro d'automne 2012 du magazine Virage de la FADOQ dans lequel vous mentionnez à juste titre que les élans de solidarité de la mobilisation étudiante «ont fait bouger les choses et remis bien des principes en question.»
Ce qui vient un peu gâcher la sauce, c'est lorsque dans le dernier paragraphe vous parlez d'augmenter le pouvoir d'influence du Réseau «sans manifestations ni violence».
En effet, quelles qu'aient été vos intentions en écrivant cela, il reste que la conjonction de ces deux mots crée un lien entre eux chez le lecteur, comme nous l'enseignent les notions théoriques de la linguistique, de la pragmatique, des communications et de la psychologie.
Tout récepteur de message tend à forger un lien entre deux éléments qui sont coordonnés. Ainsi le lecteur pourra inférer certaines des interprétations suivantes:
--les manifestations sont violentes;
--les manifestations conduisent à la violence;
--les personnes qui organisent des manifestations sont violentes;
--manifester est une forme de violence;
--il y a des violences à l'occasion des manifestations.
Ce n'est peut-être pas ce que vous vouliez dire, mais toutes ces représentations peuvent se former dans l'esprit de la lectrice ou du lecteur.
Et, pourtant, on sait à quel point les manifestations étudiantes ont été exemplaires en terme de non-violence. On sait à quel point les carrés rouges sont contre la violence. Ne sont-ce pas eux qui ont organisé une vigile à la suite du tragique décès d'un technicien lors de la soirée électorale du Parti Québécois au Métropolis?
Toutes les personnes qui ont assisté aux nombreuses manifestations qui ont marqué Montréal depuis le mois de février sont à même de constater que la violence a été le fait beaucoup plus de la police que de qui que ce soit d'autre.
Saviez-vous qu'il y a eu 135 manifestations nocturnes consécutives, dont la dernière s'est tenue le 5 septembre, et que la violence policière y a été importante, mais pas celle des manifestantes et manifestants?
Et, pendant que nous y sommes, pourquoi les aînés ne manifesteraient-ils pas? Qu'y a-t-il de mal à cela? Nous avons été nombreux à être des têtes blanches aux carrés rouges. Nous pouvons aussi manifester pour nos propres causes.
La manifestation est aussi une action pacifique et il ne faut pas la discréditer. Vous allez me répondre que ce n'est pas ce que vous vouliez faire, mais les mots sont là ainsi que le pouvoir évocateur de leur association.
Francis Lagacé, membre de la FADOQ
Cette lettre ouverte est distribuée dans ma liste de diffusion, affichée sur mon site web et diffusée sur Facebook et dans Twitter.
3 septembre 2012
Choix électoral
CAQ = couché
PLQ = à genoux
PQ = penché
QS = debout
27 août 2012
Ces politiciens qui veulent nous asservir
Se comporter de manière politicienne, c'est préférer les intrigues et son intérêt personnel plutôt que le bien du peuple que l'on est censé représenter.
Il est remarquable que dans l'actuelle campagne électorale certains prétendants au titre de premier ministre ne se gênent même pas pour s'afficher dans la catégorie de la politique politicienne.
En effet, que dit François Legault quand il dénonce les jeunes qui aiment «la belle vie»? Il nous promet que, s'il est élu, il nous fera souffrir et nous asservira à ses fins et à celles des oligarques qui le financent.
Le rôle d'un politique n'est-il pas d'assurer le bonheur de sa population? Toute l'idée du progrès n'est-elle pas de libérer l'humanité des maux qui l'affligent? Eh bien, non, Legault et sa clique nous promettent de nous rendre le plus malheureux possible, de nous faire suer sang et eau pour enrichir les membres du 1 %. Et il y a du monde qui va voter pour ça!
Autre exemple, c'est celui de l'ignoble Jean Charest qui ne cesse de répéter: «On n'était tout de même pas pour céder à la rue!» Non, mais quand même, un gouvernement qui écoute le peuple, ça n'a pas de bon sens!
En voilà un autre qui nous promet que, si on l'élit, il ne nous écoutera jamais et n'en fera qu'à sa tête. Et il y a des gens assez peu éveillés qui voteront pour ça!
Sommes-nous rendus si bas que nous acceptions de voter pour des gens qui nous promettent ouvertement de nous bafouer?
20 août 2012
Le Québec en marche
Vendredi soir, 17 août 2012, je sortais vers 21h30 du pavillon De Sève de l'UQAM où j'avais assisté à une plénière de l'Université populaire d'été des Nouveaux Cahiers du socialisme. Je discutais avec Alain Dugay du Syndicat des travailleuses et travailleurs des postes.
Nous entendîmes le bruit des casseroles et les slogans de la cent-seizième manifestation nocturne contre la hausse des droits de scolarité. Le groupe n'était pas très nombreux, mais dynamique et tout à fait pacifique. De nombreux policiers à bicyclette ont encerclé les manifestants, un groupe de l'escouade tactique au moins aussi nombreux que les manifestants les suivait et les a projetés brutalement sur le trottoir. Le caractère sauvage et profondément brutal de cette opération nous a sidérés.
Bien sûr aucun média traditionnel n'en a parlé ni n'en parlera. Cette violence policière se répète maintenant tous les soirs, mais puisqu'elle n'est pas rapportée par les canards, c'est comme si elle n'existait pas. La plupart des médias ne savent même pas qu'il y a une manifestation tous les soirs, parce que n'étant pas toujours très populeuse, elle n'est pas digne de leur intérêt. Si Gilbert Rozon manifestait, même tout seul, pour recevoir des fonds publics, vous pouvez être certains que des dizaines de caméras et de micros seraient pendus à ses lèvres gercées.
Hier, c'était le défilé de la Fierté gaie. Sait-on ce que signifie ce défilé? Sait-on ce qu'il commémore? Il commémore les émeutes du Stonewall Inn en juin 1969, trois jours pendant lesquels les policiers ont dû se réfugier à l'intérieur du bar parce que les drag queens en avaient marre de se faire agresser et arrêter inutilement. Les policiers se sont fait lancer des bouteilles, des cailloux, des chaussures et tout ce que vous voulez. Évidemment, les renforts sont venus et les clients du bar ainsi que les drags ont été arrêtés. Mais, l'année suivante, il y a eu une marche commémorative pour dire que les gais et lesbiennes n'ont pas honte, d'où la Fierté, et qu'ils et elles revendiquaient leurs droits. C'est cela que nous commémorons par le défilé de la Fierté, c'est-à-dire la désobéissance civile, même pas pacifique, grâce à laquelle nos droits ont pu évoluer, sans laquelle je ne serais jamais marié, sans laquelle le magnifique défilé festif de Montréal n'existerait même pas.
Et je pense aussi aux suffragettes, qui ont permis aux femmes de la planète d'avoir enfin l'égalité devant les urnes et qui ont dû utiliser leurs aiguilles à chapeau, qui ont dû fracasser certaines vitrines et déranger les belles réunions de ces messieurs.
Alors, quand on me dit qu'il ne faut pas être violents, je me demande pourquoi ne pas être violents signifie que les flics peuvent brutaliser les gens qui ont le droit de s'exprimer et je me rappelle que certainEs ont été obligéEs d'être légèrement violentEs pour faire avancer nos droits et qu'aujourd'hui ces personnes sont des héros, mais pas les flics qui les tabassaient.
Je me dis aussi que les tyrans qui commanditent les violences policières sont aujourd'hui au pouvoir, mais qu'ils iront bientôt dans les poubelles de l'Histoire.
Le Québec est en marche et plein de gens se sont éveillés. Des assemblées de quartier se tiennent un peu partout, les citoyenNEs ont compris que la démocratie, ce n'est pas élire un dictateur pour quatre ans. On y mettra du temps, mais les choses vont changer dans notre pays.
Et les vrais démocrates savent que les gens qui manifestent dans la rue ne sont pas la source du chaos. UnE vraiE démocrate ne dit pas qu'il faut faire taire la rue, elle ou il dit qu'il faut écouter et réfléchir avant d'agir. Les tyrans, eux, agitent leurs matraques et revendiquent le monopole de la violence.
6 août 2012
Détournement de la démocratie
Dans le duo philosophique de l'émission de radio Dessine-moi un dimanche de Radio-Canada le dimanche matin 5 août 2012, peu avant 10 h, Xavier Brouillette a signalé un problème extrêmement important du fonctionnement de la démocratie représentative actuelle. Ce problème, c'est le renversement du rôle des représentants élus qui se croient autorisés à nous donner des ordres.
En effet, alors que les personnes élues sont censées représenter les électeurs (et d'ailleurs tous les électeurs, pas juste les personnes qui leur ont accordé leur vote, contrairement à ce que racontent les Libéraux), et donc être à leur écoute et à leurs ordres pendant le durée de leur mandat, elles nous disent plutôt: «Vous nous avez élus, maintenant taisez-vous et obéissez pendant quatre ans. La démocratie reviendra dans quatre ans, et vous pourrez élire de nouveaux représentants à ce moment-là.»
Cette conception est un véritable détournement de démocratie qui transforme le représentant en dirigeant. C'est une façon de légitimer la dictature, une dictature que l'on élit pour quatre ans. Et c'est très clairement la façon de voir du Parti libéral.
Un candidat à une élection n'a pas à essayer de nous séduire pour dire qu'il est le meilleur afin qu'on l'élise et qu'il nous dirige par la suite. Il doit montrer que les orientations de son programme sont les plus bénéfiques pour la population et qu'il sera à l'écoute de cette dernière pendant toute la durée de son mandat.
Outre le fait incroyable que le nombre de sièges à l'Assemblée nationale ne représente absolument pas la volonté générale de la population, à cause des distorsions importantes que génère le scrutin majoritaire uninominal à un tour, les élus s'imaginent qu'ils sont là pour imposer des décisions parce que c'est leur rôle de diriger.
On a entendu le chef du Parti libéral à cet égard: «On ne se laissera pas intimider.» La pression populaire pour un dictateur, ça s'appelle de l'intimidation. Pour un vrai démocrate, ça s'appelle une voix qu'il faut écouter.
Un candidat doit être élu pour obéir à la population pendant quatre ans, et s'il n'aime pas ça, qu'il démissionne ou qu'il ne se représente pas aux prochaines élections.
Je ne suis pas partisan de la seule démocratie directe, je crois qu'il faut un équilibre entre démocratie représentative et démocratie directe. Mais, il est certain que les jeunes qui pratiquent uniquement la démocratie directe sont vraiment démocrates parce qu'ils sont à l'écoute de leurs assemblées et ne leur donnent pas d'ordre. À l'inverse les candidats qui limitent la démocratie à un vote une fois aux quatre ans pour nous dire que, le reste du temps, il faut s'écraser, sont des dictateurs déguisés.
Un parti vraiment démocrate proposerait qu'une fois ses représentants élus, il y ait de nombreuses consultations dont on prend en compte les résultats, qu'il y ait participation des groupes concernés à l'élaboration des politiques et qu'il y ait de nombreux lieux où la démocratie directe puisse s'exercer.
Dans les partis en lice pour ces élections, lequel est le plus près de cette conception? Lequel est le plus susceptible d'écouter sa base et la population? Lequel croit qu'on n'est pas élu pour donner des ordres et se faire appuyer par la matraque? Lequel accorde plus d'importance à la population qu'au chef?
30 juillet 2012
L'énigme Option nationale
Option nationale a été créée par Jean-Martin Aussant à la suite de sa défection du Parti québécois. Insatisfait du leadership de Pauline Marois, ce député estime que le Parti québécois ne parle pas assez d'indépendance.
Une première plate-forme a été rédigée par un groupe de personnes en 2011, puis adoptée par un congrès le 25 février 2012.
Quand on consulte le programme, on constate qu'il est assez à gauche et ressemble à celui de Québec Solidaire: gratuité scolaire, élections proportionnelles, programme de santé universel, Pharma-Québec, etc.
Était-il nécessaire de créer une autre formation politique si un parti offrait déjà un programme correspondant à ses principes?
Quand on consulte les statuts du parti, on constate à l'article 1.2 que le but d'Option nationale est de réaliser l'indépendance du Québec. C'est donc la raison d'être principale de ce parti essentiellement nationaliste au-delà de l'axe droite-gauche.
Le chef du parti parle d'ailleurs de «Canadiens-français» ainsi que de «communautés culturelles autres que la majorité francophone indigène» dans une entrevue publiée sur le blogue de Mathieu Bock-Côté le 13 juillet 2012.
Si on continue à lire les statuts, on constate à l'article 10 le rôle prépondérant du chef. La chefferie «contribue activement à la détermination [des] grandes orientations». C'est le chef qui décide de la convocation du congrès et des autres instances que sont la conférence nationale, le conseil national et le bureau national.
On constate donc que, ayant déterminé son programme d'en haut pour le faire approuver en congrès, ayant des statuts qui donnent un pouvoir très important au chef, Option nationale est un parti de type top-down par contraste avec Québec solidaire, qui a construit patiemment son programme selon le mode bottom-up.
Reléguer le débat gauche-droite au second plan ne risque-t-il pas de favoriser la droite? Peut-on raisonnablement penser qu'ayant fait l'indépendance avec la droite, elle nous laissera gouverner à gauche après? Qu'en sera-t-il des institutions qui seront alors créées dans un tel pays?
Dans les réseaux sociaux, on voit plusieurs jeunes se prononcer pour Option nationale. Sont-ce là les jeunes qui défilent dans les rues pour réclamer une démocratie plus participative? À la lecture de ce qui précède, ce serait étonnant et énigmatique.
Mais l'instantanéité du programme déjà tout prêt peut séduire. La relative simplicité des priorités aussi: on fait l'indépendance d'abord, on s'occupera du reste ensuite.
S'il est possible et souhaitable de dialoguer entre solidaires et optionnistes, il reste à reconnaître que le mode de fonctionnement des deux partis (top-down pour ON; bottom-up pour QS) et l'ordre des priorités (l'indépendance pour ON; la justice sociale pour QS) permettent de faire des choix éclairés.
23 juillet 2012
Ces entreprises qui gèrent notre vie commerciale
De la même façon qu'il existe des agences de cotation, sortes de firmes privées autoproclamées juges de la qualité du crédit des pays, il existe des entreprises privées à qui nous ne devons rien, qui ne nous connaissent ni d'Ève ni d'Adam, qui se donnent le droit de collecter de l'information sur nous, et de renseigner les banques et autres institutions financières sur la qualité de notre crédit.
Des entreprises qui sont des «références», mais au nom de qui, au nom de quoi? Même certains policiers recommandent à des personnes qui reçoivent des cartes de crédit non sollicitées de vérifier auprès de ce genre d'entreprises s'il y a des soldes à leur nom.
Mais appeler ce genre de compagnie pour leur donner toutes nos informations n'est-il pas le meilleur moyen de centraliser des données sur notre compte pour que n'importe qui puisse s'abreuver à cette source?
D'ailleurs, qu'est-ce qui me garantit que cette sorte d'entreprises a de bonnes informations? On me répondra que je peux les appeler pour vérifier. C'est ça, pour qu'elles remplissent leur banque de données avec mes coordonnées que je leur livrerais volontairement.
Mais si comme citoyens nous décidons justement de ne pas donner de renseignement à des entreprises qui n'ont aucun droit de collecter de l'information sans notre approbation? Nous n'avons pas envie de vérifier si leurs renseignements sont justes, nous ne voulons pas qu'elles en aient. Il y a déjà bien assez des banques et des autres institutions financières.
Pourquoi donc les États et les citoyens devraient-ils être soumis à des entreprises privées? On ne sait pas pourquoi, mais on sait que c'est le cas.
Et pour ces entreprises, il n'y a pas de vie hors la vie commerciale.
25 juin 2012
Les mensonges de Jean Charest
Le 7 juin 2012, le chef du Parti libéral du Québec, Jean Charest, s'est fendu d'une lettre de désinformation particulièrement mensongère dans le Monde.
Allons donc aux faits et démontons un à un ces mensonges grossiers. Le titre d'abord: «Une minorité boycotte les cours». Nous avons déjà démontré qu'appeler boycott une grève sous prétexte qu'elle n'est pas prévue au code du travail, c'est tout simplement considérer l'éducation comme un bien commercial et c'est faire fi du bon sens. On relira à ce sujet le billet intitulé Leçon de linguistique: une grève est une grève est une grève.
Ensuite, mentir par restriction mentale en insistant sur le fait qu'une minorité fait grève cache la vérité sur un autre fait, celui que la majorité des étudiantEs sont contre la hausse des droits de scolarité. On peut estimer cette proportion à 70% selon les votes pris dans les différentes associations étudidantes.
C'est aussi cacher un troisième fait, celui que la majorité de toutes les associations étudiantes ont fait grève le 22 mars 2012 et que, malgré cette formidable démonstration, la ministre d'alors, Line Beauchamp a déclaré que la décision était prise et que rien ne la ferait changer d'avis.
Quand le chef du Parti libéral parle d'étudiantes et d'étudiants qui emploient l'intimidation (les piquets de grève serrés) pour empêcher des étudiantEs d'aller à leurs cours, il oublie de mentionner que ces associations étudiantes ont pris un vote de grève majoritaire en assemblée générale et qu'il est normal de le faire respecter par tous les membres.
Il oublie aussi de mentionner que bon nombre d'étudiantEs et d'enseignantEs ont été intimidéEs par des injonctions qui obligent à donner des cours comme si la relation pédagogique était assujettissable à l'ordonnance de respecter un contrat de prestation de services semblable à ce qui se passe dans le commerce.
Le chef du parti libéral parle ensuite de «sous-financement» des universités. Cet argument a été démoli dès septembre 2011 par l'Institut de recherche et d'informations socio-économiques (IRIS). Éric Martin, l'un des chercheurs, l'explique dans une vidéo intitulée Mythe #1-Les universités sont sous-financées.
Et le chef du Parti libéral conclut qu'à cet égard, «tout le monde doit faire sa juste part : l'Etat, les institutions d'enseignement, le secteur privé et les étudiants.» Or, prétendre que les étudiantEs doivent faire leur juste part, c'est avoir décidé en lieu et place de la population que l'enseignement universitaire est un bien public-privé livré de façon individuelle pour lequel un utilisateur doit payer. Cette logique de l'utilisateur-payeur n'a jamais fait l'objet de débat social et n'a jamais été adoptée par l'ensemble de la population au sens où les arguments pour et contre n'ont jamais été discutés.
Pourtant, dans un état social, faire sa juste part signifie tout simplement payer ses impôts lorsqu'on gagne tel revenu. D'autres (les associations étudiantes, Québec Solidaire, l'IRIS entre autres) ont montré que s'il y avait des groupes qui ne faisaient pas leur juste part, ce sont bien les grands financiers, les bénéficiaires de paradis fiscaux, les minières et autres grandes entreprises. Prétendre que cette hausse des droits de scolarité constitue une façon de faire payer à chacun sa juste part est donc au mieux une fausseté, au pire un mensonge éhonté.
Au paragraphe suivant, le chef du Parti libéral parle de «dizaines d'années de débats». Il n'y a pas eu de dizaines d'années de débats, mais des dizaines d'années de consensus sur le fait que les droits de scolarité doivent être faibles.
Dans le même paragraphe, le rédacteur de la lettre parle d'une consultation menée en décembre 2010 sur cette question. Or, la pseudo-consultation du 6 décembre 2010 posait entre autres les deux questions suivantes : «Comment pouvons-nous diversifier et consolider les sources de financement des universités, sans hausser les impôts? Quels principes devraient guider la hausse des droits de scolarité?» [ Document d'appui à la réflexion présenté par le gouvernement du Québec pour la rencontre du 6 décembre 2010, page 20].
Autrement dit, la supposée consultation consistait à affirmer qu'on n'augmenterait pas les impôts et qu'on voulait savoir comment augmenter les droits de scolarité. Il n'y a donc jamais eu de débats pour savoir si on devait les augmenter. C'est donc un mensonge de plus.
La suite du paragraphe est assez effrontée: «Des consensus en sont ressortis.» Les partenaires de l'éducation ont quitté cette rencontre parce qu'il n'y avait aucun espace pour discuter. À moins de délirer, on se demande comment une personne peut appeler consensus le désaccord profond avec le gouvernement et les recteurs manifesté par tous les syndicats d'enseignantEs et toutes les associations étudiantes.
Le paragraphe suivant affirme sans aucune preuve que la position du gouvernement est «juste et équitable.» Les critiques qui précèdent nous permettent d'en douter.
La deuxième phrase de ce même paragraphe annonce le respect de «la capacité de payer des contribuables». Qu'il soit permis encore une fois d'en douter quand on sait que les paliers d'impôts favorisent les plus riches et que les impôts sur les profits des entreprises ont diminué de moitié dans les 20 dernières années, et cela sans parler de l'évitement dans les paradis fiscaux.
Ce même paragraphe se termine sur le voeu pieux que les droits de scolarité ne doivent pas être un frein à l'accessibilité aux études supérieures. C'est faire bon marché de l'impact social et psychologique de droits de scolarité élevés qui réduisent les aspirations des populations peu habituées à cet accès, notamment les familles à revenus modestes et celles habitant des régions très peu urbanisées. On rappellera que «les contraintes financières pèsent à plusieurs niveaux sur les familles à plus faible revenu et que, si les frais de scolarité ne sont pas la plus majeure de ces contraintes, ils viennent néanmoins s’insérer dans une longue suite de dissuasifs à la poursuite d’études postsecondaires pour les moins fortunés.» [Argumentaire du site Bloquons la hausse, page 14]
S'il est vrai que les droits de scolarité du Québec sont les plus bas des provinces canadiennes et sont plus bas qu'aux États-Unis, on se demande bien en quoi cela constitue un argument pour les rehausser quand on sait qu'ils sont nuls en Norvège, en Suède, au Danemark, en Finlande... Pourquoi se comparer à pire? Pourquoi pas se comparer à mieux? Le système de santé des États-Unis soigne très mal les pauvres, devrions-nous nous en inspirer?
La fin du paragraphe sur la hauteur des droits de scolarité est savoureuse d'imbécillité. Elle ne représente que 39 centimes d'euro par jour. N'importe quelle somme par jour n'a aucun sens si on ne se demande pas par rapport à quoi et pour quoi. Si cette hausse n'est pas utile ni nécessaire, qu'elle soit de 1 centime par jour ne la rendrait pas plus souhaitable.
Le chef des Libéraux du Québec parle ensuite de la bonification du programme de prêts et bourses décidée en mars dernier. Il est faux de prétendre que cette modification contrebalance la hausse des droits, car il s'agit d'une mesure particulière qui va s'adresser à des cas particuliers et donc qui ne s'intéresse pas à l'accessibilité de l'ensemble. Rappelons ce qui a été dit plus haut à propos de la réduction des aspirations. Rappelons aussi qu'une mesure individuelle ne corrige pas les effets systémiques.
Le plus horrible et le plus monstrueux des mensonges apparait toutefois dans le paragraphe suivant lorsque le chef libéral parle de l'infâme loi spéciale comme garantissant l'accès à l'éducation et protégeant le droit de manifester. Garantir l'accès à des salles de classe ne constitue en rien une garantie d'éducation. Instrumentaliser les enseignantEs contre la volonté des associations étudiantEs est une violation du droit de conscience. On rappellera la dénonciation vigoureuse qu'en ont faite près de 1200 artistes, intellectuelLEs et syndicalistes dans Contre l'infâme loi spéciale.
L'affirmation du paragraphe suivant concernant l'indépendance du système judiciaire est aussi fort inexacte. En effet, au Québec, les juges sont nommés par le parti au pouvoir. Le caractère impartial de ces nominations a tout lieu d'être remis en question.
Le dernier paragraphe assène une pétition de principe selon laquelle «le Québec est un état de droit». Pourtant l'ONU et Amnistie internationale s'inquiètent avec raison des atteintes portées par la loi spéciale aux droits et libertés garantis par les chartes québécoise et canadienne. Et il convient de se demander avec Christian Nadeau, comme il le fait dans l'article paru chez Alternatives si le Québec n'est pas plus un État de droite qu'un État de droit.
La remarque finale de cette lettre digne d'un petit potentat «C'est le Québec que je connais et celui que vous appréciez», nous retourne à la culpabilité judéo-chrétienne qui a longtemps caractérisé les Canadiens français chez qui le mal suprême était de causer la dispute. La phrase signifie en clair, on aime les Québécois mous et sans chamaille. C'est pourtant ce qui a marqué l'entrée des Québécois dans l'ère moderne, quand ils ont quitté l'appellation de Canadiens français, cette capacité à enfin affirmer les désaccords. Le Québec que Jean Charest aime est un Québec révolu qui a souffert sous le régime du gouvernement Duplessis, un gouvernement qui instrumentalisait l'Église et qui était férocement anti-social et anti-syndical. Le plaidoyer qu'il nous sert pour ce recul de 60 ans n'est en tout cas pas très convaincant.
Mais ce n'est pas tout: le patron des Libéraux en remet dans une vidéo parue sur YouTube. Il commence par y affirmer qu'être premier ministre n'est pas un concours de popularité, alors que lui et son équipe ne se basent que sur les sondages pour estimer s'ils ont la popularité nécessaire pour déclencher des élections.
Il déclare ensuite qu'il travaille dans l'intérêt de tous les Québécois, ce qui est assez étonnant quand on sait qu'il n'en a que pour les entrepreneurs du Plan Nord (cette vaste entreprise de braderie de nos ressources naturelles nordiques), qu'il rencontre volontiers les financiers et les investisseurs, mais qu'il ferme la porte au nez des associations étudiantes, tout en déclarant il est vrai qu'il est prêt à les rencontrer n'importe quand si elles sont d'accord pour dire comme lui.
Puis, il annonce qu'il est capable de prendre des décisions qui sont responsables. Refuser de régler un conflit alors qu'il dispose de tous les outils pour décréter un moratoire et appeler les États généraux de l'Université que le milieu réclame depuis des années, cela s'appelle pourtant une grande irresponsabilité. À moins qu'il n'ait voulu dire «coupables», car la loi spéciale est coupable de graves atteintes aux droits et libertés, car l'attitude intransigeante du gouvernement depuis le début du conflit étudiant est cause de profondes divisions au sein de la population.
Il continue en parlant de résister aux pressions: les pressions populaires oui, les pressions financières, jamais. Et il ajoute qu'il s'agit de bonnes décisions pour tout le monde, surtout pour les prochaines générations. On se demande où il va chercher que d'endetter les étudiants est meilleur pour l'avenir.
Il est remarquable que ce message a été parodié de mille et une façons et que chacune des parodies a été visionnées plus souvent que l'original. Ce n'est pas un hasard, ce chef libéral n'est lui-même qu'une parodie de premier ministre.
1er juin 2012
Contre l'infâme loi spéciale
Nous artistes, intellectuelles, intellectuels et syndicalistes, nous levons pour dénoncer la loi 78 qui attaque les libertés et droits fondamentaux garantis par les Chartes canadienne et québécoise.
Nous constatons notamment que la liberté d'expression est bafouée par les limites intolérables imposées aux manifestations dans le temps, le nombre et l'espace; que la liberté de conscience est violée par la création du délit d'opinion; que la liberté d'association est menacée par des mesures sans précédent contre le droit de s'organiser.
L’article 30 de cette loi, en stipulant que « quiconque aide ou amène une autre personne à commettre une infraction visée par la présente loi commet lui-même cette infraction », ouvre la porte à toutes sortes d’interprétations, jusqu’aux plus farfelues, qui en viennent, au final, à laisser l’application de ladite loi au jugement arbitraire des policiers ou des directions d’établissements d’enseignement.
Un enseignant qui propose la lecture des Misérables de Victor Hugo, où l’on voit le peuple se soulever contre un gouvernement injuste, et suscite ce faisant l’exaltation d’un de ses élèves qui, contaminé par Gavroche, décide de descendre dans la rue, devient-il un contrevenant en vertu de la loi 78 ? Quelqu’un qui offre de l’eau aux gens qui brandissent des pancartes par grande chaleur est-il hors-la-loi ? Le professeur qui décide de ne pas punir l’élève gréviste à qui l’on enseigne l’implication citoyenne depuis son entrée à la maternelle, est-il coupable d’une infraction ? Qui déterminera à partir de quel moment l’acte de liberté d’expression devient prohibé ?
Non seulement cet article de loi est-il remarquable par l’absurde impossibilité d’une rigoureuse mise en application sans faire appel au jugement personnel — et donc subjectif — du détenteur de l’autorité, mais aussi ouvre-t-il la porte à la dangereuse logique de la dénonciation, selon laquelle celui qui, effrayé par les menaces d’amendes et se sentant menacé par tel voisin ou collègue exerçant simplement sa liberté d’expression, portera plainte à la police.
Nous ne pouvons donc que condamner cette loi qui, en plus de brimer certains des droits humains fondamentaux, ouvre la porte à la délation politique, ce à quoi les citoyens libres d’un pays démocratique se doivent de s’opposer de toutes leurs forces.
Parce que la parole citoyenne nous est chère et parce que nous voulons continuer de la chérir. Parce que nous sommes mus par l'espoir d'une démocratie citoyenne, ouverte, perméable à la divergence d'opinion, à la différence et à la marginalité qui en font la richesse.
Nous croyons fermement que la loi 78, en l’occurrence en son article 16, est une grave entrave à la liberté d'expression citoyenne, brimant les droits de gens de toutes les allégeances, de tous les âges, de toutes les provenances. Parce que refuser à la parole d'être spontanée, c'est d'abord refuser la parole.
Nous, artistes et écrivains, croyons que l'expression des idées, des émotions, des points de vue, ne tolère aucune censure, aucun étouffement. Nous savons qu'empêcher la prise de parole, pendant huit heures comme pendant mille heures, en un lieu ou un autre, ou l'assujettir à la force physique, à l'intimidation et à la peur, sont des actes liberticides. Nous dénonçons la loi 78, éteignoir de consciences érigé en système juridique, bâillon légal destiné à étouffer la voix de la contestation et de la colère dans la gorge citoyenne. Nous refusons d'admettre, de cautionner le recours à des pratiques légales détournant les principes fondateurs de notre démocratie, comme la liberté d'expression. Nous savons que taire est totalitaire. Nous prenons la parole.
La loi 78 comporte plusieurs atteintes à la liberté académique des enseignants et notamment leur liberté de conscience et d’enseignement.
La loi réprime le droit de grève des étudiants en faisant des enseignants des agents de répression. Ceux-ci sont instrumentalisés dans la mesure où ils doivent contribuer à transformer la grève en boycott. Ainsi, la négation du droit de grève des étudiants n'a d'efficacité que si les enseignants mettent en échec les étudiants qui ne sont pas présents en classe à la reprise des cours, lorsque ceux-ci demeurent en posture de « boycott ». Comme les enseignants sont forcés d'enseigner, c'est donc par leur action que les étudiants subissent la contrainte de la loi 78.
Dans plusieurs conventions collectives, les libertés académiques de conscience et d’enseignement sont des libertés reconnues. Concrètement, cela veut dire que les professeurs sont les mieux à même de juger dans quelles conditions les cours peuvent être poursuivis. Les enseignants pourraient décider pour des raisons de liberté de conscience ou tout simplement de bon sens académique qu’il est inacceptable d'enseigner à 25% de la classe dans un contexte de conflit social. L’enseignant pourrait également décider qu’il est problématique d’enseigner à un groupe d’étudiants appartenant à une association qui aurait majoritairement voté en faveur de la grève. Il peut estimer que les tensions et conflits entre étudiants qui seraient engendrés par cette décision ne sont pas propices à un enseignement de qualité.
En somme, la liberté individuelle qui a été privilégiée dans les injonctions accordées aux étudiants qui voulaient reprendre leurs cours ne fait pas que porter atteinte à la démocratie au sein des associations étudiantes. Elle heurte aussi de plein fouet les libertés académiques de conscience et d’enseignement des enseignants.
D'autres dispositions dans la loi portent atteinte à la liberté de conscience et à la liberté académique des enseignants. Les étudiants jouissent d'une option fast track pour déclencher un recours collectif contre l'enseignant. La loi prévoit de surcroît que les syndicats et «associations de salariés» (sic) doivent tout mettre en oeuvre pour forcer les enseignants à donner leurs cours à la reprise. S'ils ne le font pas, ils sont passibles d'amendes extrêmement importantes. Ces deux dispositifs pervertissent l'accès au savoir et liquident le droit de grève étudiant. Chaque enseignant sera alors confronté au mois d'août à une décision individuelle extrêmement importante, peut-être la plus importante de sa vie d'enseignant: choisiront-ils d’être des agents de répression qui liquideront le droit de grève des étudiants ainsi que leur propre liberté académique ?
Nous, intellectuels et enseignants, nous levons contre une loi qui bafoue la liberté académique et la liberté de conscience.
La loi 78 attente gravement au droit d'association, surtout celui des étudiantes et étudiants en prévoyant des amendes excessivement lourdes et abusives à son article 26, ce qui risque de détruire toute association étudiante et tout syndicat qui aurait le malheur de ne pas dénoncer un de ses membres qui n'obéit pas à la loi.
En soumettant les syndicats et associations de salariées et de salariés à des amendes si démesurées dès que l'un de ses membres n'obéit pas aux articles 10 et 11, elle punit les syndicats d'enseignantes et enseignants, d'employées et employés de soutien, de techniciennes et de techniciens pour des faits qui, éventuellement, ne seraient pas de leur connaissance.
Elle prévoit même, chose totalement inusitée, à son article 19, que des membres d'une association étudiante soient exemptés de leur obligation de cotiser à leur association si celle-ci manifeste son opposition par des piquets de grève ou des levées de cours.
Nous, syndicalistes, pour ces raisons et pour d'autres encore, nous levons contre la loi 78 qui bafoue le droit d'association.
Nous, artistes, écrivaines, écrivains, intellectuelles, intellectuels, enseignantes et enseignants, syndicalistes, condamnons une loi abusive, liberticide et totalitaire.
Nous exigeons l'abrogation immédiate de cette loi.
Michel Seymour, philosophe
Christian Nadeau, philosophe
Hugo Latulippe, cinéaste
Dominic Champagne, metteur en scène
Éric Pineault, chercheur
Marie Blais, syndicaliste
Francis Lagacé, syndicaliste
Jean-François Caron, écrivain
Marie-Christine Bernard, écrivaine
Alain Deneault, chercheur
Guy Rocher, sociologue
Michel Duchesne, syndicaliste
Aldo Miguel Paolinelli, syndicaliste
Pascale Dufour, politologue
Raphaël Canet, sociologue
Camil Bouchard, professeur associé
Atïm Leon, syndicaliste
Martin Léon, auteur-compositeur-interprète
Francine Pelletier, journaliste et documentariste
Annie Roy, artiste interdisciplinaire
Pierre Allard, artiste interdisciplinaire
Alexis Martin, dramaturge
Louis-Philippe Blanchette, professeur au cégep
Alain Vadeboncoeur, médecin et enseignant
Patrick Duguay, coopérateur
Christian Vanasse, auteur et humoriste
Alexandre Leduc, syndicaliste
Laure Waridel, écosociologue
Julius H. Grey, avocat
Vincent Van Schendel, économiste
Yvon Rivard, écrivain
Damien Contandriopoulos, professeur
Pierre Popovic, professeur
Daniel Turp, constitutionnaliste
Yoshua Bengio, professeur titulaire
André Frappier, syndicaliste
Silvestra Marinello, professeure titulaire
Jean-Guy Loranger, économiste et professeur retraité
Jacques Cardinal, professeur
Andrée Lajoie, juriste
Marc-André Éthier, directeur de département
Normand Mousseau, physicien
Dominique Scarfone, médecin et psychanalyste
François Charbonneau, professeur retraité
Caroline Larue, professeure
Laurence McFalls, politologue
Sonia Gauthier, professeure
Jean-Guy Nadeau, théologien et professeur retraité
Manon Hébert, professeur
Reynald Bourque, professeur retraité
Jeanne Dancette, professeure associée
François Hébert, écrivain
Phaedra Royle, psycholinguiste
Ryoa Chung, professeure
Yves Langelier, professeur sous octroi retraité
Patrice Brodeur, professeur
Louis Dumont, professeur
Jacques Hamel, sociologue de la jeunesse
Louise I. Paradis, professeure
Anne Élaine Cliche, professeure et écrivaine
Luc Bonenfant, professeur
Jean Décarie, urbaniste retraité
Guylaine Le Dorze, professeure
Dominique Garand, professeur
Gisèle Lemoyne, professeure associée
Jean-Claude Guédon, professeur
Guy Bourgeault, professeur
Christine Tappolet, professeure
Isabelle Peretz, professeure
Daniel Weinstock, philosophe
James Cisneros, professeur
Mona-Josée Gagnon, professeure associée
Nadia El-Mabrouk, professeure
Jean-Claude Marsan, professeur émérite
Michel Lacroix, professeur de littérature
Martine Delvaux, professeure et écrivaine
Jean-Claude Germain, écrivain et historien
Tony Tremblay, écrivain
Sylvie-Catherine De Vailly, écrivaine
Danny Plourde, auteur et enseignant
Dominic Gagné, écrivain
Bertrand Laverdure, écrivain
Sabine Assuied, productrice artistique
Ivy (Ivan Bielinski), artiste, poète et slameur
Andrée-Anne Dupuis Bourret, artiste visuelle
Johanne Villeneuve, professeure
Jean-Simon Desrochers, écrivain
Gisèle Trudel,artiste et professeure
Jacynthe Carrier, artiste en arts visuels
André-Pierre Contandriopoulos, professeur titulaire
Marc-André Bernier, Professeur
Véronique Cnockaert, professeure
Nathalie Watteyne, professeure
Othmar Keel, professeur
Michèle Nevert, professeure et syndicaliste
Nathalie Coupal, actrice, musicienne
Denise Brassard, écrivaine et professeure
Geneviève Lafrance, professeure-chercheure
Richard A. Warren, professeur sous octroi
Paul L. Gendreau, professeur
Jean-Sébastien Fallu, professeur
Marie-Josèphe Pigeon, étudiante à la maîtrise et féministe
Normand Baillargeon, professeur
Olivier kemeid, auteur de théâtre et metteur en scène
Mathieu Arsenault, écrivain
Ianik Marcil, économiste
Jean Poupart, sociologue
Mélanie Demers, chorégraphe et danseuse
Bernard Émond, cinéaste
Geneviève Sicotte, professeure
André Breton, professeur
Pierre Lefebvre, rédacteur en chef de Liberté
Éric Martin, philosophe
Dominic Desroches, professeur
Omar Aktouf, professeur
Renée Béland, syndicaliste
Jean Portugais, professeur et syndicaliste
Éric Troncy, pharmacologue vétérinaire
Manon Perron, syndicaliste
Daniel-Jean Primeau, artiste sculpteur
Véronique De Sève, syndicaliste
Gaétan Châteauneuf, syndicaliste
Guillaume Martel Lasalle, éditeur
Lyse Turgeon, professeure
Gérald Larose, professeur invité
Yvon Gauthier, philosophe
Peter Dietsch, philosophe
Daniel Canty, auteur et réalisateur
Georges Leroux, philosophe
Mélanie Gagnon, professeure
Denise Boucher, poète
Max Roy, syndicaliste
Marion Vacheret, professeure
Philippe R. Richard, professeur
Louise Vandelac, professeure
Gilles Gagné, sociologue
Marianne Kempeneers, sociologue
Jean-François Chassay, professeur et auteur
Jacques Rouillard, professeur
Jacques Lanctôt, éditeur
Louis Gill, économiste et professeur à la retraite
Cécile Sabourin, économiste et professeure retraitée
Mélanie Dufour-Poirier, professeure
Mario Houde, professeur
Pierre Lebuis, professeur et syndicaliste
Pierre Mouterde, sociologue, essayiste
Bernard Élie, économiste
Michel Laporte, syndicaliste
Catherine Dorion, auteure, comédienne
Éric de Larochellière, éditeur
Benoît Coutu, chargé de cours
Jacques-Alexandre Mascotto, professeur associé
Gilles Bibeau, professeur
Sabrina Moisan, professeure
Marie-France Raynault, professeure
Béatrice Godard, professeure
Sarah Rocheville, professeure
Roxane Rimstead, professeure
Sylvie Hébert, professeure
Pascal Bastien, professeur
Chantal Doré, professeur
Marty Laforest, professeure
Frédérique Gardye, chargée de cours
Pierre Hébert, professeur
Hélène Pigot, professeure
Manon Brunet, professeure
Jean-Pierre Bonin, professeur
Diane Vincent, professeure
Guylaine Chevarie-Lessard, artiste visuelle
Fernand Turcotte, professeur émérite
François Bergeron, directeur de recherche
Serge Denis, politologue
Sylvie Morel, professeure
Anik Meunier, professeure-chercheure
Stéphanie Rousseau, professeure
Christine Piette, professeure émérite
Renée Cloutier, professeure émérite
Laurent Lepage, professeur
Patricia Godbout, professeure
Christine Palmiéri, artiste
Pierre Ouellet, professeur
Pierre Biron, professeur retraité
Michel Roche, professeur
Manon Niquette, professeur
Marie-Thérèse Chicha, professeure
Mélissa Grégoire, professeure
Sébastien Lormeau, avocat
Anthony Glinoer, professeur
Chantal Leclerc, professeure
Catherine Didelot, directrice de casting
Renaud Lapierre, ingénieur
Marie-Christine Lê-Huu, comédienne
Pénélope Daignault, professeure
Fred Pellerin, conteux
Caroline Lavoie, comédienne
Sylvie Robert, géographe
Serge Beauchemin, preneur de son
Benoit Archambault, musicien
René Richard Cyr, metteur en scène
Lucie Sauvé, professeure
Luc Myre, agent d'artistes
Samir Saul, professeur
Patricia Beaulieu, réalisatrice
Christian Simard, environnementaliste
Yann Perreau, artiste
Roc Lafortune, acteur
Daniel Valois, professeur
Marcelo Otero, professeur
Mitia Rioux-Beaulne, philosophe
Jacques Cherblanc, professeur
Linda Cardinal, professeur
Myreille Bédard, artiste
Alexandrine Agostini, actrice
Geneviève Baril-Gingras, professeure
Jacques Beauchemin, sociologue
Guy Paquette, professeur
Yvan Perrier, politologue
Lucie Bourassa, professeure
José Morais, professeur émérite
Cynthia E. Milton, professeure
Dominique Caouette, politologue
Marie Lacroix, professeur
Nancy Thede, professeure
André Gaudreault, professeur
Gérard Duhaime, professeur
Olivier Asselin, professeur
Luc Lemoine, directeur d'école retraité
Sébastien Robert, syndicaliste
Louise Séguin, chercheure
Denis LaRocque, comédien
Monique Brunel, enseignante
François Rocher, professeur
Victor Armony, sociologue
Viviana Fridman, sociologue
Claire Chamberland, professeur
Florence Piron, professeure
Jacques Moreau, professeur
Dominique Leydet, professeure
Sylvie Lacombe, sociologue
Dominic Arsenault, professeur
Geneviève Nootens, politologue
Élise Dubuc, Professeure
Louis Rousseau, professeur retraité
Olivier Clain, professeur
Pier-Luc Bilodeau, professeur
Andrée Fortin, professeure
Ginette Bouchard, secrétaire
Madeleine Pastinelli, professeure
Jacques Paquin, professeur
Marie France Labrecque, anthropologue
Jean-Léon Rondeau, comédien
Jean-Pierre Boyer, professeur
Hugh Burgoyne, professeur
Richard Bégin, professeur
André Ricard, écrivain
Johanne Daigle, professeure
Lorraine Auger, artiste
Solange Pronovost, avocate
Christian Sabourin, géographe
Hélène Robitaille, agente de comédiens
Jean-Claude Ravet, rédacteur en chef
Stephan Reichhold, directeur TCRI
Vincent Graton, acteur
Frédérick Guillaume Dufour, Sociologue.
Pierre Beaulne, économiste
Alain-G. Gagnon, politologue
Emilia Deffis, professeure
Julie Cantin-Béliveau, comédienne
Ariel Ifergan, comédien
André Daviault, professeur émérite
Denis Massé, artisan de la chanson
Christiane Kègle, professeure
Emil Grigorov, professeur
Alain Beaulieu, écrivain
Micheline Dumont, historienne
Daniel Lacoste, musicien
Daniel Malenfant, comédien
Andrea Levy, chercheuse
Maria De Koninck, sociologue
Sylvie Moreau, actrice
René Pothier, cinéaste
France Picard, professeure
Bob White, professeur
Diane Lamoureux, professeure
Catherine Martin, cinéaste
Mani Soleymanlou, acteur
Annie Ranger, comédienne
Marie Fradette, chargée de cours
Martin Dumas, avocat
Sylvie Potvin, comédienne
Nicolas Pellerin, chanteur
Pierre-Yves Cardinal-David, comédien
Jean Chatillon, compositeur
Geneviève Jodoin, musicienne
Steve Pilarezik, comédien
Richard Desjardins, artiste
Estelle Lebel, professeure
Christine Métayer, professeure
François Bernard Malo, professeur
Diane Gagné, professeure
Yves Martin, sociologue
Carole Yerochewski, syndicaliste
Sylvain L'Espérance, cinéaste
Gilles Labelle, professeur
Marie-Claude Dault, directrice de postproduction
Bernard Gagnon, professeur
Greg Nielsen, sociologue
Arash Abizadeh, professeur
Marie-Claude Loiselle, rédactrice en chef, 24 images
Ginette Noiseux, directrice de théâtre
Marie-Laurence Poirel, professeure
Marie-Thérèse Fortin, directrice de théâtre
Annie Pullen Sansfaçon, professeure
Diane Poitras, cinéaste
Robert Daudelin, critique de cinéma
Stéphane Lépine, chargé de cours
Germain Lacasse, professeur
Richard Bertrand, professeur
Lisa Dillon, professeure
Oscar E. Firbank, professeur
Louise Pepin, psychologue
Francine d'Ortun, professeure
Richard Séguin auteur-compositeur
Martin Frigon, cinéaste
Carminda Mac Lorin, Mouvement des Indignés
Aurèle Desjardins, monteur/infographiste
Jocelyn Desjardins, porte-parole NMQ
Simon Gauthier, artiste-conteur
François Parenteau, artiste
Mélanie Riel Brunet, agent d'artiste
Jonathan Morier, artiste
François Trudel, comédien
Émile Schneider Vanier, comédien
Guy Champagne, éditeur
Luc Langlois, professeur
Thomas De Koninck, philosophe
André Habib, professeur
Carlos Ferrand, cinéaste
Éric Lucas, professeur
Gilles Bélanger, auteur-compositeur
André Roy, écrivain
Celine Bellot, professeure
David Corriveau, acteur
Dominique Pétin, actrice
Geneviève Dunn, agente d’artistes
Andrée Mercier, professeure
Philippe Ducros,Directeur Espace Libre
Céline Bernier, comédienne
Alain Farah, professeur
Mario Bernard, professeur
David Valiquette, réalisateur
Simon Boudreault, metteur en scène
Isabel dos Santos, actrice
Maxime Desjardins, comédien
Dominique Perreault, comédienne
Erik Bordeleau, chargé de cours
Pierre Côté, médecin
Patrick Cloos, professeur
Roch Aubert, comédien
Fabiola Toupin, artiste
Isabel Richer, comédienne
Denyse Baillargeon, professeure
Richard St-Gelais, professeur
Pierre Therrien, animateur
Vincent Vallières, auteur-compositeur
Dominique Daigneault, syndicaliste
Jacques Pelletier, professeur associé, essayiste
Caroline Senneville, syndicaliste
Micheline Thibodeau, syndicaliste
Caroline Quesnel, syndicaliste
Sylvain Marois, syndicaliste
Jean Murdock, syndicaliste
Florence Thomas, syndicaliste
Frédérique Bernier, professeure
Michel Ducharme, syndicaliste
Jérôme Minière, auteur compositeur interprète
Marie-Pierre Normand, artiste visuel
Karim Larose, professeur
Paul Sabourin, professeur
Josée Lacourse, sociologue
Ginette Michaud, professeure
Gilles Lapointe, professeur
Robert Cadotte, auteur
Claude Vaillancourt, écrivain
Dominique Leduc, comédienne
Olga Ranzenhofer, musicienne
Louise de Beaumont, comédienne
Geneviève Rochette, comédienne
Marc Zaffran, médecin
Franck Le Coroller, documentariste
Francine Saillant, anthropologue
Marcel Pomerlo, comédien
Julien Bilodeau, Compositeur
Véronique Verhoeven, artiste
Marcos Ancelovici, sociologue
Francis Monty, écrivain
William J. Buxton, professeur
Catherine Hamann, comédienne
Alban Baudou, Professeur
Pierre Yves Lemieux, auteur
Thomas Collombat, professeur
Liviu Dospinescu, professeur
Lorraine Guay, attachée de recherche
Régine Kolinsky, directeur de Recherche FRS-FNRS
Maryse Rouy, écrivain
Michèle Venet, professeure
Sylvain Giroux, professeur
Martin Hébert, professeur
Patrick Baker, professeur
Geneviève Fournier, professeure
Hervé Philippe, professeur
Andrée Ferretti, écrivaine
Pierre-André Tremblay, socio-anthropologue
Jean Barbe, écrivain
Jean-François Lisée, auteur et blogueur
Simon Leduc, professeur
Pierrette Bouchard, Professeure émérite
Isabel Orellana, Professeure
Frédéric Deschenaux, sociologue
Nicole Laudouar, professeur
François Chassé, professeur
Frédéric Lesemann, professeur
Janine Hohl, professeure honoraire
Philippe Gajan, Critique de cinéma
Viva Paci, professeur
Mohsen El Gharbi, auteur
Gabriel Malenfant, musicien
Jean-Pierre Lord, travailleur social
Luc Lemoine, directeur retraité d'école primaire
Diane Lacombe, orthophoniste
Isabelle Malouin, professeure
Luc Martin, sociologue
Brigitte Auclair, professeure
Mathieu Saint-Jean, professeur
Sylvie Rheault, professeure
Josiane Myre, professeure
Nicolas Beaudoin, professeur
Colette St-Hilaire, professeure à la retraite
Jean Désy, écrivain
Catherine Leduc, Tricot machine
Matthieu Beaumont, Tricot machine
Ivan Carel, historien
Claude Paradis, professeur
Claire Aubin, sculptrice
Dominique Champagne, monteuse
Sylvie Taschereau, professeure
Mona Trudel, professeure
Martin Marier, professeur
Frédéric Pierre, comédien
Patricia Lamarre, professeure
Julien Villeneuve, professeur
Emilie Sarah Caravecchia, professeure
Patrick C. Pilote, professeur
Murielle Chapuis, professeure
Anne-Marie Bélanger, professeure
Michel-M Campbell, professeur honoraire
Paul Leduc Browne, dir. dép. sciences sociales
Louise Provencher, professeure
Antoine Gautier, professeur
Donald Fyson, professeur
Sophie Dupéré, professeure
Laurence Guillaumie, professionnelle de recherche
Yves Michaud, ancien député
Serge Bergeron, professeur
Denys Delâge, professeur émérite
Thierry Nootens, professeur
Lucie Gélineau, chercheure
Hélène Nazon, professeure
Christine Loignon, professeure
Michel O’Neill, professeur associé
Aline Charles, professeure
David Robert, artiste
Sacha Calixte, présidente SEECL
Kathleen Boucher, psychologue
Sylvie Laliberté, professeure
Ariane Caron-Lacoste, assistante à l'édition
Manuel Foglia, cinéaste
Henri Lamoureux, écrivain
Nicole Côté, sculpteure-céramiste
Marie Charlebois, comédienne
Robert Laplante , directeur IREC
Andrée Yanacopoulo, médecin, sociologue, éditrice
Thérèse Hamel, professeure
Claude Maire, professeur retraité
Michel Despland professeur retraité
Ian Lagarde, réalisateur
André Lacroix, professeur
Robin Aubert, cinéaste
France Théoret, écrivaine
Alain Horic, éditeur littéraire
Martin Gallié, professeur
Sandrine Ricci, chargée de cours
Guy Marchand, écrivain
Ghislaine Julien, syndicaliste
Mathieu Teasdale, professeur
A. Hadi Qaderi, professeur
Manon Boulianne, professeure
Jean-Philippe Beaulieu, professeur
Dujka Smoje, professeure
Thérèse St-Gelais, professeure
Doris Lapierre, cinéaste
Jacques Dufresne, Encyclopédie de l'Agora
Raymond Bock, écrivain
David Robert, artiste
Stéphanie Demers, professeure
Jean Bonin, professeur
Jean-Marc Côté, professeur
Pierre Crépô, photographe
Louise Langevin, professeure
Paul Carle, professeur
Allison Marchildon, professeure
Thomas Wien, professeur
Sylvie Béland, professeur
Marie-Ève Laverdure, comédienne
David Beaupré, professeur
Marc-Antoine Larche, comédien
Pierre Rainville, professeur
Anne-Marie Miller, professeure
Mario Cholette, écrivain
Isabelle Billaud, professeure
Liette Bergeron, professeure
Bruno Lalonde, Libraire
Isabelle Rivard, professeure
Manon-Ann Blanchard, enseignante
Cédric Lamathe, professeur
Sylvie Tremblay, professeure
Johanne Blanchette, professeure
Frédéric Thibaud, professeur
Jean-Pierre Lorange, professeur
Isabelle Pontbrillant, professeure
Sylviane Dion, professeure
Joan Sénéchal, professeur
Ginette Lessard, professeure
Jean-François Marçal, professeur
Farine Vachon, professeure
Cindy Baril, professeure
France Désaulniers, syndicaliste
Jean Bonin, professeur
Michel Milot, professeur
Geneviève Perreault, professeure
Isabelle Tanguay, professeure
Jacques Audet, professeure
Céline Demers, professeure
Nadia Gosselin, écrivain
Nathalie Prud’homme, professeure
Charles Gill, professeur
Paul Dumais, professeur
Thibaud de la Marnierre, professeur
Margie Bertrand, professeure
Chantal Poirier, professeure
Isabelle Larrivée, professeure
Alain Bouchard, artiste
Michèle St-Denis, professeure
Luc Vaillancourt, professeur
Étienne Côté, professeur
Marie Wright, professeure
Sylvie Hamel, professeure
Vanessa Pelland, professeure
Jean-François Tessier, professeur
Benoit Tellier, professeur
Isabelle Baez, écrivaine
Martin Godon, professeur
Martine Nachbaur, professeure
Christian Goyette, professeur
Sarah Baillargeon, professeure
Nancy Costigan, professeure
Frédérique Bernier, professeure
Nicolas Dickner, écrivain
Jean-Martin Casséus, professeur
Patrick Poulin, professeur
Mercedes Font, professeure
Louis Horvath, écrivain
Anne-Marie Claret, professeure
Christian Bilodeau, écrivain
Stéphane Thellen, professeur
Patrick Finlay, professeur
Guillaume Bard, professeur
Marc-André Lacelle, professeur
Geneviève Tringali, professeure
Annie Legendre, professeure
Pierre-David Gendron-Bouchard, professeur
Lucie Dubois, professeure
Émilie Cantin, professeure
Gilles Vigneault, professeur
André Vincent, professeur
Julie Bellavance, professeure
Sylvie Bernard, écrivaine
Amélie Chanez, professeure
Yves-Marie Abraham, professeur
Isabelle Mahy, professeure
Claudia Ferri, Actrice
Normand Séguin, historien
Francine Dufort, professeure retraitée
Geneviève Dumas, professeure
Dominic Philie, comédien
Nathalie Gascon, comédienne
Emmanuel Poirel, professeur
Frances Fortier, professeure retraitée
Bernard Charles, politologue
Judith Émery-Bruneau, Professeure
Benoit Trottier, médecin
Joseph Branco, artiste
Marie Côté, artiste
Véronique Besançon, conseillère pédagogique
Gaële Gidrol-Mistral, professeure
François Dugré, professeur
Julie Boucher, enseignante
Yves Vaillancourt, écrivain
Simon Paradis, coordonnateur l'aire libre
Michèle Clément, chercheure
Mathieu Cournoyer, Malajube
Alexandre Chartrand, peintre
Any Guay, professeur
Stéphane Crête, acteur
Ségolène Roederer, dg, Québec Cinéma
Yanick Noiseux, professeur
Luc Picard, acteur
Céline Saint-Pierre, sociologue
Pierre Luc Houde, comédien
Anouk Lebrun, designer
Louise Larivière, gestionnaire
Jean L'Italien, comédien
Réjane Blary, professeure retraitée
Vivian Labrie, chercheure
Pierre-Yves Bernard, scénariste
Kim Doré, éditrice
François Guérard, professeur
Bobby Beshro, comédien
Bruno Ramirez, professeur
Stéphane Bernard, professeur
Louis-David Morasse, acteur
Alain Tremblay, professeur
Daniel Boucher, auteur-compositeur
Geneviève Simard, scénariste
Marie-Andrée Beaudet, professeure
Marise Bachand, professeure
Jason Cantoro, Artiste visuel
Monique Audet, Économiste
Anick Lemay, comédienne
André Duhamel, professeur
Diane Parent, professeure
Robert Comeau, historien
François Dumont, professeur
Lucia Ferretti, professeure
Louise Bouchard, professeure
Martine D'Amours, sociologue
Hélène Girard, monteuse
Niels Schneider, acteur
Patrick Coppens, poète-peintre
Julie Le Breton, comédienne
Yvan Rousseau, professeur
Denis Trudel, comédien
Stéphane Cantin, professeur
René Derouin, artiste
Yolande Brouillard, artiste peintre
Roberpierre Monnier, architecte
Pierre Beaudet, professeur
Annick Thérien, peintre
Marie-Josée Marleau, poète
Anne E. Calvès, professeure
André Baril, professeur
Jean-Claude St-Amant, chercheur
Emmanuelle Bédard, Professeure
Hervé Fischer, écrivain
Sara-Nadine Lanouette, professeur
Karl Desmeules, professeur
Steve McKay, professeur
Caroline L. Mineau, professeure
Laurence Olivier, professeure
Andrée Gendreau, muséologue retraitée
Michèle St-Denis, professeure
Jean Larivière, professeur
Pascal Deschênes, professeur
Steve Déry, professeur
David Mandel, professeur
Richard Ryan, élu municipal
Lise Dobson, professeure
Emmanuel Bouchard, professeur
Sylvianne Rivest-Beauséjour, actrice
Soufïa Bensaïd, artiste
Martin Petitclerc, professeur
Annie Demers Caron, professeure
Frédéric N. Brière, chargé de cours
Sylvie Frechette, olympienne
Claudine Raymond, comédienne
Jean-Claude St-Onge, professeur retraité
Luc-Alain Giraldeau, vice-doyen recherche
Abby Lippman, professeure
Gilles Voyer, professeur
Anne Laperrière, professeure retraitée
Flavia Garcia, professeure
Rodolphe De Koninck, géographe
Guylaine Martel, professeure
Léa Clermont-Dion, photographe
Barbara Thériault, professeur
Didier Prioul, professeur
Monique Richard, comédienne
Catherine Gadouas, compositrice
Julie Guimond, productrice
Carole David, écrivaine
René Lapierre, professeur
Linda Paquette, professeure
Viviane Pacal, comédienne
Louiselle Lévesque, journaliste retraitée
Paul Tana, cinéaste
Evelyne de la Chenelière, dramaturge
Frédéric Laugrand, professeur
Élisabeth Nardout-Lafarge, professeure
Martin Pâquet, professeur
Philippe Dubé, professeur
Sylvie Poirier, professeure
Gérard Beaudet, professeur
Céline Lafontaine, professeure
Marie-Pascale Huglo, professeure
Jean Michaud, anthropologue
Andrea Oberhuber, professeure
David Buyle, comédien
Thierry Rodon, professeur
André C. Drainville, professeur
Luc Lavoie, informaticien
Muriel Gomez-Perez, professeure
Raphaëlle Prince, professeure
René Lavigueur, médecin
Paul Drouin, artiste
Christophe Reutenauer, mathématicien
Clarisse Dehont, professeure
Danielle Palardy Roger, musicienne
Gilles Parent, professeur
Karine Villeneuve, professeure
Farès Ben Osman, professeur
Josette Brun, professeure
Jean-François Plano, professeur
Claudine Jouny, professeure
Élise Paradis, professionnelle en pédagogie
Claude-Émilie Marec, éditrice
Jean Tardif, ingénieur, SNC-Lavalin
Céline Faucher, chanteuse
Louise Bienvenue, professeure
Audrey Ghali-Lachapelle, professeure
Huguette Dagenais, professeure émérite
Marie-Claire Blais, écrivaine
Eve Gadouas, comédienne
Diane Gendron, professeure
Sébastien Ricard, Loco-Locass
Luc Leclerc, syndicaliste
Patrick Rondeau, syndicaliste
Katia Canciani, écrivaine
Marc-André Pilon, enseignant et auteur
Pierre Saint-Germain, syndicaliste
Ghislaine Raymond, syndicaliste retraitée
Martine-Emmanuelle Lapointe, professeure
Lucie Mayer, artiste lyrique
Louis Horvath, poète
Judith Poirier, conteuse
Astrid Lagounaris, artiste
Nathalie Moliavko-Visotzky , directrice photo
Julie Simard-Maltais, professeure
Valérie Desgroseilliers, chargée de cours
Amaya Clunes, professeure retraitée
Valérie Amiraux, professeure
Tammy Verge, comédienne
Michel Campeau, photographe
Sonja Mazerolle, professeure
Corinne de Vailly, écrivaine
Martine Tremblay, professeure
François Drolet, poète
Mel Cotnoir, auteure-compositeure
Colette Brin, professeure
Ariel Laforge, linguiste
Anne Mill, recherchiste
Patrick Drouin, professeur
Rachel Sarrasin, professeure
Hélène Makdissi, professeure
Martin Duckworth, cinéaste
Barbara Locher, orthopédagogue
Alain Chagnon, photographe
Valérie Carreau, enseignante
Mauricio Angulo, technicien en environnement
Rawi Hage, auteur
Yacov Rabkin, professeur
Véronique Dupuis, professeure
Ginette Dubreuil, professeure
Stéphane Tellen, professeur
Sébastien Cordeau, professeur
Véronique Leblanc, professeure
Margie Bertrand, professeure
Marilène Gill, professeure
François-Olivier Chené, professeur
Louis-Alexandre Berthelot, professeur
Claude Baillargeon, professeur
Jean-Marc Guillemette, professeur
Paul-André Bouchard, professeur
Daphné Lajoie, professeure
Jacques Gagnon, professeur
Dominique Valade, professeure
Yves Sabourin, syndicaliste
Laval Rioux, chargé de cours
Judith Bouchard, professeure
Julie-Anne Risler, professeur
Yves De Repentigny, syndicaliste
Yves Hallée, syndicaliste et chercheur
Claire St-Jacques, professeure
Stéphanie Kemp, professeur
Nadine Trudeau, professeure
Jeanne Pinsonneault, professeure
Ianick Gentes, syndicaliste
Claudine Jouny, professeure
Line Riendeau, syndicaliste
Anne-Marie Claret, professeure
Michel Robert, professeur
Dominique Barot, syndicaliste
Luc Vandal, syndicaliste
Marie-Ève Laurin, professeure
Michel A. Paquette, professeur
John Gilbert, professeur
Any Guay, professeure
Charles Guilbert, professeur
Marie-Claude Couturier, professeure
Michèle St-Denis, professeure
Audrey Lamy, professeure
Naïla Sinave, professeure
Dominique Dubé, professeure
Rosanne Saint-Jacques, professeure
Philip Wickham, professeur
Myrella Bergeron-Prévost, professeure
Marie-Andrée Fortier, professeure
Jean-Martin Fréchette, professeur
Isabelle Bourget, professeure
Mercedes Font, professeure
Alexandre Piché, professeur
Anne-Elisa Mamprin, professeure
Catherine Guindon, professeure
Annie Charbonneau, professeure
Céline Picard, professeur
Isabelle Dubuc, professeure retraitée
Philippe Maugueret, professeur
Juan C.Aguirré, professeur
Rachel Benjamin, professeur
François Rochon, professeur
Paule Chouinard, professeure
Stéphane Fauteux, syndicaliste
Denise Noël, Psychanalyste
Jacques Tardif, artiste
Michel Lalonde, sociologue
Monique Lévesque, psychanalyste
Denis Barrette, avocat
Marie-Ève Mathieu, professeure
Monique Panaccio, psychanalyste
Sophie Bourgeois, comédienne
Michel Peterson, psychanalyste
Eugène Kritchevski, professeur
Dario Perinetti, professeur
Francine Sinclair, directrice sciences de l’éducation
Geneviève Lessard, professeure
Louise Briand, présidente SPUQO
Guy Bellemare, professeur
Annie Devault, professeure
Stéphane Quinn, psychanalyste
Sylvain Lemay, professeur
Jean-Martin Johanns, organisateur de Nous?
Myriam Michaud, chargée de cours
Jacques Languirand, communicateur
Annie-Ève Collin, professeur
Francine Vachon, professeure retraitée
Véronique Fournier, professeure
Benoit Côté, professeur
Robert Pelletier, psychanalyste
Martin Laberge, professeur
Claude Bovet, philosophe
Philippe de Grosbois, professeur
Simon Marion, musicien
Patrice Joly, professeure
Michel Levesque, poète
Chantal Beaudry, chargée de cours
Flavie Achard, syndicaliste
Madeleine Ferland, syndicaliste
Stéphanie Lemétais, travailleuse culturelle
Jacques Audet, professeur
Guillaume Dostie, professeur
Claire Tremblay, syndicaliste
David Arango, compositeur
Christine Girard, professeure
Françoise Côté, musicienne
Michel Tétreault, professeur
Nathalie Ouellet, professeure
Luc Girouard, professeur, graphiste
Christopher Pitchon, professeur
Jacques Pasquet, écrivain-conteur
Marcel Lambert, professeur
Jean Carroll, professeur
Marie-Josée Gaudreau, professeure
Katia Stockman, professeure
Daniel Hogue, sculpteur
Joan Smelkinson, professeure
Pierre de Guise, professeur
Denis Kosseim, professeur
Samuel Girard Tremblay, professeur
Marie-France Bujold, professeure
Jean-François Bourgeault, professeur
Anne Buisson, professeure
Brigitte Brodeur, professeure
Liette Lavoie, professeure
Louise Mailloux, professeure
Olfa Latiri, professeure
Pierre-Luc Vallée, professeur
Dominic Courtois, professeur
Dominic Ménard-Bilodeau, professeur
Roch Plamondon, professeur
Dominique Trudel, responsable de stage
Vincent Brault, professeur
Isabelle Larouche, auteure
Nancy Larocque, professeure
Hermel CYR, professeur
Henriette Hains, professeure
Chantal Martin, syndicaliste
Christian Frenette, Professeur
Christiane Cheyney, artiste et professeure
Lyne Dessureault, professeure
Fabien Jetté, technicien en documentation
Yves Paquette, professeur
Jean-Félix Chénier, professeur
Éric Bouchard, professeur
Geneviève Deslandes, professeure
Gilles Parent, professeur
Marie-Josée Ross, professeure
Marlène Boudreault, professeure
Isabelle Kaliaguine, professeure
Renaud Harvey, professeur
Patrick C. Pilotte, professeur
Marc-André Valiquette, professeur
Philippe Alarie, professeur
Frédéric Poisson, syndicaliste
Éric Joseph TREMBLAY, architecte
Nicole Gaboury, professeure
Dominique Bulliard, professeure
Tania Charest, professeure
Brigitte Caron, professeure
Pascal Adam, professeur
Liette Labrosse, professeure
François Tremblay, professeur
Guillaume Lebel, professeur
Pierre A. Paquette, professeur
Alain Joyal, professeur
Marc Rochette, écrivain
Marie-Ève Charron, professeure
Gildas Haméon, professeur
François Régimbal, sociologue
Joëlle Morosoli, professeure
Étienne Michaud, professeur
Stéphane Boucher, professeur
Ève Beauregard, professeur
Line Valois, professeur
Marco Jean, professeur
Jean-Philippe Fortin, professeur
Maya Gobeil, professeure
Claude Landry, professeur
Anik Boudreau, professeure
Emmanuel Loeub, professeur
Julie Bouchard, professeure
Farid Ferrani, professeur
Jacques-Olivier Moffatt, professeur
Caroline Morris, professeure
Louise Lachapelle, professeure
Nina Admo, professeure et chercheure
Anne Marie Miller, professeure
Nadine Walsh, conteuse
Botz Rasili, artiste
Sarah Martinez, professeure
Marie Josée Lévesque, professeure
Elsa Beaulieu Bastien, anthropologue
Karine Collette, professeure
Nicole Bourbonnais, professeure retraitée
Line Vaillancourt, professeure
Daniel Puskas, psychanalyste
Hélène Vézina, professeure
Christiane Bergeron-Leclerc, professeure
Jean-Thomas Courchesne, professeur
Jean-François Giroux, professeur
Jean-Pierre Lavoie, professeur associé, chercheur
Jean-Marc Tourigny, chargé de cours
Jacques Berger, chargé de cours
Marielle Bourret artiste peintre
Sandrine Ricci, chargée de cours
Johanne Paquin, politologue
Denis Duhalde, chargé de cours
Chantale Lagacé, sociologue
Nicole Jeanneau, chargée de cours
Jacques Samson, documentariste
Beau Zuercher, chargé de cours
Gaétanne Cormier, professeur
Véronique Beaulieu-Audy, professeure
Chantal Poirier, professeure
Stéphane Lévesque, chargé de cours
Dominique Major, professeure et art-thérapeute
Chantal Bertrand, Chargée de cours
Virginie Doucet, professeure
Benoît Lacoursière, professeur
Christian Nolet, professeur
Stéphane Landry, professeur
Jan Frans RICARD, professeur
Marie-Josée Morin, professeure
Réal Leblanc, chargé de cours
Anne-Lise Polo, chargée de cours
Zeycan Yegin, chargé de cours
Annie Baillargeon Fortin, chargée de cours
François Besré, chargé de cours
Aude Weber-Houde, chargée de cours
Jean-Émile Verdier, chargé de cours
Rébecca Beauvais, chargée de cours
David Guillemette, chargé de cours
France Boisvert, professeure et écrivaine
Richard Trudel, professeur
Vincent LeBlanc, professeur
Ghislaine Grand, professeur
Camille Dubuc, professeur
Danielle Casara, syndicaliste
David Lachance, professeur
André Hamel, compositeur
Julie-Andrée Rostan, professeur
Javier Valdés, artiste
Josée Defoy, professeure
Suzie Sicotte, professeure
Sonia Paço-Rocchia, compositrice
Sylvie Prévost, professeure
David Pilon, professeur
Dahlia Kerba, professeure
Vagharshak Toroussian, professeur
Marie-Eve Bérubé, professeure
Philippe Rousseau, technicien en documentation
Nova Doyon, professeure
Johanne Blanchette, professeure
Caroline Barriault, professeure
Johanne Massé, professeure
François Robillard, professeur
Claude Tremblay, professeur
Marjorie Dallaire, professeure
Sylvie Paquet, professeure
Chantal Lévesque, professeure
Biz, Loco Locass
Chafik, Loco Locass
Laurence Bherer, professeure
Lucie Côté, professeure
Jonathan Hope, chargé de cours
Pascal Léveillé, professeur
Godefroy Desrosiers-Lauzon, chargé de cours, chercheur
Raymonde Bourque, chargée de cours
Daniel Perreault, professeur
Lise Nantel, chargée de cours
Philippe Gagnon, chargé de cours
Marc-André Fournier, chargé de cours
Mélanie Alexandra Daher, professeure
Brigitte de Souza, professeure
Hassan Younes, chargé de cours
Eva Monteiro, chargée de cours
Marie-Andrée Morache, chargée de cours
Khalid M'Seffar, chargé de cours, avocat
Alexandre Lahaie, professeur
Violaine Levasseur, chargée de cours
Marie Odile Cormier, professeure
Jennifer Parent, chargée de cours
Viviane Boucher, chargée de cours
Hugues Bonenfant, professeur
Daniel Roussin, professeur
Jawaher Chourou, chargée de cours
Pascale Noizet, chargée de cours
Adriana de Oliveira, chargée de cours
Catherine Lefrançois, chargée de cours
Sem Jean, chargé de cours
Émilie Lemieux, professeure
Caroline Hayeur, photographe, chargée de cours
Shirley Lebel, chargée de cours
Jean Sébastien, professeur
Sébastien Lamarre, poète
Stéphanie Boutin,professeure
Guylaine Fontaine, professeure
Vincent Fortier, professeur
Geneviève Messier, chargée de cours
Paule Baillargeon, artiste
Abdelwahed Mekki-Berrada, professeur
André Poupart, juriste
Anick Beaulieu, professeure
Anne Bérubé, professeure
Anne Dupuis, professeure
Anne Latendresse, professeure
Anne Trudel, comédienne
Anne-Gaëlle Habib, soutien à l’apprentissage
Annick Desmarais, auteure
Bernard Roy, professeur
Brigitte Haentjens, metteure en scène
Bruno Bouchard, artiste
Carol Vachon, consultant en nutrition
Catherine Caron, Rédactrice en chef adjointe, Relations
Christiane Ndiaye, professeur
Danielle Fournier, poète
David Koussens, professeur
Denis Jeffrey, professeur
Dominique Bourque, professeur
Ellen Corin, professeure
Emmanuelle Jimenez, dramaturge
Eric Shragge, professeur
Estelle Carde, professeure
Florence Vinit, professeure
Francine Noël, écrivaine
Francisco Villanueva, professeur
François Béland, co-directeur, Solidage
Gilbert Boulay, artisan du miso
Guy Bourbonnais, professeur
Heidi Wyssbrod, naturothérapeute
Jean Foster, professeur retraité
Jean-Marc Fontan, sociologue
Jean-Pascal Larin, professeur
Julie Lebeau, artiste peintre
Karine Lacroix-Pelletier, professeure
Larry Blais, président GDNM
Lina St-Pierre, femme d'affaire
Lise Castonguay, comédienne
Louis LeVasseur, professeur
Lynda Champagne, professeure
Marie-Chantal Renaud, comédienne
Martin Jalbert, professeur
Mary Ellen Davis, cinéaste
Mary Hayes, artiste
Maud Reid, professeure
Maxime Ouellet, politologue
Mélanie Doyon, professeure
Michel Allard, professeur associé
Muriel Porret, enseignante
Nellie Hogikyan, chercheure
Nicolas Vonarx, professeur
Normand Brunet, chargé de cours
Normand Daneau, comédien
Paul Eid, sociologue
Paul-André Lapointe, professeur
Pierre Édouard Morin, entrepreneur
Rachad Antonius, sociologue
Raymond Massé, professeur
Richard Duchaine, professeur
Robert Laliberté, éditeur
Ronald Larocque, conteur
Sandrine Turcotte, professeure
Sébastien Tanguay, professeur
Sirma Bilge, professeure
Suzanne Foisy, professeure
Vincent Bibeau, professeur
Yvan Comeau, professeur
Yves Lenoir, professeur
Molly Alexander, syndicaliste
Guylaine Séguin, professeure
Line Maurel, conseillère en communication retraitée
Michel Baril, professeur retraité
Hélène Papageorges, artiste
Marjorie Desbiens, professeure
Estelle Nolin, professeure
Robert Fortin, professeur
David Gagnon, professeur
Rémy Laprise, Professeur
Christian Caouette, syndicaliste
Karine Vachon, professeure
Élyse Simard, artiste
Nancy-Lorraine Leblond, professeure
Hugo Fleury, artiste
Alexandre Boivin, professeur
Pierre-Luc Bouchard, politologue
Geneviève Pedneault, professeure
Cédric Nadon, étudiant maîtrise
Louise Gavard, chargée de cours
Hélène Galouchko, maître de langue
Véronique Lapointe, scientifique, chargée de cours
Louise Michaud, professeure
Isabelle Grandjean, professeure et écrivaine
François Doyon, professeur
Kathryn Casault, maquilleuse au cinéma
Catherine Tardif, chorégraphe
Francis Dupuis-Déri, professeur
Yvann Thibaudeau, monteur
Stéphane Vachon, professeur
Guylaine Duval, professeure et directrice de programme
Anne Martine Parent, professeure
Marjolaine Béland, chercheure et artiste médiatique
Geneviève Bergeron, chargée de cours
Marie-France Giraudon, artiste
Marie-Renée Charest,
chargée de cours
Frédéric Plamondon, professeur
Josée Chevalier, professeure
Claire Côté, musicienne
Isabelle Mathieu, chargée de cours
Alain Lalonde, compositeur, chargé de cours
Jean-Marc Piotte, philosophe, politologue
Astrid Brousselle, professeure
Pierre McDuff, agent de recherche
Marie-Thérèse Dujardin, psychologue
Isabelle Cochelin, professeure associée
Raôul Duguay, artiste et philosophe
Bertrand Guibord, syndicaliste
Isabelle Daigneault, Psychologue et professeure
Julie Côté, artiste
Nicolas Boulerice, musicien
Geneviève Nadeau, gérante d’artistes
Lydia Anfossi, professeure
28 mai 2012
La crise sociale révèle l'inadéquation des médias traditionnels
Mercredi 23 mai, je tweetais que les médias traditionnels, totalement dépassés, ne parlaient pas des casseroles qui avaient cours depuis déjà quelques jours. Deux personnes de RDI se sont empressées de me répondre que leur média en avait traité.
J'étais bien content de m'être trompé pour un cas, mais c'était bien sûr l'exception qui confirme la règle. La nouvelle s'est alors répandu comme une traînée de poudre et les autres médias s'y sont mis de sorte que le soir même tous les médias traditionnels en parlaient. Le rôle du média est pourtant d'être à l'affut, or on constate que les médias traditionnels sont souvent très en retard sur des phénomènes déjà massifs.
Je tweetais la même journée que les médias traditionnels, beaucoup trop pipoles, ne s'occupait pas de la grève de la faim de Marik Audet. Et là, aucune réplique d'aucun média, parce qu'en effet si on n'est pas une vedette, on n'a pas droit à l'intérêt des machines publicitaires que sont tous les médias traditionnels.
En fait, le problème des médias traditionnels n'est pas qu'ils soient partiaux. Ils le sont tous depuis toujours, mais ils devraient au moins le dire.
Feue Lisette Morin, journaliste émérite à Rimouski avant d'être correspondante au Devoir, m'a enseigné il y a plus de 30 ans mes premiers rudiments du journalisme. Elle m'a appris que non seulement l'objectivité journalistique était une illusion qui berçait les naïfs, mais qu'un journaliste était d'autant plus crédible qu'on savait dans quel camp il loge. Et elle était bien campée à gauche.
L'important est de respecter les genres: dans la nouvelle, on ressort ce qui est significatif et nouveau, ce qui apporte du neuf (pas du sensationnel); dans le reportage, on est factuel (pas sensationnel); dans l'enquête, on suit la filière remontant des effets aux causes, etc.
Or, la crise sociale actuelle a révélé à une part de plus en plus grande de la population l'incompétence des médias traditionnels à traiter et à comprendre ce qui se passe: ignorance de ce qu'est la démocratie directe, méconnaissance totale de la structure clignotante des réseaux de mobilisation sans leader, confusion entre symptômes (la hausse des droits) et causes (la marchandisation de l'éducation), incapacité à penser les choix de société (humanisme contre commerce), multiplication des erreurs d'interprétation (quelqu'un a déclaré que les casseroles étaient contre le conflit étudiant), recours à des enquêtes sans valeur scientifique appelées abusivement et répétitivement sondages, etc.
Le problème des médias traditionnels et qui ne fait que constater leur déclassement total, outre le fait qu'ils taisent leur idéologie, c'est qu'ils sont partiels.
Ils s'accrochent à un champ de vision très restreint et sont convaincus que toute la réalité est là. Les caméras qui filment une manif vont se concentrer sur un épiphénomène négligeant le mouvement d'ensemble, puis vont le rediffuser en boucle pendant des heures et des heures de sorte que l'on fera croire au public que dans ce détail choisi pour son caractère éclatant réside l'essence d'un événement qui est souvent complètement autre.
Les nouveaux médias sont souples, multiformes et accessibles soit en temps voulu, soit en temps réel. Quand CUTV montre une manifestation, elle la filme avant, pendant et après de sorte que toute l'expérience est disponible. Elle pourra sélectionner des faits saillants en nombreuses capsules qui sont visionnables selon le choix de la personne qui y a accès. L'efficacité de cette méthode est telle que la police est extrêmement violente envers ce qui est pourtant un média, et que les médias traditionnels n'en font absolument pas mention alors qu'ils devraient se lever pour défendre la liberté de presse. Mais, le clivage entre les vieux médias et les nouveaux est déjà consommé.
Twitter apporte une multiplicité telle de regards sur les événements que l'esprit critique sera capable de rassembler les morceaux et de faire un tri pour retrouver une compréhension globale de la réalité.
Bien sûr, cela demande une capacité de distance critique et une capacité d'analyse, qui était nécessaire de toute façon avec les médias traditionnels, mais qu'on avait semble-t-il oubliée.
Enfin, les médias de gauche comme Presse-toi à gauche et MediaCo-op offrent des analyses critiques qui permettent de comprendre la réalité dans ses significations, dans ses causes et dans son impact sur la population.
Bien s'informer a toujours exigé un travail du citoyen, mais encore faut-il que les sources permettent d'avoir accès à une véritable transmission des réalités.
27 mai 2012
Marie-Antoinette Bombardier
La récente chronique de Denise «Marie-Antoinette» Bombardier est une désopilante pièce d'anthologie qui fera s'esclaffer les générations à venir de Québécois aussi sûrement que le Tartuffe de Molière dans les siècles derniers.
Dans une tirade éplorée, la passionaria de l'oligarchie capitaliste se désole que la «rue ait gagné». Comment? Qu'ouis-je? Les manants et les gueux prennent le pas sur la noblesse? C'est inadmissible!
La castafiore des exploiteurs patentés déplore que la rue «ait internationalisé un conflit mineur». Non, mais, pourquoi s'énerver pour une broutille comme un choix de société entre considérer l'éducation comme une marchandise ou comme un service public.
La diva de la flicaille craint que dorénavant «tout gouvernement pourra ultimement être mis en échec par des groupes d'opposants décrétant inique et injuste une loi ou une politique ministérielle». C'est vrai, ça, le peuple se soulève toujours pour des riens comme lorsqu'il crève de faim ou qu'on le prive de ses droits fondamentaux.
Pour des générations à venir, Marie-Antoinette Bombardier sera exécutée sous la guillotine du ridicule qu'elle aura elle-même échaffaudée.
24 mai 2012
Demande urgente pour la santé publique du Québec
À l'institut national de la Santé publique: info@inspq.qc.ca
Mesdames et Messieurs,
Comme il est impossible de trouver une adresse électronique pour la Direction générale de la Santé publique du Québec, je passe par votre canal pour faire ma demande.
C’est une question capitale pour la santé de tous et chacun des Québécois.
Depuis le début de la grève étudiante, Jean Charest se plaît à mettre de l’huile sur le feu. À mesure que le conflit s’envenime, il est visible dans tous les médias où on l’aperçoit qu’il prend une mine de plus en plus réjouie.
Un chef de gouvernement normal n’agirait pas ainsi. Aucune personne sensée n’agirait ainsi.
Je crois que cette personne, qui a le titre de premier ministre du Québec, devrait subir d’urgence une évaluation psychiatrique, car elle met en danger la santé phsysique et mentale des Québécois.
Recevez, Mesdame, Messieurs, mes salutations distinguées.
Francis Lagacé
3217, av. Laurier Est
Montréal H1Y 1Z9
21 mai 2012
Le ministère de la Justice m'a montré sa matraque
Lundi dernier, j'écrivais une lettre ouverte au ministre de la Justice Lettre ouverte à monsieur Jean-Marc Fournier.
J'ai bien sûr reçu une réponse standard qui, si l'on excepte la partie accusé de réception et les formules de politesse, ne contient que ceci: «Nous avons pris bonne note des éléments contenus dans votre correspondance et à cet égard, soyez assuré qu'ils bonifieront la réflexion du ministre dans ce dossier.»
Je suis tenté de croire qu'en effet le ministre a bel et bien tenu compte des arguments et qu'il reconnaît implicitement:
1. que d'après les propres critères libéraux, le gouvernement du parti libéral n'a pas la légitimité pour gouverner;
2. que seule la matraque justifie qu'on doive lui obéir et qu'il faut donc créer un délit d'opinion, ce que fait la loi 78.
La loi 78 en obligeant tous les participants à une manifestation à prendre parti pour les exigences de la police rend coupables tous ceux qui ne se rangent pas de son côté.
Le ministre Fournier a lui-même pris la peine de dire que ce n'était pas «une loi matraque». Cela signifie, quand on sait que ce gouvernement pratique la novlangue en disant qu'il consulte quand il ne consulte pas (la question de consultation du 6 décembre 2010 contenait déjà la réponse: «il faut augmenter les droits de scolarité»), qu'il négocie quand il ne négocie pas (le gouvernement s'est dit prêt à discuter de tout sauf de la hausse des droits de scolarité, donc du seul sujet sur lequel il fallait négocier), donc quand on comprend son usage de la langue, on voit là que c'est un véritable aveu qu'il s'agit d'une loi matraque, dont le seul but est de faire obéir la population parce qu'il n'y a pas d'argument raisonnable pour considérer ce gouvernement comme respectable.
Francis Lagacé
3217, av. Laurier Est
Montréal H1Y 1Z9
14 mai 2012
Lettre ouverte à Monsieur Jean-Marc Fournier
Monsieur Fournier,
Il paraît que vous êtes ministre de la Justice, mais à l'aune des discours que vous et les vôtres tenez depuis quelques mois, je n'en suis plus très sûr.
J'aimerais d'abord que vous réfléchissiez avec moi à partir de cet exemple:
Quand, dans une classe, un professeur est contesté à cause de ses exigences, il a beau prétendre que dans toutes les autres classes ça va bien et qu'il ne changera pas ses méthodes pour satisfaire à une minorité, s'il ne fait rien pour améliorer la situation, sa classe restera chaotique.
Dans l'histoire de la pédagogie, cette situation n'est pas si rare et, chaque fois, ceux qui connaissent des professeurs et ceux qui connaissent la pédagogie savent que la solution consiste à s'asseoir avec les membres de sa classe et à discuter avec eux de ce qui ne va pas pour déterminer ensemble les nouvelles règles de fonctionnement. Non seulement cette solution fonctionne, mais elle renforce la respectabilité du professeur et restaure entièrement son autorité sans entacher en rien sa dignité. En effet, l'autorité abusive se détruit d'elle-même, alors que l'autorité compréhensive se solidifie, car elle est mutuellement consentie.
Mais, pour cela, il faut accepter de faire passer son sens des responsabilités avant son petit orgueil personnel, ce qui demande la maturité intellectuelle et psychologique essentielle à l'exercice de l'autorité.
L'autorité pour être respectée se doit d'être respectable, et cela va au-delà des règles mécaniques du droit et des rapports hiérarchiques. Il y a par ailleurs un problème majeur à avaliser des injonctions qui ne sont pas respectables au sens propre du terme, c'est-à-dire qu'il est impossible de les respecter, comme l'expliquait clairement un professeur du collège Montmorency, monsieur Olivier Ménard, dans une lettre parue dans le Devoir des samedi et dimanche 12 et 13 mai 2012 en page B4. Ces injonctions ne tiennent pas compte de la réalité pédagogique et de l'impossibilité matérielle de faire le suivi de la matière pour des personnes qui apparaissent dans le cours alors que d'autres y étaient la fois précédente, où peut-on commencer ou recommencer?, comment peut-on finir?
Mais il y a autre chose, j'aimerais que vous m'expliquiez votre concept de démocratie à géométrie variable. Je ne comprends pas comment les principes démocratiques s'appliquent selon qu'ils vous plaisent ou non. Par exemple, les étudiantes et étudiants ont tenu des assemblées dûment convoquées et ont pris des décisions dûment proposées et discutées avant de les adopter dans des votes pris à la majorité absolue: 50% plus un. Ces votes engagent leur corps constitué et la seule option démocratique est de les respecter.
Quels arguments pouvez-vous opposer à cela? Il est absurde de chercher dans le droit du travail l'encadrement réglementaire de la grève des étudiantes et étudiants. Tout le monde sait que ce n'est pas un conflit de travail, c'est un conflit étudiant. Le cadre réglementaire du droit du travail n'y est pas approprié pas plus que le droit commercial n'est approprié à la régulation des rapports au sein d'une famille. Soumettre au calcul juridique strict des questions sociales, c'est rapetisser la société à un ensemble d'échanges économiques et comme le disait Michel David dans la même édition citée plus haut du Devoir en page B3 «se décharger de ses responsabilités sur les tribunaux». C'est surtout mépriser profondément l'exercice démocratique auxquels se sont livrés les associations étudiantes.
Pourquoi la démocratie étudiante serait-elle invalide et la démocratie électorale du Québec valide? Expliquez-moi ça, Monsieur Fournier!
Si on applique votre propre raisonnement à votre gouvernement et qu'on réduit l'exercice électoral à des relations de satisfaction individuelle, rien ne justifie plus que votre gouvernement soit le seul à prendre des décisions politiques. Je rappelle que, dans le corps qui les représente, les décisions étudiantes ont été prises à la majorité absolue: 50% plus un.
Vous me répondrez que ceux qui ont voté contre la grève ont des droits. Alors que faites-vous des droits de ceux qui ont voté contre votre parti au Québec? Comment se fait-il que toutes les personnes qui ont voté contre le Parti libéral n'aient pas voix au chapitre dans l'administration du Québec? Savez-vous bien que plus de gens ont voté pour d'autres partis que pour le Parti libéral? En suivant votre propre raisonnement, nous devrions nous liguer pour réclamer une injonction afin de faire dégommer votre gouvernement.
Vous me direz que tous les membres des associations étudiantes n'étaient pas présents lors des assemblées générales. D'abord vous présumez que les absents auraient voté contre et, encore une fois, vous appliquez une logique de démocratie à géométrie variable, car savez-vous bien qu'il y a plus de gens qui se sont abstenus lors des dernières élections que d'électrices et électeurs qui ont voté pour votre propre parti.
Vous me direz que la gestion d'une province est autre chose que la gestion étudiante dans les cégeps et universités. On est bien d'accord, les décisions étudiantes concernent les étudiantes et étudiants et c'est donc à eux de les prendre. Et puisque la gestion d'une province est plus grande, les règles démocratiques qui s'y appliquent devraient être encore plus sévères, pas moins. Comment se fait-il que vous puissiez gouverner ainsi?
Non, Monsieur Fournier, j'ai beau retourner vos arguments dans tous les sens, ils m'amènent à conclure que vous n'avez ni l'autorité ni la légitimité pour gouverner. J'aimerais que vous m'expliquiez avec des arguments raisonnables pourquoi les citoyennes et citoyens du Québec devraient vous écouter et vous croire.
Parce que vous avez été élu? D'après votre propre gouvernement, ceux qui n'ont pas voté pour vous ne sont pas concernés. Parce que vous avez le pouvoir de commander la police? Cela s'appelle l'argument du plus fort, c'est ce qui justifie les juntes, qui tôt ou tard finissent comme l'on sait.
Peut-être devriez-vous m'arrêter de manière préventive pour avoir tenu ces propos, et ainsi créer le délit d'opinion; c'est le seul élément qui manque à votre appareil répressif. Mais peut-être devriez-vous vous arrêter vous-même, car ce sont vos propres arguments qui m'ont conduit à parler comme je le fais.
J'aimerais en tout cas que vous me répondiez, car en l'état actuel des choses, je ne vois guère que la matraque pour soutenir votre gouvernement; pourtant la justice, c'est autre chose que les tribunaux et la police.
12 mai 2012
Un vrai sondage
Voici une vraie question de sondage à adresser à la population du Québec:
Vous avez payé par vos impôts 200 millions de dollars à UN entrepreneur muni d'une fortune de plusieurs centaines de millions de dollars et à la tête d'un empire médiatique important et disposant de multiples échappatoires fiscales, tout cela pour qu'il puisse construire un amphithéâtre dont la propriété sera privée et dont les activités serviront au sport professionnel.
Accepteriez-vous de faire le même effort pour permettre non pas à une personne mais à des CENTAINES DE MILLIERS de jeunes qui sont l'avenir de votre société d'avoir accès aux études supérieures?
7 mai 2012
Leçon de linguistique: une grève est une grève est une grève
Que l'on soit pour ou contre la grève étudiante, il convient d'appeler les choses par leur nom, aussi une petite leçon est-elle ici appropriée.
Voyons donc l'origine du mot. Les ouvriers journaliers de Paris se réunissaient place de Grève où ils attendaient de trouver du travail, de sorte que le premier sens de être en grève au début du XIXe siècle a été «chercher du travail» comme nous l'apprend le Petit Robert historique de la langue française.
Par la suite, des expressions comme mettre un patron en grève ont signifié le refus du travail d'un certain patron. Il a fallu ensuite peu de temps pour que le mot prenne le sens de «cessation collective des activités». Au cours du XXe siècle, le mot a été appliqué à toute décision de cesser des activités. De sorte qu'on a parlé très normalement de grève des étudiants et même de grève des prisonniers.
Historiquement, toutes les grandes grèves étudiantes du Québec ont été appelées grève comme il se doit par les différents acteurs et commentateurs des événements. Le boycott, plus proprement appelé boycottage, consiste pour sa part à refuser les biens ou les services d'un fournisseur. On voit ici le choix idéologique de ceux qui préfèrent ce terme à grève: ils refusent les décisions collectives et estiment que les cours sont un service commercial.
Pour enfoncer le clou et montrer que la grève n'est pas le boycott, on pourra constater que lorsqu'il n'y a pas grève, il est possible pour un individu de boycotter un ou des cours, un professeur, un département, une université, etc.
L'étroitesse d'esprit de certains qui cherchent le droit de grève des étudiantEs dans le code du travail n'y change rien. Le droit de grève étudiante n'y figurera jamais puisque qu'il ne s'agit pas de relations de travail. Cela ne signifie pas pour autant que les associations étudiantes n'ont pas le droit de prendre des décisions collectives pour faire valoir leurs revendications.
À ce propos, il serait de bonne justice qu'un parti politique progressiste mette à son programme l'adoption d'une loi reconnaissant les droits collectifs des étudiantEs et le respect qui est dû aux choix que font leurs assemblées générales. Je quitte ici la linguistique pour le domaine politique.
Mais l'idéologie joue souvent dans les choix linguistiques, c'est pourquoi la sociolinguistique nous en apprend beaucoup sur le fait que la langue et le vocabulaire n'ont rien de neutre.
Que s'est-il donc passé pour que, tout à coup, on se mette à marteler que la grève étudiante n'en est pas une? Qu'y a-t-il de différent avec 2005? En fait, la tendance à la marchandisation était déjà très forte en 2005, mais la propagande n'avait pas encore fait ce pas qu'elle attendait juste de franchir. Les mots ayant une valeur symbolique forte, les tenants d'une vision mercantile de l'éducation ramènent la grève à un choix individuel de refuser le service qui leur est offert. En fait, si les étudiantEs boycottaient, ils refuseraient surtout de payer leurs droits d'inscription ou refuseraient une université ou un département en particulier.
Ces retournements de sens sont typiques des autorités totalitaires qui, ne pouvant changer la réalité, en changent les appellations. On a ainsi des lucides, dont le sens d'origine est «raisonnement clair», puis «personne dont le raisonnement est clair, qui voit clair», alors qu'il s'agit plutôt de personnes aveuglées par le néolibéralisme.
Quoi qu'il en soit, pour revenir à la grève étudiante, il convient de se rappeler que d'utiliser le nom normal qui a du sens dans le contexte, c'est-à-dire grève ne signifie pas nécessairement qu'on y soit favorable, mais dès lors qu'on emploie le terme boycott, qu'on soit commentateur ou journaliste, c'est qu'on prend parti contre la grève et qu'on veut ramener l'action collective à un choix individuel et commercial.
Francis Lagacé, M.A. Linguistique, Ph. D. Lettres
30 avril 2012
Fable politique
(toute ressemblance avec la réalité ne saurait être que fortuite)
Il était une fois un pays très lointain dont la devise était J'm'en souviens pu.
Dans cet étrange pays, il y avait des dirigeants accrochés au pouvoir pour continuer à faire des affaires d'or en recevant des enveloppes bien garnies et en bradant le patrimoine à de gentils investisseurs subventionnés grâce aux deniers de la population.
Dans ce drôle de pays, le premier sinistre était un clown frisé qui faisait des numéros de stand-up comique. Ce clown était convaincu que son rôle était de prendre l'argent des pauvres pour le donner aux riches afin qu'ils puissent exploiter les ressources naturelles et s'en aller avec dans d'autres pays.
Dans ce pays curieux, de jeunes contestataires s'imaginaient que les impôts devaient servir à rendre des services publics plutôt qu'à permettre aux riches de devenir plus riches et aux présidents des usines à diplômes de se promener en limousine. Ces jeunes-là ne comprenaient rien à la nouvelle religion d'État: la marchandisation.
Dans ce pays bizarre, la ministre de l'ignorance nationale augmentait les prix d'entrée dans les usines à diplômes pour faire plaisir au premier sinistre et au ministre de l'adoration du commerce. Ce dernier avait besoin des profits pour faire des cadeaux aux gentils investisseurs qui, eux-mêmes, avaient besoin de ces cadeaux pour développer les lointaines contrées nordiques dont ils convoitaient les richesses.
Dans ce pays biscornu, les bourgmestres des plus grandes cités étaient de grands défenseurs de la liberté de commerce. Ils trouvaient bien gênants les jeunes malpropres qui dérangeaient la business.
Dans ce pays saugrenu, il y avait un service de police, composé d'agents de la paix économique, dont la tâche était de servir la religion de la marchandisation. Ils faisaient le ménage en ramassant les jeunes incroyants de façon musclée, en les poussant à coups de bâton, quitte à les faire saigner un peu. Qu'est-ce que quelques gouttes de sang, quand il s'agit de préserver les belles vitrines des temples de la nouvelle religion!
Dans ce pays singulier, le ministère de la propagande répétait sans cesse à la population qu'il ne faut pas salir les belles vitrines et aux agents de la paix économique qu'il faut frapper toujours plus fort sur les vilains qui manifestent contre la religion. Les agents de la paix économique étaient tellement occupés à frapper sur les incroyants qu'ils n'avaient pas toujours le temps d'arrêter ceux qui salissaient les belles vitrines.
Dans cet insolite pays, il y avait aussi des faiseurs d'image qui multipliaient par cent et par mille les photos des belles vitrines salies. Parfois, il se glissait dans le lot une photo d'une incroyante ou d'une passante ramassée de façon musclée.
Dans ce pays plutôt louche, pour détourner la population des incroyants, le ministre de l'insécurité publique leur a inventé un ennemi. Il a choisi pour ce faire un représentant d'une classe à part et l'a présenté comme un chef cruel et sanguinaire. «Méfiez-vous de ce monstre, hurlait-il à tue-tête. Sauvez-vous, il va tous nous battre.» Le ministre de l'insécurité publique avait très peur de ce dangereux jeune homme, petit et frêle.
Dans ce pays baroque, si on se plaignait de la taxe sur la chaleur, trop élevée, le ministre de l'adoration du commerce répondait: «Je vous ai entendus. Je vais l'augmenter encore pour le peuple, mais je vais la dimininuer pour les usines.»
Dans ce pays farfelu, les jeunes incroyants pensaient que la démocratie consistait à faire des assemblées où les gens débattent en étant informés et où ils prennent des décisions majoritaires. L'Assemblée des sinistres, à l'aide d'agents spéciaux, s'est chargée de leur montrer que la démocratie, c'est obéir au dictateur pendant quatre ou cinq ans, surtout que le dictateur est un gentil clown frisé, et en attendant, il faut marcher droit et rentrer dans l'usine en silence sinon les juges vont imposer des taxes spéciales.
Dans ce pays tourmenté, il n'y avait pas de négociation possible entre les incroyants et l'Assemblée des sinistres. En effet, la devise de l'Assemblée des sinistres et des ministres du culte du commerce était: «Crois ou meurs.»
Dans ce pays inquiétant, la ministre de l'ignorance nationale disait aux incroyants de parader sans faire de bruit, car les parades sans bruit ne la dérangeaient pas du tout. Seul le bruit la dérangeait, mais il était interdit d'en faire en sa présence.
La ministre de l'ignorance nationale criait pourtant très fort et exigeait des incroyants qu'ils dénoncent les salisseurs de vitrine. De son côté, elle n'avait que des félicitations pour les agents de la paix économique.
Dans ce pays spécial, quand les élections approchaient, on tournait les caméras sur les vilains incroyants et, surtout sur les vitrines salies, pour montrer qu'on a encore besoin du gentil clown frisé pour officier aux grand-messes de la religion.
Dans ce pays indéfinissable, il y avait de jeunes incroyants qui refusaient de sacrifier au dieu commerce et qui rêvaient d'une société où le chacun pour soi serait remplacé par le chacun pour les autres.
Dans ce pays incertain, des jeunes savaient mieux que leurs aînés ce qu'était l'éducation.
22 avril 2012
J'imagine
«J'imagine
Un peuple dynamite et pourtant sans défense
Tout en lui ne serait qu'amour et transparence
J'imagine
Un hiver tout de neige et fleurissant quand même
Pour des femmes chansons, pour des hommes poèmes
Et la grande liberté au poing la rose
Et la grande liberté la rose au poing
Et la grande liberté la rose au poing»
Henri Gougaud
19 avril 2012
Contre la violence
Puisque Madame Beauchamp estime qu'on ne peut pas négocier avec un groupe qui ne condamne pas la violence, je ne vois pas comment les étudiantes et étudiants pourraient négocier avec elle qui organise la violence tous les jours depuis des mois contre les étudiants.
16 avril 2012
Tous les médias, tous les journalistes sont idéologiques
Je me rappelle Lise Bissonnette s'écriant au début des années 90 que les idéologies étaient disparues et qu'on ne les regretterait pas. Sans doute avait-elle adhéré à la thèse de la Fin de l'histoire de Fukuyama et croyait-elle que le capitalisme triomphant n'était pas une idéologie. Or, nous entrions au contraire dans l'ère de l'idéologie omniprésente.
Il convient de rappeler ce qu'écrivait Althusser en 1970 dans son article «Idéologie et appareils idéologiques d'État (Notes pour une recherche)», paru dans la revue La Pensée numéro 151 à la page 32:
«C'est un des effets de l'idéologie que la dénégation pratique du caractère idéologique de l'idéologie, par l'idéologie: l'idéologie ne dit jamais "je suis idéologique".»
Quand les présentateurs se permettent des commentaires, quand les reporters orientent leur discours, tous pratiquent l'idéologie. Les médias ont leur propre choix politique et laissent plus ou moins de liberté à leurs employés, souvent beaucoup moins qu'il n'y paraît.
Un bref séjour parisien m'a fourni des exemples d'Outre-Atlantique pour parler de ce problème présent partout. On se retrouve en terrain connu quand on entend les journalistes et les présentateurs minimiser systématiquement les foules qui appuient les options de gauche ou encore répéter de la même façon sur toutes les chaînes radio ou télé: «Mélenchon attaque toujours les mêmes cibles, soit les riches et les grandes entreprises», comme si les partisans de l'austérité ne radotaient pas toujours les mêmes âneries à propos de la dette. Mais, ça, aucun grand média, aucun journaliste ne le rappelle.
Il était assez affligeant d'entendre une intervieweuse qui interrogeait le candidat Nicolas Sarkozy à France Info pour un entretien de 10 minutes bien comptées, car chaque candidat aura droit de par la loi à exactement ces 10 minutes d'interview, d'entendre donc cette journaliste prendre deux bonnes minutes pour s'attarder complaisamment avec le président à rabâcher un fait divers dans lequel un policier a été tué par un cambrioleur qui a foncé sur lui avec sa voiture. Et le président et la gentille animatrice ont ensemble dénoncé le «malfrat». Voilà une façon de plaider pour la rigide politique sécuritaire du président, qui était pourtant là à titre de candidat.
Petit détour anecdotique:
Puisqu'on parle de la politique et des pratiques sécuritaires, le mercredi 11 avril, j'étais assis dans une petite place, là où la rue Bréa vient rejoindre la rue Vavin pour y manger un bout de pain en attendant d'aller au cinéma. Devant moi, était assis sur un banc, les pieds sur le siège, les fesses sur le dossier, un jeune Maghrébin qui mangeait son sandwich.
Arrivent trois policiers à vélo, qui interrogent le jeune, le fouillent systématiquement, vident toutes ses poches, inspectent tous ses papiers, son passeport, font de très nombreux appels pour vérifier toutes sortes d'information. Un grand déploiement fortement humiliant pour un jeune qui, visiblement, n'était pas armé ni en train de commettre un délit grave.
Pendant ce temps une bande de jeunes filles de bon genre se précipitent sur mon banc en piaillant. Rien que de normal, à cet âge, les filles piaillent et les garçons grognent, on est tous passés par là, et certaines montent les deux pieds sur le banc, mais les policiers ne les voient ni ne les entendent, et on ne saurait les en blâmer, mais pourquoi ont-ils si bien vu le jeune Maghrébin?
Fin de l'anecdote du beau pays sécuritaire, qui n'est pas sans nous rappeler un certain grand pays de plus en plus conservateur dans sa gouvernance en tout cas.
Un film intitulé Les nouveaux chiens de garde joue dans les salles parisiennes actuellement. Inspiré par l'œuvre de Paul Nizan, il montre comment les grands groupes médiatiques et les hommes politiques sont de la même classe et partagent les mêmes intérêts. Plusieurs d'ailleurs se fréquentent sans gêne au restaurant le Siècle où se rencontre tous les derniers mercredis du mois le gratin des hommes de pouvoir, et de quelques femmes.
«Curieusement», ce film n'est précédé d'absolument aucune publicité.
Comme le dit Henri Maler, fondateur d'Acrimed (allez voir ce site acrimed.org), il convient de «rendre sensible la nécessité, voire l’urgence de transformations en profondeur et d’une appropriation démocratique des médias et, dans ce but, faire ou refaire de la question des médias la question démocratique et donc politique qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être.»
En attendant, il y a les médias et les journalistes qui sont idéologiques et ne le savent pas, ceux-là illustrent très bien la double ignorance dont parlait Socrate: «Ils ne savent pas qu'ils ne savent pas.» Ce qui ne les empêche pas de servir des maîtres qui nous sont adverses.
Il y a ceux qui sont idéologiques et qui ne le disent pas, ce sont les hypocrites qui manipulent sciemment l'information et ils sont loin d'être si rares.
Et, finalement, il y a ceux qui sont idéologiques et qui le savent, et il importe de savoir le camp qu'ils ont choisi: celui du peuple ou celui des exploiteurs.
Inutile de dire que je n'ai envoyé ce texte à aucun média.
2 avril 2012
Les partisans de la hausse n'ont plus d'argument
Ils n'ont plus d'argument; ils ne savent plus quoi dire. Une fois qu'on leur a expliqué que ce n'est pas une question d'argent puisque le gouvernement possède déjà cet argent, qu'il peut même en avoir davantage en rééchelonnant les impôts au bénéfice même de la classe moyenne, en imposant les plus riches et les très grandes entreprises, ils ne savent plus quoi dire.
Une fois qu'on leur a fait comprendre que ce n'est pas une question de manque de financement des universités, mais bien de mauvaise gestion et de malfinancement, ils ne savent plus quoi dire.
Il ne leur reste que le mantra: «il faut que les étudiants fassent leur part», un sophisme ridicule comme si la part des étudiants n'était pas d'étudier, comme s'ils ne faisaient pas déjà leur part en travaillant eux aussi, comme si la juste part ne devait pas se faire en payant des impôts en proportion de ses moyens quand on travaille, ils ne savent plus quoi dire.
Leur seule position est idéologique et consiste à croire que l'éducation est une marchandise qu'on doit s'acheter plutôt qu'un bien commun qui doit servir au public. Et comme ils ne veulent pas l'avouer, alors ils ne savent plus quoi dire et répètent n'importe quoi.
Comme l'inénarrable ministre de l'édulcoration qui a trouvé le tour vendredi dernier de mélanger péronisme, quiproquo et confusion mentale dans cette expression digne d'un sottisier «c'est le syndrome du pas-dans-ma-cour, les étudiants veulent refiler leur facture à d'autres». Quand on sait que le syndrome du pas-dans-ma-cour s'applique à des personnes qui refusent de voir un établissement dans leur voisinage et que le refilage de facture s'applique à ceux qui ont fait une dépense, mais ne veulent en faire les frais, alors qu'ici il s'agit d'appliquer socialement des frais sociaux, donc il s'agit plutôt de s'approprier normalement et sainement la facture, on ne peut que constater l'indigence argumentative de la ministre, sans s'étendre sur son indigence intellectuelle qui nous fait douter de ses compétences à exercer son poste.
Comme le clownesque premier sinistre qui ne trouve rien d'autre à dire que la décision était déjà prise depuis longtemps (ce qui prouve que c'est une position idéologique), qu'il y a eu beaucoup de consultations (alors qu'il n'y a eu de consultations qu'entre partisans de la hausse et que sur les moyens de l'imposer) et que c'est une décision d'avenir (expression qui ne veut rien dire ou alors qui veut dire qu'il n'y a d'avenir que pour ce qui se vend). Peut-on trouver plus inepte perroquet du dogme mercantile?
Les étudiantes et étudiants ont raison de maintenir la pression, ils sont à quelques pas de la victoire, et nous nous devons de les appuyer personnellement, dans nos organisations et par des gestes concrets. Les étudiants font comme nous face à des dirigeants qui s'imaginent que la démocratie se résume à élire un dictateur tous les quatre ans. Ces dirigeants ont tort. S'ils ne veulent pas le comprendre, leur démission serait bienvenue.
30 mars 2012
Ce que les recteurs ne nous disent pas
Dans le présent débat sur la hausse des droits de scolarités annoncée par le gouvernement, il y a des réalités importantes qui sont occultées par les recteurs d’Université.
Par exemple, le fait que ce qui compte, ce ne sont pas les éventuelles aides financières qui pourraient aider certaines personnes à défrayer les hausses de droits, mais plutôt l’accessibilité à tout le monde, qui permet de s’assurer que, par des frais bas, toutes les personnes qui sont aptes puissent avoir accès aux études universitaires sans se demander si leur situation familiale entrera dans les conditions complexes d’admissibilité à des programmes d’aide.
Par exemple, le fait que de faire appel à des organismes philanthropiques comme le suggèrent les recteurs ouvre la voie à une sélection pour des raisons qui n’ont rien à voir avec les qualités académiques des personnes qui se feront aider.
Par exemple, le fait qu’une mesure de justice sociale comme les impôts est beaucoup plus facile à pratiquer et à administrer et qu’elle évite les ségrégations de toute nature.
Par exemple, le fait que des dépenses somptuaires dans les immobilisations et dans la concurrence à outrance entre les universités détournent des fonds qui pourraient aller à l’enseignement sans qu’on n’ait le moindrement besoin d’augmenter les droits de scolarité.
Par exemple le fait que les droits de scolarité sont accompagnés de toutes sortes de frais afférents qui sont automatiquement facturés aux étudiants et dont ils peuvent, seulement pour certains, se retirer en faisant une démarche administrative.
Par exemple, le fait que si les recteurs étaient attachés à l’accessibilité, ils plaideraient pour des études sans frais plutôt que de faire appel à tout un chacun pour faire la charité par des dons de toutes sortes, car la charité glorifie celui qui donne, mais humilie les personnes qui en sont l’objet, alors que la justice sociale ne crée ni héros ni victime et permet à tout un chacun de faire sa part en travaillant, tout simplement.
Ce que les recteurs ne nous disent pas non plus, c’est que, quand le gouvernement a prétendu consulter les acteurs du monde universitaire le 6 décembre 2010, il s’est consulté tout seul avec les recteurs parce que personne ne voulait d’une fausse consultation où la réponse était écrite dans la question qui était posée : «Quels sont les meilleurs moyens de faire augmenter les droits de scolarité?»
Ce que les recteurs ne nous disent pas, c’est qu’ils veulent continuer le jeu de la concurrence entre eux pour s’arracher des étudiants qu’ils considèrent comme une clientèle plutôt que comme une population qu’il faut servir. Et cela, ça nécessite du cash qu’ils veulent aller chercher dans la poche du client, justement.
Ce que les recteurs ne nous disent pas fait en sorte que le portrait qu’ils nous renvoient de la situation universitaire est très déformé.
25 mars 2012
Le point sur la lutte étudiante
Le combat qui oppose les organisations étudiantes et le gouvernement actuel du Québec est une confrontation entre deux visions contradictoires de la société.
Si l'on croit à l'utilité sociale d'un gouvernement, ce sont les étudiants qui ont raison. En effet, si l'éducation est un investissement que la société fait dans sa jeunesse pour un avenir meilleur, cette société se doit de rendre l'éducation universitaire accessible à toutes les personnes qui en ont les capacités intellectuelles.
Si, au contraire, on croit que l'éducation est un investissement personnel, une marchandise que l'on s'achète, il n'est alors pas nécessaire de financer collectivement l'éducation au-delà du secondaire. Et même, si l'on conçoit l'éducation comme une façon de préparer les jeunes à servir les entreprises, on devrait demander aux entreprises de financer les écoles. C'est ce qu'on commence à faire quand on fait intervenir des fondations privées dans les cursus.
Une telle conception mercantile de l'éducation correspond à une vision tronquée de la société vue comme une collection d'individus plutôt que comme une collectivité pouvant se donner des objectifs communs pour le plus grand bien de tous et de chacun.
Que reste-t-il à faire maintenant que les positions sont bien campées de part et d'autre? Que va-t-il se passer maintenant que la ministre de l'éducation, madame Line Beauchamp, a balayé du revers de la main la force de la plus grande manifestation jamais tenue à Montréal?
Il y a quelque chose de plutôt étrange à entendre la ministre se plaindre des actions dérangeantes que tiennent certains groupes d'étudiants quand du même souffle elle leur enjoint de tenir des manifestations pacifiques dont elle assure qu'elles n'auront absolument aucun effet sur elle.
Il y a quelque chose de plutôt révélateur à entendre la ministre dire que la manifestation ne saurait avoir d'impact sur elle puisqu'elle ne regroupe que les syndiqués (la fameuse classe moyenne), les étudiants, les enseignants, les jeunes, les artistes... Il est à noter que de nombreux petits entrepreneurs (surtout artistiques il est vrai) ont fermé leur boutique ce jour-là pour accompagner les étudiants. Qui manquait-il donc à cette manifestation? Les banquiers, financiers et autres grands dirigeants d'entreprise! C'est sans doute ceux-là qu'elle veut voir, entendre et surtout écouter.
N'est-il pas révélateur, répétons-le, que madame Beauchamp attache plus d'importance à un groupe de personnes qui ne suffirait pas à remplir le square Saint-Louis plutôt qu'aux centaines de milliers de personnes qui ont envahi les rues de Montréal le jeudi 22 mars 2012?
N'est-il pas révélateur, oui il convient de le répéter, que madame Beauchamp soit ainsi au service du grand capital plutôt que de la société?
N'est-il pas révélateur, nous ne nous lasserons pas de le répéter, d'entendre la ministre dire que la hausse des droits de scolarité est nécessaire parce que sinon ce seront les travailleurs de la classe moyenne qui en feront les frais alors que justement cette hausse sera absorbée par les étudiantes et étudiants filles et fils de la classe moyenne?
N'est-il pas révélateur, qu'on ose nous reprocher de le répéter!, d'entendre la ministre opposer les étudiants et les travailleurs de la classe moyenne alors que justement ils sont dans le même bateau, surtout quand elle déclare qu'ils payent les études des jeunes, ce que tout le monde sait déjà, oubliant par là que ce sont aussi elles et eux qui payent son salaire, sa limousine et son chauffeur?
Les étudiantes et étudiants, les travailleuses et travailleurs de la classe moyenne sont dans la même situation, confrontés à un gouvernement qui sert les intérêts des plus riches et des grandes entreprises en se servant des impôts prélevés sur la classe moyenne pour subventionner ceux-là grassement tout en les exonérant de fiscalité. Ce gouvernement refuse d'exiger des recteurs des universités une gestion qui favoriserait leur mission primordiale d'enseignement. Ce gouvernement refuse de prendre des mesures simples et efficaces, toutes beaucoup moins coûteuses que le pharaonique Plan Nord, pour financer l'accès à l'université de toutes les personnes qui y sont aptes. Cela se fait au détriment des familles défavorisées, dont les aspirations seront révisées à la baisse. Cela se fait au détriment des familles de classe moyenne.
Il faut appeler les choses par leur nom: c'est une lutte de classe et les travailleuses et travailleurs ont tout intérêt à appuyer le mouvement étudiant.
Si la ministre dit clairement qu'elle ne veut pas reculer et que les manifestations pacifiques n'ont pas d'effet sur elle, que reste-t-il aux étudiantes et étudiants sinon des actions dérangeantes? Qui pourrait les en blâmer?
19 mars 2012
Taxes et impôts: la grande confusion
En anglais, les taxes et les impôts sont désignés par un seul mot: taxes. De sorte que lorsque les anglophones se plaignent de payer trop de taxes, ils se plaignent à la fois des impôts sur le revenu et des différentes taxes à la consommation ainsi que de toutes les autres taxes qu'on peut avoir à payer, comme la taxe sur la santé. Pour les distinguer, il faut donc apporter un spécifique et parler par exemple d'income tax, l'impôt sur le revenu.
Souvent, cette confusion est importée en français, au Québec, ce qui fait bien l'affaire des grandes entreprises qui appellent les citoyens à leur aide ou qui prétendent venir à l'aide des citoyens en prétendant qu'au Québec «on est les plus taxés d'Amérique».
Or la différence est loin d'être anodine, car s'il est vrai que la taxe de vente est plus élevée au Québec, les impôts sont moins élevés pour les grandes entreprises et les déductions fiscales très généreuses.
Il est donc important de faire la différence entre les diverses sortes de taxes et les divers impôts. D'autant qu'une taxe à la consommation de biens essentiels affecte beaucoup plus une personne qui gagne 15 000 $ par année qu'une autre qui en gagne 125 000 $.
À l'inverse, l'impôt sur le revenu, s'il est bien pratiqué, s'il est progressif, affectera davantage les contribuables qui ont les moyens de payer et les entreprises qui font de gros profits, ce qui est beaucoup plus équitable.
Il est bien certain que personne n'aime payer de taxes ni d'impôts. Si on fait un sondage pour demander à la population: «voulez-vous payer plus d'impôts?», l'immense majorité dira non. Si on demande à la population: «voulez-vous payer moins d'impôts?», l'immense majorité dira oui.
Toutefois, si il y a 20 ans, quand on a commencé à réduire les impôts et à entrer dans la logique de l'utilisateur payeur, on avait posé la question de manière plus précise avec les conséquences que la réponse impliquait, voici comment il aurait fallu la formuler: «Voulez-vous payer moins d'impôts et, en conséquence, avoir moins de services gouvernementaux, devoir payer pour obtenir certains services autrefois offerts universellement et laisser le privé entrer dans les hôpitaux et les écoles?» La réponse aurait sans doute été comme en Norvège il y a quelques années: «Non, on préfère payer des impôts pour continuer à offrir de bons services à tous.»
La diminution des impôts pour les plus riches a eu comme conséquence que toutes sortes de tarifs et de taxes spéciales apparaissent. Par exemple, la fameuse taxe santé qui obligera l'an prochain même les bas revenus à payer 200 $ par année. Une telle somme n'a pas le même impact sur le budget de la mère de famille qui gagne 25 000 $ par année que sur celui du banquier qui gagne 300 000 $ avant ses primes et divers cadeaux en actions.
Hier, dimanche 18 mars 2012, on faisait état à la télévision de TVA d'un sondage dans lequel on avait demandé aux citoyens québécois s'ils étaient prêts à payer plus d'impôts pour éviter la hausse des droits de scolarité. La réponse a été sans surprise: Non!
Le problème de ce sondage est qu'il pose une question qui n'a aucun rapport avec la situation actuelle ni avec ce que les étudiantes et étudiants proposent.
La question que les étudiantes et étudiants nous posent est la suivante: «Voulez-vous que les impôts sur le revenu soient mieux répartis de sorte que la majorité de la population en paye moins, que les plus hauts revenus et les grandes entreprises payent leur juste part et que les droits de scolarité soient gelés ou même réduits?» L'immense majorité répondra Oui! à cette question.
Il est même possible de rendre complètement gratuite la scolarité universitaire en réaffectant vers l'enseignement les fonds versés aux universités plutôt que vers les partenariats avec des entreprises privées ou en établissant une vraie fiscalité progressive qui permet à chacun de faire sa juste part et non qui impose aux plus vulnérables un fardeau proportionnellement plus lourd qu'aux mieux nantis.
Quand on pose les bonnes questions, on a des réponses beaucoup plus intéressantes!
12 mars 2012
Pour que chacun prenne ses responsabilités
On me dit que chacun doit faire sa part et qu'il faut se responsabiliser. Le grand courant à la mode est de demander à chacun de payer pour les services qu'il reçoit.
Alors, je veux bien. Imaginons ensemble un système qui permettrait de s'assurer que tout un chacun fasse sa contribution à la société. Prenons les droits de scolarité qui permettraient de financer le réseau de l'éducation.
Laissons de côté pour l'instant, les enfants du primaire et du secondaire. On pourrait demander aux cégépiennes, cégépiens et universitaires de payer leurs droits de scolarité. Pour que ce soit plus facile à réaliser, on pourrait leur demander de payer après quand ils gagneront de l'argent.
Par exemple, la personne qui étudie en médecine pourra payer plus parce qu'elle gagne plus. Par contre, si la personne qui a étudié en médecine se retrouve pour une raison quelconque à travailler dans un autre domaine où elle gagne moins, ce ne serait pas juste de lui faire payer plus. Il faudrait trouver un mécanisme qui permette d'ajuster la somme qu'elle paye aux revenus qu'elle gagne.
De même pour la personne qui a étudié en littérature, ses frais de scolarité à payer après seront beaucoup moindres parce qu'on sait qu'elle gagnera peu, mais si par chance elle travaille dans un domaine où elle fait beaucoup d'argent ou si, ce qui est plus rare, elle devient célèbre et très bien rémunérée, ce serait tout de même plus juste qu'elle paye une plus grande part. Encore une fois, un mécanisme qui ajusterait les sommes versées à l'importance des revenus gagnés serait plus approprié.
Ne trouvez-vous pas que ce système serait fonctionnel? Puisque ça fonctionne si bien pour les études, on pourrait appliquer le même système pour les soins de santé. Et comme on ne sait pas quand on a besoin des soins de santé, on pourrait demander à toutes les personnes qui travaillent de payer d'avance une petite somme afin de ne pas se retrouver devant des dépenses trop importantes le jour où elles auront besoin de se faire soigner.
Ainsi, la personne qui est malade ou blessée pourra recevoir des soins parce qu'elle a commencé à payer et pourra continuer à payer après, soit pour compléter les frais soit pour continuer à garnir sa réserve pour une prochaine fois. Pour s'assurer que ces contributions soient équitables envers tous, là encore on pourrait ajuster la cotisation aux revenus gagnés. De la même façon, tout le monde contribuera pour assurer les soins des enfants, car après tout, ce n'est pas aux enfants à payer pour leurs soins de santé.
C'est ce qui me permet de revenir à l'éducation des jeunes du préscolaire, du primaire et du secondaire. On pourrait demander aux parents de payer un petit peu dès qu'ils travaillent et tout au long de leur vie, comme ça, ça éviterait que ça coûte trop cher d'un coup. Et puis, comme on ne peut savoir d'avance qui sera parent ni combien de temps il le sera, on pourrait faire contribuer tout le monde à proportion de ses revenus. Après tout, les enfants sont ceux de tout le monde. Ne dit-on pas qu'il faut tout un village pour éduquer un enfant.
Et puisque ce système semble bien fonctionner et nous paraît très juste, on pourrait l'appliquer aux routes et à tous les services dont on a besoin. Ça assurerait une contribution équitable de tous et chacun au bien-être de tous et chacun sans étouffer les personnes qui gagnent peu. Voilà une belle solution qui permettrait de régler le problème des droits de scolarité et des frais médicaux. On devrait l'appliquer, non?
Mais, attendez, ce système existe déjà! Ça s'appelle la fiscalité progressive.
5 mars 2012
L'équilibre journalistique et les discours dominants
Je me rappelle un journaliste qui me disait: «Mon travail ne consiste pas à juger les déclarations, mais à rapporter les arguments de chaque côté.»
Une telle conception est juste dans un monde équilibré où l'accès à l'information est égal pour tous. Notons toutefois que le travail d'objectivité du journaliste n'exige pas de lui qu'il porte des jugements, mais qu'il confronte les déclarations à la véracité des faits.
En effet, le simple rapport des déclarations ne peut que renforcer les discours de ceux qui ont les moyens de les répéter sans cesse et la force de les imposer.
Dans les débats sur la justice sociale, quand l'un des camps prétend que les impôts sont trop élevés au Québec, on peut le rapporter sans le juger. Quand ce même camp prétend qu'ils ont augmenté, on peut vérifier que les impôts des entreprises ont en fait diminué de moitié dans les dernières décennies et que les échelons d'impôts des particuliers ayant été réduits, certaines couches de salariés plus nantis en paient moins alors que certains couches moyennes en paient plus.
Faire ce genre de vérifications objectives permet au destinataire de l'information de mieux connaître la réalité et donc au travail journalistique d'accomplir pleinement son rôle d'éclairage des citoyens.
Les chroniques, les émissions de personnalités où l'objectif est la confrontation flamboyante ne s'attardent pas à la critique de fond et entretiennent dans le public une confusion entre l'information et le divertissement. Mettre sur le même pied les discours des uns et des autres sans les mesurer à l'épreuve des faits ne peut que renforcer les préjugés de part et d'autre sans faire avancer le débat public.
La confrontation avec la réalité est nécessaire pour éviter que des porte-paroles répètent ad nauseam des contre-vérités, car il existe une technique de propagande qui consiste à répondre la même chose qu'on vient tout juste de déclarer pour répondre à l'objection qui y est présentée.
J'en veux pour preuve deux répliques données à des arguments avancés la semaine dernière à propos des «étudiants socialement responsables». On a argué qu'on ne sait pas comment ces porte-paroles ont été élus. La réponse fournie est qu'ils ont été élus par un petit groupe et que maintenant que ce petit groupe est devenu plus grand, on refera des élections pour que plus de monde y participe.
C'est passer à côté de la question véritable: les élus des associations étudiantes sont les représentants légitimes des étudiantes et étudiants puisqu'ils ont été choisis dans les instances chargées de représenter les étudiantes et les étudiants. Tout groupe qui se constitue n'a pas le même caractère représentatif au motif que les décisions de son association ne lui plaisent pas.
Le deuxième exemple concerne le fait paradoxal de s'appeler «socialement responsables» quand on renvoie chacun à lui-même. La réponse qui a été faite est de dire qu'il est socialement responsable que chacun fasse sa part, donc on a répété exactement la même chose: on renvoie chacun à lui-même pour défrayer ses droits de scolarité. La meilleure façon que chacun fasse sa part est pourtant de passer par la fiscalité progressive qui fait en sorte que chacun contribue selon ses moyens quand il en a les moyens aux services offerts par la collectivité.
Derrière les discours qui sont répétés sans être critiqués au sens noble du terme, c'est-à-dire passés au crible de l'analyse et de la vérification, il y a les mécanismes de maintien et de reproduction du pouvoir par ceux qui dominent.
27 février 2012
Opposants à la grève étudiante: marketing d'étiquette
Le journalisme prévoit une couverture équilibrée. C'est-à-dire que, dans les reportages, on fait valoir les tenants des diverses options, même celles qui n'ont pas la faveur populaire.
Quand ce principe est bien respecté, c'est un avantage démocratique important, car les opinions qui sont les plus diffusées peuvent l'être parce que ceux qui la promeuvent ont plus de moyens financers ou plus de relais chez les élus.
Cet équilibre favorise donc le débat, la confrontation des idées et l'évolution de la pensée dans la société.
C'est tout de même un art délicat que de rapporter les points de vue divergents en faisant valoir les arguments de part et d'autre en évitant de glisser dans la partialité, de porter l'éclairage sur tel aspect moins solide de l'un, mais pas de l'autre, de s'attarder aux traits de personnalités des porteparoles, à leur apparence, à des caractéristiques du discours qui ne sont pas liées à l'argumentation, etc.
Cet équilibre ne signifie pas non plus qu'on doive laisser entendre que toutes les opinions ont le même poids et que leur provenance est neutre. Quand une tendance est promue par un lobby financier et une autre par un mouvement collectif, les intérêts de classe peuvent être montrés dans l'analyse.
Cela nous amène à scruter d'un peu plus près le groupe d'étudiants qui se sont désignés sous l'appellation «d'étudiants socialement responsables». Ce groupe d'individus a des porteparoles dont on ne sait comment ils ont été élus. Cela mérite d'être souligné. En face, le mouvement étudiant organisé relève d'associations étudiantes dont les structures sont connues et démocratiques. Cela aussi mérite d'être souligné.
L'appellation «étudiants socialement responsables» a de quoi laisser songeur, car elle semble la récupération d'un concept que chacun trouve louable à des fins qui ne vont pas tout à fait dans le sens qu'on attendrait. En effet, être socialement responsable, c'est prévoir le rôle de la société, s'engager pour que les structures sociales fonctionnent pour le bien de l'ensemble. Il est un peu paradoxal de s'appeler «socialement responsable» quand on veut renvoyer chaque individu à lui-même.
On trouve un phénomène semblable dans l'emploi du terme «développement durable» par le gouvernement québécois pour décrire le plan Nord, sans qu'il y ait de véritables pratiques de développement durable. En effet, protéger une partie du territoire, c'est très bien, mais ce n'est pas du développement durable. Le développement durable consisterait, par exemple, à remettre en l'état les territoires exploités, à limiter l'impact environnemental de l'exploitation en faisant appel à des procédés moins polluants, etc.
Il en est de même lorsque des entreprises affichent des logos qui parlent d'écologie sur leurs produits, sans que ces logos ne soient la preuve d'approbation par des organisations écologiques ou réglementaires.
On assiste donc dans tous ces cas à un marketing d'étiquette qui consiste à s'accoler une appellation bien vue sans avoir nécessairement une pratique appropriée.
Finalement, le fait qu'un groupe se livre à du marketing d'étiquette justifie-t-il que ses porteparoles autoproclamés soient traités comme s'ils représentaient un mouvement populaire? Analyser et rapporter leurs idées est une chose nécessaire; montrer l'origine et la nature de leurs appuis en est une autre que les médias incluent dans l'équilibre journalistique.
20 février 2012
Pauvreté: le collectif individuel
Les Journées de la persévérance scolaire qui viennent de se terminer m'ont frappé par le paradoxe qu'elles illustrent. S'il est fort bon que tout le monde s'entende pour encourager les jeunes à continuer leur scolarité, s'il est très louable de les inciter à raccrocher s'ils ont abandonné en cours de route, il y a quelque chose d'inconséquent à prétendre s'unir dans un effort collectif pour favoriser la réussite scolaire tout en ne ciblant que les individus alors que tout le monde s'accorde pour dire que l'un des prédicteurs les plus sûrs du décrochage est la pauvreté.
Si la pauvreté est liée au décrochage, comment peut-on prétendre la réduire en rendant les jeunes responsables de leur condition? Comment peut-on influer sur la persévérance si aucune mesure sociale n'accompagne nos bonnes intentions? Tout se passe comme si on traitait la pauvreté comme une tare individuelle.
Or, ce sont certaines conditions sociales qui conduisent à la pauvreté. C'est la répartition de la richesse ainsi que l'accession à une éducation gratuite et de qualité qui conduiront les jeunes à vouloir, et à pouvoir surtout, mener leurs études à terme.
J'ai eu une démonstration flagrante de ce paradoxe lors d'une activité tenue dans le cadre de ces journées de la persévérance scolaire. J'étais entouré de personnes de condition favorisée qui dans un même souffle voulait faire persévérer les jeunes tout en voulant les convaincre de payer des frais de scolarité plus élevés.
J'ai eu beau expliquer à mes interlocuteurs que la hausse des frais réduirait les aspirations des classes moins favorisées et que, s'il est vrai que les facultés continueraient à recruter malgré des frais plus élevés, elles seraient toutefois peuplées de filles et de fils de bonne famille et non de jeunes provenant de tous les milieux, cela ne les a pas fait broncher.
Si une réflexion générale ne les touche pas, je me suis dit qu'un exemple personnel pourrait peut-être les convaincre. Je me suis alors pris comme exemple: faisant partie de la première génération de diplômés universitaires dans mon milieu d'origine, ce qui aurait été impossible sans des frais très bas et un bon programme de prêts et bourses, j'estime que les générations subséquentes du même milieu devraient aussi y avoir droit. Je n'ai eu pour toute réponse qu'un haussement d'épaules. Preuve, s'il en était besoin, qu'on ne cherche pas à améliorer le sort des classes défavorisées, on veut seulement sauver les bons pauvres, certains qui sont dociles et chanteront nos louanges, et tant pis pour les autres!
Cette absence totale de vision systémique, cette perception étriquée de la réalité sociale ne laisse de m'ébaubir.
La lutte à la pauvreté ne se fait pourtant pas par des interventions individuelles ni par des campagnes de charité. Ce qu'il y faut, c'est la justice sociale, ce qui signifie une fiscalité progressive dans laquelle les entreprises et les hauts revenus contribuent à la mesure de leurs moyens.
Là-dessus mon opinion converge avec celle de Robert Cadotte dans son livre Lettre aux enseignantEs (voir note 1), dont Louis Cornellier (voir note 2) a bien résumé le message le plus important: «...la nécessité d'en finir avec le paradigme médical-individuel pour expliquer le décrochage scolaire et l'urgence de renouer avec une perspective sociologique critique dans ce débat.»
Tant que la lutte au décrochage se limitera à des encouragements individuels, elle ne fera que culpabiliser ceux qui n'ont pas pu persévérer. Tant que la lutte à la pauvreté ne fera pas l'objet de mesures sociales visant la répartition de la richesse collective, elle ne sera qu'une campagne de charité permettant aux bons riches de se faire du capital politique sur le dos des bons pauvres manipulés qu'on exhibera comme autant de trophées à la gloire de la générosité des plus favorisés dans une société qui restera injuste et inégalitaire.
Note 1: Lettre aux enseignantEs, Robert Cadotte, Ville Mont-Royal, M éditeur, 2012, 288p.
Note 2: «La réforme Cadotte de l'école», Louis Cornellier, Le Devoir, samedi 18 et dimanche 19 février 2012, p. F6.
13 février 2012
Songements d'un promeneur sans fil
Je me rappelle l'époque où une entreprise de téléphonie nous vendait le téléphone cellulaire comme une forme de liberté. En effet, on n'était plus obligé de rester près du téléphone fixe pour attendre un appel, on pouvait se trouver à la pêche et recevoir les nouvelles qu'on attendait.
De mon côté, j'écrivais : «Autrefois, les esclaves se promenaient avec un boulet; aujourd'hui, ils se baladent avec un téléphone.» (C'est la pensée du premier juillet dans mon recueil 365 Chrysanthèmes +1)
Ce téléphone si utile est tout de même un fil invisible à la patte, surtout depuis qu'il fait semblant d'être intelligent et qu'il relaie le courrier électronique et toutes les commandes qu'on peut recevoir du bureau et des autres personnes ou organismes avec lesquels on fait affaire.
Les gens qui me fréquentent le savent : mon téléphone mobile est toujours silencieux, je vérifie au besoin s'il y a des messages importants et je le mets en mode vibration si j'attends un appel. Quant au téléphone domestique, je ne réponds à ses invites qu'à mon gré.
La plupart des gens ont appris à gérer leur téléphone de façon à ce qu'il ne soit pas trop envahissant. C'est tout de même amusant : quand les téléphones cellulaires sont apparus, les personnes qui en avaient se sentaient drôlement importantes, alors qu'en fait une personne «importante» (ou puissante dirons-nous) n'a pas à répondre elle-même pas plus qu'elle ne fait elle-même son ménage.
Mais il n'y a pas que le téléphone, l'ordinateur aussi est devenu une sorte de boulet ou plutôt une drogue dont on ne peut plus se passer. Il n'y a qu'à voir les désagréments que nous cause une panne. Au lieu de se sentir plus léger, on se trouve en état de manque et, il est bien vrai, notre vie devient diablement plus compliquée si on doit se trouver un jour ou deux sans ce précieux outil.
Il m'arrive parfois de prendre congé de courrier électronique. En général, une journée de fin de semaine. Pendant les vacances aussi, je me tiens loin des appareils électroniques. Mais samedi dernier, j'ai essayé de ne pas utiliser l'ordinateur du tout ni pour le web, ni pour les recherches, ni pour le courrier électronique, ni pour aucune autre activité, que ce soit la musique, les photos, la lecture, l'écriture, le rangement, etc. C'est qu'on en fait des choses avec ce bidule!
J'y suis parvenu sans trop de mal ne manquant pas de courses à faire ni de bons livres qui m'attendent, certains depuis des années, car je les accumule plus vite que je ne puis les parcourir.
Cependant, cela m'a aussi permis de réfléchir à cette frénésie de l'actualité qui nous amène à considérer comme inintéressant un sujet parce qu'il était à la une de la veille.
Disposer de la rapidité, avoir accès à quantité de sources d'information, pouvoir communiquer avec des gens de partout dans le monde, pourquoi tout cela nous empêche-t-il de prendre notre temps? Tout cela reste compatible avec la possibilité de traiter d'un sujet peu importe qu'il soit dans l'air ou pas. Après tout, les vrais grands sujets, l'amour, la paix, la justice, la vie, la santé, la mort, le souverain bien, l'éducation des enfants, ces sujets restent les mêmes. Ont-ils besoin d'attendre le retour de la mode ou de s'effacer quand la mode est passée?
Prendre son temps a permis par exemple à mon ami Sergio de Rosemont d'écrire un très beau texte pour répondre aux propos déréglés du sénateur Boisvenu. Sa réflexion s'est développée sans la pression de la publication immédiate. La superficialité des manchettes ne fait que nous éloigner de ces nécessaires songements comme aurait dit Montaigne, lui qui s'était retiré loin de la presse, c'est-à-dire la foule.
Tout comme les décideurs économiques qui ne pensent qu'en fonction des résultats trimestriels, les acteurs de la société sont sans cesse bousculés pour réagir au plus vite. Cela fait de la plus grande part de notre agitation un processus réactif plutôt qu'une activité constructive consciente et structurée.
Personne n'est plus en faveur du progrès des communications que moi. Et ces progrès peuvent beaucoup pour nous libérer. Je crois que, pour s'en rappeler les moyens, il est utile parfois de débrancher.
6 février 2012
Le côté noir de la force
Il importe de s'arrêter après coup pour réfléchir aux réactions qu'ont suscitées les paroles prononcées par le sénateur Boisvenu la semaine dernière, car elles révèlent des aspects inquiétants de notre société.
Rappelons ce que le sénateur a suggéré: les assassins devraient disposer d'une corde dans leur cellule afin de décider eux-mêmes de leur sort.
Ses excuses qui n'en sont pas l'ont enfoncé davantage, car il a voulu préciser qu'il ne s'adressait qu'aux cas irrécupérables, qu'il n'aurait pas dû parler de corde, mais laisser une variété de moyens; il a même ajouté que des centaines de citoyens lui avaient écrit pour l'appuyer.
Du côté du gouvernement, aucun blâme officiel, mais plutôt une tolérance plus que bienveillante.
Dans la population, ils ont été nombreux à adhérer à une partie de l'argumentaire voulant que les condamnés coûtent cher à la société. Parmi mes correspondants Facebook, certains ont trouvé le moyen de dire qu'ils n'étaient pas animés par l'esprit de vengeance, mais bien par un désir rationnel de rendre les condamnés utiles à la société, car ils ne sont pas productifs pendant leur incarcération. Et d'évoquer des solutions qui ne sont pas bien loin de ce qu'on a déjà appelé les travaux forcés.
Il y a de quoi frémir quand on entend parler de rationaliser les coûts d'une personne humaine. Cette pente glissante qui veut attribuer une valeur économique à l'être humain, certains économistes l'ont déjà prise. Leurs calculs favorisent étrangement les riches et les puissants pour fustiger les pauvres, les malades et les vieux pour ne pas dire les vieux malades et pauvres, car les bien nantis sont vite rangés parmi les productifs.
Il y a bien une société au vingtième siècle qui a proposé de rationaliser les dépenses liés aux improductifs: ainsi on a voulu éliminer les malades mentaux, les handicapés, puis ce furent les Roms, les Juifs, les homosexuels, les communistes... Il n'y a pas de frontière entre les droits humains. Quand on commence à se demander si un type de personnes coûte cher, on entre dans le chiffre et on quitte l'humanité.
Les personnes qui cherchent des arguments rationnels pour éliminer les indésirables en trouveront toujours. Et elles verseront dans le côté sombre de la force. On commence par se demander si les condamnés pour certains types de crime ne devraient pas être exécutés, puis on se dit que les vieillards débiles sont encombrants, que les itinérants nuisent au commerce, que les handicapés ne sont pas assez productifs et, finalement, que les défenseurs des droits humains sont des empêcheurs de tourner en rond.
Voilà où finit par se retrouver une population qui cède à l'obsession de la mesure, à la volonté de soumettre l'humain à des principes économiques.
De ces deux maux, aucun n'est le moindre:
ceux qui rêvent de vengeance et souhaitent la mort des criminels ne se rendant pas compte qu'ils ne font pas mieux que les assassins;
ceux qui calculent froidement comment réduire l'improductivité de leurs semblables et qui réduisent l'humain à un chiffre.
2 février 2012
Boisvenu aurait dû réfléchir; il n'a pas sa place à Ottawa
Les propos du sénateur Boisvenu au sujet de chaque assassin qui devrait disposer d'une corde dans sa cellule afin de décider de sa vie tombent fort mal quelques jours avant la semaine de prévention du suicide.
Il a beau s'excuser, et même pas tout à fait, il aurait dû réfléchir avant de parler, pas après. Cela remet en question l'aura dont on couvre une malheureuse personne qui a connu un drame dans sa famille. On ne devient pas expert d'un sujet parce qu'on a subi un malheur.
C'est une preuve de plus que le sénat non élu n'est pas une institution appropriée.
Ce sénateur conservateur, nommé par le premier ministre Harper, est une preuve de plus qu'on ne devrait pas laisser un parti gouverner seul quand il n'a pas reçu la majorité des voix de la population. Vivement le scrutin proportionnel!
26 janvier 2012
(par Francis Lagacé et Sergio de Rosemont)


Ils sont à l'aise dans leurs mépris.
Eh oui, ils se sentent tellement à l'aise dans leurs préjugés.
Comme ils se sentent en sécurité dans leurs châteaux érigés à coup de stéréotypes.
Pourtant, la peur en est le ciment. Et ce ciment tôt ou tard dégouline
Ils se croient tellement heureux dans leur xénophobie routinière. Ils s'y baignent et ne voient plus qu'elle fait partie d'eux.
Ils élèvent et présentent fièrement leurs préjugés religieux comme on élève et présente glorieusement un bouclier.
Mais ils n'ont pas conscience que ce qu'ils considèrent comme leur bouclier est en fait leur boulet !
Ils carburent aux préjugés et au mépris sociaux empoisonnant cette société, qu'ils ne trouvent pas assez cruelle.
Ils usent d'insultes et de mépris racistes ou religieux comme d'un évangile de haine, croyant démontrer leur courage, mais seule leur lâcheté se dévoile!
Ils vomissent leurs préjugés sexuels et homophobes se croyant détenteurs d'une vérité infuse et suprême, alors qu'ils ne sont que dépositaires d'une absolue ignorance. qu'on pourrait croire par moment
Ha oui ils croient faire évoluer cette société alors qu'ils n'y apportent que régression sociale. Sous prétexte d'évolution, ils démolissent les bases de la société, l'empoisonnant, la gangrenant.
Ils disent vouloir soigner et sauver notre société alors qu'en fait ils l'empoisonnent à petit feu.
Il est vrai, que lorsqu'on reste cloîtré dans le château du mépris et des stéréotypes, qu'on perd de vue les réalités sociales qu'on dit vouloir prendre en charge ! le paysage pourtant voisin.
Mais qui sont donc ces disciples du mépris, du préjugé et de la xénophobie ?
Diriez-vous...
Ils peuvent revêtir n'importe quel rôle ou rang social. toutes sortes d'habits.
Ils sont les maîtres qui entraînent leurs valets, les esclaves qui subissent leurs maîtres.
L'idéologie ne se regarde jamais dans le miroir.
Ils peuvent être politiciens, décideurs dans cette société, comme ils peuvent n'être que de simples citoyens.
Oui n'importe qui naviguant sur les eaux troubles de l'ignorance peut devenir un Roi, un Prince, un Valet ou un Esclave du Mépris !
22 janvier 2012
Le scrutin majoritaire en procès
Accusé de créer des distorsions entre la volonté populaire et le résultat obtenu, de ne pas être équitable entre les régions, de faire fi d’un nombre important de votes, de décourager la participation électorale, le scrutin majoritaire devra se défendre.
Dans un procès présidé par nul autre que Gérald Larose, le mode de scrutin actuel aura comme avocat de la défense Lorraine Guay et subira les attaques du procureur Jean-Pierre Charbonneau.
Venez entendre les plaidoyers respectifs, car c’est vous, la population, qui êtes le jury dans cette affaire.
Ce procès est une initiative du Mouvement pour une démocratie nouvelle.
Voici les coordonnées :
Mercredi 15 février 2012
18 h 30
Bar Île Noire
1649, rue Saint-Denis (entre Maisonneuve et Ontario)
Montréal (métro Berri-UQAM)
16 janvier 2012
L'aristéraphobie a de beaux jours devant elle
J'avais écrit un premier billet sur le mépris des gauchers le 24 décembre 2009 (Aristéraphobie).
Mes récentes vacances en Europe m'ont fait tomber sur un article paru le vendredi 30 décembre 2011 dans le quotidien Le Soir de Bruxelles en page 24. La nouvelle s'intitule «Les gauchers davantage sujets à l'épilepsie?»
On y rapporte les propos d'un savant psychiatre de l'hôpital de la Charité à l'Université de Berlin. Il prend bien soin de rappeler qu'«Être gaucher est un phénomène naturel», mais il signale que «les gauchers semblent être plus sujets que d'autres à certaines maladies comme l'épilepsie, la schizophrénie et l'autisme.»
Finalement, la ou le journaliste, qui signe C.D.B., reformule certaines paroles du savant qui «suggèrent que l'activité diminuée de l'hémisphère cérébral gauche par rapport à l'hémisphèree droit peut mener à la dépression tandis que le contraire rendrait l'apparition de manies plus fréquentes.»
Eh bien, la voilà, la réponse! Les droitiers ont des manies, dont celle de ne pas comprendre le monde dans lequel ils vivent et de s'imaginer que les gauchers ont des défauts intrinsèques.
C'est bien sûr que les gauchers sont un problème pour les droitiers. A-t-on pensé que les droitiers étaient un problème pour les gauchers?
À lire la réflexion de certains savants, et de certains journalistes, car la nouvelle aurait pu être rapportée sous un autre angle, on se demande vraiment s'ils sont capables de comprendre que l'environnement, la façon dont la société est construite et leur façon de penser impérialiste conduisent nécessairement les minoritaires dans certaines voies qu'ils qualifieront de «déviantes».
J'avais signalé dans mon billet de 2009 le parallèle avec la façon dont on traitait en général les homosexuels. On retrouve la même condescendance et la même incapacité à se penser dans un système dominant qui se manifestent chez les Blancs quand ils analysent les Noirs, les hétérosexuels quand ils analysent les homosexuels et les droitiers quand ils analysent les gauchers.
De la même façon qu'il importe, quand quelqu'un se prononce sur les réalités sociales, de savoir si ce quelqu'un est riche, blanc, mâle, hétérosexuel ou catholique, il importe aussi de savoir s'il est droitier, car il semble bien que le fait d'être droitier induit des raisonnements biaisés.
Et vive l'aristéraphilie!
23 décembre 2011
Justice et Paix
Je prends congé de billets pour quelques semaines. Je serai de retour vers la mi-janvier.
Souhaitons-nous Justice et Paix pour 2012, mais surtout, travaillons-y!
19 décembre 2011
Les moyens de la guerre pourraient-ils servir à la paix?
En cette période des Fêtes, il est courant d'appeler à la paix. John & Yoko avaient lancé leur Happy Xmas/War is over en 1971. Et n'y a-t-il pas habituellement une trève pour le jour de Noël?
On apprend ces jours-ci que les derniers soldats états-uniens quittent l'Irak après presque dix ans d'invasion pour éliminer des armes de destruction massive qui n'existaient pas. Résultat: près de 4500 morts chez les États-uniens, mais plus de 100 000 morts chez les Irakiens, qui n'en demandaient pas tant.
Et toute cette opération fondée sur un mensonge éhonté (les fameuses «armes de destruction massives») aura coûté près de 800 milliards de dollars.
Voilà un pays qui n'a pas les moyens de s'offrir un système de santé pour prendre soin de tout le monde, mais pour porter la guerre, il n'a eu aucun mal à casser son petit cochon.
Bien sûr que la question posée dès mon titre a sa réponse claire et évidente. Ce qui est renversant, c'est qu'on soit encore si peu nombreux à en être convaincus, qu'ils soient encore majoritaires à croire que l'industrie de la mort est préférable à la santé et à la paix.
Assez tristement, Happy Xmas/War is over a été relégué au même rôle décoratif que les belles intentions chrétiennes d'amour universel qu'on entend dans les cantiques. Méditons ça devant notre réveillon.
12 décembre 2011
Comment les banques dépouillent les pauvres
Mon billet d'aujourd'hui se contentera de faire un hyperlien avec un article de Jacques Attali qui s'intitule «Comme j'aimerais avoir tort». Cliquez sur ce lien, lisez cet article.
Des solutions? Au Québec, ça pourrait passer par un appui à Québec Solidaire. Voyez leurs propositions pour réduire les inégalités.
Et arrêtez de me dire que Québec Solidaire n'a pas de chance de former le gouvernement. Tu parles d'une façon de raisonner! C'est parce que vous ne votez pas pour eux qu'ils n'ont pas de chance d'être élus. Si vous votez pour eux, ils seront élus.
5 décembre 2011
La charité n'est pas la justice
Le mois de décembre au Québec se signale entre autres par le retour des grandes guignolées, ces événements médiatiques où l'on fait appel à la charité du public pour combler des besoins qui existent à l'année longue.
Certains ont dénoncé le véritable show médiatique que constitue la surenchère de la charité, cela s'accompagnant souvent d'une pipolisation des âmes charitables. En effet, ce sont des vedettes qui attirent les dons et c'est le désir des les fréquenter, elles ou quelque chose qui leur est lié, qui est mis en avant pour susciter les contributions.
Plusieurs se sont sentis offusqués qu'on vienne remettre en cause leurs bonnes intentions, après tout ils ne veulent faire que le bien. Mais, personne n'est contre le bien, le problème n'est pas là. On aimerait plutôt que des solutions plus collectives et plus durables soient mises en place pour contrer la pauvreté qui n'est pas qu'un phénomène saisonnier.
Là où il s'agit d'une très grave injustice, c'est que l'on s'en remette uniquement à la bonne volonté des individus pour soulager la pauvreté alors que ce devrait être l'une des missions d'un État bien compris. Sinon, c'est s'exposer à l'arbitraire (on choisit ses pauvres, comme dans la chanson de Brel) et au caractère plus ou moins «sexy» ou tendance des causes (le cancer du colon est-il plus vendeur que le cancer de la prostate?).
J'ai saisi distraitement une conversation tenue très tôt le dimanche matin du 4 décembre 2011 à l'émission radiophonique de Radio-Canada Dessine-moi un dimanche entre Normand Baillargeon, Xavier Brouillette et l'animateur Franco Nuovo. Il y était question de l'opposition entre la liberté et l'obligation de contribuer pour soulager la pauvreté.
Grosso modo on opposait deux philosophies, celle voulant que, par la liberté absolue des individus, on laisse les gens choisir s'ils donnent ou pas aux pauvres, ce qui risque d'en laisser plusieurs sur le pavé et celle voulant que, par la volonté collective, on impose les revenus afin de répartir les richesses, ce qui devrait permettre d'atteindre une certaine égalité. Mais, je crois que c'est monsieur Brouillette qui l'affirmait, la question qui se pose est dans quelle mesure respecte-t-on la liberté quand on impose ainsi tout le monde et il continuait en disant que la guignolée était aussi quelque chose devant quoi on se sentait obligé, donc qui exerçait peut-être une pression indue, mais seulement morale.
Tout le monde avait l'air d'acquiescer. Peut-être ai-je raté quelque chose dans la suite qui aura corrigé le tir, mais on aurait dû immédiatement relever deux sophismes dans ces énoncés.
Le premier et le plus simple est que, si la guignolée exerce une pression morale ou sociale, elle n'exerce pas une pression juridique, elle n'entre donc pas dans la catégorie des choses imposées à tous par l'État et va au contraire dans le sens de ceux qui revendiquent la liberté de chacun de choisir s'il donne ou pas. Elle n'est donc pas une solution collective.
Le second est plus complexe. On peut se demander si c'est une atteinte à la liberté que de lever des impôts sur chacun pour répartir la richesse entre tous. C'est ce caractère obligatoire qui semble s'opposer à la liberté. Mais, si on se rend compte que, dans la société, il existe de très grandes inégalités de sorte que certains sont très riches au détriment d'autres qui en souffrent, on constate alors que la liberté des uns n'est pas celle des autres, et qu'une liberté sans égalité n'est qu'illusion. Ce sont là des réflexions qui ont été tenues depuis Jean-Jacques Rousseau.
Et c'est tout de même un penseur de droite, Henri Lacordaire, il faut le rappeler, qui nous a donné cette belle maxime: «Entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c’est la liberté qui opprime, c’est la loi qui affranchit.» En effet, c'est la loi, qui en imposant une certaine égalité, assure une meilleure liberté de tous en évitant que la liberté des plus forts leur permette d'opprimer les autres.
Les mesures sociales sont la meilleure façon d'assurer une répartition de la richesse qui permet une meilleure égalité et donc une meilleure liberté, car ces deux éléments doivent être en équilibre. Si chacun paie des impôts en proportion de ses moyens, il contribue à une société plus équitable.
Il ne faudrait pas oublier qu'à l'origine la propriété n'est rien d'autre que l'appropriation, par celui qui en avait la force, des biens qui étaient accessibles à tous. C'est ce qu'a voulu démontrer le bon Jean-Jacques dans son Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes.
Nous n'avons pas les moyens de remonter le temps pour défaire ces inégalités. Nous avons la possibilité d'assurer une meilleure égalité, et donc une liberté qui se fait dans la justice, par des moyens collectifs.
Faire la charité, c'est bien; faire la justice, c'est mieux.
28 novembre 2011
Pourquoi croyons-nous encore à la croissance?
L'un des problèmes des sondages de préférence, souvent abusivement appelés sondages d'opinion, c'est qu'ils nous posent des questions que nous ne nous posons pas ou pas de la façon dont on nous les pose.
Ainsi, nous apprenons en une du Devoir des 26 et 27 novembre 2011 que 81% des Québécois s'inquiètent pour l'économie et qu'ils sont majoritaires à estimer que le gouvernement n'en fait pas assez pour stimuler la croissance.
Si on me dit que l'économie, c'est ce qui rend heureux, et que la croissance va faire en sorte que l'économie va se porter mieux, c'est certain que je vais être pour la croissance.
Par contre, si on m'explique que la croissance, c'est logiquement impossible à maintenir, que c'est ce qui va rendre la planète exsangue et qu'il n'est pas nécessaire de croître économiquement au-delà de la croissance de la population, je songerai peut-être à des façons différentes de satisfaire aux besoins de base et de fournir des emplois.
Peut-être alors serais-je plus enclin à me tourner vers l'éco-socialisme plutôt que vers la théorie de la croissance, laquelle ne peut que conduire à des crises de plus en plus fréquentes, de plus en plus graves.
Mais si les sondages ne nous posent des questions que sur des mesures économiques traditionnelles, comment pouvons-nous manifester notre préférence pour des solutions alternatives?
21 novembre 2011
Boisvenu: malheur engendre autre malheur
Il est désolant d'entendre le discours du sénateur Boisvenu, dont la préoccupation pour les victimes de crime le fait pencher davantage du côté de la répression que du côté de la prévention.
Le gouvernement conservateur a bien sûr compris qu'il avait un avantage émotif à utiliser ce porte-parole auto-proclamé spécialiste en matière de crime. C'est un peu comme si je me prétendais spécialiste des agresseurs sexuels parce que j'ai été victime d'agressions sexuelles pendant une bonne partie de mon enfance.
Or, si je peux me prononcer en la matière, c'est parce qu'ensuite j'ai étudié la question, parce que j'ai beaucoup lu sur la personnalité des agresseurs, sur le contexte de la commission des crimes et sur les indices permettant de reconnaître ces personnalités.
Il faut transcender ses sentiments personnels et travailler à la prévention. Ce n'est pas en punissant plus de personnes, en brimant davantage la liberté de la majorité des gens que l'on préviendra les crimes. C'est avant qu'il faut agir, pas après.
Encore une fois, la lutte à la pauvreté, des mesures sociales plus humaines, une éducation appropriée, plus et encore plus d'éducation et une meilleure compréhension des causes, pas seulement médicales, mais aussi sociales de la criminalité, nous aideront à la prévenir.
On ne soigne pas son malheur en en causant d'autres.
14 novembre 2011
D'autres choix économiques
On ne cesse de nous dire qu'on n'a pas le choix et qu'il faut écouter les diktats des grandes banques et du FMI.
Il existe pourtant des modèles économiques différents. On rappelera pour mémoire que la social-démocratie fonctionnait bien jusqu'à ce qu'on décide de la démanteler parce qu'elle ne permettait pas aux prédateurs économiques de tout rafler.
Le modèle norvégien propose une autre façon de faire les choses. Ce modèle, qui n'est pas parfait, comme le montrent les critiques d'Harvey Mead, offre des pistes fort intéressantes, et c'est de cela que traitera Idar Helle du mouvement Attac Norvège lors d'une «conférence» au Centre Saint-Pierre le mardi 15 novembre 2011 à 19 h.
Il vaut la peine de s'en instruire.
7 novembre 2011
Arts et culture à la rescousse
L'art et la culture sont ce qui fait de nous des êtres humains, autre chose que des organismes qui ingèrent, digèrent, se reproduisent, se reposent et disparaissent.
Contre le capitalisme qui remplace dans l'imaginaire collectif toute aspiration à la beauté, la bonté, l'être ensemble, les œuvres et les créations humaines nous parlent de ce que nous sommes et de ce que nous pouvons être.
J'en veux pour preuve deux récents films documentaires qui, tout documentaires qu'ils soient, sont pleinement des œuvres culturelles.
République: un abécédaire populaire de Hugo Latulippe nous invite à réfléchir avec de nombreux penseurs et acteurs québécois aux façons de refaire ce vivre ensemble que la consommation à outrance émiette.
Gilles Gagné, professeur à l'Université Laval, énonce clairement les trois tâches qui nous attendent: sortir du pétrole, sortir de la croissance et sortir du capitalisme, tout en nous rappelant fort justement, ce qui déplaira aux thésaurisateurs, que «pour créer de la richesse, il faut la distribuer.» Cette parole sage est tout le contraire de ce que nous enfoncent dans le crâne ceux qui veulent détruire la planète parce qu'ils ont la possibilité de danser à l'abri dans leur bunker.
Courez voir ce film qui fait le plus grand bien. La maison de production d'Hugo Latulippe porte un nom symbolique fort: Esperamos films.
Trou Story de Richard Desjardins est l'histoire vraie des mines et des minières qui laissent exsangue notre territoire avec la bénédiction des gouvernements. Le film de Desjardins nous montre le plan Nord avant le plan Nord. La répétition de ce qui nous attend, la démission de certains devant le cash et la détermination d'autres qui ont choisi la résistance.
S'il ne fallait retenir qu'une image, je prendrais celle de la cruelle ironie dont ont été frappés les soldats canadiens recrutés à Sudbury, tués par des balles enveloppées dans des douilles fabriquées du nickel qu'ils ont extrait de leur mine locale.
Les luttes des mineurs mériteraient de faire l'objet d'épopée. Ce genre littéraire n'étant plus de mode, le septième art leur aura au moins rendu hommage.
Mais le présent est là, pas nécessairement plus rose, car nous ne sommes toujours pas collectivement propriétaires de nos richesses naturelles qui sont bradées aux grands chevaliers de l'industrie. Il y a urgence à nationaliser notre bien à tous pour éviter qu'il soit exploité n'importe comment. L'un de ces grands chevaliers résumait bien comment «notre» gouvernement québécois se comporte: «Il ne fait pas de trouble.» Ça, ça me trouble.
Deux films essentiels dans le même week-end! Ça fait du bien et ça incite à l'action!
31 octobre 2011
Questions pour les possédants
Vous trouvez inquiétant que les jeunes indignés n'aient pas de leader désigné. Vous craignez qu'ils ne se jettent dans les bras d'un fanatique qui les conduirait à la baguette.
Serait-ce que vous avez quelqu'un à suggérer?
Vous n'arrivez donc pas à penser autrement?
Savez-vous que les jeunes indignés ne veulent plus de leader charismatique? Savez-vous qu'ils veulent que les décisions fassent l'objet de discussions réelles et ressortent de la volonté générale au bénéfice de l'ensemble et non de quelques-uns?
Leur allergie aux autocrates est plutôt bon signe, non?
Vous dites craindre que leurs manifestations ne sombrent dans la violence.
Avez-vous vu quelqu'un d'armé chez eux? Leurs discours attaquent votre manque de responsabilité sociale. Est-ce donc que vous voulez les faire taire par la violence?
Qui déclenchera la violence sinon vous?
Vous croyez que ces anticapitalistes n'ont rien à proposer et vous leur conseillez donc de rentrer chez eux.
Savez-vous qu'ils en ont assez de vos formules toutes faites? Savez-vous que c'est justement cela qui est novateur chez eux que de proposer de construire les solutions ensemble et non d'asséner la vérité révélée?
L'apparent apolitisme du mouvement est très politique: il s'agit de ne pas se livrer à des recettes décidées d'en haut pour se donner le temps de déterminer des processus qui émergent de la confrontation des idées, des processus, pas des procédés.
Chers possédants, quelles formes de récupération êtes-vous en train de préparer?
24 octobre 2011
Commissions scolaires et gouvernement sans allure
Lors des journées interrégionales sur la persévérance scolaire, tenue à Québec les 19 et 20 octobre 2011, il y a eu un atelier sur les enjeux politiques de la persévérance. Il s'est dégagé un consensus de cet atelier selon lequel les structures n'avaient pas à être changées.
Madame Line Beauchamp, ministre de l'Éducation, du Loisir et du Sport a assisté à l'ouverture de ce colloque et à sa clôture en compagnie du premier ministre Jean Charest.
Elle s'est bien gardée de dire quoi que ce soit à propos de ses intentions et a fait l'annonce de coupures draconiennes aux commissions scolaires jeudi soir après que les participants au colloque soient rentrés chez eux.
Cette annonce a pris tout le monde par surprise.
Heureusement, les militants libéraux ne sont pas si bêtes et ils ont compris que cette réforme n'avait pas de sens. Lors du congrès libéral de la fin de semaine, ils ont renvoyé la ministre à ses devoirs, c'est le cas de le dire. On voit bien que les dirigeants libéraux sont déconnectés de la population et même de leur base. Ils ont fait leur temps.
On comprend mal l'argumentaire de Mme Beauchamp qui prétend vouloir maintenir les commissions scolaires tout en leur coupant les ailes. Mais, ce n'est pas la première fois que le gouvernement libéral parle la novlangue.
Le plus étonnant est cet extrait, entendu à la radio de Radio-Canada, dans lequel un défenseur des intentions de madame Beauchamp affirmait que son projet n'était pas quelque chose qui était apparu comme ça brusquement jeudi soir, alors que justement, c'est quelque chose qui est apparu sans aucune préparation d'aucune sorte pour les principaux intéressés. On aurait dit un enfant de trois ans qui court dans la cuisine pour vous prévenir qu'il n'a pas cassé le vase de fleurs du salon, ce qui signifie ce que tout le monde sait: «Je viens de casser le vase de fleurs du salon.»
Certains prétendent que cette nouvelle volte-face du gouvernement Charest, à laquelle s'ajoute une autre plus tardive concernant les pouvoirs de la Commission d'enquête de la juge Charbonneau, donnera des munitions à M. François Legault et à ses partisans.
Un projet qui n'a pas d'allure soumis par la ministre Beauchamp n'a pas plus d'allure quand il est défendu par M. Legault.
17 octobre 2011
Paradoxes du travail et engagement des jeunes
On nous avait promis la civilisation des loisirs pour l'an 2000. C'est plutôt la civilisation de l'esclavage pour qui a un job et du désœuvrement pour qui n'en a pas.
On nous avait annoncé que les machines simplifieraient notre travail, nous débarrasseraient des tâches lourdes et peu gratifiantes de sorte que les emplois occuperaient moins de notre temps et seraient de plus en plus épanouissants. C'est plutôt le règne des horaires éclatés et imprévisibles, des tâches sans signification dans une société malade de la gestion. (Lire à ce sujet: La société malade de la gestion: Idéologie gestionnaire, pouvoir managérial et harcèlement social, Vincent de Gaulejac, Points, Seuil, 2009 [2005])
Les grands esprits promeuvent, depuis le siècle des Lumières, le droit au bonheur pour l'être humain, la liberté et l'émancipation de l'individu, l'affranchissement des chaînes qui empêchent la personne de réaliser son potentiel. Or, la société de consommation asservit les êtres en les réduisant au statut de consommateurs et de clients, et les soumet aux diktats des banques émettrices de crédit.
Alors, peut-on en vouloir aux jeunes, devant des prédictions qui ne se réalisent pas, devant les contradictions de l'évolution de la société, de ne pas s'investir à fond dans le travail, de chercher à réaliser leur bonheur personnel tout de suite, de préférer la libre disposition de leur temps aux responsabilités gestionnaires et aux honneurs, de ne pas faire confiance aux leaders et d'afficher une certaine indifférence aux autorités autoproclamées?
N'avons-nous pas récolté ce que nous avons semé? Le temps n'est-il pas venu de refonder la société sur des valeurs humaines?
11 octobre 2011
Quelques poussées d'urticaire
Je commence ce billet en vous rappelant tout de suite l'importance de signer la pétition pour une commission d'enquête publique sur la collusion et la corruption dans l'industrie de la construction et dans le financement des partis politiques: Pétition.
Les raisons d'avoir de l'urticaire sont très nombreuses, mais ce qui a le don de me retourner, ce sont les contresens volontaires ou dus à l'ignorance crasse. J'en propose ici trois exemples.
a) Quand on a appris la semaine dernière que le député de Rosemont-La Petite-Patrie, Alexandre Boulerice, donnait son appui à Brian Topp, il s'est trouvé une journaliste, je ne la nommerai pas, pour annoncer toute fière que c'était parce que M. Topp représentait bien les valeurs néolibérales défendues par Jack Layton. Et l'animateur d'opiner du bonnet sans corriger. Quand les expressions veulent dire le contraire de ce qu'elles veulent dire dans la bouche même de qui est censé nous informer, il n'y a pas à s'étonner que la confusion règne.
b) L'imbuvable Maxime-Olivier Moutier s'est au moins fait rappeler par Guy A. Lepage qu'il devait sa célébrité à son rôle de victime dont il accuse maintenant les autres d'abuser. Mais, le pire, c'est quand un prétentieux pareil, le Moutier en question, se permet d'affirmer que les grands scientifiques sont croyants, ce qui est faux et archi-faux. Il y a des limites à invoquer les savants pour leur faire dire ce qu'ils ne disent pas.
Au passage, j'aimerais bien qu'on arrête de citer Einstein à tort et à travers et qu'on cesse de lui faire dire des choses qu'il n'a jamais dites.
c) La mort de Steve Jobs a lancé pléthore de commentaires sur ces petits appareils qui gèrent nos vies plutôt que de nous servir. Ce qui m'embête, c'est le qualificatif d'intelligents qu'on leur accole. Plus un appareil est intelligent, plus il se comporte en imbécile refusant de faire ce qu'on lui demande parce qu'il a mieux à nous proposer.
N'avez-vous pas eu l'occasion de lutter avec votre Ipad qui s'obstine à écrire un mot que vous ne voulez pas parce que son dictionnaire ignore ce que vous savez?
Même les automobiles se permettent de décider que ce n'est pas le temps de freiner, ou à l'inverse d'accélerer, parce que son logiciel a déterminé que ce n'était pas approprié. Il doit sûrement y avoir plus d'accidents causés par cette «intelligence» qu'il n'y en a d'évités.
Mais le pire, ce sont les machines qui parlent. Vous appelez une entreprise, vous devez dire le nom de la personne ou du service auquel vous vous adressez. Il faut épeler le nom, dire «oui», «non», jamais «peut-être», confirmer ou pas, et si vous toussez ou vous dérhumez pendant que vous parlez, la machine ne comprendra rien et vous fera reprendre le tout. Quelle perte de temps! N'est-il pas plus simple de taper le numéro de poste à 5 chiffres de la personne ou du service?
Qu'ai-je à faire d'une commande vocale pour mon ordinateur alors que d'écrire au clavier est dix fois plus rapide?
On n'a pas de temps à perdre à entendre une machine nous faire un résumé oral d'une situation alors qu'on pourrait afficher à l'écran un tableau synthétique!
Sous prétexte de faire plus vite, on voit dans les sites d'information de nombreuses vidéos qui prennent trois ou quatre minutes, alors qu'un bon texte de reportage bien ramassé prend 30 secondes à lire. L'écriture a été inventée pour faire plus vite et pour épargner la mémoire. Retourner à la lecture orale des textes n'est un progrès que pour les aveugles.
Bien sûr, faire un bon reportage demande du travail au reporter, qui doit être rémunéré. On n'a rien sans peine. Bien sûr, je ne m'objecte pas aux vidéos qui font voir sur le vif certains événements frappants, mais je préfère voir en 30 secondes le coup de circuit gagnant et lire le résultat du match (9 à 7) que de devoir me taper toute la neuvième manche!
Faire plus long parce qu'on voulait faire plus court est un bien triste contresens.
21 septembre 2011
La répression conduit à plus de violence
Le gouvernement conservateur fait encore fausse route, mais il aime bien flatter démagogiquement la population en jouant les gros bras.
Les projets de loi qui seront adoptés ne feront pas diminuer la violence et les crimes. Au contraire, ils les feront augmenter. Croyez-vous qu'il y ait moins de meurtres dans les pays où l'on pratique la peine de mort? Non.
Toutes les études montrent que la répression ne fait pas diminuer le crime. Elle fait plaisir aux partisans de l'intervention musclée, c'est tout!
Savez-vous quelle est la meilleure façon d'éviter la récidive? C'est d'éviter qu'il y ait une première fois. Et cela se fait par la prévention.
Au lieu de mettre de l'argent dans la répression et la construction de prison, il faut consacrer ces sommes à la recherche et à la prévention.
Autre élément qui va dans la même veine: j'ai été atterré de constater qu'il existait une page Facebook: «Si tu touches à un de mes enfants, j'te pète la yeule!»
Qu'est-ce que vous croyez que ça va changer? D'abord, cela satisfait votre instinct de vengeance et votre sadisme, mais cela n'empêchera pas un seul enfant de se faire agresser. Je ne serais d'ailleurs pas surpris que des pédophiles fassent partie d'un pareil groupe. Il n'y a pas de meilleure cachette. Surtout quand on sait que la majorité des cas d'agression sexuelle sont commis par des proches. Se donner un faux sentiment de sécurité en affichant des idées violentes ne permet pas de détecter les agresseurs.
Que ce soit dans ce domaine ou dans quelque autre crime, jamais la sévérité de la peine n'a empêché qui que ce soit de commettre un crime parce que la pensée de la sanction n'effleure pas l'esprit de celui qui commet l'acte criminel.
Mieux informer la population, donner des ressources aux personnes susceptibles d'être agressées, améliorer le sort des plus démunis, investir dans la recherche et la prévention, voilà ce qui rendra la société plus humaine et moins violente.
Mais insister sur la vengeance, contraindre les plus démunis, augmenter la répression alors que les crimes violents diminuent, voilà qui risque de les faire augmenter. Quel gâchis!
12 septembre 2011
Quelques questions pour les chevaliers de la finance et de l'industrie
Pour alimenter la propagande anti-syndicale, certains vont jusqu'à inventer des sondages qui demandent si les syndicats ne devraient pas dévoiler leurs états financiers. On oublie en posant cette question, que les livres des syndicats sont clairs, ouverts et présentés régulièrement à leurs membres.
Une autre question fort étonnante concerne la présentation des relevés des recettes et dépenses pendant les campagnes de syndicalisation. Tout le monde est pour la vertu, mais on voit mal comment les représentants syndicaux devraient faire des états financiers en dehors des périodes prévues et se promener avec de gros cahiers qui présentent les recettes et les dépenses, mais aussi toutes les décisions d'instance qui les autorisent, parce qu'il ne faut pas oublier que tous les engagements financiers des syndicats sont autorisés par les instances où leurs membres prennent des décisions. S'il faut traîner tous les procès-verbaux de toutes les instances syndicales chaque fois qu'on contacte un éventuel futur membre, ça devient compliqué.
Maintenant, si on jouait à ça avec nos grands financiers et industriels? Si avant toute mise à pied, non pas massive, mais individuelle, on leur demandait de prouver financièrement qu'elle est obligatoire et qu'on n'a pas les ressources pécuniaires pour garder cette personne?
Si avant toute coupe dans les heures travaillées, non pas générale, mais individuelle, comme cela se fait régulièrement dans le commerce, on demandait de sortir tous les chiffres de la compagnie pour montrer que les revenus sont répartis équitablement entre tous les employés et tous les administrateurs?
Si, avant de justifier des mises à pied par la volonté de rémunérer les actionnaires, on défalquait de la somme à transmettre la part du risque due à la dévaluation des actions en bourse puisqu'elle n'a rien à voir avec la productivité des employés, mais tout au contraire avec les rumeurs et les caprices des gourous qui alimentent ces rumeurs? Et si on versait la différence aux employés?
Avant de hurler au loup, les chevaliers de la finance et de l'industrie ferait bien de se regarder dans le miroir.
29 août 2011
Les paradoxes de la technologie
C'est devenu un cliché de constater que plus on va vite, moins on a de temps. Tout ça grâce à la technologie.
De la même façon, la robotisation des tâches devait conduire à la réduction de la semaine de travail, alors qu'au contraire elle s'allonge jusqu'à 80 heures pour ceux qui veulent garder leur job et que, pour plein d'autres, il n'y a que des miettes.
Une autre grande déception avec la facilité des communications partout dans le monde, c'est la réduction nombriliste des intérêts à ce qui entoure sa ville, son quartier, sa maison, sa petite chambre.
Le caractère absolument désolant de la petitesse des préoccupations de certains, exposée sur Facebook, où rien ne transcende la couleur des crottes de bébé et le nouveau motif des rideaux de la cuisine en est une preuve éclatante.
Et le désintérêt des grands médias pour les sujets autres que les chiens écrasés en est une autre.
Le bon vieux rêve de remplacer les professeurs par quelque chose de plus convivial est aussi une erreur qui se bute le nez sur le mur de la réalité.
Les élèves qui se passent de profs parce qu'ils ont un ordinateur sont les mêmes qui étaient capables de s'en passer parce qu'ils avaient des livres et sont les mêmes qui étaient capables de s'en passer parce qu'ils étaient capables d'observer la nature.
Ceux qui ne savent pas chercher, observer, apprendre par eux-mêmes ne le savent pas plus même avec les meilleurs logiciels. Ils ont toujours besoin de maîtres. Malheureusement, on oblige les maîtres à les divertir en plus, mais ça, c'est une autre histoire.
Reste que, malgré ses paradoxes, la technologie est pleine d'un potentiel extraordinaire qui porte ses fruits. Il faut juste être conscient que les humains restent des humains.
22 août 2011
Politique québécoise: la fausse concurrence
Dans les grandes années de la vente automobile, les trois principaux constructeurs, Ford, Chrysler et General Motors utilisaient à fond une technique pour garder leur part de marché. Chacune des grandes marques déclinait une même gamme de produits sous des noms différents.
Si on prend, par exemple, General Motors, elle présentait toute la gamme des produits sous différents modèles regroupés sous la marque Chevrolet (la marque de référence), la même gamme de produits avec la même variété de modèles regroupés sous la marque Pontiac (considérée comme un peu plus sportive) et la même encore sous la marque Buick (considérée comme un peu plus luxueuse).
Cette technique s'appelle la diversification de l'offre ou fausse concurrence. Elle permet de donner au client l'illusion d'aller voir ailleurs tout en restant dans la même famille. Elle permet de prétendre à une plus grande variété de choix alors qu'il s'agit surtout de changement d'étiquettes.
La même technique s'est appliquée bien sûr aux dentifrices, aux tablettes de chocolat, aux lessives et à tout ce qui se vend dans les supermarchés.
C'est ce qui est en train de se passer avec les diverses saveurs plus ou moins nationalistes issues du Parti Québécois. Les grands bourgeois ont tout intérêt à ce que l'on magasine à l'intérieur d'une même mouvance capitaliste, que les querelles d'étiquette et de plus ou moins grande allégeance à une option plus ou moins séparatiste occultent la possibilité de faire un vrai choix, lequel consisterait à quitter le giron capitaliste pour s'occuper des vrais problèmes socio-économiques et populaires. Pour moi, je ne vois aucune différence entre Marois (Chevrolet), Curzi (Pontiac) et Legault (Buick).
Les bonnes vieilles techniques du marketing sont recyclables, elles, au moins.
14 août 2011
Le réalisme économique
Le réalisme économique est nécessairement social et politique. Le réalisme économique, ça veut dire qu'il faut arrêter de croire ce sophisme qui prétend à la croissance illimitée sur une planète dont la matière est par définition finie.
Le réalisme économique, ça veut dire qu'il faut comprendre que l'environnement ne sera plus viable pour les humains si nous continuons de la même façon à le polluer.
Le réalisme économique, c'est comprendre que le capitalisme conduit à terme à l'extinction de l'espèce humaine.
Le réalisme économique, c'est se rendre compte avant qu'il soit trop tard que quelques très riches ne pourront pas contraindre indéfiniment les masses appauvries à accepter la misère dans laquelle elles sont confinées.
Le réalisme économique, c'est arrêter de dire au peuple que la violence contre la propriété est plus grave que la violence contre les humains.
Le réalisme économique, c'est écouter les peuples qui se réveillent et leur faciliter la prise de pouvoir pour qu'elle se fasse avec le moins de heurts possible, pour éviter qu'elle se fasse dans une violence extrême.
Les grands de ce monde savent tout ça; ils espèrent juste que ça passe, mais ça ne passera pas. Les médias sont à leur service: ils préfèrent nous distraire ou pointer le doigt sur les «méchants» qui ne respectent pas la propriété des très riches.
8 août 2011
Les banquiers et financiers sont tellement rigolos!
C'est fou ce qu'on peut s'amuser quand il s'agit d'écouter les dires des grands bonzes de la finance! Leurs conseils, exigences et diktats sont une source perpétuelle de joie de vivre. Leur rationalité à toute épreuve n'a d'égale que leur bonhomie et leur désir de voir tout le monde heureux.
Leurs hauts faits sont pour moi source de ravissants souvenirs.
Je me rappelle l'époque du premier référendum québécois. Le discours économique des maîtres de la finance allait à peu près comme ceci: «Vous savez, le désir d'indépendance, c'est bien beau, mais c'est une affaire subjective et, nous, on ne se base que sur des réalités objectives. Il faut être sérieux et ne pas menacer la stabilité économique.
Vous risquez de vous retrouver avec un dollar à 75 ¢, ce qui serait une véritable catastrophe. Et le chômage risque d'augmenter parce que les investisseurs voudront s'en aller.»
Dans les années 90, les grands vizirs financiers trouvaient qu'il n'y avait pas assez de chômage. Parce que l'économie doit considérer que le plein emploi, c'est avoir 10 % de chômage. Alors, on estimait que c'était mauvais pour l'économie et que ça causait une pression indue quand le chômage était inférieur à 10 %. Et bien sûr, on récompensait les entrepreneurs qui «rationalisaient» en mettant des employés à pied. «Rationaliser», c'est un mot très amusant qui veut dire «s'organiser pour s'en mettre plein les poches le temps qu'on peut».
Au deuxième référendum, en 1995, on nous a tenu un discours à peu près comme celui-ci: «Vous savez, c'est bien beau de prendre des décisions logiques qui vous avantageraient économiquement ou politiquement, mais il faut tenir compte des réactions humaines. Les investisseurs sont des gens qui ont des sentiments et ils pourraient vous en vouloir, décider de partir parce qu'ils n'ont plus confiance. C'est très subjectif, le monde économique.»
Dans les années 2000, le dollar était à 75 ¢, et c'était donc une bonne chose! Il ne fallait surtout pas qu'il monte parce que ça aurait nui à nos exportations!
Il y a eu les Hedge Funds dans lesquels tout le monde a investi. Ça s'est effondré et on s'est juré de ne plus s'y faire prendre. Que font les entreprises et les princes de l'argent? Ils investissent dans les Hedge Funds.
Après, il y a eu les papiers commerciaux. On a encouragé les gens à s'endetter pour payer des maisons bien au-delà de leurs moyens et les spéculateurs pariaient sur la capacité ou non de régler leurs dettes de pauvres bougres qui se faisaient arnaquer. D'un côté de la bouche, nos prêtres de la finance nous serinaient que c'était bon pour nous et pour l'économie. De l'autre côté, ils nous disaient que nous étions des «sans desseins», qui essaient de vivre au-dessus de leurs moyens.
Effondrement de la bulle financière, on nous plonge dans la pire crise depuis les années 30. On nous jure qu'on ne le fera plus. Que font-ils encore les grands experts, les ayatollahs du fric? Eh bien, ils ont recommencé à émettre des papiers commerciaux.
Et qu'on fait les États? Ils ont pris l'argent du peuple pour rembourser les dettes des banquiers inconséquents qui se versaient des primes astronomiques quand ils faisaient des profits sur le dos des petits épargnants et des populations. On s'est tout de même dit qu'à l'avenir, on ne permettrait plus de pareils excès. Non, les banquiers ont juste recommencer à se verser des primes mirobolantes et jouent à mettre des milliers d'employés dehors parce les profits sont seulement exceptionnellement élevés plutôt que très exceptionnellement élevés.
Les agences de cotation des États sont états-uniennes. Ça tombe bien, non? L'euro est la monnaie la plus forte du monde, mais la zone euro est en danger parce que quelques pays ont des dettes très élevées. Que faudrait-il faire? Eh bien, faire payer les États, c'est-à-dire les populations, pour sles folies des banquiers. C'est formidable la finance! Si vous êtes un financier irresponsable, c'est le peuple qui va payer pour vous.
Et ces gens-là sont menaçants en plus. N'ont-ils pas dit aux Islandais: «Si vous refusez les conditions de la communauté internationale [voyez comme ils parlent en notre nom, ces grands bonzes], vous deviendrez le Cuba du Nord.» La réponse du président islandais a été fort sage: «Si on vous écoute, on deviendra l'Haïti du Nord.»
La finance, c'est comme une religion: ce sont les grands prêtres qui en profitent et quoi que les fidèles fassent, ils ont toujours tort.
1er août 2011
Quand les Français refusent de parler français
Me voici de retour de vacances et mon habituel séjour parisien m'a fait remarquer l'un de ces petits détails qui font partie de l'évolution des habitudes linguistiques.
On se moque gentiment de la manie des Français de choisir des mots anglais lorsque des équivalents sont pourtant disponibles: duty free plutôt que hors taxes, ferry plutôt que traversier, voucher plutôt que coupon ou bon d'échange et ainsi de suite.
Ces derniers temps, le mot à la mode pour désigner les magasins à bas prix ou à rabais, c'est le discount, qu'ils prononcent «disscounnte».
Ce ne sont là pas des choses très graves, car une langue reste elle-même malgré les nombreux emprunts lexicaux si elle garde sa syntaxe et sa prononciation. L'anglais en est un bon exemple, car plus de la moitié de son vocabulaire vient du français du XIe siècle sans que sa prononciation, sa grammaire et sa syntaxe n'en aient été affectés.
Ce qui m'inquiète, c'est quand les Français ne savent plus prononcer le français. Déjà, il y a quelques décennies, j'avais dû corriger un interlocuteur qui s'obstinait à prononcer 25 cents de la façon suivante: «vintcincenntse». Je lui avais fait remarquer qu'on ne prononce pas les s finaux dans les mots français, sauf pour faire les liaisons. Il m'avait répliqué que le mot cent n'était pas français. Eh bien, si, c'est un mot du français, pas un mot français hexagonal, mais un mot français du Canada et du Québec. Il est donc passé au français et respecte la règle des pluriels français.
Un autre défaut de prononciation est apparu récemment avec l'introduction de la monnaie européenne, l'euro. Si les Français disent normalement «l'euro» en faisant l'élision comme il se doit, en revanche ils hésitent et ne font la plupart du temps pas la liaison quand le mot est précédé d'un déterminant avec consonne. Ainsi, ils disent 100 euros comme «sans-heuro» au lieu de prononcer «centeuro». De même, 10 euros devrait être prononcé «dizeuro», mais ils disent «diss-heuro», comme s'il y avait un h aspiré devant le mot. (Pour les personnes qui s'y connaissent, la description phonétique de cette prononciation erronée devrait s'écrire [dis'øro])
Alors, soit le français est en train d'évoluer vers une prononciaton où les liaisons deviendront de moins en moins obligatoires, soit le mot euro est tellement perçu comme un mot de langue étrangère qu'on n'arrive pas à l'intégrer, ce qui serait un peu étonnant puisqu'on le fait bien avec tous les autres mots, surtout que euro n'est pas de formation étrangère.
Enfin, pour trancher, il faudra qu'on s'en reparle dans une centaine d'années. ;)
30 juin 2011
Bonnes vacances!
En tout cas, j'espère que vous en aurez bientôt. Tout le monde en mérite; elles sont essentielles à la santé. Plutôt que de faire comme les Européens du Nord qui, envieux des vacances des Français, prétendent qu'ils en ont trop, constatons donc que c'est nous qui n'en avons pas assez.
On se reparle quelque part au début du mois d'août.
27 juin 2011
Lutte pour les droits: ça ne fait que commencer!
1. Les postes
C'est du jamais vu! Postes Canada est une société de la couronne. Autrement dit, elle relève de l'État. Elle met ses employés à la rue en décrétant un lock-out et le gouvernement s'empresse de voter une loi spéciale pour obliger ces mêmes employés, dûment exclus de leurs lieux de travail par des gens qui relèvent de lui, à rentrer au travail.
C'est tout de même formidable de voir que l'on punit les travailleuses et les travailleurs pour le comportement de leur patron! Et ça fait à peine un mois que ce gouvernement est élu. Les quatre prochaines années seront longues et risquent de coûter cher aux travailleuses et travailleurs canadiens.
2. Les arrestations massives au G20: un an déjà
Il y a déjà un an, ce même gouvernement conservateur, alors minoritaire, bafouait le droit élémentaire à la liberté d'expression, à la liberté de manifester, en arrêtant près de 1000 personnes sous le prétexte de complot.
On se rappelle que beaucoup de ces personnes, des jeunes souvent, ont été arrêtées en pleine nuit alors qu'elles dormaient dans un dortoir improvisé et que leur seule intention était d'aller manifester, ce qui est leur droit le plus strict, contre la tenue du G20, où les grands de ce monde décident à notre place de l'avenir économique de l'humanité.
L'immense majorité de ces personnes n'ont jamais vraiment su pourquoi elles étaient arrêtées, n'ont jamais eu d'acte d'accusation, et pourtant ont été privées du droit normal à connaître les motifs de leur arrestation et à faire appel à un avocat.
J'ai vu sur place le profilage social: on arrête des gens qui n'ont pas le chic de s'habiller en costume, qui ont les cheveux colorés ou qui se vêtent de t-shirts noirs.
J'ai vu sur place la cavalerie charger la foule à Queen's Park.
J'ai vu des milliers de policiers bottés, armés, casqués, qui servaient à intimider la foule.
Aujourd'hui à 16 h 30, devant Radio-Canada à Montréal, nous manifesterons en ce triste anniversaire contre la violation des droits civiques.
Quand on sait ce qu'a pu faire ce gouvernement quand il était minoritaire, on ne peut que frémir en pensant à ce qui vient maitenant qu'il est majoritaire à la Chambre des communes. Les défenseurs des droits doivent s'organiser, réseauter et faire tout ce qui est possible pour résister. La lutte pour les droits ne fait que commencer.
20 juin 2011
Vive la jeunesse, mais pas n'importe laquelle!
Quand des jeunes ou se disant tels viennent nous dire qu'ils valorisent la performance, on se demande bien au profit de quel exploiteur ils se font les porte-voix. Je me rappelle avoir assisté à un colloque où l'on nous posait la question suivante: «Que faire pour rendre l'école plus performante?»
Ma réponse n'avait pas tardé. Qu'est-ce qu'un école performante? Qu'est-ce que ça veut dire et au profit de qui? Et ensuite est-ce bien le rôle d'une école d'être performante?
Avant de se laisser berner par des concepts foireux, qui paraissent faire consensus, il faut toujours se demander dans quelle galère on veut nous embarquer.
Je ne suis pas de ceux qui râlent contre les jeunes. Les jeunes ont souvent beaucoup de cœur au ventre, de l'énergie et de l'idéalisme. Je crois bien que la majorité de mes correspondants Facebook sont des jeunes: des jeunes militants, des jeunes socialistes, des jeunes anarchistes, des jeunes pour la défense des droits, des jeunes pour le respect de l'environnement...
Mais quand certains usurpent la parole de la jeunesse en prétendant parler au nom d'eux tous alors qu'ils se font plutôt l'écho de leurs pères bourgeois aux doigts crochus qui aimeraient bien s'accaparer la richesse collective pour en déposséder la population, devant cette dégénérescence d'idée qui nous présente la vieille recette du paternalisme comme une solution de rechange au syndicalisme, alors me revient en tête ce coup de gueule du défunt camarade Ferrat et je chante avec lui: «Pauvres petits c...»
Écoutez bien les paroles de cette chanson écrite il y aura bientôt 45 ans. Elles sont aujourd'hui très actuelles, notamment l'invitation finale à ceux dont le «moi [les] chagrine plus que de raison» d'aller se trouver une place en usine pour se remettre les idées d'aplomb.
13 juin 2011
Ancienneté et compétence
Le groupe Génération d’idées a lancé, le 8 juin 2011, son manifeste, appelé Mémoire sommet 2010, rédigé à la suite justement d’un sommet tenu du 26 au 28 novembre 2010.
Certains font grand cas d’une proposition qui se lit comme suit : «Mettre de l’avant auprès des syndicats qu’ils tiennent compte des compétences et de la performance en plus de l’ancienneté.» (p. 66 du Mémoire)
Dans le Devoir du 9 juin 2011, on rapporte en page A-8 que Générations d’idées souhaite «une réforme en profondeur du rôle des syndicats dans la fonction publique, en supprimant entre autres la sécurité d’emploi et en mettant "la compétence au cœur du système plutôt que le principe de l’ancienneté".»
On voit mal sur quelles bases de telles affirmations reposent, comme si les syndicats ne se préoccupaient pas de la qualité du travail et comme si l’ancienneté et l’expérience étaient un frein à l’exécution correcte des tâches.
Analysons la situation.
Les auteurs du mémoire reconnaissent eux-mêmes que la question n’a pas assez été développée au sein de leur groupe.
Au-delà de cette remarque, il importe de constater que l’amalgame entre ancienneté et incompétence s’est répandu dans le discours populaire à partir sans doute de quelques cas individuels, mais y a-t-il eu vérification sérieuse de cette impression quant à l’ensemble du personnel syndiqué en général et de la fonction publique en particulier?
Allons plutôt voir les exigences réelles du travail. Dans toutes les conventions collectives, il est prévu qu’un employé peut être renvoyé pour juste cause. Une personne qui ne fait pas son travail ou le fait systématiquement mal risque toujours le renvoi. La différence est que, lorsqu’elle est syndiquée, les processus de renvoi et de recours sont généralement mieux balisés dans une convention collective que dans la Loi des normes du travail. On pourrait donc présumer que l’ancienneté est un gage de compétence, car une personne ne peut être maintenue dans son poste si elle est incompétente, contrairement à ce que d’aucuns prétendent.
À quoi sert la sécurité d’emploi dans la fonction publique? Elle a été instaurée pour éviter que les fonctionnaires soient soumis à l’arbitraire patronal, au chantage politique et aux pots-de-vin. Avant la sécurité d’emploi, les fonctionnaires pouvaient être virés selon les humeurs des ministres et sous-ministres. Ils l’étaient régulièrement dès qu’on changeait de parti au pouvoir. C’était le règne de l’arbitraire et du patronage, la porte ouverte à tous les chantages. Croit-on que la population serait mieux servie si on en revenait à cette situation?
Les fonctionnaires sont embauchés à la suite de concours. Ils doivent démontrer leur compétence. C’est pour cela qu’ils sont choisis. Cette compétence peut être maintenue par des programmes de formation adéquats. Les syndicats croient en la compétence, c’est pourquoi ils revendiquent la formation continue dans tous les secteurs.
Venons-en à la fameuse performance. Tous les syndicats sont d’accord pour des améliorations qui permettent de faire mieux le travail et plus efficacement. Ils contribuent en général aux mesures qui permettent d’atteindre ces objectifs. Mais, il convient de reconnaître que la performance ne doit pas signifier qu’on expédie le travail au détriment de la qualité ou du service offert à la population. De cela aussi les syndicats se préoccupent.
Mais au-delà des questions de formation et de compétence, l’expérience est aussi un bien précieux qui rend les travailleuses et travailleurs plus performants et plus efficaces. Que le dynamisme de la jeunesse ait sa place, personne n’est contre. Que l’équilibre apporté par l’expérience enrichisse ce dynamisme, on ne saurait être contre non plus.
L’un des problèmes souvent rencontrés dans la plupart des secteurs actuellement n’est pas tellement le manque de compétence, mais plutôt le manque de transmission des savoir-faire et des savoir-être parce que trop d’anciens partent à la retraite sans avoir pu effectuer pendant une période de transition appropriée le transfert des connaissances et des habiletés.
Si on assure ce passage des savoirs et si l’on prévoit des sorties du travail graduelles pour les personnes épuisées plutôt que de vouloir les forcer à travailler le plus longtemps possible comme c’est la mode dans trop de pays qui veulent repousser l’âge de la retraite, chacun trouvera sa place et des travailleuses et travailleurs fiers de leur tâche rendront de meilleurs services à la population.
Nous croyons donc avoir montré que, non seulement l’ancienneté et la compétence ne sont pas contradictoires, mais qu’elles font plutôt bon ménage.
6 juin 2011
L'amphithéâtre de la déchéance
Une fois de plus, le gouvernement québécois formé par le Parti libéral du Québec s'apprête à déshonorer l'Assemblée nationale. Mais, cette fois, non seulement le Parti québécois en est-il complice, mais il en est même l'initiateur. Ce parti qui aimait bien jouer les purs est devenu une caricature désolante.
En effet, l'adoption d'une loi spéciale soustrayant l'entente entre Québécor et la ville de Québec à la révision judiciaire constitue un dangereux précédent dont les répercussions sont incalculables. Si on avalise des ententes qui ne respectent pas les règles, à quoi servent donc les règles?
Qu'est-ce qui empêchera dorénavant le gouvernement de se soustraire aux exigences démocratiques? Il y a là quelque chose d'absolument anormal.
Heureusement qu'un homme comme Amir Khadir sait se tenir debout. Il est question que quelques membres du Parti québécois se dissocient de la manœuvre inquiétante de leur formation politique. Si c'est bien le cas, ils méritent d'en être félicités.
Le mépris des règles démocratiques n'est pas pour encourager les jeunes à voter. Notre Assemblée nationale aurait pourtant bien besoin de leur appui et de leur engagement pour des causes plus nobles que d'absoudre d'avance les éventuels errements de certains capitalistes.
30 mai 2011
Nécessité du scrutin proportionnel
Je me rappelle, c'était à la fin des années 70. J'avais rempli mon cahier de consultation sur le mode de scrutin et de représentation préparé par le nouveau gouvernement du Québec, celui du Parti québécois. Ma faveur était allée vers une représentation proportionnelle régionale modérée.
Le projet de réforme électorale n'est jamais devenu projet de loi. Après les élections de 1981, bien qu'il y ait eu un ministre responsable de la réforme électorale, bien qu'il y ait eu une nouvelle consultation, bien qu'il y ait eu rédaction d'un projet de loi, le tout a été renvoyé aux calendes grecques.
Les années 1944, 1966 et 1998 sont des exemples frappant de situation où le gouvernement du Québec a été formé par un parti qui avait obtenu moins de vote que celui qui allait former l'opposition officielle. Malgré ces exemples historiques, malgré des États généraux sur la réforme des institutions démocratiques en 2002-2003, malgré le dépôt d'un avant-projet de loi par le gouvernement du Parti libéral en 2005 et une consultation sur la réforme du mode de scrutin par la Commission spéciale sur la Loi électorale, qui déposait son rapport en 2006, malgré un rapport du Directeur général des élections du Québec déposé en 2007 sur les modalités du scrutin mixte compensatoire, aucune loi n'a encore été adoptée pour modifier la façon dont les élus sont choisis à l'Assemblée nationale.
Nous nous retrouvons dans une situation où le vote de chacun n'a pas le même poids selon le lieu de résidence et où la volonté populaire n'est pas bien représentée.
C'est cette absurdité que le Mouvement Démocratie Nouvelle (MDN) veut dénoncer par la manifestation qu'il tiendra mardi 31 mai 2011 à midi à la place Émilie-Gamelin à Montréal. Des solutions existent, il suffirait de volonté politique pour adopter un mode de scrutin qui mettrait fin aux distortions qu'impose le scrutin uninominal à un tour.
23 mai 2011
Que faut-il aux Québécois?
En cette Fête nationale des Patriotes, je ne peux m'empêcher de penser à tous ces peuples qui luttent pour la démocratie, qui se battent pour préserver leurs droits, qui contestent la dictature de la pensée unique néolibérale.
Les exemples sont nombreux dans l'Afrique du Nord. Il y a aussi la Grèce, victime des financiers qui décident pour les Grecs de ce qui est bon pour eux. Il y a les Espagnols, qui en ont marre de se faire dire qu'il faut se serrer la ceinture quand ils voient qu'on récompense les comportements inconséquents des banquiers, mais qu'on punit sévèrement les travailleuses, travailleurs et chômeurs.
Plus près de nous, il y a tous ces courageux militants du Wisconsin qui se sont levés contre des lois iniques. Même s'ils n'ont toujours pas gagné sur le plan juridique, leur combat continue et servira tôt ou tard à construire une société meilleure.
Mais, nous, au Québec, qu'attendons-nous? Préférons-nous hurler avec les loups et bêler avec les moutons? Serons-nous encore longtemps «Polis, gentils, ravis, soumis, endormis, aplatis» comme dans la chanson de Pauline Julien?
Que nous faut-il pour nous reprendre en main? N'avons-nous pas besoin de plus de démocratie? Sommes-nous satisfaits de nous faire dire comment penser par des entrepreneurs qui n'ont aucune préoccupation pour la santé et la justice? Sommes-nous satisfaits d'un gouvernement qui paie pour livrer nos services au privé? Sommes-nous heureux d'un développement sauvage qui n'a cure de l'environnement? Sommes-nous contents que le vote ne représente pas la volonté populaire?
Oui, il y en a des raisons...
16 mai 2011
Le printemps canadien
Samedi dernier, 14 mai 2011, des centaines de Canadiens ont manifesté dans une dizaine de villes pour réclamer un mode de scrutin qui tiendrait mieux compte de la volonté populaire.
Il n'est pas normal qu'avec 40% des voix, le parti conservateur se retrouve avec 100% du pouvoir.
Ce mouvement est né spontanément par la réaction d'étudiants de McGill et de Concordia, choqués par le caractère désuet du système électoral.
Une action comme celle-ci devrait se répéter régulièrement. Elle prendra de l'ampleur et gagnera la faveur de tous ceux qui réfléchissent. C'est exactement ainsi qu'est né le printemps arabe.
Les mouvements de masse que l'Afrique du Nord a connus ne se sont pas créés du jour au lendemain. Ils se sont produits à la suite de plusieurs manifestations, d'abord petites et locales, qui se sont propagées chez les étudiants, chez les travailleurs d'usine. Ils se sont préparés pendant des mois et, si on était observateurs, on pouvait le voir venir. Je recevais régulièrement des nouvelles de groupes d'étudiants et de travailleurs tunisiens qui annonçaient se qui se passait. Je n'osais trop y croire, mais cela s'est produit.
Il faut donc oser y croire et oser le faire. Qui sait, peut-être le Canada saura-t-il s'inspirer de nos camarades nord-africains, peut-être sommes-nous à l'aube d'un printemps canadien. Il faut l'espérer, mais surtout agir en ce sens.
Bravo à tous ces jeunes qui nous ouvrent la voie!
9 mai 2011
Améliorer le sort de chacun
Il n'y a pas de gens trop riches, il n'y a que des gens pas assez nantis.
Il n'y a pas de gens trop intelligents, il n'y a que des gens pas assez instruits.
Il n'y a pas de gens trop forts, il n'y a que des gens pas assez solides.
Mais c'est le devoir des riches de comprendre et d'aider pour que tous soient mieux nantis, des intelligents de comprendre et d'aider pour que tous deviennent instruits, des forts de comprendre et d'aider pour que tous aient de la solidité.
Et cela se fait par des mesures sociales. Rappelons la pensée de Benjamin Franklin: «Tout le bien qu'un particulier peut accomplir ne vaudra jamais celui que peut réaliser une collectivité qui s'en donne la peine.»
2 mai 2011
La défaite de la démocratie
À l'heure où j'écris, 23h09, heure du Québec, nous savons que le gouvernement canadien sera conservateur et majoritaire.
Avant de traiter les Canadiens d'imbéciles, rappelez-vous que 60% d'entre eux ont voté pour des partis de gauche ou de centre-gauche.
Le Canada, grâce au régime uninominal à un tour, sera gouverné par un gouvernement qui s'appuie sur 40% des électeurs qui se sont déplacés pour voter. Je n'ai pas pu trouver la proportion des électeurs qui ont effectivement voté.
La vague orange aura aussi, malheureusement, favorisé des conservateurs qui se sont faufilés entre les libéraux et les néodémocrates en Ontario et des conservateurs qui se sont faufilés entre les bloquistes et les néodémocrates au Québec.
L'absence de proportionnelle au Canada permet de constater une fois de plus la défaite de la démocratie, car un parti dur et insensible gouvernera comme si la majorité de la population voulait de lui, alors que c'est exactement l'inverse.
J'ai au moins une consolation: le député le plus conservateur de tous les conservateurs du pays, André Arthur, aura été battu par une candidate néodémocrate.
Mais, notre démocratie est menacée par un gouvernement qui bafoue les droits des femmes, qui bafoue la liberté d'expression, qui considère la dissidence comme un délit et qui promet d'abolir le financement démocratique des partis politiques fédéraux. Des jours noirs s'annoncent, c'est pourquoi je porterai le deuil demain.
1 mai 2011
Participation au vote
Les commentateurs annoncent une participation record aux élections fédérales de demain. En effet, le taux de participation au vote par anticipation a augmenté de 34% par rapport aux élections de 2008.
Je suis loin de partager cet enthousiasme. Les personnes qui votent par anticipation sont, outre celles qui ne seront pas au pays ce jour-là ou qui travailleront aux heures d'ouverture des bureaux de scrutin, celles qui ne veulent pas avoir à y penser le jour même.
Or, plus il y a de monde qui ne veut pas avoir à y penser, plus ça veut dire qu'il y a des gens pour qui c'est un pensum, et qui donc ne feront pas d'efforts le jour même.
J'espère vraiment me tromper. Je souhaite de tout cœur que les jeunes seront nombreux à aller voter.
Le gouvernement actuel s'attaque carrément à la démocratie. S'il fallait qu'il devienne majoritaire à la Chambre des communes, nous vivrions de bien mauvais jours.
Aux urnes, citoyens!
26 avril 2011
Manque de psychologie
Dans son édition de fin de semaine dernière, Le Devoir constatait que «La bataille de Québec n'a pas lieu». On parle ici du financement du fameux amphithéâtre de Québec, auquel le gouvernement conservateur n'a pas participé.
Le maire Labeaume promettait que les citoyens de la région en tiendraient rigueur aux conservateurs et tous mes amis se réjouissaient à l'avance de voir l'influence des conservateurs se réduire dans la région de la capitale nationale.
Le Devoir avance que le maire Labeaume a perdu de l'influence auprès des milieux fédéraux et certains analystes estiment que l'absence d'anicroches pour les conservateurs dans leur campagne dans la région de Québec est l'une des grandes surprises de cette campagne électorale.
Je prêchais dans le désert quand je disais à mes camarades qu'il n'y avait rien à espérer de cette histoire et qu'elle ne changerait absolument rien aux goûts conservateurs de nos amis citoyens de la région de Québec. Au contraire, cela ne ferait que renforcer les conservateurs, ce qui est sur le point de se réaliser.
C'est en effet bien mal connaître la psychologie des électeurs de la droite dure que de croire qu'ils seront offusqués qu'un gouvernement ne participe pas au montage financier d'un équipement sportif d'envergure. Les électeurs conservateurs sont des adeptes du tout au privé. À partir du moment où l'opération peut se faire avec des fonds privés, ils sont au contraire ravis et il ne faut pas croire un seul instant que la question de l'amphithéâtre pouvait les détourner le moindrement du parti conservateur.
Plutôt que de parler d'un non-débat, on devrait s'inquiéter de la récente proposition de Stephen Harper de créer un bureau sur la liberté de religion. Les religions interfèrent déjà suffisamment dans la vie publique sans qu'on ait besoin d'un bureau qui s'assure de leur liberté. Non, seulement les grandes religions reconnues ne manqueront pas de gagner en arrogance, mais les religions sectaires n'hésiteront pas à s'engouffrer dans cette porte ouverte sur l'ingérence dans la vie des collectivités.
Il convient de rappeler que la liberté de croyance est une chose: chaque individu a le droit de croire aux fantômes qui lui plaisent, mais il ne peut obliger personne à faire de même, et il doit respecter les lois du vivre ensemble. La liberté de religion, elle, n'est pas une liberté comme les autres, car elle est aussi la liberté d'opprimer. Quand on lit que les conservateurs ont l'intention de créer des programmes pour appuyer la liberté de religion partout dans le monde, on ne peut que frémir.
18 avril 2011
La pipolisation aplatit tout
Le débat des chefs fédéraux du 13 avril dernier a été l'occasion d'illustrer une fois de plus l'aplatissement jusqu'à la vacuité informative par le traitement pipole des nouvelles.
Une dame, Muguette Paillé, a posé une question fort pertinente aux aspirants premiers ministres. En substance, elle demandait ce qu'ils feraient pour les personnes dans la cinquantaine qui se retrouvent au chômage et pour qui il n'y a pas grand-chose sur le marché du travail.
Les médias se sont emparés de l'affaire et le nom de madame Paillé était sur toutes les lèvres le lendemain matin.
Hélas, le traitement de la question est vite devenu un fait divers pipole. La vedette d'un jour a été invitée sur toutes les tribunes et la question sociale importante qu'elle posait est devenue une question individuelle.
À l'émission de Christiane Charette, on l'entendait même répondre à cette dernière, qui l'invitait à faire un suivi de sa situation personnelle, qu'elle espérait bien que les choses bougeraient, qu'elle trouverait du travail et que toutes les offres qu'on lui faisait n'étaient pas des paroles en l'air.
On ne peut lui en vouloir: la dame est dans une situation difficile et elle espère s'en sortir. Mais la question de départ était que fait-on, socialement, pour les personnes d'un certain âge qui perdent leur emploi? C'est un problème social qui mérite une réponse systémique et non une intervention individuelle.
Qui, dans les médias, a cherché à aller plus loin? Personne. On se contente de surfer sur la saveur du jour. Lorsque la dame aura trouvé un job, l'affaire sera classée et elle pourra retourner dans l'anonymat.
Pourtant, non, justement, l'affaire ne sera pas du tout classée et la question reste entière: comment prend-on en compte le déclassement de nombreuses personnes dans la cinquantaine qui se retrouvent devant rien? Il faut tenir compte de leur santé, de leur passé, du milieu où elles évoluent, etc.
On a encore une fois raté une belle occasion de réfléchir ensemble à des solutions collectives pour des problèmes collectifs.
11 avril 2011
La nonchalance face à la droite dure
L'un des mythes les plus délétères dans le cadre des élections, mythe savamment entretenu par les esprits conservateurs, qui trouve un terrain d'autant plus fertile qu'il s'adresse à ceux qui méprisent le politique, c'est que la droite dure n'est pas si dure que ça.
On entendra: «Mais oui, Harper courtise les chrétiens intégristes, mais il n'osera pas tenir ses promesses à leur égard. Il n'est pas si terrible que ça.»
Je l'ai déjà dit ailleurs, les partis de droite dure réalisent toujours leurs vilaines promesses. Les bonnes, c'est moins sûr. Les gens qui votent pour eux sont ceux qui jettent tous les politiques dans le même sac en disant qu'ils sont tous pourris. Ils nous disent que jamais les politiques ne réalisent leurs promesses. Donc, pourquoi pas voter pour les conservateurs? Réflexion absurde qui conclut de voter pour ceux dont on aime les promesses sous prétexte qu'ils ne les accompliront pas ou d'inciter ceux qui n'aiment pas leurs promesses à voter pour eux sous prétexte qu'ils ne les réaliseront pas.
La chronique de Patrick Lagacé du vendredi 8 avril dans La Presse, intitulée «Le Professeur», fait partie de ce genre de discours qui consiste à endormir le client en lui disant que les conservateurs sont au fond de bon diables et qu'ils ne seront jamais si terribles qu'ils le laissent entendre.
Pourtant, la feuille de route des conservateurs est assez éloquente: mépris de la démocratie, obsession du contrôle, dérive sécuritaire, asphyxie de tout ce qui concerne les droits des minorités autres que chrétiennes intégristes, insensibilité totale à la culture (sauf pour la musique des Beatles qui a bercé son enfance, mais on peut douter qu'il se serait bien entendu avec John Lennon), politique belliqueuse, etc. Tout ça, en étant minoritaire. Il n'est pas besoin d'être grand clerc pour savoir que la majorité lui permettrait une arrogance inouïe.
Que Harper et ses fidèles soient de gentils garçons dans leur salon, je n'en doute point. Mais qu'on nous fasse croire que la droite dure se ramollit quand elle est élue, c'est nous prendre pour des poires.
4 avril 2011
Le vote libidinal
Pendant les élections fédérales de 2008, j'ai écrit une lettre ouverte à ma marraine dans laquelle je m'inquiétais, arguments à l'appui, du fait qu'en votant pour les conservateurs, elle votait contre les valeurs qu'elle prétendait défendre.
Or, non seulement elle a répondu par le silence le plus dense, silence qui dure, mais elle a tout de même voté conservateur.
Je me suis alors demandé comment il se fait que l'on puisse à ce point voter contre les intérêts collectifs et même contre ses propres valeurs. Comme se fait-il que les gens de la ville de Québec, par exemple, ville qui vit de la fonction publique, votent pour des candidats qui promettent de réduire la fonction publique et donc de nuire à l'économie régionale, de mettre à la porte les parents et amis de ceux-là qui votent pour eux.
Comment se fait-il par exemple que des gens votent pour un animateur de radio qui les insulte chaque matin? Qui prend leurs louanges mais leur crache dessus à la moindre critique?
Il semble bien que les électeurs ne votent pas avec leur raison, ni avec leur cœur ni avec leur instinct, mais plutôt par une sorte d'investissement libidinal, qui satisfait leur désir de puissance. Il s'opérerait ainsi un transfert, parfois masochiste, envers un personnage ultra-puissant auquel ils s'identifient et qui leur permet de réaliser à travers lui un fantasme de la puissance à laquelle ils n'ont pas accès. «Lui, c'est un fort, lui il va faire le ménage, lui il ne se laisse pas faire. Je vais voter pour quelqu'un qui ne se laisse pas marcher sur les pieds.» Ainsi, l'électeur se venge de son impuissance en vivant par procuration la puissance d'un autre.
Cette médiation subconsciente constitue un véritable cercle vicieux, car le personnage élu ne fait qu'empirer l'impuissance de l'électeur par ses décisions réductrices, par son absence de considération pour les besoins véritables de son électeur, ce qui accentue le désir de compensation de ce dernier par investissement dans la puissance de l'autre.
Une question reste : «Suffit-il d'exposer ce mécanisme pour que la victime en prenne conscience et décide de s'en sortir?»
Et sinon, comment procède-t-on pour changer ce rapport au pouvoir en véritable investissement démocratique?
28 mars 2011
Débat démocratique et liberté d'expression
La liberté d'expression est une chose extrêmement précieuse. Que chacun puisse dire ce qu'il pense dans un débat est esssentiel à l'évolution démocratique.
Il en est toutefois certains qui, sous le prétexte qu'ils ont le droit de tout dire, voudraient qu'on ne les contredise jamais.
D'abord, le droit de tout dire est limité par le respect des lois et de la réputation des personnes.
Outre cela, s'il est vrai qu'il faut encourager les personnes qui n'ont pas l'habitude de s'exprimer publiquement à le faire plus souvent, s'il est vrai qu'il faut accueillir l'expression des opinions divergentes, il n'en est pas moins vrai qu'il faut aussi répondre chaque fois que ces opinions contiennent des références erronées. Le débat ne s'arrête pas après qu'on se soit exprimé, au contraire il commence.
Cela se passe aussi dans la vie personnelle. Il m'est arrivé quelques fois de me faire dire par des proches: «Mais pourquoi tu détruis toute mon argumentation? Tu m'avais dit que tu voulais que je m'exprime.»
Mais bien sûr que je voulais que tu t'exprimes, mon cher. Et je le veux encore. C'est la meilleure façon de faire avancer le débat. Il faut que tu dises ce que tu penses, mais si tu dis que la terre est plate, il faut t'attendre à ce que je te prouve qu'elle est ronde.
Tu pourras ensuite me répliquer sur les raisons qui t'ont faire croire telle ou telle chose, et on pourra ensemble convenir des explications, ce qui relancera la discussion.
Non seulement, il faut inciter les gens à s'exprimer et leur dire de ne pas se décourager si leurs idées sont contredites par d'autres, mais il faut aussi leur faire comprendre que ces réponses à leur intervention sont nécessaires à la liberté d'expression.
Si j'invitais mes adversaires à s'exprimer et que je ne les corrigeais pas lorsqu'ils affirment des faussetés, non seulement je commettrais une bêtise contre la justesse de l'argumentation, mais je nierais cette même liberté d'expression que je veux défendre, car le droit de réplique est la condition de la liberté d'expression.
L'acceptation de l'expression des autres implique non seulement le droit, mais le devoir de corriger les faits erronés, sinon ce serait leur manquer de respect. Cela est d'autant plus vrai lorsque la discussion est publique. C'est faire injure à l'auditoire que de ne pas lui fournir les faits justes quand on les connaît.
Les seuls adversaires qui ne méritent pas d'être corrigés (je parle de leurs propos, pas de leur personne) sont ceux que l'on méprise. «Mais oui, il a dit une fausseté, mais il n'est pas assez intelligent pour comprendre la correction que je dois faire, donc je le laisse aller.»
Mais oui, exprime-toi, et attends-toi à ce que je te réponde, mais relance-moi, et le débat pourra avoir lieu.
21 mars 2011
Pourquoi la hausse des frais de scolarité est une fausse bonne idée
L'éducation n'est pas un privilège ni un objet de consommation. C'est un droit. Cette seule considération devrait suffire à en faire pour nous un service universel et gratuit.
D'accord, vous diront les néolibéraux, mais comment finance-t-on le tout? Ils vous répéteront que l'éducation coûte cher, qu'on n'en a plus les moyens et qu'on n'a pas le choix de faire payer les étudiants, qui, de toute façon, investissent ainsi dans leur avenir.
Répondons point par point à ces arguments.
1. L'éducation coûte cher
Qu'est-ce que coûter cher? Occuper une part importante du budget? Oui, et alors? L'éducation n'est-elle pas une chose importante? Coûter cher pour qui? Pour le gouvernement? Pour les étudiants? Le gouvernement, c'est nous tous, si nous trouvons ensemble les moyens de financer notre système d'éducation, c'est sûrement mieux que si nous faisons reposer le fardeau seulement sur ceux qui s'inscrivent dans les universités. Et cela m'amène au deuxième point.
2. On n'en a plus les moyens
Mais si nous n'avons pas les moyens collectivement, comment les individus en auraient-ils les moyens? Cela voudrait dire que l'éducation serait alors réservée à celles et ceux qui peuvent payer, donc les riches. Certes, il y aurait encore des étudiants dans les facultés, mais la mixité sociale y serait moindre. Ce serait surtout l'élite économique qui s'y retrouverait. Or, il devrait nous paraître juste que l'éducation soit accessible à toutes les personnes qui sont intellectuellement capables de pousser des études aussi loin qu'elles le désirent.
Les jeunes des classes moins aisées qui feraient l'effort de s'inscrire tout de même seraient obligés de travailler davantage, ce qui conduit à plus de décrochage sans compter les problèmes familiaux ou de santé.
Pourquoi avons-nous les moyens de baisser les impôts des entreprises? Pourquoi avons-nous les moyens d'exempter d'impôts les activités minières? Pourquoi avons-nous les moyens de tolérer l'évitement fiscal?
3. On n'a pas le choix de faire payer les étudiants
Mais, si, nous avons le choix. On nous serine sans cesse que les impôts sont trop élevés alors qu'ils ne cessent de baisser depuis des années. Nous avons, enfin quand je dis nous je devrais dire le gouvernement a, fait le choix d'être la province la plus accueillante pour les entreprises. Cela ne les rend pas plus reconnaissantes et cela nous empêche de favoriser nos priorités. Nous avons donc le choix et des ressources pour ce faire.
Rappelons que Québec Solidaire a proposé toute une série de mesures qui permettrait de dégager des ressources équivalant à 5 milliards de dollars. Cela en faisant preuve d'un peu de courage politique. Mais, ça, c'est une question de choix.
4. Les étudiants investissent dans leur avenir
Voilà une façon un peu curieuse de voir l'éducation si l'on entend par là que l'objectif est de devenir financièrement riche. Veut-on que les étudiants se concentrent comme autrefois au Québec sur les seules professions libérales?
Si l'on entend au contraire que l'éducation est une forme d'investissement sur soi pour devenir un être meilleur et de soi pour jouer un rôle dans la société, alors c'est un argument de plus pour que l'éducation soit accessible, universelle et gratuite.
Nous en avons les moyens, nous en avons le choix, permettons aux jeunes de faire les études qu'ils veulent plutôt que de réserver l'éducation aux plus fortunés.
On attribue à Derek Bok, ancien président de l'Université Harvard, la citation suivante: «Si vous trouvez que l'éducation coûte cher, essayez l'ignorance.» Le résultat est collectif, le coût doit être collectif.
14 mars 2011
Japon: notre naïveté et notre bêtise
L'important séisme qui a frappé le Japon cause des problèmes aux centrales nucléaires dont est parsemé ce pays.
Les experts n'ont pas tardé à nous chanter leurs berceuses pour nous endormir: les radiations ne se rendront pas dans tel ou tel pays, et surtout pas chez nous, sinon en quantités infinitésimales. Ça ne vous rappelle rien?
N'a-t-on pas commencé dans les premières heures de la connaissance du cataclysme par dire qu'il n'y avait qu'une trentaine de morts?
À chaque accident nucléaire ne commence-t-on pas par dire qu'il n'y a aucun danger pour la population en général?
Rassurez-vous, on vous parlera du danger quand il sera trop tard.
Les agences de cotation boursière étudient maintenant la situation afin de décoter le Japon. Peu importe ce qui se passe dans un pays, les affaires doivent suivre leur cours. Il y a du monde qui doit faire son profit.
C'est bête et indécent. On ne peut que citer le regretté camarade Chartrand: «Le capitalisme est amoral, asocial et apatride.»
7 mars 2011
Les maîtres du monde et la Lybie
Le monde est complexe et les révolutions qui se passent dans le nord de l'Afrique sont le fait de populations que nous connaissons mal par désintérêt peut-être, mais surtout par ignorance et par manque d'information, après tout quand le pétrole est livré ponctuellement, on ne s'inquiète pas, d'où des décennies sans chercher à comprendre ce qui se passe là-bas.
Les violences en Libye, causées par un dirigeant qui préfère tuer ses congénères que de prendre une retraite précipitée dans un home pour dictateurs périmés, inciteront tôt ou tard des puissances internationales à intervenir.
Le risque est grand que ces puissances internationales se sentent le «devoir» de remettre les rênes à l'un quelconque des opposants au régime actuel en prétendant que c'est le meilleur représentant de la population, oubliant que des courants divers traversent le soulèvement populaire, car il est tellement facile de séparer le monde en bons et méchants, les bons de notre côté et les méchants, ceux qui ne font plus notre affaire.
Or, la population a plus besoin d'outils pour représenter sa diversité et donner cours à son expression que d'un nouveau souverain à la solde de l'Occident, toujours en sursis tant que les intérêts pétroliers ne subiront pas de nouveaux soubresauts.
Le chemin est long vers la liberté, et ce n'est pas dans l'intérêt des maîtres du monde de faciliter le voyage.
28 février 2011
Les médias et la mort
Les médias
Nous sommes à une époque où les grands médias généralistes, disposant de tous les moyens technologiques, devraient pouvoir nous informer de tout ce qui se passe d'important dans le monde.
Or, il n'est plus possible d'être au courant des choses importantes pour l'évolution de la société sans partir soi-même à la chasse aux nouvelles. Les médias spécialisés sont légion, et chacun ne se tient informé que de ce qui constitue son petit dada: musique gore, collection d'étiquettes de bouteille de bière, nouvelles teintures des cheveux des chanteuses country, etc.
Quant aux grands médias, après une nouvelle internationale, ils descendent vite aux pipoles et aux faits divers. Faites l'exercice de compter combien vous avez de nouvelles de chacun des continents. Ce matin dans un grand bulletin de radio, je n'ai entendu aucune nouvelle provenant de l'Asie, ni de l'Europe, ni de l'Océanie, ni de l'Amérique du Sud.
Il semble même qu'il soit trop difficile de faire le suivi des événements d'Afrique du Nord et du Proche-Orient. On suit la Tunisie, puis on passe à l'Égypte la semaine suivante, puis à la Libye, en laissant les autres derrière comme s'ils n'existaient plus.
Et parfois, même, il est assez remarquable que des sujets sociaux d'importance en Amérique du Nord, soient passés sous silence. J'ai fait l'expérience de chercher des informations sur les ripostes syndicales aux attaques menées notamment au Wisconsin, et je puis dire que, même dans le Net, les infos en français ne sont pas si nombreuses.
Nous sommes sous un régime boulimique d'information, qui ressemble au régime alimentaire: beaucoup de gras, mais peu de protéine et peu de vitamines. Certains appliquent bêtement un principe élémentaire de communication sans tenir compte de l'impact de la redondance. Pour ceux-là, une personne qui reçoit mille messages est 100 fois plus informée qu'une personne qui reçoit 10 messages. Il y a tout de même un petit hic: la personne qui reçoit 10 messages différents est 10 fois mieux informée que celle qui reçoit 1000 fois le même message et, surtout, elle est 1000 fois moins déformée.
Bien que la technologie rende facile la consommation d'infos, elle nous oblige tout de même à être très actif et très critique dans la recherche d'information. Tant que les médias fonctionneront sous le régime capitaliste, ils nous fourniront une information grasse et sucrée sans diversité et contenant peu d'éléments nutritifs.
La mort
La mort est la seule justice dans le monde: tous y passeront qu'ils soient grands ou petits, bons ou mauvais, riches ou pauvres. Même les plus prétentieux, même les plus paranoïaques, même les mieux planqués devront se dissoudre dans le grand bouillon universel.
Un fait divers de l'actualité m'a fait penser à la mort des bourreaux et des monstres. Il ne faut souhaiter la mort de personne, il ne faut précipiter la mort de personne, sauf en cas de légitime défense, mais lorsqu'un être véritablement monstrueux décède, qui peut s'en chagriner? Peut-on se désoler de la disparition d'Hitler, de Pol Pot, de T. R. et de D. A. ?
21 février 2011
Pourquoi le racisme est-il mauvais?
La Cour suprême vient d'émettre un jugement dans une affaire qui opposait entre autres André Arthur, l'animateur de radio bien connu, et un appelant en recours collectif qui regroupait des chauffeurs de taxis d'origines maghrébine et haïtienne.
Les conclusions majoritaires de ce jugement sont que les propos outranciers de l'animateur, à l'effet que les chauffeurs de taxi arabes et haïtiens sont incompétents et qu'ils achètent leurs examens, sont de nature générale et qu'ils n'affectent donc pas chacun des chauffeurs en particulier. On ajoute de plus que les citoyens ordinaires n'auraient donc pas apporté foi à de pareils propos pour les appliquer à un chauffeur en particulier.
Les propos de la juge dissidente Abella me paraissent plus réalistes. En effet, si des propos racistes sont tenus à l'égard de tout un groupe, ils s'appliquent a fortiori à chacun d'entre eux. Que le citoyen ordinaire soit d'accord ou pas n'est pas le critère de décision. Le critère est de savoir si le citoyen ordinaire comprend que les paroles prononcées visent chacun des membres du groupe visé. Et il est bien clair que oui. Si quelqu'un prétend que tous les chauffeurs haïtiens achètent leurs examens, même si je crois que c'est faux, je sais que celui qui a proféré ces paroles vise tous et chacun d'entre eux et s'attaque à leur réputation.
Devrait-on comprendre au contraire qu'un jour si André Arthur déclare que tous les membres du système juridique sont des morons, même si n'importe qui sait très bien que c'est une grossièreté éminemment fausse, on ne pourra pas l'accuser de diffamation sous prétexte que le groupe est trop général? Après tout, il y a des juges, des avocats, des greffiers, des noirs, des blancs, des femmes, des hommes, des gens des villes et des campagnes dans ce groupe. Et il ne se serait adressé à aucun d'eux en particulier.
Le jugement majoritaire tel qu'il est formulé semble dire que le racisme est mal pour des raisons morales et non pas parce qu'il affecte tous les individus d'une communauté.
Or, le propre du discours raciste est justement de tenir des propos grossièrement généralisés de sorte que n'importe quel individu appartenant à ce groupe, aussi hétéroclite soit-il justement, est visé à cause de la généralisation outrancière.
Si le discours raciste n'affecte personne, alors pourquoi le condamner? Généraliser, ce n'est pas se diriger contre personne, c'est au contraire s'adresser à tous et chacun. Le jugement majoritaire qui vient d'être émis me paraît ouvrir la porte à des dérives langagières peu acceptables en démocratie.
13 février 2011
L'Assemblée nationale prend-elle l'habitude des motions infâmes?
Comme si on n'avait rien appris de l'affaire Michaud, les trois partis néolibéraux de l'Assemblée nationale en ont remis en se précipitant dans une nouvelle tentative de condamnation sans même savoir de quoi il retourne.
On se rappellera que l'Assemblée nationale s'était permis, en décembre 2000, de condamner unanimement Yves Michaud sans l'avoir entendu, sans même connaître la teneur réelle de ses propos comme cela est bien raconté dans le livre L'affaire Michaud: chronique d'une exécution parlementaire, Gaston Deschênes, Septentrion, 2010. Une action aussi irréfléchie entache la réputation de l'institution démocratique qui doit représenter la population.
Et voilà que l'Assemblée a failli se discréditer une nouvelle fois en condamnant une campagne de boycottage de produits israéliens, processus tout à fait démocratique et parfaitement légal faisons-le remarquer. Cette campagne est menée par le comité BDS (boycott, désinvestissement, sanction) formé de citoyens québécois qui répondent à l'appel de la société civile palestinienne afin qu'Israël mette fin à la politique discriminatoire qu'il maintient contre la population palestinienne, politique assimilable à l'apartheid comme l'a souvent déclaré Mgr Desmond Tutu lors de nombreuses interventions publiques.
La motion prend prétexte de la liberté d'entreprise pour soutenir le commerçant propriétaire de la boutique Le marcheur devant laquelle se tient un piquet d'information incitant les clients à boycotter une des marques de chaussure vendues dans ce magasin, soit la marque israélienne Beautifeel.
Une campagne de boycottage est un moyen de pression économique, qui a été utilisé avec succès contre l'apartheid en Afrique du Sud. Il n'y a aucune raison de passer une motion à l'Assemblée nationale pour condamner une initiative citoyenne. Heureusement, comme la motion était sans préavis, il fallait l'unanimité des députés pour pouvoir en discuter, ce que les proposeurs n'ont pas obtenu grâce au refus d'Amir Khadir.
Ce qui est le plus outrageant dans cette motion, c'est qu'elle place au-dessus de tout la «liberté de commerce». On voit bien là quelles sont les priorités des néolibéraux. La vie et les malheurs de centaine de milliers de Palestiniens sont pour eux beaucoup moins importants que la libre entreprise et le commerce.
Pourtant, la liberté de commerce inclut aussi la liberté de boycotter des produits. C'était recommandable à l'époque où il fallait faire pression sur l'Afrique du Sud, et ce l'est aujourd'hui où il faut faire pression sur Israël.
7 février 2011
La sécurité de qui?
C'est la moitié du thème du Forum organisé par la Commission populaire à l'Université Concordia pendant le week-end du 4 au 6 février 2011. Parce que la réponse à la question était «Notre sécurité!»
La sécurité de la population est très importante, mais comment se fait-il que les mesures sécuritaires gouvernementales menacent-elles à ce point la sécurité des individus?
Au cours de ce Forum, il a été possible de faire le tour des enjeux principaux que recouvre ce concept de sécurité et comment il conduit à des dérives comme la criminalisation de la dissidence et de la différence.
Voici quelques exemples : Les autochtones ont, dans l'histoire, vu leurs enfants enlevés pour être placés dans des pensionnats de blancs.
Dans les années 50 et 60, les gais ont été suspectés d'être de possibles victimes de chantage de la part des espions soviétiques et ont été fichés pour ça. En fait, le seul chantage qu'ils ont subi a été celui des agents canadiens qui voulaient les faire travailler pour eux.
Dans les années 70, la GRC a posé des bombes, brûlé des granges, émis de faux communiqués, encouragé la population à la violence, tout ça pour justifier son appareil de lutte contre un FLQ, qui était exsangue.
Et c'est à la suite des enquêtes (Keable et MacDonald) qui montraient les dérives de la GRC, qu'une loi des années 80 a créé le Service canadien de renseignement et de sécurité (SCRS).
Aujourd'hui, le SCRS envoie des agents poser des questions aux colocataires, amis et cotravailleurs de personnes qu'ils suspectent d'être des menaces à la sécurité. Et les raisons de la suspicion sont aussi sérieuses que de se trouver dans un véhicule immatriculé au Québec et de porter un t-shirt noir pendant la tenue du G20 à Toronto.
Il existe un tel marché lié à la déportation qu'on sous-traite l'envoi dans des pays étrangers d'environ 13 000 personnes par année. L'Agence des services frontaliers du Canada veut faire accélérer le processus de déportation de sorte que les gens soient déportés avant même qu'ils aient eu l'occasion d'avoir recours au processus d'appel.
Dernier exemple entre tant d'autres, car on pourrait en énumérer pendant des heures et des heures, les fameuses listes de sécurité qui peuvent vous priver de votre droit de voyager et vous faire emprisonner pendant des années sans savoir pourquoi. Les raisons pour être inscrits sur ces listes sont secrètes, les procès sont secrets et les preuves sont secrètes. Or, s'il y a un principe élémentaire dans la justice, c'est bien que l'on sache de quoi on est accusé pour pouvoir se défendre.
Et pendant que nous discutions des dérives sécuritaires du gouvernement canadien, que faisait le premier ministre Harper? Il rencontrait le président de la super-puissance voisine pour assurer une gestion commune harmonieuse des frontières. Dans la véritable novelangue qu'il maîtrise fort bien, le chef conservateur déclarait: «Il s'agit de l'utilisation de notre souveraineté pour le bénéfice de tous les Canadiens.» Entendez: «Il s'agit de l'abandon de notre souveraineté pour complaire aux États-Unis.»
Si l'on parle d'harmoniser les procédures aux frontières pour faciliter la circulation, c'est encore une fois un bel exemple de novelangue. En effet, avec qui les Canadiens harmoniseront-ils leurs procédures? Avec les États-uniens qui sont encore plus tâtillons qu'eux et qui sont friands de fouille pour toutes sortes de raison. Alors, ça ne va pas faciliter la circulation, mais plutôt la ralentir énormément.
Une anecdocte personnelle pour illustrer les procédés de nos voisins. En 2007, je traversais la frontière entre Edmunston au Nouveau-Brunswick et Madawaska aux États-Unis, où se tenait une fête en l'honneur des familles Lagacé-Lagassé. J'ai été retenu une heure par le douanier états-unien qui a fait toutes sortes de recherche dans ses bases de données. Vous savez quoi? Il trouvait que j'allais trop souvent en Europe! (Deux fois par année)
Ce sont les mesures de sécurité favorisées par le gouvernement canadien qui menacent la sécurité des résidents du pays. Et il est très clair que certains groupes racisés sont ciblés et montré à la suspicion publique. Profilage racial, social, économique, voilà à quoi mènent ces mesures, que les participants au Forum vont contrer en préparant des campagnes pour mieux documenter l'histoire du peuple, dévoiler les activités du SCRS, combattre les certificats de sécurité et faire abolir les listes noires.
Le Forum s'est terminé par un souper de solidarité pour Mohamed Harkat, victime d'un certificat de sécurité, qui n'a pas été autorisé à y participer lui-même parce que les autorités lui ont interdit de se trouver en la présence de personne qui «approuvent le terrorisme». Voilà comment sont considérés les militants pour le respect des droits de la population.
31 janvier 2011
Si la vie ne vaut rien, rien ne vaut la vie
C'est la semaine de la prévention du suicide. Impossible de ne pas penser à toutes les personnes que j'ai connues qui ont commis ce geste irréparable.
On se demande toujours ce qu'il faut faire, ce qu'il faut dire, comment convaincre nos proches de ne pas se supprimer. Heureusement, il y a de plus en plus de ressources, des réseaux d'entraide et même le numéro 1 866 APPELLE, où l'on peut recevoir des conseils.
On dit aussi qu'il faut beaucoup en parler. On fait souvent référence aux dommages que le suicide cause dans l'entourage de la personne qui a commis ce geste.
Je suis un peu mal à l'aise devant cet argument, car pour les adolescents, il me semble que le suicide pourrait être vu comme une façon de punir les parents ou l'entourage. Aussi je préfère parler de la perte que l'individu se cause à lui-même.
La vie est paradoxale et on n'obtient pas ce que l'on veut en se détruisant, sauf l'arrêt de la souffrance. Il y a pourtant bien d'autres façons de mettre fin à la douleur, car des personnes peuvent aider, il y a des lieux où dire son mal-être et où se reconstruire.
Dans tous les cas, le suicide est un échec; il suffirait de peu de chose pour relancer le désespéré sur le chemin de la clarté. Ce qu'il faut se rappeler, c'est que mettre fin à sa vie, c'est se priver soi-même de la merveilleuse aventure de la découverte des autres et du monde.
C'est aussi priver la société de l'apport qu'on peut lui offrir par ses talents. Chacun contribue en déposant sa petite brique dans l'édifice social, et même les gestes les plus anodins et les plus anonymes ont leur valeur. Ne doutez pas que la nounou d'Einstein a eu son importance dans la vie.
Et ce boulanger qui vous tend son pain avec le sourire, cette chauffeuse d'autobus qui vous a attendu alors que vous arriviez sur le coin de la rue, tout dans la vie a des conséquences incalculables.
Faites-vous le cadeau de la vie et partagez avec nous les sourires et les clins d'œil qui réchauffent le cœur.
Il n'y a rien d'autre que la vie, et il vaut la peine de l'explorer jusqu'au bout.
24 janvier 2011
Les temps durs
Lorsqu'il fait froid comme aujourd'hui, on annonce un maximum de -21 et il fait -27 au moment où j'écris, on se dit que les Nord-Américains devraient bénéficier d'une clause «grand froid» selon laquelle on peut prendre congé ces jours-là. On a bien assez de lutter contre toutes sortes de conditions adverses, pourquoi s'obstiner en plus contre la nature qui nous dit «Restez donc près du poêle aujourd'hui!»
Les temps sont durs dans le monde du travail aussi. Ça fait deux ans aujourd'hui que le patron du Journal le plus fermé d'Amérique a mis ses employés sur le trottoir pour les forcer à accepter l'inacceptable. Et tout cela dure parce qu'il est possible de franchir virtuellement le piquet grâce à Internet.
En effet, le texte de la loi anti-briseurs de grève parle de personnes qui entrent dans les lieux de travail pour exécuter la tâche des employés. Mais on sait bien que le travail journalistique aujourd'hui peut s'exécuter à partir de n'importe quel lieu et que les textes et les images voyagent électroniquement. Ne pas adapter le texte pour tenir compte de la réalité technologique n'est-il pas une forme d'hypocrisie?
En tout cas, ce soir, nous braverons le froid, puisqu'il n'y a pas de clause «grand froid», et nous exprimerons notre solidarité envers les employés, qui ne demandent pas mieux qu'une entente raisonnable, et non pas des conditions imposées.
En terminant, j'aimerais me réjouir de l'initiative des femmes qui ont organisé un «allaite-in» dans un centre commercial du centre-ville de Montréal pour protester contre la décision absurde de demander à une femme de quitter les lieux sous prétexte qu'allaiter en public pouvait choquer la clientèle.
Qui cela peut-il bien choquer? Quel ignorant ou quel ahuri peut-il être dérangé par le fait qu'une femme nourrisse normalement son enfant? On cherche en vain une justification à une réaction si étrange. Allaiter son enfant n'est ni déplacé, ni dégoûtant, ni choquant.
17 janvier 2011
Demande-moi de l'aide, et j'en abuserai
J'ai été stupéfait et horrifié de voir comment le gouvernement conservateur a interprété le besoin d'aide en Haïti.
Il s'est employé à développer la sécurité: construction de prisons et formation en sécurité. L'aide canadienne officielle s'est concentrée sur la sécurité! Pas la sécurité alimentaire, pas la sécurité des bâtiments, non la sécurité au sens G20 de Toronto!
Ce qui me stupéfait encore davantage, c'est l'indifférence dans laquelle la population canadienne a reçu cette information. Non seulement le Canada ne fournit pas l'aide véritable dont les Haïtiens ont besoin, mais il se sert de leur pays comme laboratoire pour ses propres fins. Et nous laissons passer ça comme si de rien n'était!
Un malheur n'arrivant jamais seul, après le premier anniversaire du tremblement de terre en Haïti, voilà que Jean-Claude Duvalier (Bébé Doc) retourne dans sa terre natale. Il déclare être venu pour «aider». Décidément, l'aide a le dos large. Il pourrait commencer par rembourser tout ce qu'il a volé au peuple.
Souhaitons que les autorités le jugeront pour ses exactions contre la population haïtienne. Vingt-cinq ans d'exil ne devraient pas suffire à faire oublier les tontons macoutes.
10 janvier 2011
Restants de dinde capitalistes
Lors d'un congrès régional de la région Montréal-Centre du Parti québécois du tout début des années 1990, Jacques Parizeau lui-même mettait les militants en garde contre l'idôlatrie de l'économie, contre ce qu'il appelait très justement «l'économie religion».
Force est de reconnaître qu'il n'a pas été entendu et que non seulement son parti, mais une part de plus en plus grande de la population adhère sur le modèle de la foi à des principes économiques sans fondement.
L'une de ces lubies veut que les impôts ne soient pas une bonne chose. Pourquoi les impôts ne sont-ils pas une bonne chose? Ils permettent de répartir équitablement la richesse, ils assurent que chacun paie sa part selon ses revenus (s'ils sont bien constitués), ils assurent que tous contribuent au bien, à l'éducation et à la santé de l'ensemble de la population et les personnes pauvres en sont exemptées. Malgré tous ces bienfaits, non, le croyant s'est fait dire par le grand-prêtre que les impôts ne sont pas bons, donc il faut moins d'impôts.
Les dogmes de l'économie religion sont toujours les mêmes et ils reviennent régulièrement malgré leur absurdité. Peut-être votre beau-frère vous a-t-il ressorti pendant les Fêtes (d'où le lien avec mon titre) cette vieille couleuvre que je n'avais pas vue depuis longtemps: Imaginez-vous donc que ce serait les riches qui feraient vivre les pauvres!
Inutile de vous obstiner contre le croyant, votre opinion, pas plus que le bon sens et la logique, n'aura aucun effet sur lui. Le riche achète du pain, va chez le nettoyeur, achète des places au théâtre, donc c'est lui qui fait vivre votre tante qui est boulangère, votre voisin qui est nettoyeur et votre cousine qui est ouvreuse.
Ce sont plutôt les millions de clients qui achètent tous les jours dans le supermarché les «cossins» bien emballés de monsieur chose qui le rendent millionnaire, mais le croyant n'en a cure, il s'imagine que les quelques riches achètent tout le pain du monde, monopolisent tous les nettoyeurs, remplissent tous les théâtres et lisent tous les livres de l'Union des poètes.
La force de l'idéologie, c'est de faire adhérer à des choses absurdes et de conduire les gens à agir contre leur propre intérêt, et celui de l'ensemble de la population, au profit d'une classe donnée. Plus que de lutter contre l'absurdité du raisonnement, car la croyance rend acceptable l'aberration, il faut faire voir à qui le crime profite.
À qui ça sert de s'imaginer que les riches sont le moteur de la société? Ça sert aux riches parce que, pendant ce temps-là, les pauvres se tiennent tranquilles et ne réclament pas de réforme sociale. Il faut montrer où sont les intérêts. Et, là, votre beau-frère pourra choisir son camp. Peut-être continuera-t-il à croire que les riches font vivre les pauvres parce que ça fait son affaire et qu'il est de leur côté, mais au moins les choses seront claires.
Plus qu'une lutte d'arguments, ce que nous vivons, c'est une véritable lutte des classes.
25 décembre 2010
Temps des Fêtes
De quoi parlez-vous autour de la dinde de Noël ou de la Saint-Sylvestre?
De la droite dure qui n'en finit plus de nous lessiver le cerveau avec les malheurs des pauvres riches?
Ils ne perdent rien pour attendre, mais pour le moment c'est eux qui ont le gros bout du bâton.
En tout cas, passez de belles Fêtes quand même. N'abusez pas trop. Soyez sages, mais pas trop.
On se reparle le 10 janvier 2011.
Souhaitons-nous paix, santé et solidarité!
20 décembre 2010
Pourquoi je suis athée
En cette période de célébration du solstice, plusieurs se sentent des élans religieux qui alourdissent inutilement la sauce. Aussi je me permets de rappeler ici pourquoi on est athée, en citant ce texte trouvé dans un site dont je ne retrace plus l'origine, mais on verra de semblables déclarations chez les humanistes, les brights, les athées en action, etc.
«Je ne suis pas athée parce que c'est à la mode, ou qu'on opprime les gens au nom d'un dieu quelque part dans le monde, ou encore parce que je vois une contradiction entre l'existence d'un dieu omniscient, omnipuissant et bienveillant, et l'existence du mal. Ni non plus parce que la science réfute l'idée de Dieu.
Je suis athée en raison d'une simple constatation: Le fardeau de la preuve repose sur le croyant.
Si vous postulez l'existence de quelque chose, vous devez suivre la méthode scientifique dans la défense de son existence.
En attendant, je n'ai pas besoin de votre hypothèse.»
13 décembre 2010
Frais de scolarité: pourquoi ils ne servent pas la justice
Nous subissons actuellement un matraquage idéologique et médiatique en faveur de la hausse des frais de scolarité qui repose sur la prémisse fallacieuse qu'il faut les hausser par ce qu'ils sont élevés ailleurs.
Vite, haussons les frais de scolarité! S'ils sont plus élevés ailleurs, les étudiants vont se dépêcher de s'inscrire dans les autres provinces.
Vite, haussons les frais de scolarité! S'ils sont plus élevés ici, les étudiants continueront de s'inscrire. Ce n'est pas grave si ce sont les filles et les fils de bonne famille qui remplaceront les filles et les fils de travailleuses et travailleurs dans les Facultés.
Vite, haussons les frais de scolarité parce qu'il faut bien que quelqu'un paye pour cela. Et c'est bien mieux si ce sont les individus qui paient plutôt que toute la collectivité. Après tout, les études, ça profite seulement à des individus.
En effet, on forme des médecins pour qu'ils aient de bons salaires, pas pour soigner des gens; on forme des ingénieurs pour qu'ils soient acceuillis dans des clubs de golf, pas pour construire des édifices ou des routes. Et, surtout, on ne devrait pas former des philosophes, des géographes ou des travailleuses sociales. Ce ne sont pas des gens qui gagnent beaucoup d'argent! Et les écrivains, ça ne vaut même pas la peine d'en parler.
Vite, haussons les frais de scolarité! Comme ça, les universités pourront utiliser plus de fonds pour les immobilisations!
Vite, haussons les frais de scolarité parce que la formation universitaire, ça devrait appartenir seulement à ceux qui ont les moyens de se la payer!
Vite, haussons les frais de scolarité parce que les entreprises pourront aider celles et ceux qui se préparent à combler uniquement leurs besoins spécifiques.
Vite, haussons les frais de scolarité parce que ça éloignera les parasites qui traînent dans les universités en pensant qu'elles contribuent au développement de la pensée critique et à la création d'un monde différent.
Vite, haussons les frais de scolarité parce que la société n'a pas à payer pour des individus et que les individus n'ont rien à faire de la société. D'ailleurs, la société existe-t-elle?
Vite, haussons les frais de scolarité parce que c'est injuste et que, si on est plus injuste ailleurs qu'au Québec, eh bien, il faut les rattraper!
5 décembre 2010
Vous êtes cordialement invités
par
Les Écrits francs s. a.
www.lesecritsfrancs.com
514-723-0415
et
Francis Lagacé
au lancement de
365 Chrysanthèmes (+ 1)
(recueil de pensées)
à l'occasion d'un
LIVRES ET BRIOCHES
Voici comment ça marche. Vous passez nous voir le dimanche 12 décembre 2010 quand ça vous convient entre 11 h et 14 h. Il y aura fruits, muffins, jus et autres provisions de bouche.
Pour l'occasion, les personnes qui nous rendront visite participeront au tirage, au choix, d'une bouteille de champagne ou d'un dîner au restaurant en compagnie de l'auteur.
AU PLAISIR DE VOUS RECEVOIR!
3217, av. Laurier Est (angle Saint-Michel)
514-723-0415
Métro Saint-Michel (bus 67, direction sud)
Métro Joliette (bus 67, direction nord)
CONTINUEZ À LIRE : IL Y A UN SPÉCIAL POUR VOUS
Avant le spécial, voici quelques exemples de pensées que l'on trouve dans le recueil:
Ne faites pas de sermon en descendant l'escalier de votre observatoire; vous pourriez manquer une marche.
Si je ne dis jamais de mensonge, il peut m'arriver d'habiller la vérité... histoire d'éviter que la vérité toute nue attrape la sinusite ou les hémorroïdes.
La vie, c'est pas mal. Enfin, c'est difficile de comparer avec autre chose.
Il y en a, comme ça, une pour chaque jour de l'année. En commençant par le 1er mai, fête des travailleuses et travailleurs.
Oui, le spécial: les personnes qui viendront au lancement le 12 décembre et qui achèteront un exemplaire de 365 Chrysanthèmes (+1) au prix de 15 $ auront droit gratis à un autre titre du même auteur (voir le catalogue sur www.lesecritsfrancs.com) ou à une réduction de 5 $ sur le titre d'un autre auteur.
Pour les personnes qui ne peuvent venir au lancement, mais qui voudraient profiter du spécial, il leur suffira de passer la commande par courriel au francis.lagace@gmail.com. Toutes les commandes reçues avant 10 heures le 12 décembre permettront de bénéficier du spécial. Vous recevrez vos livres par la poste avec des frais d'envoi de seulement 5,50 $ (soit le coût des billets d'aller et de retour en autobus si vous étiez venus nous voir), ce qui est moins que les frais d'envoi normaux de 3 $ par livre.
De l'intérêt de commander par courriel: Mode de commande facile, il vous suffit d'indiquer dans le courriel le ou les titres qui vous intéressent. Vous n'avez même pas besoin de remplir le bon de commande postal. On vous expédie par la poste le ou les livres choisis avec la facture, qu'il vous suffit alors de régler par chèque. Pas mal, non?
Alors, on vous voit le 12 décembre ou on entend parler de vous par courriel?
Au plaisir !
29 novembre 2010
Pédophilie: la grande noirceur
Le 6 décembre 2009, je publiais dans ma page Facebook la question suivante: « Cas d'école: Vous découvrez que quelqu'un de votre famille est pédophile. Vous l'avez vu poser des gestes sans aucune équivoque sur des enfants si jeunes qu'ils ne disposent pas encore de la parole. Mais comme vous êtes seul témoin, votre parole n'a aucune valeur. Vous n'êtes qu'un socialiste athée, alors que le bourreau est une sainte personne qui va à la messe tous les dimanches. Que pouvez-vous faire?»
À part une qui parlait de violence, les réponses obtenues à ce problème scolaire font état des recours normaux dont dispose toute personne témoin d'une pareille situation. Cependant, une lettre reçue de l'un de mes correspondants rappelle qu'il existe parfois des contextes sociaux plus étouffants que d'autres.
Après de longues discussions et avec l'accord de celui que nous appellerons ici Olivier (les noms ont été changés), je publie cette lettre qui m'est arrivée assez lontemps après l'exposition du cas d'école. Je l'ai légèrement éditée.
«Francis, j'ai attendu longtemps avant de vous écrire. J'ai été troublé par votre cas d'école, car j'ai l'impression qu'il a été écrit exprès pour moi. Je me suis complètement reconnu dans votre description.
Il y a plus ou moins 10 ans, j'ai surpris mon père avec dans la bouche le sexe de mon neveu qui n'avait alors que 10 mois. C'est un geste sans aucune équivoque. Mais, j'ai été tellement sonné que je n'osais pas y croire. J'ai commencé par douter de ce que j'avais vu.
Quand je l'ai confronté, il a nié complètement et m'a dit que j'inventais des histoires. J'avais beau dire que j'avais bien vu ce que j'avais vu, il m'a dit qu'il n'avait rien fait de cela et que je fabulais.
Quand j'en ai parlé à ma mère, elle a dit en riant: "Voyons donc! Ton père est beaucoup trop innoncent pour faire des affaires de même!"
J'ai donc décidé d'en parler à ma sœur Violaine (c'est la mère de David, mon neveu), qui m'a dit que je fabulais comme d'habitude, que j'avais toujours été un révolté et que je cherchais à faire du tort à un saint homme, doux et bon, qui va à la messe tous les dimanches et qui s'offre si gentiment des fois pour garder les enfants. Elle a ajouté que cela ne la surprenait pas parce que, résidant à Montréal, j'étais devenu méchant et méprisant envers les gens de la campagne et surtout envers les chrétiens.
J'ai proposé qu'on appelle la police, qu'il ne fallait pas laisser passer quelque chose comme ça. Elle a répliqué qu'elle n'accepterait pas qu'on lance de fausses accusations contre son père, que peut-être j'avais comploté cette histoire avec mon autre sœur Mélanie, celle qui habite aussi Montréal, mais que tout le reste de la famille témoignerait contre moi.
J'ai insisté et elle m'a finalement déclaré: "Même si c'était vrai, c'est pas si grave. Il se souviendra pas de ça, quand il sera grand. Je vais parler à papa, puis tu vas voir, ça se peut pas qu'il ait fait ça."
J'ai écrit à ce sujet à la DPJ de la région, mais on m'a répondu: "Devant des versions contradictoires, si vous êtes seul contre tout le monde, et le peu de faits à rapporter, et le nombre important de cas à résoudre, il est peu probable que l'on puisse faire quoi que ce soit."
Je ne vois plus personne de ma région. Ma mère est morte peu longtemps après les événements. Ma sœur Mélanie, après que je lui aie raconté les faits, m'a avoué avoir été victime de mon père pendant son enfance, mais qu'elle n'avait jamais osé en parler. Elle suit des traitements. J'ai appris que les autres de la famille la traitaient de folle en disant que c'est moi qui lui avais mis ça dans la tête. Des fois, il n'y a rien à faire.
Excusez-moi de cette lettre bien négative, mais ça m'a fait du bien d'en parler.»
Ce témoignage méritait, je crois, d'être publié parce qu'il illustre mon sentiment qu'on sous-estime beaucoup le rôle des familles dans les histoires de pédophilie. Les structures sociales qui se veulent cohésives résistent beaucoup aux attaques qui viennent nier leur unité. La tendance naturelle n'est pas à protéger l'agressé, mais à sauver à tout prix la structure. C'est ce qu'on a observé quand un membre de l'Église était accusé.
Socialement, ce sont ceux qui dénoncent les pédophiles qui subissent l'opprobre du coupable. En effet, ce sont eux qui brisent la fausse harmonie des familles, des clans, des organisations, des églises. Il n'est que de voir le traitement ignominieux que l'on a réservé à Nathalie Simard lorsqu'elle a enfin franchi le douloureux cap de l'aveu. Ce sont les victimes que l'on tourne en dérision souvent. On en veut aux victimes de détruire une image réconfortante et la rage que l'on tourne contre eux est proportionnelle à l'attachement que l'on a envers cette image.
22 novembre 2010
Les incongruités royales canadiennes
Henri III de Navarre est devenu Henri IV de France puisque, selon la citation célèbre, «Paris vaut bien une messe». Mais sait-on qu'Élizabeth II d'Angleterre est en fait Élizabeth première du Canada?
Jusqu'en 1982, année du rapatriement de la Constitution, c'est le titre de reine d'Angleterre qui assurait à Élizabeth son titre de reine du Canada. Bien que pays indépendant depuis le statut de Westminster en 1931, le Canada était resté attaché, de son plein gré, à la couronne britannique et n'avait pas rapatrié l'Acte de l'Amérique du Nord Britannique, qui lui servait de constitution. Le Dominion canadien était donc devenu un pays indépendant, mais toujours soumis à la Grande Bretagne pour ce qui est de sa loi constitutionnelle.
Ainsi le roi Georges V, alors souverain de Grande Bretagne et empereur des Indes, était toujours le roi du Canada.
Ce qui a changé en 1982, c'est l'appropriation de la Constitution canadienne par le Canada et l'adoption d'une formule d'amendement qui éliminait le recours au parlement anglais. Le Canada se constituait donc lui-même, avec la nouvelle Loi constitutionnelle, en monarchie constitutionnelle, en royaume sous la souveraineté d'Élizabeth II d'Angleterre, qui de ce fait devenait Élizabeth I du Canada.
Sur les pièces de monnaie, on voit toujours Élizabeth II par la grâce de Dieu, reine, mais depuis les changements apportés par le gouvernement Trudeau en 1982, nous devrions y trouver Élizabeth I par la grâce de Dieu, reine. C'est le moment de rappeler au passage que la constitution canadienne se légitime par la suprématie de Dieu et du droit. Foin du peuple et des incroyants!
Et si Charles vient à régner, il sera Charles III d'Angleterre et Charles I du Canada, mais qui s'en soucie? Combien de Canadiens savent que leur pays est un royaume et que leur régime est celui d'une monarchie?
15 novembre 2010
À quoi sert l'État?
Il y a ceux qui croient que l'État sert uniquement à construire les routes et à assurer la sécurité du territoire. Pour ceux-là, il y aura toujours trop d'État.
Mais l'État est le meilleur outil collectif pour répartir la richesse, pour assurer l'équilibre entre les forces sociales, pour assurer l'accès de tous aux soins de santé, à l'éducation, pour assurer la justice sociale et éviter de laisser les démunis aux bons soins de la charité qui choisit les bons pauvres et laisse crever les autres.
Toutefois, quand on parle de la taille de l'État, pour certains, cela signifie la lourdeur de l'appareil bureaucratique. Il n'est donc pas sûr que ceux qui veulent réduire la taille de l'État veuillent en réalité moins d'État, mais plutôt qu'il soit plus efficace. Reste à savoir si on est conscient qu'il faut un certain nombre de fonctionnaires pour accomplir justement les fonctions de l'État. Que l'appareil semble lourd, cela relève souvent du sentiment plus que de l'analyse de la situation.
En tout cas, je prendrais avec un grain de sel le sondage publié dans Le Devoir de la fin de semaine des 13 et 14 novembre, compte tenu de la nuance exprimée plus haut et compte tenu que ce n'est pas la majorité qui parle de réduire la taille de l'État (44% ce n'est pas encore la moitié).
L'article qui annonce les résultats du sondage nous dit qu'il y avait autant de mesures de gauche que de mesures de droite proposées dans le questionnaire. À l'analyse, je n'en retrouve pourtant que trois qui soient vraiment à gauche, soit augmenter le budget dédié à l'éducation, augmenter le budget des transports collectifs et augmenter les dépenses des programmes sociaux quitte à augmenter les impôts.
Les autres propositions sont soit carrément à droite, soit contiennent des présupposés de droite. En effet, quand on propose «Réduire le recours à la sous-traitance du secteur privé par l'État», on ne parle pas de mesure de gauche, là, on ne fait que nuancer une mesure de droite. Cette proposition contient le présupposé qu'il faut recourir dans une plus ou moins grande mesure à la sous-traitance. Une proposition de gauche aurait été «Éliminer le recours à la sous-traitance du secteur privé par l'État».
La même analyse s'applique aux propositions qui parlent de réduire la latitude des entreprises privées dans l'exploitation des ressources naturelles et de limiter la place du privé en santé.
Voilà qui démontre encore une fois les limites des sondages sur les questions complexes, où l'opinion est rarement distinguée du sentiment et où les présupposés ne sont pas explicités.
10 novembre 2010
Proportionnelle: plus de 30 ans de retard
Il est assez désolant de constater que l'Assemblée nationale du Québec ne comporte toujours pas de volet proportionnel alors qu'études après études, commissions après commissions, tous les résultats raisonnables convergent vers cette nécessité.
Tant le Parti libéral, que le Parti Québécois l'ont promis à tour de rôle pour se faire élire et ont préféré ne pas toucher à la carte électorale au moment où elle les favorisait.
L'ADQ et Québec Solidaire n'ont jamais été au pouvoir, mais ils sont bien entendu en faveur d'une représentation qui comporte une proportionnalité puisqu'elle permet à des formations plus petites d'être mieux représentées. On ne saurait être contre la prise en compte de la diversité des courants politiques.
Et voilà que le gouvernement du Québec veut, par son projet de loi 132, suspendre les pouvoirs du Directeur général des élections de redécouper la carte électorale. Le prétexte, cette fois-ci, est de conserver certaines circonscriptions dans les régions moins peuplées.
Il existe pourtant des solutions à cette situation, qui ont été maintes fois évoquées. Une forme de proportionnelle qui tient compte d'une modération régionale permet de maintenir le poids des régions tout en respectant la valeur du vote de chaque électeur.
Le Mouvement pour une démocratie nouvelle s'est fait le défenseur de telles solutions et de nombreux groupes y ont apporté leur soutien. Ne serait-il pas temps que le gouvernement fasse enfin preuve de bon sens et de réalisme pour favoriser la démocratie avant la partisanerie?
2 novembre 2010
Sentiments palestiniens
On n'a pas tellement envie d'être objectif quand on rentre de Palestine et que l'on constate la différence si flagrante entre l'accueil chaleureux et généreux des Palestiniens et la froideur arrogante de l'occupant même quand on rencontre banalement ce dernier sur son terrain.
On se dit que le dérangement causé par trois ou quatre vérifications à des check-points quand on y est en visiteur n'est rien en comparaison de l'usure que doit représenter ces contrôles répétés jour après jour, plusieurs fois par jour, sur le chemin de son propre travail. Et quelle frustration ne doit-on pas ressentir quand on se fait dire de rebrousser chemin sans aucune raison.
On se demande pourquoi une personne à la peau foncée et au nom indien ou arabe est par définition plus dangereuse qu'un blanc au nom occidental. Et on s'indigne de constater que celui-là est obligé de décliner les noms de ses parents et grands-parents pour se voir autoriser à visiter la Palestine.
On est frappé par le profilage qu'exercent de jeunes militaires à peine sortis de l'enfance, à peine capables de porter la mitraillette chargée à bloc qu'ils traînent en bandoulière, lorsque à la porte de Damas à l'entrée de Jérusalem, ils arrêtent les jeunes qui ont l'air arabe et se plaisent à leur demander leurs cartes et papiers qu'ils semblent feuilleter avec dégoût.
On ne comprend pas comment des colons s'autorisent à cueillir les olives d'un voisin palestinien pour se les approprier.
On est frappé de stupeur quand on voit se mur de 730 kilomètres qui sépare des familles, des amis, des champs, des travailleurs de leur emploi, des élèves de leur école.
On se félicite de son sang-froid quand on s'est réveillé dans un autocar avec le canon d'une mitraillette sous le nez et qu'on n'a pas bronché, quand on sait qu'un cri aurait pu énerver le doigt sur la gâchette du soldat entré dans le véhicule pour nous contrôler alors qu'on s'était endormi inopinément.
On frémit devant les posters énormes qu'arborent les murs de l'aéroport de Tel-Aviv, invitant les Israéliens et autres à coloniser la Palestine pour récupérer cette «terre perdue», pour assurer le «futur de la nation».
Mais on rentre au pays avec dans la tête des images d'un pays superbe, aux collines plantées d'oliviers, aux troupeaux de vaches et de moutons paisibles, aux villes paradoxales où se côtoient chantiers nouveaux et secteurs désolés par la démolition.
Mais on rentre au pays avec dans le cœur ces regards bons et pénétrants, ces mains chaleureuses, ces sourires francs, ces repas partagés, ces salutations cordiales, ces discussions passionnées avec un peuple généreux et fier, qui a bien raison d'affirmer: «Nous ne sommes pas meilleurs que les autres peuples, mais aucun peuple n'est meilleur que nous.»
25 octobre 2010
Boudeurs de démocratie: victimes consentantes?
Je les appelle des «boudeurs de démocratie». Ces personnes qui disent refuser de voter parce qu'elles considèrent que tous les politiques sont véreux.
Ces personnes entonnent avec les animateurs de la radio poubelle les hymnes libertariens où il est question de moins d'État et de plus de liberté personnelle. Ces personnes n'accordent leur confiance qu'à des partisans de droite dure et, quand elles votent, ce sont pour des porte-parole qu'elles admirent pour leur franc-parler, entendez par là, leur langage peu respectueux envers les démunis et les bénéficiaires des lois sociales.
Sous prétexte que tous les politiques sont des pourris, les boudeurs de démocratie donnent leur confiance sans réserve à des candidats farfelus, électrons libres et autres aberrations politiques qui ne sont là que pour leur gloriole personnelle et qui n'ont rien à cirer du bien-être de la population. Ils sont prêts à appuyer des partisans de coupes sombres dans les services de l'État et gobent sans s'en rendre compte un discours contradictoire qui prétend qu'on paie trop d'impôts. Or, les impôts ne cessent de diminuer, et c'est bien pour cela que l'État peine à trouver les moyens d'accomplir sa mission sociale, bien qu'il ne se gêne pas pour aider l'entreprise avec l'argent des contribuables.
Les boudeurs de démocratie que, dans le récent numéro d'À Babord, on a appelés les «cols rouges» (numéro d'octobre-novembre 2010, sous la plume de Maxime Ouellet) appuient finalement ceux qui leur veulent le plus de mal, sous prétexte que tous les politiciens sont pareils. Les pages Facebook des boudeurs de démocratie sont très éloquentes. Dans la même page, on trouve sous la rubrique Opinion politique l'expression suivante «Ce sont tous des crosseurs» et un peu plus bas leur admiration pour un hérault de la droite pétri d'ambition individuelle.
Les boudeurs de démocratie n'ont-ils donc que ce qu'ils méritent? Il serait facile d'ironiser et de les condamner en bloc pour leur manque de clairvoyance. Mais il convient surtout de constater qu'ils sont l'illustration de l'implacable aliénation produite par l'idéologie néolibérale. L'idéologie de la liberté individuelle et d'entreprise, qui nie la responsabilité sociale et fait perdre de vue les conséquences de l'abandon de chacun à son sort, dont l'appauvrissement des plus pauvres, l'enrichissement des plus riches, la déperdition de l'équilibre écologique et le kidnapping des ressources sociales par les partisans du tout à l'économie.
L'aliénation si bien décrite par les marxistes est un phénomène prégnant dans notre société dominée par l'idéologie capitaliste, et les boudeurs de démocratie en sont l'illustration la plus flagrante et la plus triste. Notre travail ne doit pas se limiter à essayer d'influencer leur comportement; nous devons contribuer à la prise de conscience.
L'aliénation n'est ni de la méchanceté ni de la bêtise, mais le résultat d'un long processus, et elle est très difficile à détisser dans ce monde où seul ce qui a une valeur marchande existe et où le comportement consommateur donne l'illusion de la liberté.
19 octobre 2010
Altres pensaments
Je pensais bien aujourd'hui trouver dans l'actualité suffisamment de munitions pour me faire un billet sur un sujet neuf.
En fait, je suis toujours consterné par l'affligeante propension des médias à rebrasser le même et le pareil.
Surtout, je suis franchement dégoûté de voir la disproportion effarante accordée à la canonisation du «frotteux» de l'Oratoire face aux revendications légitimes des femmes qui ont été portées pendant cette belle manifestation dans les rues de Rimouski.
Et voilà en plus que je tombe sur Patrick Lagacé, dans le site de Cyberpresse, qui croit naïvement, comme le font les croyants, que l'appui sur des explications rationnelles est une croyance. Les croyants sont forts. Ils ont réussi à faire croire que l'athéisme est une croyance.
La position scientifique n'est pas une croyance. C'est le refus de se déterminer quand il n'existe pas de preuve. C'est un comportement logique. Un comportement logique n'est pas une croyance. Ça consiste à dire: «Je ne crois rien. Je vérifie.» Quand on a vérifié, on peut dire : «Je sais» ou on peut dire : «Je ne sais pas.» Ne pas savoir, ce n'est pas croire non plus.
En tant qu'athée, je sais qu'il n'y a pas de dieu pour la simple et bonne raison que l'hypothèse dieu est inutile. Elle ne sert à expliquer aucun phénomène. L'effet placebo joue déjà fort bien ce rôle.
L'esprit scientifique ne croit pas qu'il y a une explication naturelle à toute chose. Il sait qu'il n'y a rien d'autre que la nature. En effet, si autre chose existait, eh bien c'est autre chose existerait et il serait encore la nature. Quand Dieu descendra de son OVNI rutilant pour venir me dire qu'il existe, j'ajusterai mes théories pour l'y inclure, c'est tout. Il sera tout aussi étudiable que tout le reste. Mais, à votre place, je ne parierais pas sur l'éventualité de cet événement. Vous allez gagner un million de fois le gros lot du 6/49 avant!
Finalement, je reviens à mes impressions barcelonaises, qui me font tant de bien.
Plusieurs tourniquets du métro barcelonais ont visiblement été conçus par un ou des gauchers. On doit y passer la carte à main gauche et entrer à leur droite. Les tourniquets conçus par et pour les droitiers, comme c'est le cas à Montréal, obligent à passer la carte sur le côté droit et à entrer à gauche du boîtier.
Toujours soucieuse de bien respecter le public, la société des transports barcelonais a fait coller des flèches sur les tourniquets pour indiquer où l'on doit passer et a même ajouté cette phrase d'excuses: «Pardon pour les inconvénients».
Eh bien, moi j'aurais aimé qu'on ne présente pas d'excuses. C'est très agréable d'avoir des tourniquets qui me conviennent. C'est une excellente chose que les droitiers se plient de temps à autres à des façons de faire auxquelles ils ne sont pas habitués.
Merci encore, Barcelone!
12 octobre 2010
Pensaments barcelonesos
Au retour de mon trop bref séjour à Barcelone, je me dis que Montréal aurait beaucoup à apprendre de cette ville si conviviale. Certes, nous n'avons pas son ancienneté ni la richesse de son architecture.
Tout y est splendeur. Je n'ai jamais vu une ville si accueillante pour les visiteurs. Tout y est indiqué d'une façon claire et pratique. Partout on trouve des flèches indiquant aux piétons les points d'intérêt à proximité. L'aménagement même des lieux en facilite l'accès.
Les transports en commun sont remarquables: rapides, fréquents, efficaces et d'un confort inimaginable. Que ce soit en train, en métro, en tramway, en autobus ou en funiculaire, l'on sait toujours à quelle station on se trouve, quel est le chemin parcouru et vers quelle station on se dirige sans même avoir à le demander ni à attendre les messages audios fort clairs et faciles à comprendre, qu'ils soient en catalan ou en espagnol.
La ville fait des efforts de propreté et facilite les comportements civiques en multipliant les poubelles et les bacs à recyclages, bien placés et bien identifiés, même sur les plages. Des affiches humoristiques incitent les usagers à se servir des poubelles. Exemple: «La marche sur le sable est bonne pour la santé; rendez-vous donc à la prochaine poubelle.» ou encore: «Essayez la poubelle-thérapie: vous y videz tous vos déchets, et vous vous sentez tellement mieux après.»
Si tant d'efforts sont déployés pour accueillir et bien servir le visiteur, je me dis que le touriste pourrait à son tour faire une petite part pour montrer son intérêt envers les citoyens et le pays qu'il visite. Vous trouverez toujours quelqu'un qui pourra vous parler en espagnol, en français ou en anglais, mais pourquoi pas apprendre quelques mots de catalan?
Peu importe le pays que je visite, si je dois y séjourner une semaine ou plus, j'essaie en général d'apprendre trois mots de la langue locale, lesquels permettent d'entrer contact. Je dis trois mots, mais il s'agit de six expressions de base: «Bonjour» «Pardon» «Je cherche...» «S'il vous plaît» «Merci» «Au revoir». Le vocabulaire des nécessités vient compléter ces expressions: les toilettes, le pain, l'autobus, le jardin untel, etc.
Ce n'est presque rien, et cela montre que vous avez un minimum d'intérêt pour les gens qui vous reçoivent. Cela a en général l'effet de bien les disposer au premier abord à votre égard.
La crise et les mouvements sociaux
En Espagne comme ailleurs, les gouvernements subissent des pressions de la part du capital pour amoindrir les bénéfices des travailleurs et augmenter ceux des entreprises. En réaction aux mesures proposées par le gouvernement pourtant socialiste (diminution des pensions, réduction des jours d'indemnités...) les syndicats ont appelé à une journée de grève sociale le mercredi 29 septembre dernier.
En Catalogne, on a appelé cette journée, la vaga general (grève générale). Étant sur place, mon conjoint et moi y avons bien sûr participé en refusant de faire quelque transaction commerciale que ce soit et en ne faisant appel à aucun service qu'il soit municipal, étatique ou autre.
Il y a eu trois manifestations à Barcelone: la première à midi regroupait des dizaines de milliers d'étudiants et jeunes. La deuxième un peu toute la journée regroupait quelques dizaines d'anarchistes. La troisième le soir (18 h, mais c'est l'après-midi pour les Catalans) regroupait toutes les précédentes et, d'après les syndicats, a réuni 400 000 travailleuses et travailleurs.
La police en a profité pour investir les locaux désaffectés de la Banque de crédit espagnole, qui était squattée par de jeunes anarchistes, ce qui a causé des heurts. Et, naturellement, le lendemain, la couverture médiatique était aussi affligeante que chez nous insistant sur quelques voitures brûlées et quelques vitrines cassées, minimisant l'importance des commerces qui n'ont pas ouvert leurs portes (à vue de nez près de 80%) et ne disant à peu près rien des revendications des travailleurs.
Le gouvernement, hélas, a dit qu'il maintenait le cap. Quand on sait que les autres partis sont plus à droite, ce n'est pas très encourageant.
Les propos anti-syndicaux des anarchistes m'ont laissé perplexe. Qui, sinon les syndicats, pourra revendiquer les droits démocratiques? Je suis toujours mal à l'aise devant la prétention à instaurer un monde sans démocratie représentative. Le capitalisme n'est pas lié à la démocratie ni même au commerce. La démocratie existait avant le capitalisme, le commerce aussi.
Certains des graffitis étaient fort amusants: «Si vous voulez un cancer, entrez ici» devant un magasin de communications électroniques; «Plus de mode, moins de cervelle» sur la vitrine d'une boutique de produits de beauté.
D'autres étaient plutôt inquiétants: «Tourists go home» dans le centre et sur les plages ou «Go back to China» sur les commerces des centres touristiques.
Le cas du racisme est entendu. Il n'a sa place nulle part.
Pour ce qui est du tourisme, s'y objecter, c'est s'opposer à la libre circulation des personnes, un droit pourtant fondamental. Plutôt que d'accuser le tourisme, n'est-il pas préférable de faire la promotion d'un tourisme responsable?
Heureusement, de tels graffitis étaient l'exception. La majorité dénonçaient l'hypocrisie des gouvernants et des financiers, qui nous imposent leur crise et veulent ensuite nous la faire payer.
Merci, Barcelone, pour m'avoir permis ces quelques réflexions.
Fins aviat!
20 septembre 2010
Illusions déçues
La révolution n'a eu lieu qu'en chanson
Dans son émission radio du samedi matin 18 septembre 2010, Samedi et rien d'autre, Joël Le Bigot a évoqué les années 60 et 70 à l'occasion du 40e anniversaire des événements d'octobre, qui, comme on le sait, ont commencé en septembre 70.
Il a fait jouer quelques chansons de l'époque. Nous rêvions beaucoup en ce temps-là. Stéphane Venne écrivait de belles chansons qui représentaient ces rêves. C'est le début d'un temps nouveau, croyions-nous avec la voix dynamique de Renée Claude.
Une autre chanson, chantée par Isabelle Pierre, Les enfants de l'avenir, contenait ces paroles, que nous espérions prophétiques: «Les enfants de l'avenir se feront des jardins dans le ciel».
Hélas, nous n'avons pas tenu nos promesses, et les enfants d'aujourd'hui doivent plutôt nager dans les sables bitumineux. Quel gâchis!
L'industrie de la mort
On a appris, dans les nouvelles, que des militaires états-uniens, lors de leur mission en Afghanistan, se sont amusés à tuer et torturer des civils.
Tout le monde est scandalisé et écœuré. C'est normal. Mais pourquoi donc êtes-vous étonnés? Moi, je ne le suis pas du tout.
Quand on envoie des jeunes, qui ne savent rien de la vie, dans un pays qu'ils ne connaissent pas en leur disant qu'ils ont le droit de tuer, on ne manque pas de leur bourrer le crâne de propagande qui déshumanise l'ennemi et «toute sa race», comme on disait autrefois. On justifie le meurtre et on ne se prive pas de considérer l'ennemi comme un sous-humain. C'est ce que les va-t'en-guerre font de toute éternité.
Je suis fermement convaincu que toutes les armées de tous les pays du monde, lorsqu'elles font la guerre, trouvent en leurs rangs des personnes susceptibles de tels dérapages. L'industrie de la mort ne peut pas exister autrement. Quand on justifie le meurtre, on le rend acceptable et bon.
C'est absolument désolant, mais aucunement étonnant. Vous comprenez maintenant pourquoi je suis antimilitariste.
Vacances: Je prendrai de courtes vacances dans les deux prochaines semaines. Le billet sera de retour dans la semaine du 10 octobre.
13 septembre 2010
Amateurisme
N'est-ce pas un manque de jugement manifeste, cette décision d'accorder des funérailles nationales au défunt ministre Claude Béchard?
Certes, ce dernier se démarquait de ses collègues, étant l'un des rares ministres dont la population a su retenir le nom. Mais outre cela, il ne faut pas confondre personnalité et importance historique du service public.
Attribuer un tel honneur sur la base de l'estime personnelle du premier ministre, c'est dévaloriser les gestes étatiques.
7 septembre 2010
Vérité et intentions humaines
Certains disent la vérité pour faire plaisir;
certains disent la vérité par méchanceté;
d'autres disent la vérité parce que c'est la vérité.
À tous ceux-là, on peut trouver une justification bonne, mauvaise ou morale.
Certains cachent la vérité pour faire plaisir;
certains cachent la vérité par méchanceté;
d'autres cachent la vérité parce que c'est la vérité.
Aux deux premiers, on peut trouver une justification bonne ou mauvaise.
Mais aux derniers, on ne saurait trouver de justification.
30 août 2010
Gaz de schiste: comment dire oui et non en même temps
D'un côté le gouvernement annonce qu'il y aura des consultations du Bureau d'audience publique sur l'environnement (BAPE); de l'autre il précise qu'il n'y aura pas de moratoire sur l'exploitation de ces gaz. Aussi bien dire que les consultations ne serviront à rien puisque rien n'arrêtera le développement.
D'un côté, on nous dit que ces consultations aideront à rédiger la loi sur les hydrocarbures, mais de l'autre on nous dit que c'est une formidable opportunité d'exploiter du gaz naturel québécois. On nous dit même que le choix est fait de créer des emplois avec cela. Autrement dit, la loi arrivera trop tard parce que le mal sera déjà fait: l'exploitation aura commencé et sera bien avancée.
On veut même mettre en ligne un site web qui «démystifiera ce qu'est le gaz de schiste». Donc, la décision est déjà prise de considérer cette exploitation gazière comme très bonne. Il reste juste à éclairer le bon peuple par de la propagande.
La santé, l'environnement, l'avenir de la planète: que sont ces billevesées devant le sacro-saint développement économique?
23 août 2010
Fourberies
Même décantée, l'actualité ne cesse de faire enrager. Deux déclarations de la semaine dernière me serviront ici d'exemples.
1. Ironie cardinalice
Quand le cardinal Marc Ouellet de Québec s'excuse d'avoir fait de la peine à des gens, la raison qu'il donne est «que le discours de la vérité n'est pas toujours bienvenu». Eh bien, des excuses comme ça, on s'en passerait.
En clair, ça veut dire qu'il s'excuse d'avoir raison. Plus fourbe que ça, tu meurs.
Le petit détail oublié là-dedans, c'est que s'il y a une institution qui a des problèmes avec la vérité, c'est bien l'Église.
À qui a-t-il fallu 300 ans avant de reconnaître que la terre n'est pas au centre du cosmos? Le discours de la vérité n'a jamais été bienvenu dans l'Église qui ne s'est pas gênée pour brûler ceux qui ne pensaient pas comme elle.
Et qui est encore incapable d'accepter une vérité simple comme le fait que l'homosexualité est normale.
Et qui est encore incapable de reconnaître qu'elle a protégé des pédophiles?
Et qui est toujours incapable de dire à ses fidèles que la prière n'a aucun effet?
Marc Ouellet aurait dû préciser sa phrase: «Le discours de la vérité ne me plaît pas.» Voilà ce qu'il aurait dû dire.
2. La folie automobile
Le ministère des Transports a reconnu qu'il y a eu des morts à cause de la nouvelle réglementation permettant le virage à droite aux feux rouges. Pis encore, il a reconnu que cela était prévisible parce qu'on avait étudié ce qui se faisait ailleurs.
Alors, tous les beaux discours qui consistaient à dire que «partout dans le monde», ça se faisait sans avoir aucun effet négatif, étaient des mensonges. D'abord, tout le monde savait que «partout dans le monde» signifiait aux États-Unis et au Canada, aussi bien dire à peu près nulle part au monde.
Mais puisque les experts savaient que cette nouvelle réglementation causerait un certain nombre de morts de plus, aussi peu nombreux soient-ils, il fallait refuser de la mettre en vigueur. Chaque mort causée par l'automobile est une mort de trop.
Mais non, on a préféré faire plaisir à quelque lobby en mal de satisfaire la volonté d'épargner deux secondes aux arrêts obligatoires. Et qui sont les victimes? Les piétons et les cyclistes, ces vilains adeptes d'un transport propre.
Mais, qui aujourd'hui se révolte contre la fourberie? Elle est si bien banalisée.
16 août 2010
Réflexions québécoises
J'arrive de Québec où j'assistais au colloque biennal de la Coalition of contingent academic labor (COCAL), sorte de coalition des chargés de cours de l'Amérique du Nord (Canada, Québec, États-Unis, Mexique), organisé cette année à l'Université Laval par le Syndicat des chargées et chargés de cours de l'Université Laval (SCCCUL-Fneeq-CSN).
Quelques faits du séjour ont suscité les réflexions suivantes:
1. Si peu utile télé
Chaque fois que je reste dans un hôtel, j'en profite pour pitonner la télé et voir ce qu'on y présente. Sur 40 chaînes, j'ai trouvé trois ou quatre types de contenus déclinés en dizaine de variations à peine différentes les unes des autres.
Et ce qui frappe dans ces contenus, c'est le caractère franchement affligeant de banalité et d'indigence intellectuelle.
Même les chaînes d'information continue préfèrent le bavardage et la superficialité «pipolisante» aux faits et à l'analyse.
Une autre occasion de confirmer que l'abandon du câble par notre ménage, il y a une quinzaine d'années, a été une très sage décision, économie à la fois de sous et de temps.
2. L'entrée dans le monde adulte
On peut concevoir que d'atteindre 18 ans soit une occasion de fêter pour un jeune. Cet âge confère des droits et des libertés qui font entrer le jeune dans le monde adulte. Il est donc compréhensible qu'on ait envie de célébrer ça avec des amis ou la famille si on s'entend bien avec elle.
J'ai toutefois été confronté à un étrange phénomène lorsque j'ai rencontré un gars qui invitait de parfaits inconnus à venir le joindre dans sa petite ville de la région de Québec pour célébrer cet événement. Il s'adressait à tous ceux qu'il rencontrait et leur offrait de leur payer à boire, même à moi, qui visiblement à cause de mon âge et de mon habillement n'avais que peu de rapport avec l'idée qu'un jeune de 18 ans doit se faire d'un copain de sortie.
Est-ce ainsi que les jeunes des petites villes soulignent ce passage? Je préfère croire que c'est un cas isolé. Mais, là encore, ne faut-il pas être malheureux chez soi pour avoir ainsi besoin de souligner publiquement, avec éclat et auprès de personnes qui nous sont étrangères, cette entrée dans le monde adulte?
J'en suis resté perplexe... et inquiet pour ce jeune homme.
3. La lutte des classes
Je termine en parlant tout de même du colloque. Il fait bon constater que l'ensemble des participants sont tombés d'accord que les luttes contre la discrimination, particulièrement celle basée sur le type d'emploi, relèvent d'un phénomène plus large, soit celui de la domination capitaliste.
Il était particulièrement rafraîchissant d'entendre les jeunes de l'ASSÉ (Association pour une solidarité syndicale étudiante) affirmer haut et fort que ce qui nous oppose aux gouvernants et à ceux qui les financent et nous appauvrissent, c'est notre différence de classe. Nous ne pourrons pas nous entendre avec eux, ces dirigeants, car leurs intérêts de classe sont contre les nôtres. C'est pourquoi nous sommes d'accord, enseignants, étudiants, syndicalistes, pour que notre lutte ne se limite pas aux conditions de travail, mais se porte aussi sur le plan politique.
9 août 2010
Réflexions françaises
De retour d'un bref séjour à Paris, j'ai rapporté comme d'habitude plein d'idées pour alimenter ma réflexion. Je me contenterai ici de deux sujets.
1. Devant l'innommable
Pendant que j'étais là, j'apprends à la radio et à la télé qu'on a découvert huit cadavres de bébés assassinés à leur naissance par leur mère. La dame était de forte taille et ses grossesses passaient inaperçues. Elle a accouché à la maison et s'est débarrassé chaque fois du bébé en l'étouffant. Le mari dit qu'il ne s'est aperçu de rien. Mais comment fait-on pour accoucher à la maison, en secret de son mari, huit fois? De plus, les cadavres ont été enterrés superficiellement pour certains et la majorité étaient dans des sacs de plastique quelque part dans le garage.
Le tout s'est produit dans un petit village. La réaction des habitants donne à réfléchir. Le premier réflexe a été de dire: «J'espère qu'on ne fera pas une mauvaise réputation à notre commune à cause de ça.» On s'inquiète de ce que les méchants de la ville vont penser des gentils villageois.
La deuxième réaction générale a été: «Il ne faut pas juger ces gens-là. C'est terrible, mais rien ne laissait deviner ce qui se passait. C'était des gens très aimables.»
Je veux bien qu'on ne juge pas la pauvre dame. Sans doute était-elle fort malade. Il reste que de ne rien voir pendant toutes ces années et que de blanchir le monsieur si rapidement, c'est tout un mouvement de solidarité campagnarde, non?
En tout cas, c'est vrai qu'à la campagne, les gens ont peu tendance à se dénoncer les uns les autres. Chacun aurait trop à y perdre.
2. Les critères varient selon qu'on est hétéro ou homo
Je suis allé voir un charmant petit film argentin, dont le titre est Plan B. Il s'agit d'un jeune homme jaloux de voir son ex sortir avec un autre. Il décide secrètement de devenir copain avec ce nouvel ami de sa blonde dans l'espoir de trouver une façon de l'écarter d'elle.
Il obtient ce qu'il veut. Le gars s'éloigne et la fille n'en fait pas grand cas. Mais, notre héros est pris à son propre jeu, car il tombe amoureux du gars.
J'avais lu la critique dans Le Monde. Le chroniqueur disait qu'on pouvait éviter le film. Son principal défaut, d'après notre critique, étant que le réalisateur s'attarde trop aux corps des protagonistes masculins.
C'est assez piquant sous la plume d'un chroniqueur français, quand on sait que si le réalisateur s'était attardé aux corps des actrices, il en aurait fait une qualité. Comme quoi les critères esthétiques peuvent ne pas relever vraiment de l'esthétisme, mais de l'hétérosexisme.
19 juillet 2010
Réunion de famille
--Dans ma famille, tout le monde s'entend bien. Il suffit seulement dans nos réunions que personne ne parle de sexe, de politique ni de religion, dit l'un.
--L'autre répond: C'est bien la preuve que personne ne s'entend et que vos réunions de famille ne sont que des rencontres d'hypocrites. Si vous ne pouvez pas parler des deux sujets les plus passionnants, le sexe et la politique, si vous ne pouvez pas parler du sujet qui divise les gens, la religion, à quoi bon vous imposer la corvée de fréquenter des gens qui ne vous respectent même pas.
--L'un reprend: Mais, parce que c'est la famille!
--C'est vraiment très convaincant, réplique l'autre.
vacances:
Je prends des vacances et à mon retour je ne serai peut-être pas prêt à écrire un billet. Le prochain devrait apparaître le 9 août.
12 juillet 2010
Dangereux amalgames
Dans un billet publié sur son blogue du Journal de Québec, hébergé par Canoë, et que l'on peut lire à l'adresse suivante Le G20 syndical, Éric Duhaime fait des affirmations fort étonnantes sans aucune démonstration de quelque sorte.
Ça commence par un amalgame qui ne peut relever que de la mauvaise foi à moins qu'il s'agisse d'ignorance crasse. Lisez plutôt: «[D]emandez-vous qui a payé pour que ces activistes foutent le trouble dans la ville-reine» [...] «Les différentes centrales syndicales ont dépêché et financé, dans la métropole ontarienne, des milliers de personnes pour aller protester...»
À un petit paragraphe de distance, ces deux bouts de phrases opèrent une association entre la casse et les manifestants syndicaux. Or, il est clair que les quelque 40 personnes qui se sont livrées à de la casse (et qui ne sont pas du nombre des 900 personnes arrêtées sans raison) ne faisaient pas partie des dizaines de milliers de manifestants pacifiques. Cela est visible sur les témoignages vidéo. Alors, pourquoi faire ce lien sinon pour associer injustement violence et syndicalisme?
On apprend un peu plus loin, une chose proprement ahurissante: «Les études démontrent qu'un taux de syndicalisation plus élevé donne plus de chômage, une croissance économique plus faible et moins d'investissements privés.» De quelles études s'agit-il? Aucune référence, ce qui ne peut nous surprendre, car elles n'existent pas. Ce ne sont pas des études qui disent ce qu'affirme monsieur Duhaime, mais bien les préjugés antisyndicaux.
Si on veut en apprendre un peu sur la situation dans les pays où le taux de syndicalisation est élevé, on peut se fier à des données colligées par le Programme des Nations-Unies pour le développement, l'Institut Supérieur du travail ou même l'Organisation pour la coopération et le développement économique (OCDE), tous organismes qui n'ont pas nécessairement de préjugés favorables aux syndicats.
Que nous apprennent ces organismes? Que le pays ayant le plus haut indice de développement humain est le troisième au monde pour son taux de syndicalisation. Que les dix pays ayant le plus haut indice de développement humain ont des syndicats forts. Que les quatre pays ayant le plus haut taux de syndicalisation sont la Suède, la Finlande, le Danemark et la Norvège. Tous des pays enviés pour leur qualité de vie et le caractère pacifique de leur société.
Si on analyse les données de l'OCDE, on voit que les pays où la discrimination est moindre envers les femmes sont aussi des pays où il y a un bon taux de syndicalisation. D'après l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), huit des pays possédant un haut taux de syndicalisation ont un système de santé qui répond le mieux aux attentes de la population.
Par ailleurs, les 15 pays ayant le plus haut taux de syndicalisation ont un chômage modéré (entre 3 et 8 %). D'après les statistiques européennes, six des pays à haut taux de syndicalisation possèdent les plus hauts salaires minimum.
On constate donc le contraire de ce qu'affirmait monsieur Duhaime.
Puis vient une autre affirmation qui se base sur les obligations juridiques: «Légalement, n'importe quelle entreprise cotée en bourse doit faire preuve de plus de transparence financière que les syndicats.»
Les syndicats ne sont pas cotés en bourse (heureusement), mais ils n'ont pas besoin de ces exigences juridiques pour être très transparents. Les budgets des organisations syndicales sont adoptés dans les instances. Leurs rapports financiers sont scrutés par les membres et sont disponibles pour tout membre qui veut les étudier. Chaque dépense est inscrite à un poste précis et les orientations adoptées en congrès ou en assemblée générale sont respectées. Les membres savent très bien ce que les organisations syndicales font avec les sommes dont elles disposent. Quand on étudie les états financiers, on voit très clairement que la plus grosse part des dépenses va à l'appui aux luttes syndicales, à la négociation, au règlement des conventions collectives et des conflits de travail. Les syndicats reçoivent l'aide dont ils ont besoin et assurent la solidarité entre eux.
Mais ce qui n'était qu'amalgame se mue en fausseté flagrante dans la phrase suivante: «Vous ne saurez donc jamais combien vous avez versé en cotisations syndicales pour financer les saccages du G-20.» Il s'agit au mieux d'un mensonge éhonté et au pire d'un libelle. En effet, il n'y a aucun lien entre les manifestations syndicales et la casse causée par quelques personnes que n'ont pas pu arrêter les 20 000 policiers qui ont envahi Toronto, peut-être trop occupés à arrêter des itinérants, des jeunes qui dorment dans un gymnase ou des manifestants assis par terre qui chantent Give peace a chance.
Et la finale est grandiose: «[...]un pourcentage non négligeable de votre argent est parti manifester contre vos intérêts.»
C'est un pourcentage infime comme on peut le vérifier dans les États financiers, mais les intérêts des travailleurs seraient tout à coup devenus les intérêts des grands financiers de ce monde? La justice sociale, l'environnement, la santé, le respect des droits ne sont donc pas les intérêts des travailleurs?
Je ne peux concevoir qu'une personne normalement douée puisse faire des affirmations aussi grossières sans avoir comme objectif de créer de dangereux amalgames.
5 juillet 2010
Brève analyse linguistique du communiqué de Résistance internationaliste
Le 2 juillet au matin, lendemain d'une série de manifestations visant à dénoncer la répression policière au G-20 tenu à Toronto, on annonce dans les médias un attentat contre un bureau de recrutement de l'armée canadienne à Trois-Rivières.
L'attentat est revendiqué par Résistance internationaliste par l'entremise d'un communiqué dont on peut retrouver le texte sur la page suivante: Résistance internationaliste.
Je présente ici une brève analyse des caractéristiques linguistiques et textuelles de ce communiqué.
Composé de cinq longs paragraphes, le texte obéit à un rythme binaire reposant sur le principe structurel de la concession-opposition. On affirme un fait et on le complète par un élément qui permet de renchérir ou d'opposer.
Exemple de renchérissement: affirmation: «subir les dangers de l'exportation gazière ne suffit pas»; renchérissement: «il faudrait qu'on aille sécuriser un trajet de pipeline en territoire afghan».
Exemple d'opposition: affirmation: «Les apôtres des "valeurs démocratiques" [...] Nos soldats...»; opposition: «les soldats d'une armée qui donne la torture[...] les mêmes qui, hier, ont écrasé le peuple métis...»
Le premier paragraphe, bien que respectant la structure concession-opposition, est le seul qui parle des gestes du groupe auteur avant d'y opposer les torts reprochés à son adversaire.
Tous les autres paragraphes sont dénonciateurs et font usage de l'énumération.
L'ordre des éléments présentés ne paraît pas correspondre à une gradation des arguments.
On peut rapprocher ce type de communiqué de ceux du Front de libération du Québec par les dénonciations qu'il contient et par le ton impérieux.
On peut l'éloigner par les différences suivantes:
--peu d'articulation entre les différents paragraphes;
--insistance presque exclusive sur la dénonciation, peu de présence des actions à entreprendre ou à venir;
--aucun appel à l'appui populaire et aucune référence aux destinataires du texte;
--énumération des contenus, mais pas de répétition des introductions argumentaires (par exemple dans le Manifeste de 1970, l'expression Oui, il y en a des raisons servait de leitmotiv et de point d'appui aux arguments);
--énumération des contenus, mais peu de développement argumentatif.
En comparaison avec les communiqués émis par les groupes contestataires d'aujourd'hui, on constate que, si les paragraphes sont longs, la rhétorique y est différente. En effet, les communiqués que l'on peut lire aujourd'hui contiennent des énumérations, mais pas sous forme de structure concession-opposition. Les paragraphes contiennent aussi des développements argumentatifs et sont ordonnés vers une conclusion, qui indique le plan d'action après avoir fait la démonstration des raisons.
Les communiqués écrits par les groupes actuels sont aussi plus fluides.
Bref, le communiqué de Résistance internationaliste se caractérise par une rhétorique datée, peu soucieuse de son destinataire et par un amoncellement d'arguments non ordonnés et peu articulés entre eux.
30 juin 2010
L'éditorialiste est nu
Dans son éditorial du mercredi 30 juin 2010, Mario Roy dit que les manifestants altermondialistes n'ont rien à proposer. Il associe d'ailleurs directement les quelques casseurs aux milliers de manifestants puisque, dit-il, «peu de groupes de pression condamnent de façon claire les actes de banditisme qui vont immanquablement se produire.»
Est-il possible qu'un journaliste qui se prononce sur les altermondialistes ne sache pas que ces derniers ont un discours très articulé avec des propositions très claires et très nombreuses?
Au nombre de celles-ci:
1. Abolir le G20 et tenir les discussions qui impliquent l'ensemble des pays du monde dans le lieu qui est conçu à cette fin, les Nations-Unies;
2. Instaurer la démocratie participative et favoriser la représentation proportionnelle;
3. Assurer que les exploitations de ressources naturelles soient compensées par une remise en l'état des lieux saccagés;
4. Faire de l'eau un bien commun à l'humanité et assurer qu'elle soit garantie par les Droits de l'homme;
5. Taxer les industries minières en proportion de leurs profits;
etc. etc. Toutes choses très faciles à faire, mais très difficiles à accepter par les dirigeants de ce monde qui obéissent plus facilement aux diktats du capital qu'à la volonté démocratique.
Mais, avant de clore cette liste partielle, citons une sixième mesure parmi encore des dizaines d'autres, la taxation des transactions financières. Non seulement possible et nécessaire, mais vraiment peu coûteuse bien qu'elle rapporterait des milliards.
Est-il possible qu'un journaliste qui veut se prononcer sur les manifestants anti-G20 ne connaisse rien de tout cela? Qu'il ignore qui sont Naomi Klein, Vandana Shiva, Amy Goodman, Pablo Solon, etc. Et s'il ne sait pas qui sont ces personnes, pourquoi ne fait-il pas l'effort de les connaître et de venir entendre leurs discours comme je l'ai fait le vendredi soir 25 juin au Massey Hall de Toronto?
On ne parle pas ici de la connaissance du citoyen lambda, mais bien du b-a ba que doit posséder un journaliste pour discuter de ce sujet.
Est-il possible qu'un journaliste qui veut se prononcer sur les manifestants antiG20 ne sache pas faire la différence entre quelques casseurs qui s'ébrouaient librement sous les regards des caméras et des milliers de manifestants pacifiques dont plusieurs ont été arrêtés sans motifs?
Est-il possible qu'un journaliste qui veut se prononcer sur les manifestants antiG20 trouve normal qu'un itinérant qui n'a rien à voir avec les casseurs se fasse fouiller par huit policiers comme j'ai eu l'occasion de le voir à Toronto?
Est-il possible qu'un journaliste qui veut se prononcer sur les manifestants antiG20 ne sache pas que la liberté d'expression inclut le droit de manifester? Est-il possible que ce même journaliste ignore que la Charte canadienne des droits et libertés interdit les arrestations arbitraires et les détentions avec privation des premières nécessités?
Ne pas savoir toutes ces choses paraît hautement improbable.
28 juin 2010
Manifs anti-G20: vue de l'intérieur
C'était couru, on le savait en partant, des dizaines de milliers de manifestants marchent pacifiquement dans les rues, envoient des messages pour un monde plus juste, basé sur l'humain et non sur la finance, où les travailleuses et les travailleurs sont respectés, mais que voit-on dans les rapports médiatiques? La douzaine de vitrines cassées, les deux autos brûlées et quelques arrestations parmi les quelque 600 effectuées.
Le message principal qui aurait dû ressortir de ces journées et que ce n'est pas en se réunissant dans un club sélect qu'on fait progresser la situation des humains, mais en participant au forum conçu pour ça: les Nations-Unies où tous les pays sont représentés.
Ce n'est pas non plus en créant un État policier qu'on fait progresser la société, mais en favorisant la démocratie participative, de même qu'en respectant la volonté populaire par le biais d'une proportionnalité dans la représentation.
Est-ce que les arrestations nombreuses ont pour but de donner une justification au déploiement insensé de forces policières? Je crois qu'en deux jours et demi passés à Toronto, j'ai vu plus de flics que dans toute ma vie.
Voir des contingents de policiers armés, bottés et casqués défiler dans les rues n'a pas du tout l'effet rassurant que prétendaient donner à cela les hôtes du sommet.
Samedi 26 juin, en rentrant de la manifestation qui est partie de Queen's Park pour y revenir, j'ai remarqué sur Carlton Street un cordon de policier en armes qui se dressait devant la banque Scotia juste en face du magasin Winners. Devant eux quelques autres policiers et policières, des chefs?, pointaient du doigt l'édifice d'en face vers je ne sais quoi, car on n'y voyait personne.
Ayant entendu dire qu'il y avait du brasse-camarade à Queen's Park, je reviens de mon hôtel et retourne à Queen's Park par Carlton Street. Les policiers sont toujours en ligne devant la banque Scotia, mais les vitrines du magasin Winners, en face, avaient été fracassées. Peut-on me faire croire que ce groupe dont les fers de lance pointaient devant eux n'ont rien pu faire? Ou alors, ils n'étaient là que pour la banque?
À Queen's Park, il restait tout au plus deux cents personnes qui se trouvaient en face à face avec autant de policiers. Ces derniers dont plusieurs étaient à cheval ont chargé par trois fois. La foule se serait-elle dispersée si les policiers s'étaient contentés de faire des cordons dans les environs? Il y avait déjà des policiers à vélo qui bloquaient tout accès au carrefour qui se trouve devant Queen's Park, et on n'a vu personne s'en prendre ni au Parlement, ni aux maisons ou édifices avoisinants.
Il est étrange aussi d'apprendre qu'une voiture de police s'est retrouvée abandonnée dans une rue en plein milieu du parcours de la manifestation. Alors que les policiers se déplaçaient en groupe nombreux et compact (souvent 50 personnes dans une formation qui ressemble à celle de la tortue pratiquée chez les anciens Romains), ou par petits bataillons à vélo, de même qu'on les a vus dans des vans banalisés qui se promènent deux ou trois à la suite, et alors que le parcours est bien encadré, comment se fait-il qu'une voiture de police traverse le service de sécurité pour se retrouver seule au milieu de la rue?
Il est très troublant aussi de voir un itinérant se faire arrêter et fouiller dans la rue alors qu'il n'y a aucune raison de s'en inquiéter. Très troublant de voir une jeune femme se faire ramasser et emmener par un groupe de policiers alors qu'autour tout était calme. Est-ce un déli de cheveux colorés?
Finalement, comme je l'avais prévu, le fait que je sois sorti vêtu d'un costume veston cravate m'a attiré les sourires et les good morning des policiers.
Clôturer ainsi une ville n'a rien pour plaire à ses habitants. Se réunir ainsi dans le «pathetic 20», comme le disait Vandana Shiva, ne fait pas progresser le monde. Espérons que jamais Montréal n'acceptera de recevoir ce délire de chefs politiques, qui se rient des préoccupations de leurs populations.
21 juin 2010
École et liberté religieuse
J'avoue avoir un peu de mal à comprendre la décision du juge Dugré de la Cour supérieure dans l'affaire Loyola High School contre le Ministère de l'Éducation.
Il semblerait que le fait d'exiger que le cours Éthique et Culture religieuse soit donnée dans une perspective laïque soit contraire à la liberté de religion. Cela me semble douteux pour deux raisons:
1. On parle ici d'une école et non d'un individu. Or, la liberté religieuse est une liberté individuelle. Que l'école doive suivre le programme du Ministère ne me paraît pas brimer la liberté de religion ni des élèves ni des parents. L'interprétation des faits religieux leur reste, mais la présentation doit en être neutre, ce qui est le rôle d'un État, à moins que ce dernier ne privilégie une religion aux dépens des autres.
2. La deuxième raison est liée à la première. C'est le Ministère qui a la responsabilité des programmes. Son rôle n'est pas de décider si une religion est bonne, ou si elle est meilleure qu'une autre. Présenter les faits religieux sans prendre parti permet d'éviter de donner son aval à une interprétation plutôt qu'à une autre. Une école, qu'elle soit catholique, luthérienne, musulmane ou juive, ne devrait pas pouvoir déclarer que le Ministère lui donne raison dans son interprétation des faits religieux. D'autant que cette interprétation relève des personnes.
Il y a un autre élément troublant dans le texte du jugement, mais celui-là est lié au préambule de la Constitution du Canada. Le juge écrit: «La société démocratique canadienne est fondée sur des principes qui reconnaissent la suprématie de Dieu et la primauté du droit, lesquels bénéficient d'une protection constitutionnelle.» Si la Constitution du Canada reconnaît la suprématie de Dieu, elle donne un avantage à tous les croyants sur les athées, faisant de ces derniers des citoyens de seconde zone. Cette faille inhérente à la Constitution canadienne devait tôt ou tard apparaître, et elle n'a pas fini de nous créer de mauvaises surprises.
Finalement, ce qui est le plus inquiétant, c'est la citation suivante: «[L]'obligation imposée à Loyola d'enseigner la matière obligatoire ÉCR de façon laïque revêt un caractère totalitaire qui équivaut, essentiellement, à l'ordre donné à Galilée par l'Inquisition de renier la cosmologie de Copernic.»
Ici, on renverse totalement le sens de l'histoire, et l'argument est proprement fallacieux. En effet, dans le cas de Galilée, l'Église lui interdisait de se baser sur les faits pour l'obliger à se conformer à la croyance. Dans le cas de Loyola High School contre le Ministère de l'Éducation, l'État demande à l'école de ne pas privilégier la croyance dans la présentation des faits. Il ne faudrait pas tordre la réalité en comparant l'injustice du passé à la demande au présent de ne pas favoriser sa croyance au détriment des faits.
14 juin 2010
Médias: Ne pas se tromper de cible
On entend souvent parler, dans les régions autres que Montréal, de la «Montréalisation» des informations. On entend par là que les informations, toutes produites dans la région montréalaise, ne tiennent pas compte des enjeux des autres régions.
La plainte est légitime dans la mesure où en effet il ne se produit à peu près plus d'informations locales : les salles de nouvelles en région sont souvent dégarnies, les affectations sont faméliques et les enquêtes sur le terrain des différentes régions sont rarissimes.
Constater un fait n'est toutefois pas s'attaquer à sa cause. Aussi le terme «montréalisation» est-il fort trompeur. Il faudrait plutôt parler de concentration de la presse entre les mains de quelques grands joueurs (privés et d'État), qui se soucient comme d'une guigne de refléter les différentes réalités locales. Pour couper dans les dépenses, on concentre les activités dans le centre économique, c'est-à-dire Montréal, mais ce n'est pas nécessairement par la volonté des Montréalais.
De la même manière qu'on peut parler de la «pipolisation» des nouvelles, il ne faut pas en accuser les «pipoles» même s'ils en profitent. Il faut plutôt y voir la facilité et le moindre coût de traitement. C'est beaucoup plus facile pour les grands groupes de traiter des vedettes et de leurs petits bobos que de faire des enquêtes sur les enjeux environnementaux des décisions capitalistes. Les vedettes sont faciles à trouver et elles s'offrent facilement en pâture au cirque médiatique.
De même, c'est la volonté de faire des économies et de faire les profits maximaux qui dépeuple les salles de nouvelles des radios, des télés et les bureaux régionaux des journaux. Les Montréalais eux-mêmes se plaignent du fait que les nouvelles sont réduites à trois ou quatre sujets, lesquels ne traitent pas des enjeux citoyens dans les différents quartiers.
L'accent sur la «montréalisation» oriente la lunette sur la conséquence et non sur la cause du problème. Cela attise inutilement les tensions entre la métropole et les autres régions. C'est ainsi qu'on aliment malheureusement des préjugés de part et d'autre et qu'on laisse les coupables s'en tirer à peu de frais.
7 juin 2010
Quand on ne sait pas de quoi l'on parle
J'ai lu récemment dans une lettre aux lecteurs d'un journal quotidien, l'affirmation suivante: «Il ne faut pas reprocher au cardinal Ouellet ses déclarations sur l'avortement puisqu'il base ses affirmations sur la bible.»
Il y a de quoi être perplexe, car j'ai souvent lu la bible et y ai trouvé quantité de prescriptions sur toutes sortes de sujets, mais je n'y ai jamais rien vu sur l'avortement.
Je pourrais vous faire de longues démonstrations, mais il suffit de réfléchir une ou deux minutes pour comprendre les deux choses suivantes:
1. Il n'y a rien dans la bible sur l'avortement. Si vous trouvez quelque chose sur le sujet dans la bible, faites-le-moi savoir, ça enrichira ma connaissance, mais ça ne me fera pas changer d'avis sur le droit des femmes de choisir d'avoir ou non des enfants.
2. La bible est pleine de prescriptions très précises sur quantité de sujets, notamment sur la façon d'égorger les moutons, de faire des sacrifices, de traiter ses esclaves, de choisir ses épouses, de déféquer, de choisir ses aliments, etc. Comment faites-vous pour choisir les choses qui sont obligatoires et celles qui ne le sont pas? Après tout, il y est interdit de manger du porc ou des fruits de mer. Je ne connais pas beaucoup de chrétiens qui s'en privent. Il y est interdit de porter des vêtements faits de deux fibres. Je ne connais pas beaucoup de chrétiens qui s'en privent. On y interdit de tuer, mais on donne toutes sortes de raisons pour lapider les gens. Ce n'est pas bon de tuer, mais c'est permis et de manière fort cruelle.
Se baser sur la bible pour quoi que ce soit, c'est faire preuve d'ignorance ou d'aveuglement.
29 mai 2010
Aide pour une famille homoparentale
Cette semaine, je reprends enfin mes billets après la tourmente de la grève et la fébrilité du 34e congrès du Conseil central du Montréal métropolitain de la CSN.
Et pour commencer cette nouvelle série, je donne la parole à l'Association des familles homoparentales:
Chers amis,
Grâce à votre incroyable générosité, nous avons pu rassembler un peu plus de 3000 $ en seulement quelques semaines pour la petite Alexa (5 ans) et ses deux mères.
Comme vous le savez peut-être, Cristal a quitté le Mexique avec sa fille après que la cour mexicaine a menacé de lui retirer la garde d'Alexa simplement parce qu'elle vivait avec une femme. Plus d'un an et demi plus tard, le père d'Alexa est venu au Québec pour essayer de convaincre le juge que la relation de Cristal avec sa compagne Sheila pourrait nuire au développement d'Alexa et influencer son orientation sexuelle.
Après 5 jours en cour, le procès s'est terminé vendredi 7 mai sur une impression positive. Le juge a semblé compréhensif vis-à-vis de la famille et vis-à-vis du fait que leurs droits comme lesbiennes avaient été bafoués au Mexique. Le juge rendra sa décision fin mai.
Pendant ce temps, nous avons utilisé l'argent que vous avez donné pour payer les frais d'avocat et un des experts appelé à témoigner.
Sachez aussi qu'une organisation appelée LEGIT a déjà couvert 11 000$ de frais juridiques. En tant que lobby et groupe de soutien, LEGIT fournit des informations sur l'immigration et soutient les personnes LGBT tout en travaillant pour que prennent fin les discriminations dans les lois sur l'immigration.
Malheureusement, il reste des dépenses à couvrir et beaucoup d'autres vont venir s'ajouter.
Bien que l'on puisse gagner cette cause, il y a encore de nombreuses étapes à franchir avant que Sheila, Cristal et Alexa puissent obtenir leur résidence permanente au Canada, car maintenant elles attendent une décision concernant leur statut comme réfugiées.
Actuellement nous avons encore besoin de rassembler 3000 $ : 900 $ de frais juridiques qui sont encore dus, 750 $ pour une facture Telus pour une vidéoconférence avec un avocat du Mexique, 2000-3000 $ pour des frais d'avocats au Mexique, où ils continuent à travailler pour arrêter l'extradition de Cristal (elle est toujours accusée d'avoir kidnappé sa fille), pour des photocopies, etc.
Donc nous vous demandons encore une fois de retourner vos poches. Nous vous implorons d'utiliser tous vos contacts, votre énergie, vos réseaux et vos pouvoirs de persuasion pour nous aider à soutenir cette famille. Si vous pouvez donner quelque chose, même si ce n'est qu'un peu, vous aiderez ces deux femmes dans leur combat pour trouver un endroit sûr et accueillant pour leur famille.
les chèques doivent être adressés à la Coalition des Familles Homoparentales, et accompagnés d'une note indiquant que c'est pour Alexa. Les contributions peuvent être envoyées au 2401 Coursol, Montreal (QC), H3J 1C8.
Nous avons aussi créé un compte PayPal pour que vous puissiez payer directement de votre ordinateur. Voici le lien:
familles homoparentales
Au nom d'Alexa, une petite fille qui ne veut qu'une vie normale avec Mamà et Mamà Coco, merci.
Mona Greenbaum, directrice,
Gary Sutherland, coprésident
Joanne Blais, coprésidente
Coalition des familles homoparentales
19 avril 2010
SCCCUM : Nous avons eu raison de faire grève
Parce qu’entre le point de départ et le point d’arrivée, il y a un progrès notable.
La position de l’employeur :
Lorsque nous avons entamé la grève, ce que l’employeur avait mis sur la table, c’était son offre globale du 8 février, dans laquelle il n’était pas fait mention des salaires. En fait, il proposait seulement 2% pour toutes les questions financières.
Il y avait une fin de non-recevoir totale et absolue sur la question de la taille des groupes-cours. On nous avait déclaré que jamais on ne parlerait de telles clauses dans la convention.
La direction voulait prolonger la probation de trois à six cours. Elle permettait à un membre du comité d'évaluation de faire partie du comité d'appel.
L'employeur avait retiré toute limite au nombre de cours donnés par des professeurs retraités.
Sur le statut d’emploi, on se contentait de dire qu’une personne qui travaille quatre jours est en double emploi, ce qui ne signifie rien à notre époque alors que l'on peut faire beaucoup d'heures sur quelques jours ou très peu d'heures sur de nombreux jours.
La direction voulait couper de moitié la prime de départ à la retraite.
Il était question de retirer la moitié de son ancienneté à un chargé de cours qui se désiste d’un contrat signé et de le jeter s’il se désistait une deuxième fois.
L’employeur parlait de pouvoir annuler un cours sans pénalité jusqu’à deux semaines avant son début.
Les accompagnateurs et coachs étaient menacés de se retrouver devant l’arbitraire patronal pour ce qui est de l’attribution. La direction voulait que les autres clauses de la convention collective ne s’appliquent pas à eux.
Le comité de santé et sécurité n’avait même pas l’obligation de se réunir.
À la suite de la grève :
Nous avons gagné une meilleure définition du statut de double emploi basée sur l'approche réaliste des heures travaillées.
L’accès général au départ à la retraite a été facilité avec maintien de la prime à la moyenne des cinq meilleures années dans les dix dernières années.
Le renvoi pour désistement n'est pas passé.
La possibilité d'annuler un cours sans paiement forfaitaire a été écartée.
Un membre du comité d'évaluation ne pourra plus faire partie du comité d'appel.
La limite à la réserve des cours des professeurs retraités, cadres, professionnels et stagiaires postdoctoraux a été maintenue à 4 %.
Le salaire sera augmenté de 6,55%, un pour cent de moins que notre demande de rattrapage. Il sera bonifié par les paramètres gouvernementaux, soit un minimum total de 10,05%. Là-dessus, il y aura rétroactivité de 3,8% à janvier 2010.
Le comité de santé sécurité se réunira dans les 10 jours à la demande de l’une des parties.
Il y aura un comité décisionnel sur l’attribution d’aide d’auxiliaire d’enseignement. Nous participerons à l’élaboration des politiques à cet égard et nous pourrons établir des seuils et des balises pour décider de l’aide à accorder.
Il y a aussi des gains de nature symbolique dont les effets se feront sentir au cours des années. Nous avons gagné une meilleure cohésion de nos membres et un renforcement de la base. La direction a perdu de sa crédibilité, et nos membres savent maintenant qui ils doivent croire.
Par ailleurs, la couverture nationale du conflit a fait en sorte que les chargés de cours existent maintenant dans l’imaginaire du public. La prochaine étape consistera à mieux faire connaître nos conditions d’exercices ainsi que notre réalité complexe et diversifiée.
Pour toutes ces bonnes raisons, oui, nous avons vu juste en faisant grève.
14 avril 2010
Pédophilie et obscurantisme
Le cardinal Tarcisio Bertone, secrétaire d'État du Vatican, aurait déclaré: «Nombre de psychologues et de psychiatres ont démontré qu'il n'y a pas de relation entre célibat et pédophilie, mais beaucoup d'autres ont démontré, et m'ont dit récemment qu'il y a une relation entre homosexualité et pédophilie.»
Pareille ignorance est inconcevable chez un homme de si haut rang. Il faut donc plutôt supposer qu'il s'agit de désinformation.
Par ailleurs, il y a tout lieu de croire que la structure de l'Église catholique favorise la pédophilie, car comme je l'écrivais dans un autre billet le 20 juillet 2008:
«L’Église catholique est une institution patriarcale et hiérarchique qui valorise l’autorité et la suprématie mâle. Or, l’agression sexuelle, et plus spécialement la pédophilie, avant d’être une activité sexuelle est d’abord et surtout un abus de pouvoir. Des êtres narcissiques utilisent les enfants comme objets pour nourrir leur illusion d’un ego pur et éternellement jeune. Toute structure hiérarchique rigide qui voue un culte à l’autorité arbitraire favorise ces abus.»
Les études sur la personnalité des pédophiles vont toutes dans le même sens depuis des décennies. Ce sont des personnes narcissiques. Ce sont des personnes qui abusent du pouvoir. Elles s'attaquent en général aux enfants des deux sexes et se spécialisent lorsque le contexte le favorise.
La revue Enfance majuscule a fait un excellent numéro sur le sujet en 1997.
L'acharnement de l'Église catholique à défendre l'institution plutôt que les enfants est une autre façon de justifier les abus de pouvoir, donc la pédophilie, tout en prétendant s'attaquer à l'homosexualité.
Dans les petits villages arriérés, on traite de malades les gens qui dénoncent les pédophiles, dans l'Église catholique, on retourne l'accusation contre les homosexuels. C'est un stratagème qui marche depuis des siècles, et des siècles, amen!
22 mars 2010
Une leçon de démocratie
Nous étions plus de 400 dans cet amphithéâtre de l'UQAM (nous n'avions pas le droit de nous réunir à l'Université de Montréal parce que nous sommes en grève), nous, membres du Syndicat des chargées et chargés de cours de l'Université de Montréal en ce jeudi 18 mars 2010.
Nous avons étudié de façon rigoureuse le projet soumis par l'employeur en comparant les clauses de la proposition avec ce qui existe dans l'actuelle convention.
L'Assemblée a pu débattre en long et en large des mérites et des défauts de ce texte. Et le rejet fut massif: 84 % contre.
La discussion s'est ensuite portée sur l'opportunité de continuer la grève. Là encore, le verdict après débat est on ne peut plus clair: 77 % en faveur.
Que doit-on en conclure? Que l'information factuelle permet de défaire la désinformation et les rumeurs. Qu'une Assemblée dûment constituée est toujours plus sage que l'agitation soulevée par des personnes qui ne représentent qu'elles-mêmes.
Qu'il y ait 100 personnes ou 500 personnes, les travaux légitimes des Assemblées ont la même valeur parce que les instances sont respectées, parce que les convocations se font dans l'ordre et dans le respect des statuts et règlements et parce que l'information est donnée de façon rigoureuse. En effet, la diversité des provenances et des points de vue est toujours présente peu importe le nombre de participants.
Voyons maintenant quels sont les prêcheurs qui prétendent connaître mieux que nous une démocratie qu'ils ne pratiquent pas : les administrateurs de l'Université sont cooptés dans des cénacles restreints alors qu'ils dirigent une communauté de plus de 60 000 personnes. Ce sont là les personnes qui mettent en doute nos processus démocratiques.
En soumettant une offre «globale et finale», l'Université de Montréal a voulu tester la détermination des membres du Syndicat des chargées et chargés de cours de l'Université de Montréal. Elle espérait que la désinformation complaisamment amplifiée par certains aurait raison de l'analyse rigoureuse des faits. Elle s'est fait servir une belle leçon de démocratie.
15 mars 2010
Le vrai visage du Parti Québécois
Le Parti Québécois a toujours été une coalition de diverses tendances, dont une aile droite assez conservatrice. Les premières années de ce parti ont permis à son aile gauche de s'exprimer parce que c'était surtout les militants du Rassemblement pour l'indépendance nationale (RIN), qui, entrant un à un au PQ, étaient les plus actifs et les mieux rompus à la réflexion démocratique.
Mais à mesure que ce fonds s'épuise, c'est l'aile nationaliste de droite qui prend le dessus. Et le chat sort du sac quand on entend les dirigeants du parti se vanter de vouloir chercher des votes du côté de l'Action démocratique du Québec (ADQ).
Certes, il y a des électeurs confus ou mal informés qui ont voté pour l'ADQ et il faut les récupérer en leur expliquant le véritable sens antisocial, antisolidaire, individualiste et capitaliste sauvage des idées adéquistes. Par contre, il n'est pas question d'adhérer à des parties de programme adéquiste pour lui disputer son électorat.
Quand on entend les dirigeants dire qu'il faut créer la richesse avant de la distribuer, c'est le triomphe de l'idéologie néolibérale, de la théorie de la croissance indéfinie et de l'illusion, car c'est bien une illusion de s'imaginer que plus les riches sont riches, moins les pauvres sont pauvres. Les trente dernières années qui ont vu le triomphe de l'école de Chicago ont bien montré que les riches sont de moins en moins nombreux, de plus en plus riches et arrogants, et que cela se fait au détriment de la majorité.
Le collectif des syndicalistes et progressistes pour un Québec libre (SPQ libre) n'est plus bienvenu en tant que groupe dans le PQ, mais c'était la chronique d'une mort annoncée. Les trois principaux partis représentés à l'Assemblée nationale sont bien campés dans le champ droit.
En terminant le billet de cette semaine, j'ai une pensée pour le camarade Jean Ferrat, qui nous a longtemps charmés de ses belles chansons.
8 mars 2010
Qui a peur des conservateurs?
Le bulletin du gouvernement conservateur en matière de droits fondamentaux est celui du plus mauvais élève.
Ça commence avec le refus de rapatrier Omar Kadr, cet enfant soldat interné à Guantanamo, au mépris de la Charte des droits et libertés du Canada.
Ça continue avec les coupes dans les comités de condition féminine et la réduction de subventions à ce titre.
Puis, il y a Adil Charkaoui qu'on interne sans qu'il sache pourquoi, qu'on oblige à porter un bracelet de sécurité, et qu'on finit par libérer de son certificat de sécurité sans jamais lui dire de quoi on l'accusait.
Et il y a Droits et Démocratie, cet organisme qui doit faire la promotion des droits, où l'on se débarrasse d'un président un peu trop critique, où l'on nomme un nouveau président qui appuie la peine de mort et s'oppose aux droits des gais et lesbiennes.
Je finis ma liste, mais elle pourrait s'étirer, par ce récent guide destiné aux immigrants afin de leur faire connaître les valeurs canadiennes et dans lequel aucune mention des droits des gais et lesbiennes n'apparaît.
Pourquoi avoir peur des conservateurs?
On attribue au pasteur Niemöller l'énoncé suivant:
D'abord ils sont venus chercher les Juifs;
Je me suis tu parce que je n'étais pas juif.
Puis, ils sont venus chercher les communistes;
Je n'ai pas parlé parce que je n'étais pas communiste;
Ensuite, ils sont venus chercher les syndicalistes;
Je n'ai rien dit parce que je n'étais pas syndicaliste.
Enfin, ils sont venus me chercher;
Il n'y avait plus personne pour me défendre.
24 février 2010
Éducation: La lucidité méprisante
Il est affligeant de voir encore les mêmes partisans de l'économisme à tout crin, lequel économisme nous a conduits aux crises que l'on sait, prêcher des recettes qui consistent à faire payer les étudiants pour des décennies de gestion néolibérale dans le domaine de l'éducation.
Vrai qu'il faut refinancer l'Université. Mais il y a des choix sociaux historiques qui sont ceux du Québec et qu'il faut respecter. L'un de ces choix est de rendre l'éducation accessible au plus grand nombre.
Alors que le gouvernement fédéral doit 800 millions de dollars en transfert au Québec, alors qu'il existe des façons pour le gouvernement du Québec de trouver 5 milliards de revenus supplémentaires sans augmenter les tarifs (voir à ce sujet le site courage politique, mis sur pied par Québec Solidaire), pourquoi proposer une fois de plus une hausse des frais de scolarité?
Je ne saurais passer sous silence l'affirmation hautement méprisante de l'ancien recteur de l'Université de Montréal, Robert Lacroix. «Il y a des programmes où 50 % des cours sont donnés par des chargés de cours. On n'a pas ça à UBC.» Je me souviens d'un recteur qui nous disait que les chargés de cours faisaient partie de la solution et non du problème. J'ajouterai qu'il y a des programmes où 100% des cours sont donnés par des chargés de cours et que ces programmes de la Faculté de l'éducation permanente sont excellents et y forment des étudiants solides.
Je ne crois pas, par exemple, que les Marc Laurendeau, les Jean-Claude Leclerc et les Karl Parent qui enseignent en Information et Journalisme aient quoi que ce soit à envier aux autres enseignants. Il en est de même pour des spécialistes de l'enseignement des langues qui donnent des cours à l'École de français, ou des spécialistes en sciences humaines qui offrent des cours en histoire ou en sociologie.
Sait-on que ce sont les exigences de qualification qui font foi de la capacité d'enseigner? Ces exigences sont la garantie de la qualité de l'enseignement.
Par ailleurs, les universités utilisent le prétexte des déficits pour vouloir augmenter les frais de scolarité. Pourtant, d'où viennent principalement les déficits de l'Université de Montréal, pour ne parler que de celle-là? Ils ne viennent pas du fonds de fonctionnement où se trouvent les revenus des frais de scolarité; ils viennent plutôt du fonds des immobilisations où se trouvent les grands projets de construction.
On investit dans le béton et on veut faire payer les étudiants. On embauche des chargés de cours qualifiés pour enseigner et on se plaint qu'il y en a trop?
Oui, les chargés de cours donnent 50% des cours de premier cycle (excepté en médecine), mais ils ne coûtent même pas 5% du budget salarial.
Le but d'une université n'est pas de faire de l'argent, mais de créer et diffuser le savoir.
La lucidité qu'on nous propose est celle du mépris: mépris des choix sociaux du Québec, mépris des étudiants, mépris des chargés de cours et mépris de la population que l'on trompe.
21 février 2010
Laïcité 2
Cette semaine, je vous renvoie à la lettre de Mohamed Lotfi, parue sur le site du Devoir d'aujourd'hui 21 février 2010. Il l'a aussi publié sur sa page Facebook.
Il apporte des éléments fort intéressants dans le débat. Suivez ce lien:
Une partie de ping-pong qui nous lasse
15 février 2010
Crimes sexuels et pouvoir
Une affaire récente dans l'armée canadienne a été le prétexte d'une question à savoir si on devait avoir ou non confiance en elle.
En effet, qu'un colonel à l'excellente réputation ait pu se hisser dans la hiérarchie sans soulever de soupçon en inquiète plus d'un.
Pourtant, cela ne devrait pas nous étonner qu'il soit possible de commettre ce genre de crime quand on est haut gradé. Il suffit de se rappeler que les abus sexuels sont surtout des abus de pouvoir.
Une structure autoritaire et hiérarchisée, que ce soit l'Église catholique ou l'armée, favorise l'exercice d'un pouvoir sans discussion et il arrive qu'une personne se sente alors autorisée à disposer du corps des autres comme s'il lui appartenait.
Le remède à cela dans la société civile, c'est l'équilibre démocratique des forces, où en principe personne n'est autocrate. Ce qui n'empêche pas, bien sûr, des individus déséquilibrés de sévir, mais disons que la tentation y est moins grande, car il n'y a pas cette illusion de l'impunité.
Mais, dans les organisations autoritaires, il y a peu de balises qui puissent aider à détecter ces dérapages avant qu'ils ne se produisent.
8 février 2010
Laïcité
Dans les temps à venir, le Québec ne pourra faire l'économie d'un débat de société sur la laïcité. Toutes les composantes de la société doivent se poser des questions à ce sujet et nous devons trouver des solutions qui tiennent compte de l'équilibre à établir entre la liberté individuelle et les droits collectifs et sociaux.
La gauche ne peut se retirer du débat, car comme l'affirme la journaliste et essayiste française Caroline Fourest, ce serait précipiter la population dans les bras des populistes de droite, voire d'extrême droite.
On trouve encore des crucifix dans certaines caisses populaires et sur les murs de nombreuses chambres d'hôpital. Certains conseils municipaux se font une gloire de dire une prière chrétienne avant leurs travaux. On ne peut prétendre que la société québécoise soit complètement laïque.
Sans présumer des réponses collectives que nous nous donnerons, il faut accepter de prendre le temps d'étudier ces questions, de distinguer les lieux publics, les fonctions liées à l'État, les motifs de sécurité, la liberté de conscience, les relations interpersonnelles, la place de la religion dans l'éducation, etc.
Accepter que cela prendra du temps, se donner résolument les outils de réfléchir sereinement et d'approfondir les enjeux, ce sont là des défis qui nous attendent.
En terminant sur un autre thème, je rappelle le blitz de signatures de la pétition contre l'imposition des indemnités de revenu, suivez ce lien: pétition.
1er février 2010
La grève si nécessaire, mais pas nécessairement la grève
Aujourd'hui, je fais écho à l'Assemblée générale du Syndicat des chargées et chargés de cours de l'Université de Montréal (SCCCUM-FNEEQ-CSN) tenue hier. Le texte qui suit reprend l'essentiel des informations colligées pour la préparation d'un document d'information appelé Info-Négo.
Vote de grève
L'Assemblée générale a donné le mandat à l'exécutif de déclencher des moyens de pression gradués au besoin pouvant aller jusqu'à la grève générale illimitée à exercer au moment jugé opportun par un vote de 71 %.
Blocage de l'Université
Réunis en Assemblée générale spéciale, les membres du syndicat ont été à même de constater que l'Université refuse les principales demandes dûment adoptées et déposées, notamment sur la taille des groupes-cours, un enjeu majeur pour eux. De même sur les salaires, l'Université ne veut rien proposer avant le mois de mars, quand le budget sera verrouillé.
Sur les autres questions, il s'agit de reculs qui sont proposés:
--prime de départ à la retraite, on accepte de diminuer le pointage requis pour les chargées de cours, mais pas pour les superviseurs de stage, et en plus on veut couper la moitié de la prime;
--sur l'accès au travail, on refuse notre demande et on propose de pénaliser les désistements;
--sur la lettre d'entente concernant les accompagnateurs et coachs, l'Université refuse de les considérer comme des chargés de cours et veut laisser l'arbitraire prévaloir;
--quant aux programme d'intégration et de perfectionnement, l'Université veut récupérer les surplus et plafonner les dépenses de fonctionnement des Comités locaux d'intégration pédagogique.
Conciliation
Il a été question de la conciliation. Les membres ont compris que, pour donner une chance à la conciliation, afin qu'elle ait les effets voulus, il faut que l'employeur sente des moyens de pression. En effet, le conciliateur ne peut forcer une partie à avancer dans la négociation. Le conciliateur rapproche les parties pour qu'elles se parlent. Seuls les moyens de pression peuvent forcer l'employeur à revoir ses positions.
Ce n'est pas la grève demain
Détenir le mandat de grève ne signifie pas l'exercer tout de suite. Les membres du comité de négo évalueront la situation et l'évolution des discussions en conciliation. Ils feront les recommandations nécessaires à l'exécutif qui prendra la décision d'exercer ou non des moyens de pression, et qui en avisera les membres, bien sûr, afin de leur permettre de comprendre le déroulement des événements, leurs droits et leurs responsabilités dans le cadre d'un conflit de travail.
24 janvier 2010
Peine de mort
Dans le Devoir d'hier, à la une, on apprend que, d'après un sondage Angus Reid, 62% des Canadiens et 69% des Québécois (!) approuveraient la peine de mort pour les meurtriers.
Comment expliquer ce recul de la pensée progressiste à cet égard? Est-ce que c'est un effet secondaire de l'individualisme effréné? Est-ce une conséquence de la tendance à vouloir trouver des solutions faciles dans un monde où tout est complexe?
Quoi qu'il en soit, on ne peut que se désoler du sentiment populaire envers une réponse au crime, qui constitue elle-même un crime. Pourtant, il n'y a pas moins de meurtres dans les pays qui appliquent la peine de mort.
Par ailleurs, comment l'État peut-il convaincre ses citoyens qu'il n'est pas acceptable de tuer s'il se permet lui-même de le faire?
L'argument d'éviter la récidive n'est pas très convaincant dans la mesure où les meurtriers récidivistes ne sont pas la majorité. Les meurtriers et leurs victimes sont en général des gens qui se connaissent fort bien, habituellement de la même famille.
La prévention ne consiste donc pas à éviter la récidive, mais à éviter la première fois: contrôle des armes à feu, éducation, formation aux solutions non violentes des conflits, réduction des inégalités, promotion de la santé mentale, etc.
Visiblement, notre société se durcit. La vengeance peut satisfaire nos instincts, mais elle ne constitue pas une solution.
Autre sujet
Je m'en voudrais de ne pas signaler le triste anniversaire du début du lock-out des 253 employés de l'information et de bureau du Journal de Montréal. Il y a un spectacle de solidarité ce soir au bar La Tulipe, rue Papineau, angle Mont-Royal.
Lisez le journal Rue Frontenac.
18 janvier 2010
Mes trois séismes
Voilà ce qui arrive quand on promet avec trop d'enthousiasme: je voulais être de retour avec un billet dès le 16 janvier, mais plus de 600 courriels à rattraper plus tard, je me suis rendu à l'évidence que je n'y arriverais pas.
Au retour de mes vacances des Fêtes, trois séismes m'attendaient: un vrai physique, un intellectuel et un émotif.
Haïti
Le vrai tremblement de terre qui a frappé Haïti ne peut laisser personne indifférent. Il fait bon de voir les mouvements de solidarité qui se développent.
Mais pourquoi faut-il que les interprétations délirantes de quelques preachers en mal de visibilité viennent ajouter au désastre? Même si dieu existait, il n'aurait pas grand-chose à voir avec le cours de la nature. Arrêtons de perdre notre temps à prêter des intentions au mouvement des plaques tectoniques et concentrons-nous sur l'aide aux victimes.
Homophobie
Séisme intellectuel quand j'apprends le contenu d'une lettre publiée dans le Soleil de Québec du 9 janvier 2010 par quatre anciens professeurs de philosophie dont les noms ne valent pas d'être rappelés tellement ils méritent d'être oubliés.
Ces quatre personnes s'en prennent à la politique québécoise de lutte contre l'homophobie et se permettent d'affirmer haut et fort la supériorité de l'hétérosexualité. Je n'aurai pas la politesse de Laurent McCutcheon qui dans sa réplique leur donne le droit de penser ce qu'ils veulent.
Il est fort désolant que des êtres supposément intelligents puissent tenir publiquement un discours aussi absurde consistant à dire que si la majorité des gens sont hétérosexuels, c'est parce que cette orientation est supérieure aux autres. Et quand la majorité des gens croyaient que la terre était plate, c'était une idée supérieure, je suppose?
Ces quatre individus sont la preuve éclatante du besoin essentiel que constitue le plan de lutte contre l'homophobie. Et non, je ne crois pas qu'en 2010 on ait le droit de croire que l'hétérosexualité est supérieure à l'homosexualité. Savez-vous bien que même si 100 % des êtres humains étaient homosexuels, l'avenir de l'espèce ne serait nullement en danger parce que tout le monde connaît les mécanismes de la reproduction.
Non, on n'a pas le droit de procéder à un négationnisme incroyable pour refuser la normalité de l'homosexualité. Non, on n'a pas le droit en 2010 de dire que les droitiers sont supérieurs aux gauchers. Non, on n'a pas le droit en 2010 de dire que la terre est plate.
Un grand homme
J'ai aussi appris le décès de l'écrivain Bruno Roy. Je ne le connaissais pas personnellement bien que je l'aie rencontré à quelques reprises. C'est un homme remarquable qui a reconstruit sa vie après avoir été victime de la Grande Noirceur. En effet, il faisait partie de ceux qu'on a appelés les orphelins de Duplessis, ces enfants qu'on a classés comme déficients mentaux juste pour obtenir des subventions et à qui on a refusé l'éducation. On en a aussi abusé et on les a traités en esclaves.
Bruno Roy a su traverser ces épreuves, montrer à tous quel homme brillant il était en publiant des essais, des romans et des poèmes et en prenant la défense de ces victimes oubliées. Bruno Roy a aussi défendu fièrement les écrivains québécois en assumant pendant plusieurs années la présidence de l'Union des écrivaines et écrivains québécois.
C'est avec grande émotion que je pense à lui, et nous devons le remercier pour cette humanité qu'il a contribué à renforcer dans la société québécoise.
24 décembre 2009
Aristéraphobie
La peur, la haine, en fait le mépris des gauchers est probablement plus tenace et plus insidieux que celui des gais. En effet, il n'y a encore aucun organisme qui ait établi à quel point les gauchers sont victimes de discrimination, et cela de la façon la plus banale et la plus naturelle.
Par exemple, les assureurs savent que les gauchers ont plus d'accidents que les droitiers. Ils en tiennent compte dans leurs calculs, mais ils prétendent ne pas savoir pourquoi il en est ainsi. C'est pourtant fort simple: la signalisation, les renseignements, les outils sont tous faits pour des droitiers. Si tous les droitiers étaient obligés demain matin de se servir d'outils pour gauchers, combien pariez-vous que ce seraient eux qui auraient le plus d'accidents? Combien pariez-vous que l'on saurait immédiatement pourquoi?
Trouver des ciseaux pour gaucher au Québec est une véritable course à obstacles. Et quand on arrive enfin, ça coûte une fortune. Pourtant, en Angleterre, on en trouve dans n'importe quel supermarché au même prix que les autres ciseaux.
Il n'existe pas à proprement parler de montres pour gaucher au Québec. J'ai eu beau chercher, je n'en ai trouvé nulle part. Quand j'ai fait cette demande à une dame qui tient bijouterie pas loin de chez moi, elle m'a répondu: «Ça n'existe pas!» J'en ai pourtant vu en Angleterre. «Sont-ils plus gauches que nous, a-t-elle plaisamment répliqué?» Je me suis retenu de lui dire ce que j'ai pensé et que je pense toujours: Non, ils sont surtout plus évolués!
Certes, j'ai réussi à trouver de très grosses montres bracelets disposant d'un remontoir du côté gauche. On m'a expliqué que ce sont des montres sport pour les personnes qui font des sports extrêmes. Le remontoir se retrouve alors à l'intérieur du bras et ne risque pas d'être arraché dans un mouvement ou dans un frottement.
J'ai aussi vu sur le Net des montres qui tournent à l'envers du sens des aiguilles d'une montre habituelle, mais avec le remontoir à droite. C'est sans doute l'invention d'un droitier. Les gauchers ne veulent pas de montres qui tournent à l'envers, même s'ils brassent leur soupe ou leur café dans le sens inverse des aiguilles d'une montre. Ils sont habitués à lire les horloges et ils ne veulent pas non plus que le soleil se mette à tourner d'Ouest en Est.
Ils veulent simpelment des montres avec le remontoir à gauche, qu'ils pourront porter sur leur bras droit et dont ils pourront ajuster l'heure facilement de leur main gauche.
Dans les 10 dernières années, j'ai systématiquement compté le nombre de gauchers dans mes classes. Nous formons environ 15% de la population. Des industriels intelligents fabriqueraient des objets pour gauchers dans une proportion de 15 %. Nous devrions exiger que tous les outils soient fabriqués pour les gauchers dans une proportion de 15 %.
Même si nous sommes beaucoup moins maladroits que les droitiers ne sont malagauches, je ne vois pas pourquoi nous ne pourrions pas avoir des outils qui nous sont adaptés.
Mettons fin à l'aristéraphobie!
Là-dessus, passez de belles Fêtes et une année 2010 heureuse!
En passant, 2009 n'est pas la dernière année de la décennie, c'est 2010 qui le sera. Une décennie ça comprend 10 ans. L'année 2000 était la deux-millième, donc elle fait partie de la décennie 1991-2000. On a beau avoir des ordinateurs, on dirait que plus personne ne sait compter.
De retour aux billets le 16 janvier 2010 !
6 décembre 2009
La transformation du gouvernement en gouvernance conduit au cynisme des politiques qui conduit au cynisme des citoyens
Une lettre ouverte de 20 médecins de la région de la Côte-Nord a semé l'émoi dans la population. S'opposant à l'exploitation d'une mine d'uranium, les médecins en question annoncent leur départ si le projet va de l'avant.
Le gouvernement ne bronche pas.
Depuis de nombreuses semaines, tout le monde ou presque réclame une enquête publique sur l'industrie de la Construction au Québec. Le gouvernement ne bronche pas: business as usual.
Depuis des mois, on se prépare à la conférence de Copenhague sur l'environnement. On devrait, si on a un peu de bon sens, y adopter des mesures supérieures à celles prévues par le protocole de Kyoto. Le premier ministre canadien s'y rend pour la forme et on ne s'y entendra que sur des objectifs généraux et les plus lointains possible.
Y a-t-il révolte dans les rues du Québec et du Canada? Non. Parce que le gouvernement administre. Il fait sa job. Il correspond à la définition de la gouvernance, cette nouvelle maladie gestionnaire qui consiste à remplacer le bien commun par le chiffre et l'intérêt pour ses semblables par son intérêt personnel.
1er décembre 2009
Banques et financiers: plus ça change, plus c'est pareil
La crise financière devait changer les attitudes et les procédés. Ne devait-on pas à l'avenir être plus prudent? Même le président Sarkozy disait qu'il fallait réformer le capitalisme.
Mais force nous est de constater que, si on chasse le naturel, il revient au galop. On apprend que les investisseurs courent encore après le succès rapide, que les papiers commerciaux redeviennent populaires et que les primes données à ces chevaliers de la finance qui jettent les masses sur le pavé augmentent de plus belle.
Quand on lit dans le Monde du 28 novembre que deux dirigeants d'un fonds s'en tireront avec 40 millions d'euros, on a la moutarde qui monte au nez.
23 novembre 2009
Confusion et renversement des culpabilités écologiques
La semaine dernière, le Fonds de Nations unies pour la population émettait un avis selon lequel la diminution de la population était nécessaire à la réduction des gaz à effets de serre.
Non seulement, on ne s'en prenait pas à la bonne cible, après tout, c'est la production énergétique et industrielle qui sont les premières responsables des gaz à effets de serre, mais en plus
1. On confond les objectifs
Le but de la réduction des gaz è effets de serre est de rendre la vie humaine possible, et non de réduire le nombre d'humains juste pour obtenir un calcul de gaz moindre.
2. On renverse les culpabilités
La pollution est renvoyée à l'existence individuelle et à la responsabilité personnelle alors qu'elle dépend d'une démarche collective. Seuls les États peuvent contraindre l'industrie à des productions raisonnables, viables et durables.
À tout le moins, le coordonnateur pour la santé maternelle au Fonds en question reconnaît que le développement des pays suffit à faire baisser la natalité parce que les familles dont le mode de vie s'améliore régulent leurs naissances d'elles-mêmes.
Le Monde publiait le 18 novembre 2009 un article heureusement critique sur cette annonce un peu excessive. Je vous y réfère: Limiter, les naissances, un remède au péril climatique?
16 novembre 2009
C’est renversant, mais pourquoi ne sommes-nous pas étonnés?
La droite de la droite
J’écoutais la radio samedi dernier alors que j’étais en voiture avec mon conjoint. On entendait parler monsieur Éric Sicaire, pardon Caire (la tentation du mot facile était trop forte), dire que l’ADQ n’était plus assez à droite à cause de son chef, monsieur Gilles Taillon.
Gilles Taillon, ancien président du très néolibéral Conseil du patronat du Québec, pas assez à droite ? Qu’est-ce qu’il lui faut ? Je croyais rêver. J’ai demandé à être pincé, mais non, je ne me suis pas réveillé, monsieur Caire continuait à dire que l’ADQ n’étant pas assez à droite, il fallait un vrai parti de centre-droite. Depuis quand le centre-droite est-il à droite de la droite ? C’est à n’y rien comprendre.
L’environnement qu’on lâche
On apprend que les États du monde vont finalement s’entendre sur de grands principes et refuseront de s’engager de manière contraignant à Copenhague, qui devait pourtant servir de nouvelle voie à suivre en décembre prochain, qui devait pourtant aller plus loin que l’accord de Kyoto.
La gestion à courte vue l’aura encore emporté sur le bon sens. C’est avec l’avenir de l’humanité que l’on joue ainsi. La planète peut bien crever, il ne faut surtout pas gêner l’économie qui est en reprise après cette grave crise économique, dont on n’aura retenu aucune leçon.
Homophobie et ignorance bien intentionnée
Devant la possibilité d’accorder le droit aux couples de même sexe d’adopter des enfants, les associations catholiques de France et de nombreux députés de droite se prononcent haut et fort pour le droit de l’enfant à avoir un père et une mère.
C’est de l’homophobie flagrante et c’est de l’aveuglement volontaire. Depuis quand une famille est-elle composée uniquement d’un père, d’une mère et d’un enfant? Les cas de figure sont très nombreux et les enfants qui ont disposé de ce fameux modèle sont surtout les enfants de familles de classe moyenne des années 50.
Les merveilleuses familles dont les parents sont un père et une mère ont souvent été des familles dont le père était presque toujours absent. Faut-il obliger les deux parents à toujours être là pour respecter le droit de l'enfant à avoir un père et une mère? Faudra-t-il obliger les veufs et les veuves à se remarier? Pendant qu'on y est, il faudrait bien interdire le divorce aussi!
Ces trois situations sont si absurdes qu'on ne sait si on doit rire ou pleurer. Mais le plus triste est que nous continuons nos petites affaires comme si de rien n'était. Et c'est ce désabusement qui m'inquiète le plus.
9 novembre 2009
Dérives néolibérales : Où sont passés les citoyens?
L’autre jour, j’écoutais la radio et j’entendis une personne d’un service de santé parler des clientèles à rejoindre pour la vaccination. Ça m’a frappé tout à coup, ce glissement de « population à risques » vers clientèle.
Puis je reçois par un organisme le lien sur l’aide à la décision préparé par le ministère de la Santé et des Services sociaux pour Services Québec (autrefois Communications Québec). Cliquez ici pour voir ce lien.
Vous noterez que l’on vous réfère au Centre des relations avec la clientèle de Services Québec.
L’an dernier, l’un des membres du comité de vérification de mon syndicat parlait des membres de l’exécutif comme de prestataires de services pour le syndicat.
On entend déjà depuis longtemps les représentants des universités et des cégeps dire qu’ils sont à la recherche de nouvelles clientèles.
Il n’y a plus d’étudiants, il n’y a plus de population, il n’y a plus d’élus, il n’y a plus de membres, il n’y a plus citoyens. Il n’y a plus que des donneurs de services d’un côté et des clients ou consommateurs de l’autre.
Quand la confusion est dans le vocabulaire, elle n’est pas loin d’être accomplie dans la pensée. Ça donne à réfléchir.
J’ai dû, par exemple, corriger un membre du Comité consultatif sur la nomination de la rectrice ou du recteur de l’Université de Montréal qui me disait qu’il n’y avait pas de mal à se préoccuper de la clientèle étudiante puisque c’est elle qui finance l’Université.
Eh bien si, il y a du mal à se préoccuper de la clientèle étudiante. Les étudiants sont la raison d’être de l’Université. Ils n’en sont pas des clients. Ce n’est pas un service à leur rendre que de les considérer comme des consommateurs. Il faut plutôt les considérer comme les sujets de leur processus d’apprentissage. Je n’entre pas en relation avec des clients, mais bien avec des groupes d’étudiants en classe et avec des étudiants particuliers, des personnes, quand je les rencontre individuellement.
La marchandisation des relations humaines nous prive de la finalité de nos rapports. Il ne s’agit pas de s’échanger des biens et des services, mais de travailler ensemble à construire un monde meilleur, aussi local et restreint que soit notre niveau d’intervention.
N’est-il pas préférable de penser en terme d’humains plutôt qu’en terme de clients ?
1er novembre 2009
La grippe : tempête récoltée
Il y a plus d’un an que l’on parle de la grippe née porcine, devenue depuis A H1N1. Les divers gouvernements, les Institutions de toutes sortes, nous ont demandé pendant tout ce temps de nous préparer à réagir. Tous se sont dits en train de se préparer. Tous ont dit qu’ils feraient ce qu’il faut pour commander les vaccins nécessaires. Tous se sont dits inquiets que la population ne soit pas assez prête.
L’heure de la vaccination arrive. C’est le moment de prendre les mesures pour éviter la contagion. Peut-on s’étonner que la population s’impatiente alors qu’elle se fait bassiner depuis plus d’un an avec la nécessité de prendre des précautions? Et qui n’est pas prêt? Les gouvernements et les Institutions.
Décidément, cette histoire de grippe me rappelle une certaine histoire de gouvernance : on blâme la paille dans l’œil de l’autre, et on ne voit pas la poutre dans le sien.
13 octobre 2009
Étrange humanité: les frontières de genre
Avez-vous remarqué que, souvent, dans les rencontres de groupe, les hommes ont tendance à se regrouper d'un côté et les femmes de l'autre? Cela est peut-être dû à la façon dont nous sommes socialisés.
Cela m'a frappé vendredi dernier, lorsque j'ai assisté à un atelier sur le harcèlement psychologique dans le cadre du 2e Forum social québécois.
La quarantaine de personnes qui y assistaient se sont réparties très précisément entre, si on regarde vers l'avant de la salle, le côté droit pour les hommes et le côté gauche pour les femmes.
J'en suis encore perplexe.
25 septembre 2009
La gouvernance ironique : Lettre ouverte à madame Michelle Courchesne, ministre de l'Éducation, du Loisir et du Sport
Madame Courchesne,
Mercredi soir, le 23 septembre 2009, je regardais en reprise la période des questions à l'Assemblée nationale.
La porte-parole de l'opposition en matière d'éducation, madame Marie Malavoy, vous posait une question sur les augmentations de salaires importantes et rétroactives à l'Université de Montréal.
Votre réponse m'a sidéré. Vous disiez que ce genre de problème serait réglé par le Comité des ressources humaines prévu par le projet de loi sur la gouvernance.
Or, c'est tout le contraire puisque, justement, c'est le comité des ressources humaines de l'Université de Montréal qui a approuvé ces augmentations comme l'a affirmé la chancelière de l'Université de Montréal, madame Louise Roy, dans une lettre parue dans le DEVOIR (page A-9), cette même journée du 23 septembre.
Donc, on peut comprendre qu'un comité des ressources humaines correspondant à ce qui est prévu dans le projet de loi, et comme s'en est doté l'Université de Montréal depuis 2007, n'hésitera pas, parce qu'il est rempli de personnes externes à l'Université, à considérer les dirigeants de l'Université comme des entrepreneurs et à leur octroyer de fortes hausses salariales tout en laissant pour compte le menu fretin que sont les employés : professeurs, chargées et chargés de cours, employés de soutien, employés d'entretien, auxiliaires d'enseignement, auxiliaires de recherche, etc.
19 septembre 2009
La dépendance
Mon ordinateur personnel est kapout. Je ne puis plus émettre de courriels à partir de chez moi. Je ne puis plus travailler sur les dossiers du Syndicat à partir de chez moi.
Ça fait un bon prétexte pour se reposer ou pour s'occuper de ses propres affaires, direz-vous. Mais, il y a pire: je ne puis pas non plus consulter mes albums de photos; je ne puis réviser ma liste de livres ou de disques; je ne puis payer mes factures à partir de la maison, et surtout, je ne puis pas travailler sur mon prochain livre, chose que je ne fais qu'à partir de chez moi.
Bon, vous allez me dire: «Achète-toi un autre ordi!» C'est ce que je m'empresserai de faire dès que j'aurai une minute. Mais...
Mais, cela nous fait rendre compte du degré de dépendance extrême que nous avons envers la technologie électronique. Rappelez-vous vos soft disk des années 80. Plus personne ne peut les lire aujourd'hui. Qu'est-ce qui me garantit qu'on sera capable de décripter mes CD dans 50 ans? Rien ni personne.
Mais, on est encore capable de lire les manuscrits de la mer Morte. Ça donne à réfléchir.
30 août 2009
Le retour de l’aristocratie
L’affaire Vandal, le pdg d’hydro-Québec qui a voulu donner des centaines de milliers de dollars à des collèges privés, montre bien l’inanité des projets de loi de la ministre Courchesne (ministre de l’Éducation, des Loisirs et du Sport) concernant la gouvernance des cégeps et des universités.
En effet, Hydro-Québec est régie, quant à sa gouvernance, par une loi semblable à celles que la ministre veut imposer aux établissements d’enseignement post-secondaires. Or, la présence de membres dits «indépendants» (que l’on devrait plutôt appeler externes) n’a pas empêché la décision incongrue d’un dirigeant d’une société d’État de faire dévier des fonds publics vers des organismes privés. C’est la connaissance du public qui l’a fait revenir sur sa décision.
Un grand bonze des finances aux États-Unis, Warren Buffet lui-même, démolit assez clairement ce rôle de «sages» des externes. Il se base sur le fait qu’il a rencontré près de 250 personnes ayant joué ce rôle. Je le cite : «Ces personnes, aussi honnêtes et intelligentes qu’elles fussent, n’en savaient tout simplement pas assez sur l’entreprise ou ne se préoccupaient pas suffisamment des actionnaires pour contester des achats farfelus ou des compensations énormes.» (Buffet, Warren, «Letter to shareholders», in Berkshire Hathaway Annual Report, 2002)
Le fait de nommer des administrateurs venant d’entreprises diverses ne garantit en rien une gestion éthique, mais favorise bien les échanges de services entre gens «de bonne famille».
Ajoutons à cela les cinq universités (d’Alberta, de Colombie Britannique, de Montréal, McGill et de Toronto) à fort volume de recherche qui prétendent mériter à elles seules l’essentiel des subventions pour les cycles supérieurs et qui veulent laisser l’enseignement de premier cycle aux autres, et nous avons un autre bel exemple des dérives aristocratiques de nos sociétés.
7 août 2009
Y a-t-il des viols pires que d’autres?
Dans la semaine qui finit, j’ai entendu à la radio de Radio-Canada des nouvelles concernant la guerre en ex-République démocratique du Congo. On y disait que la violence s’intensifiait, que le viol était utilisé comme arme de guerre et qu’on signalait même des cas de viols d’hommes.
Un article faisant état d’une enquête d’Oxfam et publié sur le site de l’Organisation de la presse africaine ( Oxfam : viols et tortures) contient le paragraphe suivant :
« Les femmes sont les plus menacées par ce type de violences, mais des viols d’enfants, parfois âgés de quatre ans, ont également été rapportés dans plus de la moitié des communautés interrogées. Dans trois des vingt communautés, les personnes interrogées ont signalé des cas de viols d’hommes, notamment huit cas dans une communauté du Sud Kivu. »
Notez la progression : on parle d’abord des femmes, puis des enfants, ensuite des jeunes enfants et enfin des hommes. Huit hommes dans une certaine communauté, cela semble surpasser les centaines de femmes et enfants violés ailleurs.
J’ose espérer que là n’est pas l’intention des auteurs, mais la structure de leur énoncé induit cette analyse.
De tout temps, les guerriers se sont servis du viol. De tout temps, les vainqueurs, et les agresseurs, ont violé femmes et enfants ainsi qu’un certain nombre d’hommes. On n’en parlait jamais, on en parle un peu plus aujourd’hui, mais en quoi le viol d’un homme est-il plus grave que celui d’une femme ou d’un enfant?
Le viol est une atrocité. Ce n’est pas faire l’amour, c’est faire « la haine » comme le disait un personnage du film Mourir à tue-tête de la réalisatrice Anne-Claire Poirier (paru en 1979).
Les mercenaires de tout poil ont toujours compté les rapines et les viols comme leur butin. Les généraux vicieux ont souvent utilisé le viol comme arme de démoralisation des populations envahies et terrorisées. Cela a toujours été parfaitement odieux et ne le devient pas davantage parce que des hommes sont touchés.
Ce n’est pas d’hier qu’est née la nécessité d’être pacifiste et antimilitariste. Ce n’est pas non plus avec le viol des hommes que commence la condamnation de ce crime. Comme on dit en anglais : « un crime est un crime est un crime ».
31 juillet 2009
Leçons parisiennes
Mon conjoint et moi sommes rentrés de notre plus récent séjour parisien depuis moins d’une semaine et rêvassons encore sous le charme de notre destination préférée. Outre le fait d’avoir apprécié notre passage dans le 13e arrondissement à l’architecture hétéroclite, je voulais communiquer mon enthousiasme pour deux des activités culturelles qui nous ont plu.
D’abord, le film Sans rancune du réalisateur Yves Hanchar mettant en vedette Thierry Lhermitte, dans un rôle sérieux, avec le jeune et talentueux Milan Mauger. Une histoire d’initiation à la vie, d’éducation, de découverte de la réalité, de l’Histoire, de la Littérature, des grandeurs et des misères des humains.
Le personnage d’enseignant joué par Lhermitte est à la fois rébarbatif et séduisant, loin des caractéristiques faciles, convenues et racoleuses du prof de Dead Poets Society. Le jeune qui a tout à découvrir est solide et crédible. C’est un film excellent à tous points de vue, auquel je ne ferais qu’un seul petit reproche : une phrase égarée vers la fin. Le scénariste fait dire à un personnage : « Tu sais bien que ce n’est pas la vérité qui est important! » Or, c’est une erreur qui contredit les faits mêmes du film. Il aurait juste fallu préciser que la vérité est importante, mais l’usage qu’on en fait l’est davantage.
En effet, c’est grâce à la découverte de la vérité que le jeune personnage comprendra la valeur essentielle de la Littérature, ce mensonge qui sert justement à dire la vérité, comme l’écrivait si bien Cocteau. Et c’est cette vérité qui affermira la vocation du jeune.
Outre cette petite incohérence, le film est parfait et je ne peux qu’encourager tout le monde à courir le voir si, par bonheur, il atteint les écrans québécois.
Deuxièmement, l’exposition sur Gustave Eiffel à l’Hôtel de ville de Paris. Les habitués de la ville Lumière savent que la mairie de Paris organise régulièrement des expositions gratuites en ses murs. Après celle sur le Petit Nicolas (de Sempé et Goscinny, pas celui de l’Élysée) que nous avons hélas ratée, nous avons eu droit à une fort instructive présentation des travaux du père de la dame en dentelle de fer, la tour Eiffel.
Le jeune Gustave se destinait à la succession de son oncle Jean-Baptiste Mollerat à la tête d’usines chimiques. Une brouille familiale a mis fin à ses projets et il se destina à l’École polytechnique, où il fut refusé. Que de hasards il fallut pour nous fournir ce génie de l’ingénierie civile! Comme quoi, il y a parfois du bon à aller là où l’on n’est pas attendu et à s’écarter des projets familiaux.
Outre cette leçon anecdotique, on appréciera les magnifiques dessins d’Henri Rivière qui présentent des visages différents de Paris selon les saisons avec toujours la tour Eiffel quelque part dans le décor. Les peintures de Delaunay, Léger et d’autres ainsi que de belles photos montrant la tour sous l’orage complètent aussi l’exposition. Une visite emballante et gratuite!
10 juillet 2009
Nouvelles nouvelles
Dans son livre, Le métier de journaliste, Pierre Sormany donne quatre caractéristiques à la nouvelle : vérité, nouveauté, signification et intérêt.
Tout le monde est en mesure de comprendre facilement les notions de vérité et de nouveauté. La question de l’intérêt est plus mitigée parce que ce dernier varie d’un groupe à un autre, d’un individu à un autre. La signification est aussi un peu plus compliquée à expliquer, mais il s’agit essentiellement de la façon dont l’information constitue un point de repère, une donnée qui permet de se situer dans le monde ou de l’interpréter. On pourrait parler de la valeur, ce qui est différent de l’intérêt, car on peut s’intéresser à des choses de peu de valeur et en être conscient.
Prenons deux nouvelles traitées récemment dans le monde médiatique et demandons-nous dans quelle mesure on a servi l’intérêt du public.
Premièrement : la mort de Michael Jackson. Certes, c’est un fait d’intérêt qui trouve sa signification pour toute une génération qui a connu ses grands succès dans les années 80. Pour ces personnes, une page importante de leur histoire vient d’être tournée.
Cela avait donc toutes les caractéristiques d’une nouvelle. Était-il cependant nécessaire d’occuper les 10 ou 15 premières minutes du téléjournal avec cette affaire? Les funérailles grandioses qui ont suivi sont-elles vraiment de la nouvelle?
Le journalisme ne transmet pas que de la nouvelle. Il y a le reportage qui décrit des événements, leur contexte, leur origine, leur conséquence. Il était donc possible de prendre du temps pour rendre compte de certains faits, du déroulement de certains événements. Toutefois, le journal télévisé, surtout ses premières minutes, ne devrait-il pas être réservé aux nouvelles justement? Le reportage in extenso ne devrait-il pas se retrouver dans la partie « magazine » des infos?
En zappant, je suis tombé sur une chaîne où l’on montrait pendant de très longues minutes une ambulance en train de reculer, ambulance qui devait récupérer le corps de Michael Jackson, ou qui devait le contenir. Était-ce de la nouvelle? Non. Était-ce du reportage? J’en doute. La marche arrière d’une ambulance ne me paraît pas un événement digne d’être rapporté. Le public, sauf voyeur, n’y a rien gagné.
Deuxièmement : la communion de monsieur Harper aux funérailles de Roméo Leblanc. Les médias ont fait tout un plat du fait que le premier ministre a saisi l’hostie et l’a dissimulée derrière une feuille de papier plutôt que de l’avaler selon le culte catholique.
C’est nouveau, c’est vrai, c’est sans grand intérêt, sauf pour les catholiques, mais cela a sans doute une signification quant à l’importance que le monsieur accorde aux rites qui lui sont étrangers. Cela dit, une nouvelle qui est répétée des dizaines de fois n’est plus une nouvelle, et c’est ce qu’on répond aux enfants qui nous chantent quinze fois qu’ils ont vu une girafe au zoo.
L’été est un beau prétexte pour gonfler des affaires qui, en d’autres temps, n’occuperaient que peu d’espace. Hélas, ce n’est pas parce qu’il se passe moins de choses en été qu’en hiver. C’est plutôt parce que la disponibilité du monde médiatique est moindre et que la recherche est réduite à la portion congrue. C’est ce qui nous vaut ces « nouvelles » nouvelles.
4 juillet 2009
Le sens des mots
Quand on se satisfait d’approximations dans le vocabulaire, on entretient la confusion; les mots perdent leur sens et les concepts en sont affectés, ce qui rend les victimes de ces ambiguïtés hautement manipulables.
J’en veux pour preuve trois exemples trop souvent rencontrés : les mots ironie, opinion et ami.
La confusion entre ironie et sarcasme est si fréquente chez mes étudiants, que j’ai du mal à la déloger. Pourtant, ni l’intention ni la forme ne sont les mêmes. Le sarcasme est une attaque directe à quelqu’un dans le but de le ridiculiser. Il peut faire appel à l’ironie, mais pas nécessairement.
Exemple : « Antonio et la vérité sont comme l’huile et l’eau, même en les agitant très fort, on ne peut les garder ensemble plus d’une fraction de seconde. » C’est du sarcasme, mais ce n’est pas du tout de l’ironie.
L’ironie consiste à dire quelque chose pour faire entendre le contraire.
Exemple : « Tout le monde sait que je déteste les livres. » C’est de l’ironie, parce que tous mes amis savent qu’il y a tant de livres chez moi que je ne sais plus où les mettre. Il n’y a là aucun sarcasme.
L’intention du sarcasme est d’attaquer et de ridiculiser. L’intention de l’ironie est d’amuser par jeu de contraires. On peut bien sûr attaquer par ironie, mais quand j’entends dire qu’il y a de l’ironie dans l’expression « Tu devrais utiliser plus souvent le Power Point si tu ne veux pas endormir ta classe », je constate qu’on ne sait pas ce que signifie l’ironie. (En passant, moi, c’est le Power Point qui m’endort.)
Passons à l’opinion. Sans doute la mode des sondages, sans doute la pratique pléthorique du texte dit « d’opinion » au secondaire ont-ils conduit nombre de gens à confondre le sentiment, la préférence et l’opinion.
Une opinion est une orientation prise à la suite d’une réflexion en fonction d’arguments. Voter pour monsieur Harper parce qu’il a une belle cravate n’a rien d’une opinion. Dire que Ronaldo est plus beau que Jacques Dupuis n’est qu’un sentiment, partagé par beaucoup sans doute.
Exemple d’une opinion : « Je suis contre la peine de mort parce qu’elle n’a aucun effet dissuasif et parce qu’elle perpétue le cycle du meurtre. » L’opinion se justifie par des arguments.
Prétendre que l’opinion est la même chose que le sentiment permet de croire que toutes les opinions se valent, ce qui est manifestement faux. L’opinion d’une personne éclairée a certainement plus de valeur, si les arguments sont bien compris, que l’opinion d’une personne ignorante. Et les supposés sondages d’opinion ne sont en fait que des sondages de préférences.
Finalement, c’est Facebook qui me suggère le dernier mot dont je veux traiter. Les « amis » de Facebook ne font sourciller personne et pourtant, être l’ami de quelqu’un, cela signifie bien plus que de figurer dans son carnet d’adresses. Pour être un ami, il faut connaître un peu la personne et partager avec elle des intérêts et des activités. L’ami, c’est celui que vous pouvez appeler en pleine nuit si vous avez un problème.
Personne ne peut avoir 200 amis. Mon père me disait que les amis se comptent sur les doigts d’une seule main. Et il avait bien raison.
Il est bien triste que l’on galvaude ainsi le nom et le rôle d’ami, qui est si rare et si précieux.
Cela dit, il y a bien d’autres mots pour caractériser les personnes avec qui on entretient divers types de relations. J’aime beaucoup discuter et échanger avec les 1200 correspondants de mon profil Facebook. Ce sont des correspondants, et cela ne leur enlève pas leurs qualités humaines.
Et toutes les personnes avec qui j’ai la chance de militer sont des camarades qui partagent des objectifs communs. C’est la base même de la camaraderie, avoir quelque chose à partager.
Eh bien, chers camarades, je suis heureux de partager avec vous ces quelques précisions. Les mots ont un poids qui n’est pas innocent.
22 juin 2009
Les obsessions conservatrices
On apprenait dans le Devoir des samedi 20 et dimanche 21 juin 2009 que non seulement les conservateurs ne revenaient pas sur leur déclaration à l’effet que la peine de mort est acceptable si elle est votée dans un pays démocratique, mais qu’ils en rajoutaient.
La peine de mort, cela est vérifié partout, n’a aucun effet dissuasif. Les pays qui la pratiquent ont souvent un taux d’homicides plus élevé que ceux qui ne la pratiquent pas.
Mais ce n’est pas la plus importante raison pour la rejeter. Il y a bien sûr le fait que l’on risque parfois d’exécuter un innocent. En sauver un seul devrait suffire à nous convaincre. Mais il y a surtout la contradiction logique évidente entre la sanction et la chose sanctionnée. Quand on exécute un meurtrier, on ne lui donne pas une leçon; on prouve qu’on n’est pas mieux que lui et qu’on pratique aussi le meurtre.
La peine de mort ne satisfait que les vengeurs et les sadiques.
Dans un ordre d’idées semblables, j’ai reçu à la maison une publicité du député conservateur Gord Brown. Affichant la photo d’une petite fille habillée comme une femme, cela me semble d’ailleurs une image de type pédophile, la feuille affirme : le Bloc préfère les sentences bonbons! On veut dénoncer le fait que le Bloc Québécois n’ait pas voté pour le projet de loi C-268 qui prévoit des peines minimales pour les criminels qui s’en prennent aux enfants.
Le haut du feuillet donne le message suivant : « Le gouvernement conservateur protège les victimes et travaille pour contrer les criminels qui s’attaquent aux enfants. » Encore une fois, on fait fausse route et on s’intéresse aux instincts vengeurs. Il n’y a aucune protection contre les victimes dans des lois plus sévères. Il n’y a que de la vengeance et du sadisme. Si vous voulez protéger les victimes, travaillez dans le sens de la prévention!
Tout le reste n’est qu’obsession conservatrice, fort malsaine qui pis est.
15 juin 2009
Perspective historique
On répète souvent que « Qui ne connaît pas l’histoire est condamné à la répéter » et pourtant l’air du temps, obsédé par le présent, n’est pas du tout à ce genre de perspectives.
Quand on parle de commémorer Stonewall par exemple, certains osent prétendre que, puisque nous n’en sommes plus là, il faudrait passer à autre chose. On retrouve là la naïveté individualiste de certaines femmes qui croient que le féminisme n’est plus nécessaire. Comme si les acquis étaient là pour toujours.
Pourtant, la Société pour l’étude de la sexualité humaine de Magnus Hirschfeld a déjà compté 100 000 membres à la fin des années 20 du siècle dernier. C’est pourtant sa bibliothèque que l’on voit flamber quand on cherche une image des tristement célèbres autodafés dont les nazis ont été les instigateurs. Les droits dont vous disposez aujourd’hui sont toujours menacés de recul si vous n’êtes pas attentifs. L’illusion de la protection individuelle fait perdre toute perspective et le fait que vous soyez bien dans votre confort personnel n’est en rien une garantie que le groupe auquel vous appartenez soit exempt de danger.
La question se pose aussi pour l’ensemble des groupes que l’on dit progressistes aujourd’hui. Il faut se rappeler que le concept de « progrès social », bien développé au XIXe siècle, était lié à une croyance dans la marche inéluctable de l’Histoire à la suite des travaux de Hegel. Or, s’il est une chose que le XXe siècle a montré, c’est bien que l’Histoire n’est pas prévisible. La croyance mécaniste héritée du XVIIIe siècle a été battue en brèche par les théories du chaos déterministe. Le monde est déterminé, mais imprévisible et l’Histoire, en tant qu’aventure humaine, n’est pas orientée dans un sens particulier.
C’est pourquoi il convient, en se référant à la perspective historique, de nous demander si les voix de gauche ont toujours intérêt à se dire progressistes. En tout cas, si progrès il y a, il doit venir de notre action et certainement pas d’un Grand Soir inévitable.
7 juin 2009
Pas de quoi tuer sa mère
Le fameux film J’ai tué ma mère, précédé d’un battage médiatique exceptionnel, est enfin arrivé sur nos écrans. On n’a pas su résister, et l’on s’y est présenté dès la première journée.
Avec un titre pareil, on s’attendait à une mère complètement folle, du genre à collectionner les 6 parce que ça rappelle le diable et du même souffle à envoyer ses enfants à l’église prier pour elle; du genre à mettre le feu à la maison du voisin parce que c’est le 6 avril; du genre à abuser sexuellement de son enfant de la toute prime enfance jusqu’à l’arrivée à l’école; du genre à mettre le feu à l’école du quartier le jour de l’anniversaire de son enfant en guise de cadeau; du genre à lui frapper la tête et à lui apprendre à débouler les escaliers « juste pour lui faire plaisir »; du genre à mettre un peu de mort-aux-rats dans sa viande; à tout le moins du genre de Folcoche dans Vipère au poing d’Hervé Bazin.
Mais, déception, ce joli film esthétique n’illustre que la banale opposition entre un ado et sa mère, comme il s’en trouve dans toutes les familles de banlieue.
Il faut savoir qu’on a aimé le film. Il est bien fait, les acteurs sont bons, surtout Anne Dorval.
Ce qui sauve cette œuvre cinématographique, c’est la fin, car si jusque-là on assiste à la confrontation de deux narcissismes, les scènes finales ramènent au rapport à l’autre et les personnages principaux se situent enfin dans la dimension sociale de leur existence. La crise de la mère est une pièce d’anthologie.
Finalement, Dolan, l’auteur, a bien raison de dire qu’il s’agit d’un film sur la réconciliation.
1er juin 2009
La plate réalité
ou
Chronique d’un promeneur
On se promène gentiment dans la ville. On en apprécie les beautés et on en supporte les laideurs en se disant que tout ça fait partie de la vie. Puis, on est brutalement ramené à la platitude et à la bêtise humaines.
Marchant dans une rue passante de Montréal, mon conjoint et moi notons que, de l’autre côté de la rue, une femme va son chemin dans la même direction que nous. Sous le soleil d’un bel après-midi, chacun vaque à ses occupations. Derrière nous, nous entendons alors vrombir un moteur, puis des klaxons insistants. Nous nous retournons et voyons deux hommes qui occupent l’auto en question. Le véhicule ralentit un peu à hauteur de la femme, klaxonne de plus belle et repart à toute allure.
Cette scène nous a ramenés 20 ans en arrière. Nous étions estomaqués. Il existe encore de ces êtres qui, non seulement considèrent les femmes comme du bétail, mais se font un devoir de le leur signaler. A-t-on besoin de commenter davantage? Souhaitons seulement que ce soit là l’exception qui confirme la nouvelle règle.
Deuxième choc du même après-midi, nous voyons sur un abribus un dessin d’un Jésus auréolé avec le message « Appels entrants illimités » pour la collecte de fonds du diocèse de Montréal. Le contraste entre la vétusté de l’imagerie et le caractère branché du texte ne laisse de frapper.
Mais, là où le bât blesse précisément, c’est que, oui, les appels entrants sont illimités, mais il n’y a jamais d’appels sortants. Que ferait-on d’un téléphone qui ne permet pas d’entendre quelque réponse que ce soit? A-t-on besoin de commenter davantage?
24 mai 2009
Le piège de la gouvernance
Vers la fin des années 90, j’ai vu apparaître un centre d’études sur la gouvernance à l’Université d’Ottawa. Je me demandais bien pourquoi on avait besoin du concept de gouvernance si on disposait déjà de la gouverne pour les individus et du gouvernement pour les collectivités.
L’idée s’est répandue de plus en plus, à tel point que les médias en sont maintenant gavés. Mais il semble que la notion recouverte par ce mot dont les apparences sont très vertueuses soit plutôt trouble. En effet, les références auxquelles on nous renvoie chaque fois qu’il est question de gouvernance sont celles de l’entreprise privée. On cherche à faire en sorte que les entreprises privées ne soient pas gênées dans leurs actions et qu’elles aient la liberté de manœuvre nécessaire pour accomplir leur mission sans interférence considérée comme indue.
En ce sens, le principe de reddition de compte se transforme en principe d’opacité. Les entreprises nomment, par des procédures prévues, des représentants d’autres entreprises à leur conseil d’administration. Ces membres de l’extérieur doivent être plus nombreux que les membres de l’intérieur afin d’éviter les conflits d’intérêt internes. Mais alors, à qui les administrateurs doivent-ils des comptes ? Aux actionnaires ? Et quel est l’intérêt des actionnaires sinon de ne trouver aucune entrave aux opérations fructueuses peu importe leur caractère plus ou moins éthique ?
L’importation dans la sphère publique des principes de la gouvernance a quelque chose de proprement monstrueux. Prenons pour exemple les projets de loi sur les collèges et les universités déposés l’automne dernier par la ministre de l’Éducation, des Loisirs et des Sports, madame Michelle Courchesne.
Ces projets de loi, dont on nous a annoncé qu’ils seraient repris bientôt cette année, calquent la formule des conseils d’administration des établissements d’enseignement sur le modèle des entreprises privées. Le prétexte utilisé est celui du cafouillage connu à l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Or, il est de notoriété publique que l’aventure immobilière de l’UQAM est due au manque de vigilance des administrateurs devant un projet de nature commerciale, qui avait été dénoncé par les représentants internes de la communauté. La solution Courchesne ? Laisser encore moins de place aux membres internes de la communauté et faire plus de place aux représentants de l’externe.
Il semble que le principe à la base de ces projets de loi soit le suivant : Moins on s’y connaît dans un domaine, plus on est apte à le gérer et à y prendre de bonnes décisions.
Le projet de loi sur la gouvernance des universités avalise la notion de candidatures confidentielles au poste de rectorat d’une université. Alors que les communautés se battent pour plus de transparence et de démocratie dans la gestion des établissements universitaires, le gouvernement veut imposer l’omerta sur la désignation du principal dirigeant.
Tout ça se fait sous le prétexte d’une meilleure reddition de compte ! Il faut le faire !
Dans la population, on fait des gorges chaudes avec la mésaventure de l’UQAM. Et quand nos politiciens à la petite semaine promettent de « mettre de l’ordre là-dedans », on sent la gouaille dans toutes les tribunes téléphoniques. « Enfin, entend-on, on va calmer les pelleteux de nuages ! » La seule chose qu’on oublie, c’est que ce ne sont pas les pelleteux de nuages qui ont mis l’UQAM dans le trou pour parler comme ces interlocuteurs, mais bien les merveilleux entrepreneurs que l’on va payer pour être plus nombreux encore au conseil d’administration.
Autre chose étrange, les administrateurs des conseils d’université seront désormais rémunérés et ils décideront eux-mêmes de leur rémunération. Comme processus de transparence et de reddition de comptes, on a déjà vu mieux.
Plutôt que de soumettre les administrations à la démocratie des communautés, ce qui est souhaitable, car il n’y a pas meilleure reddition de compte que la démocratie, la gouvernance vise à soustraire les entreprises à l’examen public, ce qui est le contraire de l’imputabilité.
Sous des dehors vertueux, la gouvernance dont on nous rebat les oreilles n’est qu’un leurre et, en réalité, elle fait exactement le contraire de ce qu’elle prétend accomplir. La gouvernance à la mode n’est qu’un piège !
14 mai 2009
40 ans du Bill omnibus!
Quand je suis né, je ne le savais pas encore, j’étais déjà un criminel. Ça c’est réglé le 14 mai 1969 par une loi dite « Omnibus » parce que ladite loi touchait un grand nombre de sujets et décriminalisait aussi l'avortement. Nous avions bien du retard à rattraper.
Mais, je n’étais pas encore au bout de mes peines, parce que j’étais encore un malade mental. Je le serais jusqu’en 1973 pour les psychiatres états-uniens et jusqu’en 1992 pour l’Organisation mondiale de la santé. Encore aujourd’hui, il se trouve des psychanalystes pour prétendre que les homosexuels ont des problèmes psychologiques. Je me demande bien qui, lorsqu’il n’est pas accepté par la société dont il fait partie, n’a pas de problèmes psychologiques : les psychanalystes ?
En tout cas, il est important de rappeler ce jalon dans l’histoire d’une société d’abord parce que rien n’est jamais acquis pour toujours, ensuite parce qu’il faut savoir d’où l’on vient pour savoir où l’on va. Et qu’on ne vienne pas me dire que ce n’est pas un enjeu politique quand on sait que 90 pays criminalisent l’homosexualité voyez la carte !, quand on sait qu’en Russie les partisans des personnes LGBT (Lesbiennes, gais, bisexuels et transgenres) font face à des violences et à des menaces de violence, comme l’indiquent les avis officiels de Moscou.
Même au Québec, hors Montréal, il n’est pas si rare d’entendre tonitruer la radio poubelle. Il n’est pas si exceptionnel de devoir baisser la tête devant des propos homophobes parce que toute la compagnie est d’accord.
Et à Montréal même, je ne vous conseille pas de vous promener main dans la main avec votre conjoint du même sexe dans toutes les rues à toutes les heures. [Et on me demandera pourquoi diable veux-je prendre la main de mon conjoint ? Ne pourrais-je pas faire ça chez moi ? Je serai d’accord avec vous quand ce sera interdit pour tous les hétéros.]
Et à Montréal même ne vous arrive-t-il pas de voir les yeux exorbités de votre interlocuteur (à l’hôpital, à la banque ou au bureau d’emploi) lorsque, à la question Quel est le nom de votre épouse?, vous répondez Mon époux s’appelle Richard.
Et à Montréal même ne vous arrive-t-il pas d’avoir certains collègues qui insistent pour vous mettre à part en prétendant que vous ne connaissez rien aux enfants, à la famille, etc.? Et qui seront encore plus énervés si vous prétendez y connaître quelque chose? Certes le harcèlement n’est pas du même degré que la violence physique. Mais il est tout aussi insidieux et il a la même signification : « Tu n’es pas des nôtres! »
Le devoir de mémoire est important en ce jour, et je me plairai à vous rappeler cet énoncé célèbre du pasteur Niemoller : « D’abord, ils sont venus chercher les Juifs; et je me suis tu parce que je n’étais pas juif. Puis, ils sont venus chercher les communistes, et je me suis tu parce que je n’étais pas communiste. Ensuite, ils sont venus chercher les syndicalistes, et je me suis tu parce que je n’étais pas syndicaliste. Enfin, ils sont venus me chercher, et il n’y avait plus personne pour me défendre. »
11 mai 2009
L’erreur romantique
Je ressens un malaise certain à voir et à entendre l’espèce de glorification romantique que l’on fait de Dédé Fortin à la suite de la parution du film Dédé à travers les brumes. Qu’il ait été l’instigateur d’un groupe très original et branché sur la réalité est une chose avec laquelle tout le monde s’accorde.
Mais, quand on essaie d’en faire un héros plus grand que nature et que l’on tombe dans le mythe du poète incompris ou malheureux, on cultive la fâcheuse manie des Québécois qui consiste à prendre pour modèles ceux qui échouent, ceux qui se sabordent et mettent fin à leur vie ou sombrent dans la folie.
Trop magnifier un personnage et sa fin tragique transmet un message sous-jacent aux jeunes. Ce message, c’est : « Si tu veux devenir célèbre, passe par le suicide. » Or, on ne le sait que trop, ce n’est pas un suicidé sur mille qui survit à la postérité. La vie avec ses proches, la chance de continuer à contribuer à la société, peu importe comment, valent toutes les notoriétés.
Transformer un personnage culturel ou historique en héros romantique conduit à une vision illusoire du travail artistique. Cela mène à des conceptions fausses de la valeur sociale des gestes qu’on pose. Attention aux superlatifs et aux éloges enflammés quand ils réfèrent au parcours de l’artiste. Un suicide reste un échec et la valeur des œuvres n’en est pas améliorée.
4 mai 2009
La peur, gardienne de l’ordre
Quand, au Moyen-Âge, nous étions occupés à remplir les églises pour prier contre la peste, quand nous étions occupés à participer aux croisades, à monter des inquisitions, à tuer les chats et les chiens, à brûler les sorcières, les homosexuels, les Juifs, les Musulmans et les hérétiques, nous n’avions pas de temps pour contester le régime féodal. Quelle meilleure façon de différer de quelques siècles la fin du servage !
Quand aujourd’hui nous remplissons les temples que sont les centres commerciaux et les Wal-Mart, quand nous nous effrayons d’une grippe importée par les méchants étrangers, nous n’avons pas de temps pour contester le capitalisme qui est pourtant à l’origine de la crise financière et économique que nous connaissons.
Est-ce un complot machiavélique ? Est-ce une vaste conspiration ? Pas nécessairement. Que ce soit maintenant ou à l’époque médiévale, les structures de pouvoir ont toujours eu des mécanismes naturels de défense. Sauter sur l’occasion pour détourner l’attention peut se faire de manière même inconsciente, tant est vraie « l’irrémédiable obstination du pouvoir à se maintenir à tout prix. » (Rose ? Vert ? Noir !, quatrième de couverture, Les Écrits francs s. a., 2007).
Panique-t-on à ce point pour les accidents de voiture, qui causent plus de morts par jour que ladite grippe H1N1 ? Panique-t-on à ce point pour la pollution qui tue chaque jour des enfants et des personnes âgées ? N’y a-t-il pas là des enjeux d’importance ?
Reste donc au citoyen censément éduqué que nous sommes à ne pas se laisser distraire par la peur conjoncturelle (certaines maladies épidémiques ou appréhendées comme telles se résolvent par de saines habitudes de vie, sans céder à la panique) des enjeux systémiques (le capitalisme qui détruit le social et dont la contestation est nécessaire à la survie des sociétés et à l’avenir de la planète).
2 mai 2009
Retrouver notre pouvoir
Le 1er mai, fête internationale des travailleuses et des travailleurs, est l’occasion non seulement de manifester, mais aussi de réfléchir, comme l’ont bien prouvé les membres de Québec Solidaire en publiant leur très judicieux Pour sortir de la crise : Dépasser le capitalisme ? voir Québec Solidaire.
À voir marcher ces quelques milliers de personnes, je me suis aussi mis à réfléchir avec un camarade à la question de la difficulté de mobiliser aujourd’hui. Et, bien sûr, tout en se disant que chaque geste de chaque personne compte, il m’est venu à l’esprit que l’idéologie qui nous aveugle actuellement nous conduit à ce que Danilo Martuccelli appelle judicieusement « l’impuissance volontaire des modernes ». (lire « L’ère des états d’âme : le sentimentalisme sans solidarité concrète » dans La vente de soi : du management à la prostitution, cahiers de recherche sociologique, no 43, janvier 2007).
En effet, le néolibéralisme ambiant nous convainc que nous n’avons pas de pouvoir sur les destinées humaines, que nous sommes condamnés à nous désoler des malheurs diffusés à l’heure des repas et consommés dans les médias et que la seule part qu’il nous reste dans ce domaine, c’est de contribuer à des fondations, à de bonnes œuvres qui choisissent pour nous les bons pauvres qu’il faut aider.
Dans son article, Martuccelli signale à juste titre que « la publicité ordinaire des drames humains rend[...] de plus en plus élevé et incertain le seuil à partir duquel se déclenche l’intervention publique au sens propre du terme. » En d’autres termes, les bons sentiments sont promus en lieu et place du politique.
Pourtant, nous pouvons retrouver notre pouvoir en réalisant simplement que nous sommes le nouveau sujet social, comme l’a décrit le philosophe Gramsci. Nous, les précaires, les employés à horaires variables, les faux autonomes, les travailleuses et travailleurs qui s’appauvrissent en travaillant, nous pouvons constituer la nouvelle hégémonie sociale parce que c’est nous qui sommes les plus importants. Nous pouvons donc renverser la logique du capital à condition de le vouloir et de nous réunir.
Certes, nous n’y sommes pas incités par le cirque médiatique ni par le bruit formidable des machines à consommer qui promeuvent le narcissisme à grands coups de lofts ou de sites dits sociaux souvent utilisés pour des fins uniquement hédonistes.
Et pourtant, nous le pouvons, car il existe des mouvements, Québec solidaire en est un, pour nous proposer des solutions collectives, pour nous fournir des outils d’analyse et pour nous faire retrouver le goût du collectif et notre vrai pouvoir dans l’action concertée dans le but du bien commun. Lisez attentivement le manifeste de Québec Solidaire, participez à ses tournées de réflexion, vous avez déjà des outils d’intervention réelle. Après le vide du néolibéralisme, il y a place pour la vraie politique.
20 avril 2009
Martin Matte : le triomphe de l’individualisme
L’irruption de Martin Matte sur le plateau de Tout le monde en parle du dimanche 19 avril visait à répondre à une déclaration de Micheline Lanctôt la semaine précédente sur le même plateau.
Madame Lanctôt avait très judicieusement fait valoir que les grandes fondations orientaient des fonds vers des causes particulières au détriment du fisc dont le rôle normal serait d’orienter ces mêmes fonds vers des causes collectives. Elle rappelait aussi que les gens très très riches devraient avoir l’obligation de donner une bonne part de leurs revenus à l’État pour qu’il en fasse usage selon des priorités sociales et collectives.
La réponse individualiste, narcissique et infantile de monsieur Matte a été de déclarer : « Moi, j’en ai une fondation, et ça me touche ça. Les gens qui ont des fondations ne sont pas obligés de donner cet argent-là. » Il a prouvé qu’il n’avait rien compris.
Le problème, il est justement là, dans le fait que les gens très riches ne sont pas obligés de donner des sommes importantes au fisc. Le problème, il est justement là, dans le fait que laisser le choix des priorités aux intérêts particuliers ne sert pas la cause de la société. Le problème, il est justement là, dans le fait que l’excroissance de l’individu se fait au détriment de la collectivité. Le problème, il est justement là, dans le fait que ce n’est pas aux ploutocrates à décider de ce qui doit être priorisé, mais bien à la société, dont la volonté générale doit s’exprimer par les institutions démocratiques. C’est à ça que ça doit servir, la démocratie.
L’attitude des deux protagonistes reflète bien leur idéologie. Micheline Lanctôt : parcours atypique, travail patient et préoccupations liées au métier et à la société dans laquelle il s’insère. Martin Matte : vedettariat effréné, narcissisme gonflé, travail lié aux préoccupations individuelles. Toute la différence du monde est là.
13 avril 2009
Si loin, si près
Il était très émouvant de voir Patrick Huard à l’émission Tout le monde en parle hier soir se faire le porte-parole du Défi du millénaire et porter des valeurs universelles : écologie, justice, santé... Il était particulièrement ironique de l’entendre dire qu’il ne fallait pas céder à des commanditaires qui font de la cochonnerie juste parce que ce sont des commanditaires, lui qui continue à être commandité par le Journal de Montréal pour Staracadémie et qui ne s’est pas gêné il y a quelques semaines pour cracher sur les journalistes en lock-out.
Il faut croire que c’est plus facile d’avoir de la compassion et de la compréhension pour ceux et celles qui sont loin. Et, puis, les journalistes et les employés du Journal sont sans doute beaucoup trop bien payés, même si on se demande ce que cela signifie quand on songe aux revenus que ce même monsieur Huard doit tirer de sa participation à « Starac ».
Il faut croire aussi qu’il trouve normal qu’un journal soit fait par des cadres qui n’ont pas la préoccupation de la nouvelle juste et équilibrée. La bienfaisance sélective a peut-être le don de refaire une virginité ; en tout cas, moi, elle me laisse un goût amer.
Il était par contre rafraîchissant d’entendre Micheline Lanctôt dire que, lorsqu’on a des revenus très au-dessus de tout le monde, on doit en donner une grande part pour contribuer à la société, et que c’est le fisc, qui devrait représenter la volonté générale de la société, qui devrait en bénéficier pour le répartir équitablement et non les Bill Gates de ce monde qui doivent décider qui sont les « bons pauvres » dignes de recevoir son aide.
Pour finir avec un lien à un autre invité, il semble que monsieur Huard n’était pas si pressé que ça de «sortir du capitalisme» (Pour sauver la planère, sortez du capitalisme, Hervé Kempf, Paris, Seuil, 2009, 154 p.)
8 avril 2009
Contre l'homophobie
La pétition de Gengis Grenier, inspirée par le cas de David Fortin, mérite d'être portée à l'attention de tous. Vous pourrez la trouver ici:

Je lui laisse la parole:
«À l'attention de : Médias et la ministre Courchesne
Nous demandons à vous MÉDIAS et au MINISTÈRE DE L'ÉDUCATION,
Durant votre suivi dans l’affaire David Fortin, à une heure de grande écoute, d’inviter des policiers et avocats à discuter des moyens juridiques disponibles (motifs de poursuites civiles ou criminelles et des sanctions applicables en se référant aux codes de la juridiction québécoise) et d’encourager les parents de David Fortin à montrer l’exemple en ce sens avec votre aide pour sensibiliser les parents et enfants victimes de tels actes, d’entrevoir les recours qu’ils ont à leur disponibilité pour faire face aux contrevenants.
La pétition s’adresse également au ministère de l’éducation, du loisir et du sport, mme Courchesnes, il est temps d’AGIR. Donnez suite au Rapport de consultation du Groupe de travail mixte contre l’homophobie réalisé par la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse.
Les fondements personnels de ma pétition;
Je m’adresse à vous chers médias parce que vous êtes intéressés à une fugue qui peut bien soulever des questions. Je suis un citoyen qui a vécu un « périple » de même dimension que celui du jeune David Fortin. L’enfer noir du rejet social, de l’homophobie et de la violence physique et psychologique en milieu scolaire a quand même fait l’objet de quelques «reportages». Des organismes communautaires comme Gris Québec nous montrent des parents ayant des histoires traumatisantes à raconter. La prévention en milieu scolaire pour ce genre de situation est médiocre vu la complexité dimensionnelle qu’est chaque cas.
Les sociologues nous catégorisent comme stigmatisés sociaux lorsque nous arrivons à terme de ce « périple ». Chaque jour d’école, que cela soit dans l’autobus jaune, dans l’enceinte scolaire, dans les vestiaires, la place publique, les salles de bain, l’amphithéâtre et voir dans la classe elle-même, j’ai du affronter des jeunes de mon âge me violentant physiquement, m’harcelant sexuellement et me détruisant psychologiquement. Je crois que j’ai « tâté » le suicide plus d’une dizaine de fois et essayé à deux reprises de fuguer pendant mon adolescence. Coups et blessures, voie de fait, harcèlement psychologique et sexuel, torture, diffamation mensongère, injure, indécence, menace de mort, discours calomnieux, expression outrageante et méprisante, propagande haineuse, conspiration et incitation à la violence, composaient ma routine quotidienne tôt ou tard pendant mon cheminement. Ce que je vivais à tous les jours étaient des motifs valables pour des poursuites criminelles et civiles.
Travailleurs sociaux, directeurs, psychologues, infirmiers, professeurs et surveillants se sentent quelques peu impuissants face à des situations aussi dégradantes. C’est une patate brûlante ingérable pour tous les professionnels. Les jeunes victimes sont laissées à elles-mêmes et à leurs proches qui risquent de subir un transfert de discrédit social, rejet familial. Dans plusieurs cas, les mécanismes de défenses psychologiques sont le retrait social, l’intériorisation et l’isolement. Peu de jeunes en parlent à leurs parents. Et dans bien des cas, une telle situation est taboue mais l’inaction des parents est bien réelle. Les applications juridiques dénonçant de tels actes sont difficiles à utiliser en milieux sociaux fermés.
Mon professeur de politique disait qu’inconditionnellement, vous étiez une membrane du pouvoir politique. Vous avez dans votre auditoire des parents vivant exactement le même genre de situation. Maintenant que c’est l’heure du sujet, prenez un instant pour réfléchir aux victimes et à celles qui suivront, par notre inaction, quelles perspectives d’avenir leur laissons-nous?
Déposé par un citoyen canadien originaire de la côte-nord, réfugié à Montréal depuis l’âge de 17 ans.
Gengis Grenier
Sexe : masculin Age : 22 ans»
Signez la pétition:

28 mars 2009
On voit mieux quand on écoute
Le slogan de la radio de Radio-Canada est particulièrement bien choisi : « Écoutez pour voir ». En effet, c’est en écoutant qu’on peut le mieux imaginer et arriver à voir. Certes, notre civilisation est basée essentiellement sur la vision et tout ce qu’on ne peut voir est aujourd’hui considéré comme incompréhensible.
Pourtant, pendant des millénaires, la compréhension a d’abord été associée à l’écoute. Chez les Anciens, on apprenait les livres par cœur et on pouvait les réciter. On lisait même à voix haute parce que c’était d’abord l’écoute qui était essentielle, pas la vue. Rappelons-nous le caractère péjoratif qui était associé à celui qui avait besoin de « voir pour croire » et qui n’acceptait pas la démonstration discursive comme preuve.
Jusqu’à tout récemment, la capacité d’entendre (c’est-à-dire comprendre) était la preuve de la maturité intellectuelle. Celui qui n’entendait pas était considéré comme un imbécile et on lui demandait : « Est-ce que tu comprends ou bien as-tu besoin d’un dessin ? »
Aujourd’hui, la situation est tout autre et il est obligatoire de fournir un dessin sous peine d’être traité de mauvais pédagogue et de méprisant. Il m’arrive même souvent de me faire dire par des étudiants : « Je ne pouvais pas le savoir, je n’écoutais pas. » Quand je raconte ça, on me dit : « Les étudiants d’aujourd’hui ont au moins le mérite de la franchise. »
En fait, les étudiants fautifs tout comme les enseignants fautifs ont rarement le mérite de la franchise. Et la réplique qui consiste à dire : « Je n’écoutais pas » n’est pas du tout un aveu, c’est un reproche. Si l’étudiant en question avait considéré le fait de ne pas écouter comme une faute, il n’aurait pas formulé cet énoncé. Il se permet cette remarque parce que l’écoute n’est plus nécessaire. Seule la vue compte. Certains étudiants m’ont dit que ce qui n’est pas écrit au tableau ne peut être considéré comme ayant été dit en classe. Je ne leur en fais pas le reproche ; je le constate.
Donc, si on se permet aujourd’hui de dire « Je n’écoutais pas », c’est pour reprocher à l’enseignant de n’avoir pas su transmettre le message visuellement.
Autant il était dommage de rejeter les « visuels » en les traitant d’imbéciles, autant il est aujourd’hui dommage de reléguer l’ouïe dans les limbes de l’inutile. Nous avons besoin de tous nos sens et nous devrions réapprendre à écouter parce que, oui, c’est vrai, cela permet de mieux voir. Plus encore, nous devrions ne pas négliger de sentir, humer, ressentir, goûter, entendre et voir.
Autrefois, on disait entendre pour « comprendre », ce qui était limitatif ; aujourd’hui on dit voir pour « comprendre », ce qui est tout aussi limitatif. Quand nous ferons enfin appel à tous nous sens, alors seulement pourrons-nous vraiment comprendre, ce qui signifie « prendre avec ».
16 mars 2009
Le combat n’est pas fini
On utilise les agissements douteux de quelques dirigeants syndicaux pour discréditer le syndicalisme au grand complet. Les porte-parole du capitalisme débridé ont tôt fait de condamner l’action collective sous prétexte de quelques errements individuels.
Deux syndicalistes ont un comportement incorrect et tous les syndicats sont à jeter. Tous les dirigeants de grandes entreprises sont rémunérés plusieurs dizaines de fois (sinon des centaines) que leurs employés. Les financiers et les investisseurs qui ont floué les petits épargnants se sauvent en emportant des centaines de milliers de dollars. Les constructeurs automobiles ont dirigé leurs entreprises en aveugles et les ont conduites à la faillite en n’ayant aucune préoccupation pour l’environnement. Comme punition, ils retirent des salaires faramineux et feront renflouer leur business par les fonds publics. Les employés, eux, doivent accepter des gels de salaire et l’affaiblissement de leurs conditions de travail.
À confondre le général et le particulier, l’accidentel et le systémique, on se trompe de cible. Les politiques néolibérales sont délétères pour la société par définition. Les abus capitalistes sont systématiques et non pas accidentels. Pour ce qui est des comportements individuels, c’est une affaire d’éthique et de respect des lois. Et cela ne doit pas nous faire oublier que, si l’exploitation capitaliste est condamnable, le syndicalisme, lui, est nécessaire.
10 mars 2009
Dieu n’existe vraiment pas
Les réactions des croyants et des agnostiques à mon propos de la semaine dernière sont intéressantes. Elles peuvent se résumer à l'argument suivant: "Croire est une décision irrationnelle et elle ne peut donc pas se discuter."
On est bien d'accord, c'est irrationnel. Que ça ne se discute pas, là, c'est un aveu de faiblesse. La croyance en Dieu pouvait se justifier à l'époque où l'on ne disposait d'aucune théorie sur les origines de l'univers. Une hypothèse n'a de valeur et d'intérêt que lorsqu'elle offre une explication à un phénomène ou une solution à un problème.
Dans l'état actuel des choses, l'hypothèse Dieu ne résout aucun problème (au contraire elle en cause de nombreux et pas des moindres) et n'explique rien.
CQFD: Dieu n'existe pas à moins de preuve du contraire.
4 mars 2009
Dieu n’existe pas
Il paraît que les autobus portant la mention « Dieu n’existe probablement pas » vont commencer à circuler dans les rues de Montréal. Cette idée d’abord exploitée en Angleterre a quelque chose de sympathique, mais elle ne suffit évidemment pas à convaincre les croyants de l’inanité de leurs prétentions.
Les croyants ne savent pas à quel point le mot probablement a une force que le mot possible n’a pas. Parce que, en général, dans la vie, ce qui se produit, c’est ce qui est probable et plus rarement ce qui est possible.
Au-delà de ces discussions sur ce qui est possible et sur ce qui est probable, il est tout de même lassant de se faire dire par les croyants qu’ils sont justifiés de croire en Dieu parce qu’on ne peut pas prouver qu’il n’existe pas. À ce compte-là, puisque jamais personne ne pourra prouver que le Père Noël n’existe pas, tout adulte peut s’estimer justifié d’y croire. Très convaincant tout ça.
Mais, plus incroyable encore, on se doit de constater que, en fait, il existe des preuves que Dieu n’existe pas, même si scientifiquement on ne peut pas prouver l’inexistence. Eh oui, ce sont les croyants eux-mêmes qui ont apporté la preuve que Dieu n’existait pas en multipliant les religions contradictoires qui, toutes, se réclament du même dieu. Or, s’il existait, il serait étrange qu’il ait toutes ces exigences incompatibles.
Pour nous amuser, j’ai concocté cette liste de preuves que Dieu n’existe pas :
—il y a des religions ;
—plus une personne est croyante, moins elle a de chances d’être exaucée ;
—les deux Bush ont fait toutes leurs conneries au nom de Dieu ;
—Dieu a écrit des livres auxquels il veut qu’on obéisse sinon il nous détruira, mais il n’est pas capable de faire appliquer ses principes lui-même ;
—Dieu a besoin des hommes pour tuer ceux qui ne croient pas en lui ;
—Dieu fait toutes sortes de miracles pour épater la galerie (voir Jésus), mais il est incapable de faire des miracles pour instaurer la paix ou pour empêcher les fanatiques de prêcher leurs religions ;
—Dieu fait des saints, mais ce sont les hommes qui les canonisent ou les « décanonisent » ;
—aucun dieu moderne n’est une femme ;
—on n’arrive pas à trouver un plombier le dimanche (merci Woody Allen) ;
—dieu se repose le vendredi (musulmans), le samedi (juifs) et le dimanche (chrétiens), mais les employés d’aujourd’hui font des semaines de 60 heures ;
—les tartines tombent toujours du côté beurré ;
—tous les participants au cent mètres prient Dieu, mais il n’y en a qu’un qui gagne ;
—c’est Patrick Lagacé qui est célèbre et pas Francis Lagacé ;
—Mario Dumont est considéré comme crédible pour la télé ;
—la gourmandise fait partie des péchés capitaux, mais pas la méchanceté ;
—ajoutez votre propre réponse :
Profitez de la vie, soyez honnêtes et n’essayez pas de plaire à Dieu, parce que vous lui déplairez certainement selon un livre ou l'autre qu’on vous brandira sous le nez.
25 février 2009
Prenez le métro!
J'ai toujours cru que les gens qui ne prennent pas le métro manquent de quelque chose. Ils ne connaissent pas la couleur réelle de la vie; ils ne sentent pas la condition de leurs congénères et ne partagent pas le pouls réel d'une ville.
Dimanche dernier, c'était les Oscars. J'étais dans une soirée au restaurant, je n'ai donc rien vu de cette cérémonie très glamour qui excite les midinets et les midinettes. Je me rappelle cette connaissance à moi qui trippait tellement sur les vedettes de Hollywood et qui me demandait sans cesse qui, pour moi, était le plus bel homme du monde, qui, pour moi, était la plus belle femme du monde. Je répondais que c'était trop difficile de décider parce que, tous les jours dans le métro, je vois des gens magnifiques. Elle ne me croyait pas. Il était impossible pour elle qu'un quidam fût plus beau qu'une vedette.
Si vous circulez, comme moi, régulièrement dans le métro, vous le savez: il s'y trouve des êtres de grande beauté, cent fois plus intéressants que n'importe quel acteur ou actrice. Et ils sont comme ça sans maquillage et sans costume coûteux.
Ah, oui, j'oubliais, ne prenez pas le journal 24 heures qu'on distribue à l'entrée des stations de métro. Il est fabriqué par des scabs pendant que les journalistes et les employés de bureau du Journal de Montréal sont en grève. Prenez plutôt le Métro qui est offert à l'intérieur des stations.
18 février 2009
Le cycle de la violence
Le billet de Sylvain Ménard dans le Métro du mardi 17 février a fait surgir en moi une très grande tristesse. Le chroniqueur évoque l'enfer qu'a dû subir jour après jour le jeune qui est victime de harcèlement à son école secondaire. Il raconte ensuite une histoire vécue dans sa propre école secondaire. Une histoire semblable où un jeune victime d'un harceleur en a un jour assez et se venge en sacrant une bonne volée à son tortionnaire.
Morale de cette histoire: la violence comme solution. C'est le plus fort qui a raison.
Est-ce donc tout ce que nous avons retenu de la vie en société? Si vous voulez vous protéger, soyez encore plus violents que ceux qui vous agressent?
Non seulement une telle histoire n'a rien pour rassurer ceux qui sont victimes de harceleurs parce qu'ils n'ont pas la force physique de le faire, mais elle ne condamne pas la violence. Elle renforce même les harceleurs en leur conseillant d'être encore plus forts, plus violents et de s'y mettre à plusieurs, comme ça ils s'en tireront.
L'apologie de la violence est une grave erreur. Faisons plutôt de l'éducation, la promotion du respect et de la justice. Sanctionnons les comportements discriminatoires socialement, pas individuellement. Prenons position quand nous voyons les autres se faire harceler. Prenons leur défense, mais n'entrons pas dans le cycle de la violence.
À bas la violence, vive l'éducation!
15 février 2009
Sarkozy persiste et signe
J’ai lu, dans Le Devoir des 14 et 15 février 2009, la réponse du président Sarkozy à la lettre ouverte de Pauline Marois et de Gilles Duceppe. C’est un exemple parfait d’entreprise de marketing qui consiste à faire voir les beaux côté de ses actions tout en écartant systématiquement le fond du sujet.
Contrairement à l’analyse qu’en fait l’éditorialiste Descôteaux, dans la page en regard de la lettre publiée, et à la présentation qu’en font Hélène Buzzetti et Christian Rioux en page A3 à partir de l’interprétation qu’en font certains leaders souverainistes, dont madame Louise Beaudoin, je trouve que cette lettre n’est pas du tout apaisante et qu’elle ajoute l’injure à l’insulte.
En effet, pas une seule fois le président ne se justifie des termes très durs qu’il a employés, et c’est là le nœud du problème. Nul ne conteste que le président français ait le droit de préférer le fédéralisme. Nul ne lui conteste le droit de le dire haut et fort. Toutefois, comme le disait Jacques Brel : « Je sais, on fait ce qu’on peut, mais y a la manière. » Car, que reproche-t-on au discours de monsieur Sarkozy? Pas de s’être prononcé contre l’indépendance, mais d’avoir traité les indépendantistes de sectaires, de partisan de l’enfermement sur soi, de personnes qui refusent l’autre. Il y a sûrement de cette attitude parmi les nationalistes réactionnaires, mais les leaders indépendantistes du Québec sont en général partisans de l’ouverture au monde et on ne saurait les amalgamer avec une frange extrémiste, ce qu’a fait le président Sarkozy dans son discours. Or, de cela, il n’est jamais question dans sa lettre. Et ne pas revenir là-dessus, c’est persister dans son erreur.
Les propos lénifiants du président passent totalement à côté du reproche qui lui est fait; ils l’éludent; ils le nient. Ce message promotionnel pourrait tout aussi bien avoir été écrit par un spécialiste de la publicité, mais il ne répond en rien à la lettre de madame Marois et de monsieur Duceppe.
Certes, il n’est diplomatiquement pas facile de reconnaître ses erreurs, mais les camoufler ainsi n’est pas très convaincant non plus.
7 février 2009
Les illusions sympathiques
On appelle dissonance cognitive cette contradiction entre la connaissance de la réalité et l’interprétation qu’on en fait. On refuse souvent de croire la réalité lorsqu’elle contredit nos croyances intimes. L’un des domaines les plus fréquents où l’humain pratique cette dissonance cognitive, c’est la famille et les relations qu’elle implique.
Ainsi, pendant la période des Fêtes, j’ai eu l’étonnante remarque suivante de la part de l’une de mes connaissances : « Dans cette famille, tout le monde s’entend vraiment très bien et tous se soutiennent de manière solide. Il n’y a pas de chicane, à condition qu’on ne parle ni de sexe, ni de religion, ni de politique. »
Très bel exemple de dissonance cognitive! Par ailleurs, il me semble que les seules personnes qui soient dignes d’être considérées comme amicales, avec qui l’on peut avoir des relations intéressantes, sont justement celles avec qui on peut parler de religion, de politique et de sexe. Sinon, je ne vois pas l’intérêt de fréquenter des personnes (outre les relations superficielles de travail) avec qui tous ces sujets sont tabous.
Décidément, l’humain aime bien entretenir ses illusions sympathiques.
31 janvier 2009
La croissance : un mythe qui dure
En février 1979, il y a donc exactement 30 ans, j’écrivais un éditorial dans le journal des étudiants de l’UQAR, dont le sous-titre était semblable : « La théorie de la croissance : un mythe qui a la vie dure » (L’Envers, vol. 2, no 3, Rimouski, février 1979, pp. 2-5).
Si les entrepreneurs, les industriels, les économistes et les politiques étaient sérieux, ils nous diraient que le principal problème économique n’est pas de chercher à maintenir la croissance, mais que nous n’avons pas encore compris la nécessité de l’abandon du mythe de la croissance.
Réfléchissons quelques instants : est-il possible de produire indéfiniment plus d’objets à partir d’une quantité limitée de matière? Est-il possible que le nombre de consommateurs augmente indéfiniment alors que la planète ne peut pas supporter plus qu’un certain nombre d’habitants? Poser la question, c’est y répondre. La croissance est un mythe, ce qu’il faut chercher, c’est une forme d’équilibre.
Cela m’amène à la fameuse crise économique actuelle. Pendant des années, on nous a dit de consommer davantage, d’investir dans des actions en bourse pour soutenir la croissance et d’encourager les entreprises financières qui visent des profits faramineux dans une spirale de croissance. C’est ce comportement consumériste et cette volonté de profits qui ont causé la crise financière actuelle.
En conséquence, que nous propose-t-on pour sortir de la crise : de consommer toujours davantage, d’investir dans des actions en bourse pour soutenir la croissance et d’encourager les entreprises financières en croissance. Et ces gens-là se disent rationnels.
Si, plutôt que de chercher à croître toujours, si au lieu de nous demander de consommer sans cesse davantage, on nous proposait de chercher l’équilibre dans nos besoins. Si les entreprises cherchaient à équilibrer leurs coûts-bénéfices en rémunérant suffisamment la force de travail plutôt que de s’entêter à vouloir faire des profits en bourse et que d’offrir des ponts d’or à leurs dirigeants, si ces mêmes entreprises entraient dans leurs coûts fixes leurs part des dépenses nécessaires à la restitution d’un environnement sain à la suite de leurs activités de production, si l’objectif était vraiment de satisfaire les besoins des consommateurs plutôt que d’exacerber leurs désirs, ne serions-nous pas plus près de l’équilibre à la fois environnemental et économique?
Consommer toujours davantage ne conduit qu’à la crise économique et écologique. Ceux qui se sortiront le mieux de cette crise sont, en haut de la pyramide, les dirigeants qui se sauvent avec la cagnotte et dont les postes sont protégés et dont les entreprises véreuses sont sauvées par les interventions ex machina des gouvernements et, en bas de la pyramide, celles et ceux qui pratiquent la simplicité volontaire.
24 janvier 2009
Coupables de ne pas être riches
Aux yeux des possédants, il n’y a qu’une seule culpabilité : ne pas avoir suffisamment de sous pour faire prévaloir sa version sur celles des autres. J’en veux pour preuves deux faits : l’un plus général, l’autre particulier, mais qui relève de la même pensée.
1. La fameuse crise
Les financiers, investisseurs et magnats de toutes sortes sont à l’origine d’une crise économique dont ils voudraient que le menu fretin les sorte en consommant toujours davantage. Que font donc ces charmants capitalistes pour aider les travailleurs à consommer? Eh bien, ils se servent des difficultés économiques comme prétexte pour mettre le plus d’employés possible à la porte afin d’optimiser leurs revenus même si les entrées d’argent sont supérieures aux dépenses. Il leur suffit que les augmentations de profits ne soient plus aussi fortes que précédemment.
Mettez tout le monde au chômage et demandez-leur de continuer à consommer, sinon il y aura encore d’autres mises à pied! C’est tellement logique!
2. La grève à l’Université York
On apprenait par les médias que le gouvernement de l’Ontario songe à promulguer une loi spéciale pour obliger les chargés de cours et les auxiliaires d’enseignement de l’Université York à rentrer au travail alors qu’ils sont en grève légale! Si on enlève les moyens de pression de ceux qui sont les moins bien rémunérés, comment voulez-vous que leur sort s’améliore? C’est vraiment honteux!
La démocratie a ses faiblesses quand elle ne fournit pas les outils nécessaires à la défense des précaires et des moins bien nantis.
17 janvier 2009
Les ressources humaines comme marchandises
J’ai été paresseux depuis le début de l’année 2009 et n’ai pas alimenté ma page billet. Je me reprends maintenant avec une réflexion sur la prégnance incroyable de l’idéologie capitaliste, qui arrive même à faire croire que ce ne sont pas les capitalistes les responsables de la crise actuelle.
Au moment même où la situation économique fait la preuve que le système capitaliste n’est pas vraiment rationnel et que les dirigeants ne favorisent que les plus retors, on a la « joie » d’entendre à la première chaîne de Radio-Canada (les quatre premiers jours de la semaine dernière), une série de reportages radio qui remettent en question le rôle et les acquis du syndicalisme. Et pourtant, en cette ère de mises à pied sauvages sous prétexte de récession, alors que les entreprises ne pratiquent en réalité que le dégraissage et le règlement de compte, s’il y a un instrument utile à la protection des travailleuses et des travailleurs, c’est bien le syndicalisme.
Mais la fuite en avant est telle qu’on reporte le fardeau sur le travailleur qui doit « se vendre » et justifier son existence.
Pour nourrir notre réflexion sur le sujet, je propose ici quelques citations d’un article de grand intérêt paru dans les Cahiers de recherche sociologique numéro 43 en 2007. L’article de Véronique Guienne s’intitule : « Savoir se vendre : qualité sociale et disqualification sociale ».
« La vente de soi est la prescription pour réussir. » (p. 8)
Plus loin, l’auteure montre comment cette prescription est une injonction paradoxale qui conduit à des stratégies fragilisantes : « apprendre à vendre ce que l’on est, se montrer sous la meilleure apparence possible, et enfin être faussement ami avec tout le monde. » (p. 10) Ce qui se mue en « double injonction du conformisme absolu d’une part et de l’originalité d’autre part. » (p. 11)
Dans cette optique, « s’intéresser aux autres n’est pas les trouver dignes d’intérêt, mais leur faire croire qu’ils le sont pour pouvoir en tirer un intérêt personnel. » (p. 11)
Enfin, ce paragraphe dévastateur qui concerne autant la prostitution, l’esclavage que la vente des organes, mais c’est bien ce qui arrive aussi au travailleur tenu de se donner une valeur d’échange :
« La vente de l’humain, au complet ou en pièces détachées, est donc la première forme de marchandisation de l’humain. Cette marchandisation l’est au sens propre, le sujet ou une partie de son corps, étant devenu un produit, avec un prix du marché. Un enfant roumain ne vaut pas le même prix qu’un enfant nigérian; une Chinoise pas le même prix qu’une Bulgare; un œil brésilien pas le même prix qu’un œil israélien... »
Ça nous rappelle la Modeste proposition de Jonathan Swift.
26 décembre 2008
You’re sixteen, you’re ignorant and you’re surely not mine
À Benoit XVI
Les récentes déclarations du pape sur le genre et sur l’homosexualité ne font que le couvrir davantage de ridicule. S’appuyer sur la défense de la nature telle qu’elle est pour interdire les choses les plus naturelles du monde est une absurdité difficilement acceptable. Il est ironique que tant d’ignorance et de bêtise émane d’un souverain* qui dispose des avis d’un bataillon de savants. En effet, le Vatican possède sa propre académie scientifique.
Pourtant, le pape ne semble rien comprendre à la nature ni à la construction sociale des identités. S’il réfute la nature, ça peut se comprendre, l’idéal de virginité et d’abstinence qu’il prône officiellement est tout à fait contre-nature. Alors, on peut comprendre qu’il soit contre les relations homosexuelles, une activité humaine naturelle et normale qui existe depuis que la sexualité existe. Mais, pourtant, il prétend défendre la nature comme il faut défendre l’eau, l’air et la terre. Encore une contradiction!
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S’il réfute la société, parce c’est elle qui produit les constructions de genre et les notions d’hétérosexualité et d’homosexualité, alors qu’il démissionne et s’en aille mourir dans les champs ou les bois, parce que c’est la société qui le fait vivre, et c’est la société qui a créé les États et les souverains. Même s’il voulait échanger sa participation aux corvées d’un vieux village contre l’alimentation, ce serait un geste social. Nouvelle contradiction, mais pis encore, finalement, les scientifiques nous apprendront que la société aussi est naturelle. Vous ne pouvez pas vous en sortir, ou vous comprenez le monde tel qu’il est et vous ne demandez pas aux humains de faire des choses impossibles ou vous ne le comprenez pas et vous vous enfermez dans le dogme ridicule.
Je préfère l’avis d’un penseur mécréant qui offre, par exemple, une explication toute naturelle pour la masturbation masculine, que les catholiques prétendent avoir en horreur. Voici ce que Christopher Hitchens écrivait dans le magnifique livre God is not Great : how religion poisons everything, dont la lecture devrait être obligatoire dans les écoles :
« Men produce infinitely more seminal fluid than is required to build a human family, and are tortured —not completely unpleasantly— by the urgent need to spread it all over the place or otherwise get rid of it. »
Tout est tellement plus simple quand on comprend la nature.
*Notons au passage que le pape est le chef d’État du seul pays homosexuel au monde. C’est en effet le seul état composé uniquement d’hommes.
VACANCES
Je pars en vacances. Je laisse mes lecteurs tranquilles jusqu’à la mi-janvier. En attendant, amusez-vous bien, ne soyez pas trop sages et protégez la nature en évitant la religion. ;)
23 décembre 2008
L’obligation d’être heureux
Depuis Beaumarchais, il existe parmi les droits de l’être humain une chose qui s’appelle le Droit au bonheur. Mais avec la folie marchande et l’hypocrisie qui entourent la fête de Noël, on subit une pression terrible qui pourrait s’appeler « l’obligation d’être heureux ».
J’ai toujours trouvé ridicules les clichés sociaux qui décident à notre place du moment où il faut être heureux, du moment où il faut être triste et qui nous imposent des sentiments qu’on n’a pas.
N’en avez-vous pas assez de faire semblant que vous aimez tout le monde juste parce que c’est Noël? N’en avez-vous pas assez de faire semblant d’aimer le bibelot insignifiant que votre frère vous a offert parce qu’il est obligé de vous donner un cadeau à Noël? Ne croyez-vous pas qu’il est ridicule de faire un cadeau à une personne que vous n’aimez pas?
Il y a longtemps que j’ai réglé la question des cadeaux. J’ai trop vu de gens évaluer le cadeau à sa grosseur et à son prix. Et ce sont ceux-là mêmes qui prétendent le plus ne pas accorder d’importance au prix. J’ai toujours dit et je le répète que je préfère recevoir une fleur des champs (une, j’ai bien dit une) plutôt qu’un gros bouquet de fleurs cultivées. La délicatesse et la simplicité valent beaucoup plus que la grossièreté bourgeoise. Mais, la plupart des gens préfèrent, comme le disait le narrateur du Petit Prince, une maison de cent mille francs « comme c’est joli! »
En connaissez-vous des familles où tout le monde s’entend bien? Je n’en connais aucune. Deux personnes dans ma vie, qui fait tout de même plus d’un demi-siècle, m’ont juré que leur famille était exceptionnelle et différente. Je les ai crues en leur disant : « Vous êtes vraiment l’exception. »
La première personne avait des problèmes avec un père grossier, abruti, vulgaire et égoïste. Sans compter le travail qu’elle imposait régulièrement à sa mère par ses décisions fantasques : partir en voyage de façon inopinée et lui larguer les meubles et les enfants, par exemple.
La deuxième personne était un individu qui faisait preuve d’un narcissisme effréné dont ont souffert ses conjoints et ses enfants. Ses enfants se détestent entre eux et se rendent malades dans la compétition pour plaire à un parent qui joue à la douche écossaise avec eux.
Pourquoi faudrait-il à Noël faire semblant d’aimer ce beau-frère ignorant qui vote pour l’ADQ et souhaite que les gais soient internés? Pourquoi faudrait-il à Noêl aimer cette grand-mère pédophile et alcoolique honteuse? (Je dis bien honteuse, parce que j’ai beaucoup de sympathie pour les alcooliques qui ne se cachent pas.)
J’ai entendu à la Première Chaîne de la radio de Radio-Canada ce matin que 65 % des gens sont stressés par l’obligation de faire des cadeaux. Qui pis est, leur pire stress est la crainte de déplaire à leur conjoint. Je n’en reviens pas. Si vous ne savez pas quel cadeau faire à votre conjoint, vous ne devez pas le connaître beaucoup. Moi, je pourrais faire un cadeau différent tous les jours à mon mari, tellement j’ai d’idées. Par contre, je ne saurais vraiment pas quel cadeau faire à mon frère que je ne vois jamais. Et, bien sûr, il n’est pas question que je lui achète quoi que ce soit.
Il faut dire que j’ai de la chance de trouver magnifique un moment passé en solitaire. Tant de gens sont effrayés à l’idée de passer Noël dans la solitude. Si on voyait cette fête du Solstice comme l’occasion de faire une pause, ne serait-il pas bien de faire un pied-de-nez à la surconsommation, aux rencontres forcées et à la fausse joie?
Je vous souhaite un Noël de tranquillité avec un minimum de dépenses.
13 décembre 2008
Pourquoi les hétérosexuels sont-ils si peu sûrs de leur virilité?
Dans l’édition du 26 novembre 2008 du Quartier libre, le journal des étudiants de l’Université de Montréal, les pages 4 et 5 présentent un mini-dossier sur l’homophobie sportive à partir de l’enquête effecutée par Simon-Louis Lajeunesse (L’Épreuve de la masculinité, ouvrage paru en 2008 chez H&O éditions). On trouve, en page 5, la réaction de membres de l’équipe de football des Carabins de l’Université de Montréal.
L’entraîneur en chef adjoint de l’équipe, Denis Touchette, déclare dans cet article : « Un homosexuel ne pourrait pas tenir dans l’équipe, il faudrait qu’il garde ça secret. » On peut donc conclure que les homosexuels qui font partie de l’équipe gardent ça secret puisque monsieur Touchette ne semble pas les connaître. L’auteur de l’article précise que, pour l’entraîneur, ce sport est viril, qu’il a des racines militaires. Dois-je comprendre que tous les militaires gais que j’ai connus n’étaient pas vraiment dans l’armée? Ou alors qu’ils n’étaient pas virils? Et Alexandre le Grand, il n’était pas assez viril pour vous? Remarquez que, de l’armée, je ne suis pas friand, étant pacifiste. Je croyais d’ailleurs que le sport devait se jouer dans le fair-play et non dans le but de démolir.
De nombreux champions de concours de muscles sont gais. Les modèles de culuturisme des années 50 et 60 étaient souvent des homosexuels. La virilité n’a rien à voir avec l’orientation sexuelle.
Toutefois, la perception de ce qu’est une personne homosexuelle vient perturber la compréhension du monde d’une personne homophobe. « En refusant les gays (sic), beaucoup d’hommes hétérosexuels dénigrent en réalité quelque chose d’autre qui est indissociablement lié dans leur esprit à l’homosexualité masculine, à savoir la féminité », écrit Daniel Borillo dans l’excellent « Que sais-je? » sur L’Homophobie (numéro 3563, PUF, 2000, p. 98, c’est moi qui souligne).
Monsieur Borillo rappelle aussi que « l’homophobe se montre moins violent à l’égard des homosexuel/les qui répondent aux stéréotypes de la “folle” ou de la “camionneuse” qu’envers celles ou ceux qui n’affichent pas de signes clairs d’homosexualité. » (p. 98)
En fait, « les réactions les plus violentes de type phobique proviennent en général des personnes qui luttent contre leurs propres désirs homosexuels. » (p. 97)
C’est un phénomène bien connu, illustré nombre de fois par des preachers qui se font prendre à commettre les actes qu’ils reprochent sans cesse aux autres.
La construction hétérosexiste de la société est fragile, car elle ne repose sur rien de tangible sinon la procréation. Or, le comportement homosexuel n’a jamais empêché quelque homosexuel de faire des enfants s’il en voulait. Tout le monde connaît la recette et jamais personne ne s’en est privé.
Afin d’assurer cette domination hétérosexiste, il convient donc de discriminer les comportements qui semblent la contredire. Je cite encore Daniel Borillo : « le rappel constant à la supériorité biologique et morale des comportements hétérosexuels fait partie d’une stratégie politique de construction de la normalité sexuelle. » (p. 22)
La meilleure façon de rejeter l’autre est de se prétendre naturel et de croire que tous ceux qui dévient de cette norme ne sont pas naturels et doivent donc être discriminés. C’est un préjugé vieux comme le monde. Mais essayer en 2008, bientôt 2009, de nous faire croire qu’il n’y a pas d’homosexuels dans l’armée, dans la police, chez les pompiers ni chez les sportifs relève d’un déni infantile de la réalité. Il est bien clair toutefois que si l’on demandait à chacun des membres des Carabins de dire s’il est homosexuel ou pas, chacun dira « non ». Et je ferais pareil parce que je tiens à mon intégrité physique.
Autre détail de perception intéressant, toujours extrait du « Que sais-je? », dont je vous recommande fortement la lecture : « Beaucoup d’hommes qui assument un rôle actif dans la relation sexuelle avec d’autres hommes ne se considèrent pas comme homosexuels. » (p. 86)
Pour conclure, il faut reprendre l’assertion du demi défensif de l’équipe qui déclare à Quartier libre : « Moi, je suis homophobe en partant, donc si un gars était gai, ce ne serait sûrement plus mon ami.» Reprenez cette citation en remplaçant le mot homophobe par raciste et en remplaçant le mot gai par arabe, est-ce que vous la trouveriez acceptable? Rappelons que l’homophobie est tout aussi condamnable par la Charte des droits et libertés que le racisme.
Je dirai donc à ce jeune homme qu’il a fait un premier pas en avouant son problème : l’homophobie. Maintenant, il lui reste à passer à l’étape suivante : la thérapie afin d’être plus sûr de sa propre virilité, ce qui lui permettra de ne plus voir les homosexuels comme une menace.
Francis Lagacé, chargé de cours à l’Université de Montréal
8 décembre 2008
Le vote devrait-il être obligatoire?
Dans de nombreux pays, on se bat pour obtenir le droit de vote. On risque sa vie pour pouvoir l’exercer. On fait la queue pendant des heures pour avoir le droit d’exprimer son choix démocratique.
Chez nous, une forme d’indifférence ou d’apathie conduit de nombreux citoyens à bouder ce droit important qui est beaucoup plus qu’un simple geste, car il nécessite la prise d’information, la réflexion sur les enjeux, la discussion et la prise de décision.
En Belgique, un citoyen qui ne vote pas encourt une légère amende. En cas de récidive fréquente, il risque d’être exclu de toute charge publique. En Autriche, l’amende est élevée (de 400 à 700 euros). En Australie, la récidive peut conduire à la prison.
Une étude faite par Henry Milner au Québec en 2006 montrerait que les personnes obligées à voter ne s’informeraient pas davantage que les autres. Ces résultats peuvent être contestés parce que l’étude offrait une rémunération à la condition de voter. C’est une gratification conditionnelle et non une sanction. Il faudrait reproduire l’étude en infligeant une sanction à ceux qui ne votent pas. En effet, être privé d’une gratification (ne pas recevoir un surplus) n’est pas la même chose que de subir une perte (devoir débourser).
En tout état de cause, il convient de se demander comment nous responsabiliser davantage. On pourrait peut-être commencer par avoir un mode de scrutin proportionnel... D’autres mesures pourraient suivre. Nous avons le droit de participer au choix de nos dirigeants politiques, ce que tant d’autres nous envient, ce n’est pas en s’abstenant qu’on y fait honneur.
29 novembre 2008
À bas Harper!
Il est tout de même effarant d’entendre le premier ministre canadien dire que le parti qui gouverne doit être le choix de la majorité des Canadiens. Rappelons que le gouvernement conservateur n’a obtenu que le tiers des voix aux dernières élections. Les deux-tiers des Canadiens ne veulent pas des conservateurs au pouvoir.
Ce premier ministre anti-démocratique a dans son précédent mandat aboli le programme de contestation judiciaire, programme qui permettait aux citoyens de s’assurer que les lois canadiennes respectent la charte des droits et libertés.
Il a aussi réduit de manière considérable l’aide aux comités de condition féminine.
Maintenant, le voilà qui veut abolir le financement public des partis politiques. Or, ce financement public est la seule façon de permettre l’émergence de nouvelles idées et de répartir sur l’ensemble des citoyens la garantie de démocratie. Passons rapidement sur l’hypocrisie qui consiste à dire que le Parti conservateur reçoit un financement important des particuliers.
En plus, il voudrait retirer le droit de grève aux fonctionnaires!
Je préférerais nettement de nouvelles élections que d’avoir un gouvernement si peu préoccupé par la justice et la démocratie.
Monsieur Harper, vous voulez que le gouvernement soit celui que la population préfère? Instaurez donc le votre proportionnel! Sinon, démissionnez!
25 novembre 2008
Les adieux du président
C’était en novembre 2005. Quelques membres du conseil d’administration de l’Association des familles Lagacé-Lagassé inc. avaient insisté pour que j’assiste à cette rencontre qui serait cruciale pour son avenir. Les candidats à la présidence d’une association où tout le monde travaille bénévolement ne sont pas très nombreux. On sait ce que c’est. Tout le monde aime bien participer à la fête, mais les volontaires pour la préparer ou pour nettoyer après ne se bousculent pas au portillon.
Je me suis laissé tenté en prévenant bien les membres des contraintes qui me confrontaient : engagé socialement, militant des droits des gais et des lesbiennes, enseignant et écrivain, je n’aurais pas énormément de temps, et il faudrait que tous et chacun mettent l’épaule à la roue. Il y avait un grand événement qui s’en venait à Montréal, c’était les Outgames (jeux gais) ainsi que la Conférence internationale des droits qui l’accompagnait. Et j’étais parmi les organisateurs du volet Workers’ Out de cette conférence, c’est-à-dire la rencontre des travailleurs gais et lesbiennes syndiqués. J’en assumais la programmation, j’y préparais une communication, je présidais des ateliers et je devais assurer l’animation de la séance d’ouverture. Beaucoup de travail en vue qui ne me laissait pas une grande marge de manœuvre.
Mais les membres de l’Association ont fait preuve de détermination, de courage et d’esprit d’ouverture en élisant le premier président d’association de familles qui soit ouvertement gai, marié avec un homme, militant syndical, athée, féministe, socialiste et orphelin. C’est un avant-gardisme qui vous honore et dont vous pouvez être particulièrement fiers.
Il n’était pas facile de prendre la relève de Jean-Guy, qui travaillait tous les jours de la semaine à préparer le journal, à faire les suivis avec les membres, à leur transmettre les cartes d’adhésion, etc. Il était clair au départ que je ne pourrais accorder autant de ce temps dont je ne disposais pas. J’ai compensé autant que faire se peut en ne sollicitant jamais de remboursement pour mes activités (sauf l’inscription à deux colloques), que ce soit les déplacements en auto, les photocopies de matériel, les téléphones, les lettres ou quelque autre contribution. Je ne dis pas cela pour m’en plaindre, mais bien pour m’excuser du peu de temps que j’ai pu consacrer au travail me disant que cela a compensé ceci.
Nous avons brassé des idées et essayé de varier les approches pour susciter l’intérêt des membres. Si certains ont été déçus de la participation relativement faible aux retrouvailles récentes, il faut se rappeler que l’Association renaissait de ses cendres et que nous avions peu de ressources pour effectuer tout le travail. Nous avons vécu presque un an sans secrétariat. C’était loin d’être facile et ça n’a pas aidé les communications avec nos membres. Je puis dire, pour ma part, qu’étant donné les difficultés que nous avons affrontées, les retrouvailles de 2006 et celles de 2008 sont tout de même de bons succès. Aucune autre association n’aurait fait mieux dans les mêmes circonstances.
En 2007, la société historique de la ville de Madawaska nous a fait le cadeau de célébrer les familles Lagacé-Lagassé. Nous avons donc été invités à participer au Rassemblement des familles Lagacé-Lagassé d’Amérique du Nord dans le cadre du Festival acadien de Madawaska. Ce fut une très belle activité à laquelle plusieurs de nos membres ont participé. Je pense ici à nos cousins de Saint-Quentin, à nos cousins de la Gatineau, à un nouveau membre de Montréal, à quelques membres du conseil d’administration, puis à mes tantes de Québec et à mon oncle de Pohénégamook. Mes excuses pour les personnes que j’oublie. Nous n’étions pas une grosse foule du Québec, mais ceux qui ont pu faire le trajet (il faut tout de même compter que cela implique des dépenses) se sont donné la peine de le faire.
Nous avons essayé de favoriser les communications électroniques. C’est loin d’être évident parce que certains parmi nos membres les plus âgés restent réfractaires à ce mode de communication. Nous n’avions pas de site web à nous. Nous avons pu faire la réservation d’un nom de domaine, mais il nous manquait un webmestre. Le manque de membres jeunes se fait alors cruellement sentir quand il est question d’assurer notre visibilité sur le Web. Heureusement, lors de notre dernière assemblée générale, un nouveau membre s’est proposé pour inscrire du contenu sur notre site. Dès que le site sera fonctionnel, on vous transmettra ses coordonnées.
Aujourd’hui, nous voici devant la même question qu’en novembre 2005. Je n’ai pas sollicité de renouvellement de mandat parce que ce ne serait pas rendre service à l’Association de faire croire aux membres que j’ai le temps de m’en occuper. Quoi qu’il en soit, je tiens à remercier tous les membres de leur confiance au cours de ce mandat. Je tiens à remercier les membres du Conseil d’administration pour leur collaboration. Je tiens surtout à féliciter Danielle Lagacé pour les efforts qu’elle a fournis en acceptant de prolonger son mandat de trésorière d’une année pour me faciliter la tâche à la fin de mon mandat.
Merci à tous, gardez cette belle ouverture d’esprit et, peut-être, l’avenir nous réserve-t-il de belles surprises.
[Ce billet paraîtra dans le journal La Gâchette, l’organe d’information de l’Association des familles Lagacé-Lagassé inc., édition de décembre 2008, vol. 18 numéro 3.]
19 novembre 2008
Dérives de campagne
A)
Vendredi dernier, j’étais à Chicoutimi. Le journal quotidien de la région s’appelle très justement Le Quotidien. Que vois-je à la une de ce Quotidien en allant prendre mon petit déjeuner? Une grande photo d’une dame qui accueille chaleureusement Mario Dumont. Et le titre? « Mario inspire confiance ».
Je n’arrive pas à croire que l’on puisse faire une telle première page de nos jours. Ce n’est pas de la nouvelle, c’est de la publicité électorale. On n’est pas en page éditoriale. Une première page pareille devrait être comptabilisée dans les dépenses électorales.
B)
Samedi soir en me couchant avec mon tendre époux, je regarde brièvement les infos télévisées. Je me demande si c’est la fatigue ou quoi, mais je vois la juge Ruffo dans un événement de l’ADQ. La dame appuie les politiques familiales de l’ADQ. « Allez les femmes, à vos chaudrons! » Parce que s’égosille-t-elle : « L’État ne donne pas d’amour ».
Et les parents, eux, en donnent-ils?
D’ailleurs, la question n’est pas là. Certains enfants sont délivrés de leurs parents par la garderie, mais la majorité, s’ils s’ennuient un peu, apprennent surtout la vie en société et enrichissent leurs perceptions. Il est connu que les enfants qui ont une variété de stimuli sont plus éveillés et plus inventifs que ceux qui reçoivent toujours les mêmes.
Arrêtez de nous bassiner avec le droit des enfants à avoir un père et une mère. Je me répète, mais ça ne fera pas de tort : Un enfant n’a besoin ni d’un père ni d’une mère. Il a besoin qu’on lui fournisse l’aliment, la sécurité, l’hygiène, l’affection et l’éducation. Peu importe le nombre et le sexe des personnes qui les lui procurent, il se développera bien.
C)
Le Devoir d’aujourd’hui annonce les intentions de vote suivante : « Parti libéral 44% ; Parti Québécois 33% ; ADQ 15% ». Le plus inquiétant est qu’on prévoit que 37% des électeurs n’iront pas voter. Sous prétexte d’être «tannés» d’élections que personne ne désirait, plus du tiers des électeurs veulent boycotter le scrutin. Ils s‘imaginent en cela punir le gouvernement. Or, c’est tout le contraire. En n’allant pas voter, ils lui assurent une victoire majoritaire.
Quand on veut punir un gouvernement d’avoir déclencher des élections pour rien, on va voter et on va voter contre ce gouvernement. C’est la seule façon de bien se faire entendre.
11 novembre 2008
Bon sens et sens commun
Quand Voltaire écrivait ses contes philosophiques, il référait souvent au « sens commun ». L’expression était équivalente à ce qu’on entend en général aujourd’hui par « bon sens ». Pourtant, il faut bien se rendre compte que le bon sens n’est plus le sens commun.
En effet, si on se fiait au sens commun, on croirait toujours que la terre est plate. Le sens commun, c’est ce que tout le monde est à même de constater et c’est ce qui est tributaire de la tromperie des sens. Le bon sens, c’est ce qui résulte de l’interprétation rigoureuse de l’information afin d’en dégager la réalité la plus objectivement plausible.
D’ailleurs, avec les progrès de la logique, déjà les Grecs (les sophistes en particulier) mettaient leurs contemporains en garde contre le « sens commun ». À la doxa, le sens qui est correct et attendu, ils opposaient le paradoxe, le sens à côté de ce qui est attendu.
Je me méfie toujours quand les politiques font appel au « gros bon sens » parce que je sais très bien qu’ils font référence au sens commun dans lequel on tombe trop souvent. Le gros bon sens qui satisfait la masse des consommateurs a peu à voir avec le bon sens qui demande un peu de recul.
Ce sont des différences à méditer en cette période électorale où il s’en trouve pour claironner leur allégeance inconditionnelle au « gros bon sens ».
4 novembre 2008
La Croix et la Bannière
Je commence par la bannière.
Barack Obama deviendra président des États-Unis le 20 janvier prochain. Vu qu'il est sous une bannière une peu plus "libérale", nous pourrons souffler un peu. Mais la commande est grosse et les États-Unis restent les États-Unis. La guerre en Afghanistan va continuer. la religion restera un élément central de la culture états-unienne et le néolibéralisme ne reculera pas.
Nous pouvons fonder quelques espoirs, mais le risque d'être déçus est grand. En tout cas, ce sera mieux qu'avec le vieux fou de McCain et sa colistière à l'esprit léger.
La croix maintenant
La semaine dernière, je signalais le débat sur le crucifix dans les écoles en Italie. C'est du connu pour nous. Mais, qu'ai-je vu en allant visiter mon conjoint à l'hôpital? Un crucifix sur le mur de sa chambre. Révoltant qu'un édifice public, qui donne des services publics au nom de l'État, soit décoré de ce signe religieux. L'Empire chrétien se manifeste encore.
28 octobre 2008
Réflexions italiennes
Je rentre d'un séjour en Italie (principalement Rome, ce qui explique mon silence de 15 jours). Mon passage là-bas me suggère les réflexions suivantes.
1. L'empire chrétien
La visite de la basilique Saint-Pierre fait voir le caractère imposant, souverain et impérial de la religion catholique. Voir tant d'or et de puissance, outre l'émotion esthétique que les oeuvres d'art peuvent susciter, rappelle que, des trois grandes religions, la catholique est très certainement la plus monstrueuse par sa volonté d'en imposer, par son attitude dominatrice. Les papes aiment bien se coiffer du titre de Pontifex Maximus, dont ont bénéficié tous les empereurs romains en tant que fonctionnaires chargés de la surveillance des pratiques.
D'ailleurs, les papes ont longtemps été ceux qui confirmaient les empereurs d'Occident.
Difficile de demander de l'humilité de personnes qui vivent dans tant de faste.
2. Le libéralisme berlusconien
Ça va mal au pays de Berlusconi: grèves, manifestations, occupations d'université, etc. Devant les volontés du gouvernement Berlusconi de privatiser l'éducation, le milieu de l'enseignement s'est mobilisé. La réponse du gouvernement? On va envoyer la police pour sortir les étudiants qui occupent les universités.
Le porte-parole du Parti démocratique, Walter Veltroni, demandait justement publiquement: "Est-ce qu'il est encore possible de manifester sa dissidence dans ce pays?"
Quelques heureux slogans aperçus devant les écoles fermées ou occupées: "Hé, Berlusconi, moins de télé, plus d'école"; "Moins de police, plus de livres".
Berlusconi a aussi reconnu, tout à coup, que l'intervention de l'état était essentielle, quand il s'agit de sauver les banques. Formidable de la part d'un partisan du "moins d'état".
Les débats se ressemblent donc un peu partout dans le monde. Et la meilleure: J'ai vu et entendu un midi un débat sur la place des immigrants dans la société. L'un des participants au débat défendait le maintien des crucifix dans les écoles.
En se comparant ici, je ne sais pas si on doit se consoler ou se désoler.
9 octobre 2008
Critique de Les anges s'envolent par Paul Laurendeau
L’expérience est si simple et pourtant tellement inhabituelle. On fait jouer le disque compact de Doucet et on s’installe avec le recueil poétique de Lagacé sous les yeux. Trois titres chamarrent cette rhapsodie poétique de 114 pages: Ailes rognées, Ailes régénérées, Ailes déployées. À travers une poéticité libre et dépouillée, où perlent discrètement quelques clins d’œil à Trenet et à Brel (Il m’apporte des bonbons et des fleurs périssables – p. 103) se profile implacablement une narration. La narration sourde, à la fois ferme et ondoyante, d’un drame ourdi. La manipulation émotive, la tourmente lancinante du tourment lancinant, le paradoxe acide et destructeur du double message, les ragots faux jeton du visage à deux faces, l’autre, la manipe, la torture, la déroute, la révolte, la torture, la torture, la révolte, la révolte, la révolte. La plongée dans le gouffre innommable, pulpeux, onctueux, dégueu. On comprend, au fil du texte, que la parole syncopée encadre l’indicible. Et hors de tout doute, doucement et durement, cela avance, s’exprime, dénonce, se dit.
Puis, presque imperceptiblement, c’est la remontée, la reconstitution, la reconstruction, la rédemption. Son drame dominé au mieux, et de mieux en mieux, le poète s’affranchit, se libère. Il se décloisonne, s’épivarde, s’éblouit, s’envole. Il voyage, il se mondialise, il explore, il y va, il en vient, il réinvestit le bercail…
De temps en temps
Stockholm descend sur moi
Et je me prends
À la défendre
De temps à autre
Massada remonte en moi
Et je me prends
À faire silence
Des fois rarement
De plus en plus souvent
Montréal et moi
Nous nous prenons
À faire abstraction
(p.72)
La poésie et la musique (musique ET poésie doublement DE FOND) s’allient pour donner le fond du drame et de la rédemption qui nous investit et nous submerge. Musique, musicalité, poéticité, conceptualisation. Singulière triade, je ressens, je compatis, je pense. Le texte est dans tête, la musique est physique (Lucien Francoeur)... et la poésie est juste entre les deux. La triade: musique, poésie, pensée. Je souffre et m’affranchit, avec Lagacé, avec les trahis et les tourmentés du monde. Ils et elles ont tourné irrémédiablement le dos à leur statut hors sujet, hors thème, hors propos, faux, honni, nul, non avenu, de victime.
Pour la facette musicale, signée Doucet, en vrac, j’ai repensé à Pierre Henry, à Stockhausen, à Erik Satie, à Poulenc, à Ennio Morricone, à un copain musicien à moi mort récemment du nom de James Tenney et, en un fugitif moment, à Pink Floyd. Les plages 14 et 15 sublimement dominées par un piano rond, dense et ample m’on transporté. La tension d’accompagnement est juste, si juste. Musique de fond, dans les deux sens du terme.
Le tout se conclut, en un point d’orgue élevé, poignant et profondément rationnel, sur un court essai d’une page et demi intitulé simplement Postface. Sublimement mûr et lucide, Lagacé nous signale le caractère socio-historique de l’émergence de la pulsion tortionnaire et exprime sereinement son rejet d’une diabolisation individualisante de la génitrice du drame dont sa poésie est tragiquement lacérée. Cela inspire un grand respect… voué lui-même au plus décapant des relativismes…
Le respect est une couleur inconnue
Ornant un drapeau de vapeurs
Qui bat au vent des planètes
Où il n’y a pas d’atmosphère
(p. 18)
À lire. À écouter. À découvrir.
Francis Lagacé, Érick Doucet (2008), Les anges s’envolent (livre-disque), Les Écrits francs, Montréal, 118 p et un disque compact musical de 16 plages (64 minutes).
6 octobre 2008
Deux erreurs grossières
Décidément, regarder la télé après souper le dimanche a le don de faire monter ma pression. Regardant la fin de Tout le monde en parle, la grande messe médiatique, j’ai eu l’occasion de voir une publicité d’Héma-Québec sur les dons de sang.
Un personnage masculin se présente avec le bras gauche dénudé et tient à peu près le discours suivant : « Au bureau, tout le monde donne. Y ajuste Gendron qui donne pas. Y dit qu’y a pas de collecte dans son coin. Peut-être qu’y est un peu peureux, Gendron, hein? »
On a envie de hurler : « Hé, le gros colon! Peut-être qu’y est gai pi qu’y en a marre d’être ostracisé! » Avant de faire de la pub sociétale, Héma-Québec pourrait commencer par arrêter la discrimination inutile.
La deuxième erreur est apparue quand le cinéaste Philippe Falardeau s’est autoflagellé, et toute l’assistance montréalaise avec lui, sur la « montréalisation » de la culture. Quelle grosse couleuvre a-t-on avalée en intégrant le discours hargneux des radios poubelles de Québec. Croire qu’il y a montréalisation de la culture, c’est prendre la conséquence pour la cause.
Rappelons quelques faits :
1. La grande région de Montréal comporte plus de la moitié de la population du Québec. Il est donc normal qu’il s’y trouve plus d’activités culturelles.
2. Les autres régions ont des activités culturelles et ne se gênent pas pour en parler. Mais pour être tenus au courant, il faut s’y déplacer parce que les médias eux ne se dérangent pas.
3. Il n’y a pas de « montréalisation » de la culture ni de l’information. Il y a concentration de la presse et concentration des activités économiques entre quelques mains. Les propriétaires des chaînes de radio, de télé et de journaux n’embauchent pas assez de journalistes et ne cherchent pas à couvrir les activités qui ne touchent pas les vedettes. Résultat, ils diffusent ce qu’il y a à leur porte.
Ce n’est pas la faute aux Montréalais si les capitalistes qui possèdent les moyens d’information ne font aucun effort.
Est-ce qu’on parle de la maison d’édition Les Écrits francs dans les médias? On n’en parle pas, pourtant, c’est une activité de Montréal.
Est-ce qu’on parle beaucoup de Patrice Desbiens dans les journaux? Non. Ce poète franco-ontarien habite pourtant Montréal.
Il n’y a pas de « montréalisation »; il y a de la « pipolisation » (concentration sur les vedettes et non sur les artistes) et concentration des moyens de diffusion.
4. Finalement, dans tous les pays, il est normal que la ville capitale (celle qui a le plus d’habitants et le plus d’activités) accueille et produise plus d’activités culturelles que les autres villes parce qu’elle concentre des moyens de représentations (salles de spectacle, musées, galeries, etc.) et que les artistes, las d’être considérés comme des extra-terrestres dans leur petit village perdu, s’y rendent dans l’espoir d’un avenir meilleur ou à tout le moins d’un milieu plus tolérant.
Désolé pour tous les montrealbashers, il n’y a pas de méchant complot montréalais.
30 septembre 2008
Élections fédérales :
Lettre ouverte à ma marraine
Chère marraine,
Nous nous fréquentons un peu, pas autant que nous le voudrions. Toutefois, j’ai de l’affection pour vous et je crois comprendre que la réciproque est vraie. Si je rends publique cette lettre, c’est que je suis inquiet et perplexe devant votre choix électoral.
Vous me connaissez. Vous savez que j’ai épousé l’homme que j’aime. Vous savez que cela déplaît fondamentalement à la plupart des idéologues conservateurs. Vous savez aussi que s’ils prennent le pouvoir de façon majoritaire, ils risquent fort de nous retirer ce droit. Peut-être pas à moi qui l’ai déjà exercé, mais aux autres qui devraient pourtant être égaux en droits et libertés. Et pourtant, vous vous apprêtez à voter pour les conservateurs.
Je suis inquiet et perplexe, car ces droits que nous avons acquis, ils ont pu être discutés et soumis devant les cours parce qu’un programme de contestation judiciaire existait, parce que nous disposions d’un outil démocratique permettant aux citoyens de s’assurer que les lois sont conformes à la Charte. Or, vous vous apprêtez à voter pour un parti qui n’a rien eu de plus pressé que d’abolir ce programme.
Je suis inquiet et perplexe, car vous vous apprêtez à voter pour un parti qui a réduit au minimum les comités de condition féminine.
Comme moi, vous n’appréciez pas la mainmise de la religion sur la vie des gens. Pourtant, vous vous apprêtez à voter pour les conservateurs, dont les principaux artisans sont des intégristes chrétiens. Je suis inquiet et perplexe.
Vous trouvez sans doute que notre présence en Afghanistan est un gaspillage d’argent et surtout de vies humaines. Et pourtant, vous vous apprêtez à voter pour le Parti conservateur, un parti qui nous a entraînés dans des missions guerrières et qui a complètement rétréci le rôle de nos casques bleus. Je suis inquiet et perplexe.
Comme moi, vous trouvez épouvantable la voracité des banques et vous vous désolez des sinistres financiers dont sont responsables les excès capitalistes. Et pourtant, vous vous apprêtez à voter pour un parti qui favorise la déréglementation financière et fiscale, qui prêche le laisser-faire dans le marché. Or, c’est justement ce laisser-faire qui a entraîné la débâcle financière dont sont victimes tant d’États-uniens et dont nous subissons les contrecoups. Je suis inquiet et perplexe.
Avec d’autres, vous me direz que monsieur Harper a l’air de savoir où il va et qu’il faut des personnalités fermes pour diriger le pays. Il est clair qu’il sait où il va. Il va dans ces directions que j’ai mentionnées dans les paragraphes précédents. Il a fait des choix contraires à nos intérêts communs. Par ailleurs, n’avons-nous pas eu assez de personnalités fermes dans le passé, qui nous ont conduits d’une main de fer pour nous maintenir dans l’ignorance et la misère?
Monsieur Harper prétend s’occuper du vrai monde et des gens ordinaires. C’est pourquoi il méprise les artistes. Savez-vous, chère marraine, que mes droits d’auteur comme écrivain suffisent tout juste à payer ma cotisation à l’Union des écrivains, laquelle n’est pas très élevée? Et pourquoi donc, ce monsieur qui s’occupe du « vrai monde » favorise-t-il les tranches les plus riches de la population? Une baisse de taxe de 1% ne change pas grand-chose pour un consommateur ordinaire, mais pour les gros acheteurs, c’est une économie qui s’applique souvent. Un pour cent de mille dollars, ce n’est que dix dollars; un pour cent de un million, c’est dix mille dollars. Je suis inquiet et perplexe.
Croyez-vous comme moi que nous devrions laisser aux générations qui viennent une planète où il fera bon vivre? Vous savez que les gaz à effet de serre sont responsables des perturbations climatiques. Et pourtant, vous vous apprêtez à voter pour un gouvernement qui ferme les yeux devant le désastre et ne respecte pas l’accord de Kyoto.
Chère marraine, je suis inquiet et je suis perplexe. Si nous partageons les mêmes valeurs, comment se fait-il que vous votiez pour des gens qui les rejettent avec tant de légèreté? Au lendemain des élections, lorsque plus rien ne les empêchera d’appliquer leur idéologie individualiste, lorsqu’il leur sera aisé de faire reculer le pays en matière de paix, de droits du travail, de droits des minorités, de droits des femmes, d’environnement, de culture, de justice sociale, quel appui pourrez-vous me donner, vous qui aurez voté pour eux?
Mon conjoint et moi sommes inquiets. Nous sommes inquiets et nous sommes perplexes, car nous cherchons l’espoir et ne le voyons pas chez ceux-là même qui devraient comprendre. Nous vous gardons notre affection, mais nous sommes tristes de vous voir foncer dans le piège que les conservateurs vous tendent.
Nous sommes perplexes, et tristes.
22 septembre 2008
L’actualité de l’esclavage
J’ai lu la semaine dernière Mémoires d’un esclave de Frederick Douglass paru chez Lux éditeur en 2007. Il s’agit d’un ouvrage essentiel que tout le monde devrait lire pour comprendre l’importance de la liberté de tous les êtres humains et la nécessité de la lutte. En exergue, les traducteurs et présentateurs du texte, Normand Baillargeon et Chantal Santerre, ont placé une citation dont voici un extrait : « Là où il n’y a pas de lutte, il n’y a pas de progrès. » Citation toujours d’actualité.
Cette autobiographie nous montre à quel point l’éducation et l’apprentissage de la lecture sont essentielles pour combattre la sujétion. Cela s’appliquait bien sûr à des esclaves tenus en laisse au dix-neuvième siècle, mais il faut savoir qu’aujourd’hui encore des enfants sont utilisés comme esclaves dans de nombreux pays et que des travailleurs sont maintenus dans l’ignorance pour éviter qu’ils ne se révoltent.
Un autre aspect important de cet ouvrage est l’illustration que les oppresseurs utilisent la religion comme outil pour asservir les autres. Bien que Douglass soit resté chrétien, il a très justement vu à quel point les chrétiens des États-Unis d’alors n’étaient que des hypocrites. Je cite un court extrait de la page 140 : « Chez nous, des voleurs d’hommes sont ministres du culte; des batteurs de femmes sont millionnaires; des pilleurs de berceaux sont membres de l’Église. »
Comme quoi la religion n’a jamais été un obstacle aux pires des crimes.
12 septembre 2008
Turcotte et l'ordre du Canada
Monseigneur Jean-Claude Turcotte a bien fait de retourner son insigne de l'ordre du Canada. En effet, il ne mérite pas un tel honneur.
C'est bien que l'ordre soit réservé à des gens qui ont fait quelque chose d'utile, comme le docteur Henry Morgentaler.
9 septembre 2008
Foncer dans le mur
Pendant que les républicains états-uniens plastronnent avec la colistière Sarah « Appallin », les conservateurs canadiens continuent leur fuite en avant avec la promotion d’idées simples pour ne pas dire simplistes.
Le plus triste est que tous les commentateurs médiatiques, y compris dans le Devoir et à Radio-Canada, vantent cette capacité à simplifier les enjeux et à les réduire à rien. La population aime qu’on la traite en enfant?
Il n’y a pourtant aucune solution simple à des situations complexes. Je ne veux pas qu’un candidat vienne me promettre que ce sera facile. Je ne veux pas qu’on me raconte qu’il y a des solutions qui vont faire revenir la croissance. La croissance ne peut pas être un objectif en soi. C’est comme si on promettait à un enfant qu’il grandira toujours. Un peu de réalisme peut-être?
Ce que les conservateurs nous préparent, qu’ils en soient conscients ou non, ce sont des lendemains très difficiles au points de vue environnemental, économique, social et culturel. Pour un exposé détaillé des raisons de ne pas voter conservateur voyez le bilan fort intéressant dressé par le Mouvement d’éducation populaire et d’action communautaire du Québec (MÉPACQ) sur le site de Presse-toi à gauche: Dossier noir des conservateurs.
Les gens qui voteront conservateur ne voteront pas pour leurs propres intérêts comme le disait gentiment M. Harper, mais bien contre leur propre avenir. Il suffit d’y réfléchir une minute, et surtout d’oublier les solutions simplistes. Je préfère les candidats qui me prennent pour un adulte et m’exposent la complexité de la réalité.
Le 14 octobre 2008 nous verrons si la société canadienne a envie de s’améliorer ou de foncer dans le mur.
2 septembre 2008
L’âge dort vraiment
Le 7 avril 2008, j’écrivais le billet Si l’âge dort, réveillez-le! J’y proposais à la Fadoq de servir de chroniqueur mouton noir afin d’offrir une vue un peu plus alternative à la conception un peu traditionnelle du groupe ciblé par cette appellation d’ « âge d’or ». J’y parlais aussi de l’absence remarquable dans tout ce qui concerne la Fadoq de ce qui n’est pas blanc, hétérosexuel, francophone et catholique. J’interpellais le président à partir de son propre éditorial où il appelait à opérer « les remises en question qui permettront à l’association d’aller plus loin ».
Que la Fadoq ne daigne pas publier mon texte, cela n’est pas grave. Qu’elle ne daigne pas y donner suite dans ses activités, ça pourrait se comprendre si on en connaissait les motifs. Mais qu’elle ne tente même pas la moindre réponse ni par lettre ni par courriel, c’est une indifférence qui en dit long sur le manque d’ouverture à la discussion.
Je profite de ce message pour faire écho au numéro d’été de Virage, le magazine de la Fadoq, où la rédactrice en chef parle en page 6 de la possibilité pour les gens de se mobiliser quand les causes leur tiennent à cœur (elle faisait référence alors à l’Opération Enfant Soleil). Mais les interventions ponctuelles ne suffisent pas. Une approche collective des problèmes sociaux est nécessaire, et ce n’est pas parce qu’on vieillit qu’on s’en désintéresse, bien au contraire.
Pourtant, à lire le magazine en son état actuel, on a l’impression que les membres de la Fadoq sont de charmants petits hédonistes uniquement préoccupés de questions consuméristes. Que sont devenus les baby-boomers contestataires? Ils font tous partie du public cible de la Fadoq. Ça serait bien qu’ils se retrouvent dans des articles un peu plus engagés et plus ouverts à la diversité.
Ce serait bien que ces contestataires, qui ne sont pas tous endormis, se présentent dans vos instances et vous rappellent qu’il y a autre chose que le bien-être personnel dans la vie. On ne veut pas seulement rester en forme et faire du bénévolat local. Il faut aussi se prononcer sur des enjeux sociaux; il faut aussi faire la promotion de la diversité dans les réseaux de personnes âgés; il faut montrer notre solidarité avec les jeunes; il faut quantité de choses dont celle-ci : ouvrir tout grands les placards pour que tous ceux qui veulent en sortir le fassent.
Votre mouton noir préféré qui vous dit : « Debout là-dedans! »
24 août 2008
J’ai des amis zétés, vous savez
La réplique de M. Beaudry(1) à mon commentaire(2), et à ceux de quelques autres, sur sa chronique du 21 août 2008(3) est encore plus affligeante que le texte d’origine. Disparu le fond du sujet selon lequel c’est une disgrâce pour un club de hockey de s’associer aux gais et lesbiennes. Disparu le commentaire selon lequel les Canadiens sont devenus si mauvais qu’on peut les dénigrer avec l’insulte la plus injurieuse « Gay Habs gay », c’était pourtant le titre de l’article.
Tous les experts en rhétorique (et en psychologie !) vous le diront : lorsque votre interlocuteur sait qu’il a tort, il ne vous répondra que sur l’accessoire et évacuera le principal. Alors, le bon monsieur veut qu’on oublie, car il n’est pas méchant. D’ailleurs il a des amis gais.
Mais, mon pauvre M. Beaudry, les racistes et les homophobes ne sont pas des personnes méchantes. Elles sont certaines de leur bon droit. Elles ne font que reproduire des systèmes de pensée (l’hétérosexisme dans le cas qui nous occupe) qui hiérarchisent les gens selon leur valeur supposée. L'homophobie n'est pas une affaire de gentillesse ou de méchanceté individuelle. C'est une affaire d'idéologie. Je sais, vous n’aimez pas les analyses sociales.
Refuser de prendre une distance critique par rapport à son agir est très certainement le meilleur moyen de conserver une pensée étriquée et de perpétuer les systèmes de pensée oppresseurs. Ce n’est pas de la méchanceté, mais ça devient de l’incurie quand on est mis face à ses erreurs et qu’on refuse de les voir.
À moins que je n’adopte la réaction que m’a suggérée un ami à propos de l’homosexualité refoulée des homophobes. Je le cite : « J’appuie ma main sur leur épaule en leur disant que ce n'est pas amusant d'être dans le placard et de souffrir de ne pas s'accepter. J'enchaîne en leur disant que s'ils me dévoilent être homosexuels je continuerai à les respecter. »
Quant à la fameuse expression « J’ai des amis qui sont gais », je ne saurais l'entendre sans frémir. Elle me rappelle trop une phrase que les fascistes répétaient dans les années 30 et 40, croyant se dédouaner de leur ignorance. La plupart n’étaient pas vraiment méchants, ils adhéraient juste à un système de pensée qui hiérarchisait les gens. Un certain J.-M. L. le répète aussi sur toutes les tribunes en France : « J’ai des amis qui sont juifs. »
1. « Qui dit vrai ? » dans Le Journal de Montréal du samedi 23 août 2008, p. 4.
2. Sus aux homophobes ! (billet comique), francislagace.org/billet.php#sujet72
3. « Gay habs gay » dans Le Journal de Montréal du jeudi 21 août 2008, p. 4.
21 août 2008
Sus aux homophobes!
(billet comique)
Aujourd’hui, 21 août 2008, dans le Journal de Montréal en page 4, Michel Beaudry nous offre une chronique particulièrement zétée (1). Si on comprend bien la bouillie servie par le chroniqueur, le fait pour les Canadiens de Montréal de déléguer des représentants au défilé de la Fierté gaie constitue un déshonneur attribuable à la manie du marketing. Quelle honte et quelle chute sociale !
Ah, j’oubliais, il est indiqué dans cette chronique qu’il s’agit « d’humour ». C’est sans doute ce qui autorise à répandre les préjugés selon lesquels les gais ne pensent qu’à « ça ». Chacun sait que les hétéros, eux, ne pensent jamais à « ça ».
À lire des chroniques comme celles de monsieur Beaudry, on comprend pourquoi les homosexuels qui font partie des Canadiens de Montréal (oui, il y en a chez les Canadiens, il y en a dans toutes les équipes et il y en a parmi les spectateurs) refusent absolument de sortir du placard. Tant qu’il y aura des abrutis pour croire que le sport est réservé aux zétés, les homosexuels continueront à se cacher. Et les jeunes qui rêvent de faire carrière continueront à être malheureux, à déprimer et, pour certains, à se suicider. Comme c’est drôle !
Ça me rappelle un de mes amis qui me disait : « On dit pas qu’on est fiers d’être hétéros, nous ! » Je lui avais répondu : Non, y a vraiment pas de quoi être fiers, de nous avoir discriminés et maltraités pendant des siècles. Par contre, nous avons diantrement raison d’être fiers d’avoir survécu à toutes les brimades de la société et au harcèlement acharné auquel nous faisons face dans les écoles. Je vous ferais remarquer en passant que les garçons hétéros sont aussi victimes de l’homophobie dans les cours de récréation.
Et les clichés sur les tutus, ça commence à bien faire ! Il y a autant de variété dans la communauté gaie (c’est comme ça qu’on l’écrit au Québec) que dans le reste de la société. Pour faire dans les clichés, je vous dirai que j’hésite à aller dans une soirée où il n’y a que des hétéros, étant donné qu’au lieu de se dire des mots gentils quand ils sont contents, ils se donnent des tapes sur la gueule. C’est bien ça, n’est-ce pas ?
Je ne suis pas hétérophobe, mais, il faut pas qu’y m’achalent avec ça. Vous comprenez, moi, les hétéros qui arrêtent pas de parler de ça, ça me dégoûte. C’est pas de leur faute, si y sont de même, mais y sont pas obligés de nous en parler.
J’espère que mon billet vous aura fait rire. En tout cas, moi si zété vous, Monsieur Beaudry (c’est un calembour), j’y repenserais avant de me prendre pour un humoriste.
(1) Dans le roman Rose ? Vert ? Noir ! (Les Écrits francs s. a., 2007), zété est le sobriquet infamant dont on affuble les hétérosexuels. L’adjectif en est dérivé. On se moque des zétés et on leur attribue toutes sortes d’étranges manies.
19 août 2008
Nos voisins du Sud
Quand j’étais petit, on référait aux États-uniens par cette expression à laquelle on ajoutait souvent «Nos amis». L’influence de ce pays immense et l’identification au mode de vie de ses habitants n’a rien de nouveau. Il suffit de se rappeler l’hémorragie de Québécois qui ont quitté des terres ingrates et des lots étroits pour gagner leur vie dans les manufactures de la Nouvelle-Angleterre à la fin du XIXe siècle. Pas grand-monde qui n’ait eu son « oncle des États ».
C’est même de cette émigration qu’est issu le fameux Jack Kerouac.
Mon propos aujourd’hui est toutefois un peu plus anecdotique, mais se veut en même temps révélateur de certaines limites à la « parenté » que nous avons avec ces voisins. Enfin, j’espère que ce sont toujours des éléments qui nous distinguent.
J’arrive d’un séjour à San Diego. Le pays est magnifique, il n’y pleut presque jamais, et les gens sont tous charmants. Mais, outre ces éléments qui frappent à prime abord, la lecture des journaux m’a confirmé que je ne voudrais pour rien au monde vivre dans ce pays-là.
En une du USA Today du vendredi 8 août, un article avise que le ministère du Transport étudie la possibilité d’interdire les armes à feu dans les aéroports. Je croyais rêver. On ne peut même pas emporter une bouteille d’eau dans les avions, mais on peut se promener avec un fusil chargé dans un aéroport! D’ailleurs l’opposition est vive, on fait valoir qu’une personne qui rentre tard se sentira rassurée de se rendre au garage avec un fusil dans sa voiture.
Moi, c’est qu’on puisse penser de cette façon qui ne me rassure pas du tout.
Deuxième fait vu dans le journal et à la télé : le grand sujet de préoccupation qui faisait la joie des tribunes téléphoniques et des éditoriaux était les aveux de John Edwards, ancien candidat à la candidature pour les démocrates, comme quoi il avait été infidèle à sa femme. Le bonhomme n’est plus candidat, la question est une affaire privée, et voilà qu’on en discute sur toutes les tribunes publiques. Mais quel en est l’intérêt? J’avoue ne pas comprendre.
Espérons seulement que ces traits si distinctifs de nos voisins du Sud ne passeront pas chez nous.
1er août 2008
Francis au pays des grands fauves
Le titre de ce billet est un peu trompeur. Il rappelle un livre paru en 1965 ; l’auteure en était Jeannette M. Fievet. Le livre, récit pour faire rêver à l’Afrique, a été le prétexte d’une série télévisée peu de temps après (1967). J’enviais ce garçon, parti à la découverte d’un monde fascinant.
Le lien entre ce titre et le petit divertimento d’aujourd’hui ? C’est l’été et il m’a semblé, plutôt que de refaire une poussée d’urticaire sur l’abus des faits divers scabreux, qu’une petite réflexion sur l’art de l’observation serait bienvenue.
Ce qui m’est arrivé est bien plus banal que la rencontre des éléphants ou des félins africains. J’allais cueillir des feuilles de basilic sur la galerie quand j’ai vu, dans l’un des plants, un gros corps noir avec des pattes velues. Était-ce une tarentule ? Il n’y en a pas au Québec, il me semble.
Après un premier mouvement de recul, j’essaie de contourner le plant pour apercevoir la partie antérieure de la bête. Je découvre alors qu’il s’agit d’un bourdon. Un bourdon plus gros que tous ceux que j’avais jamais vus de toute ma vie. Beaucoup plus gros qu’un jaune d’œuf !
La « bébitte » était en train de sucer la sève d’une feuille de basilic. J’ai remarqué tout autour des feuilles noircies. Depuis quelques jours d’ailleurs, je trouvais des feuilles dont les bords étaient noircis ou des feuilles plus petites complètement fanées et noircies.
Je donnai une pichenette au volatile qui tomba sur le dos et se débattit mollement. L’animal était complètement saoul, absolument incapable de voler. Il se releva péniblement en se raccrochant à la tige du basilic ; il agrippa une nouvelle feuille de ses mandibules et se remit à sucer goulûment.
Une nouvelle pichenette le fit chuter en bas de la galerie. J’ignore quel fut son destin par la suite : s’il dégrisa et put se remettre à voler, s’il périt dans la gueule d’un oiseau ou tout simplement par intoxication à l’huile essentielle de basilic. Je retournai à ma salade.
Et depuis, les feuilles de basilic ne noircissent plus. Était-ce le seul bourdon à avoir découvert les propriétés enivrantes de cette labiacée ?
Cette petite scène, peut-être insignifiante pour vous, me paraît un moment extraordinaire de découverte. J’ignorais que le bourdon pouvait se saouler au basilic. Que de choses fascinantes n’apprend-on pas à observer la nature ! Activité que nous avons de moins en moins le temps de pratiquer dans notre monde technologique. Pas une once de nostalgie ici ! Il ne s’agit pas de regretter le bon vieux temps et encore moins de rejeter la technologie. D’ailleurs, cet événement s’est produit en ville. J’étais dans ma métropole adorée et j’ai pu observer la nature.
On peut donc combiner l’observation patiente et le recours aux technologies ou passer de l’une à l’autre. Le plaisir d’apprendre des notions qui ne rapportent rien est irremplaçable. Que serait la vie sans l’art et ces autres petits riens qui ne sont pas immédiatement utiles ?
Une petite pause
Je prends congé de billet pour quelques semaines et serai de retour vers la mi-août. À moins qu’un aléa de la vie ne stimule mon indignation ou un irrépressible besoin de partager ma réflexion... Reposez-vous bien!
25 juillet 2008
Aujourd’hui, je cède la parole à un fidèle lecteur, Bruno Lagacé d’Ottawa, sans lien de parenté, qui a écrit ce texte à la suite de mon dernier billet.
L’Église catholique, (saint) Paul et l’homosexualité
L'Église chrétienne n'est pas l'Église du Christ comme « sa sainteté » le pape voudrait nous laisser croire. L'Église chrétienne est l'église de celui qu'Elle appelle « saint Paul », un homophobe notoire. Tout catholique qui renie saint Paul et ne suit pas ses préceptes est considéré par cette même « sainteté », hors de l'Église. Or tout le monde (catholique) sait que « hors de l'Église, point de salut ».
Je ne suis donc certainement pas catholique, car je considère ce Paul comme un intrus dans la vie des êtres humains sur la terre, un intrus qui, grâce à « l'Église une, sainte, catholique et apostolique », nous a fait vivre sous son joug pendant 2000 ans. Celui qui a vécu au temps de Jésus (l'Église célèbre son 2000e anniversaire de naissance cette année), qui n'a jamais rencontré Jésus et que l'on juche sur un piédestal comme étant l'homme de Dieu « qui a reçu la révélation », a usurpé la place de Dieu lui-même, ce Dieu qui est venu sur la terre, disons-nous, sous la forme d'un homme.
Celui qui se nomme Paul est un romain qui a été inspiré, semble-t-il, par l'Ancien Testament. Alors que Jésus est venu nous dire qu'il était venu nous apporter un « monde nouveau », Paul nous a replongés dans les délires des temps anciens, temps si anciens qu'ils remontent au début de la révélation de Dieu à l'Homme, soit, au temps d'Abraham et de Loth (le contemporain d'Abraham et le chef d'une tribu d'Israël voisine), au temps des adorateurs d'idoles et des sanctions de Dieu contre ces païens.
Dans l'Église catholique, Paul prend préséance sur Jésus (Dieu) pour nous dire que la vie d'un homosexuel est condamnable, en se basant sur l'histoire de Loth.
Jésus, de son côté, tout au long de quatre récits d'Évangile selon Mathieu, Marc, Luc et Jean, n'a jamais une seule fois fait mention d'homosexualité, ni de l'attirance de certains hommes pour leur propre sexe. C'est que, de toute évidence, Dieu lui-même n'était pas concerné par l'homosexualité. Même l'Évangile selon Thomas, qui est le plus beau et le plus authentique récit de ce que Jésus nous a révélé, à mon avis, ne fait nulle part mention d'homosexualité.
L'Église catholique, qui n'est en fin de compte qu'une machine à soumettre l'homme au pouvoir de ceux qui se sont hissés là-haut sur leur propre piédestal au détriment de l'évolution de l'homme vers une réelle conscience de ce qu'est l'esprit qui l'habite, n'est qu'un jeu de pouvoir qui a atteint son apogée au temps des rois et des empereurs. Que de souffrances se sont ensuivies au coeur des hommes (et des femmes - Paul était aussi un misogyne notoire) pour faire régner une supercherie.
« Faire régner une supercherie? » vous me dites. La voici et elle concerne l'homosexualité. (Un homosexuel est une personne qui ne sent aucune attirance pour le sexe opposé, et qui, par sa nature innée, tel qu'il a été créé, est attirée par une personne du même sexe.)
L'homophobie de (saint) Paul est basée sur l'histoire de Loth, qui est l'histoire d'une tentative de sodomie sur des visiteurs étrangers contre leur gré, ce qui n'est pas une histoire d'homosexuels mais une histoire de viol. Même aujourd'hui, quelqu'un qui fait une tentative de viol est condamné, dans la plupart des pays du monde, à la prison. Si le viol d'un homme par un autre homme est commis dans ma société ici au Canada, ce viol est considéré comme un crime et est punissable soit par une peine d'emprisonnement d'au moins cinq ans, soit par une peine d'emprisonnement à perpétuité si l'accusé est jugé danger public, c'est-à-dire susceptible de récidiver.
Voilà pour l'histoire de Loth et l'enseignement de Paul : l'histoire de quelques hommes qui se sont présentés chez Loth pour commettre ce qui était considéré comme un crime en ce temps-là et qui est toujours considéré comme un crime aujourd'hui dans toute société civilisée.
Oui, et « régner » est bien le terme approprié, car « sa sainteté » ne règne-t-il pas sur cette Église, avec tous les accoutrements désuets d'un roi?
Bruno Lagacé, Ottawa
20 juillet 2008
Refusez les excuses du pape!
En visite en Australie, le pape Benoît XVI fait des excuses à toutes les victimes de pédophilie aux mains de prêtres catholiques dans les pensionnats. C’est le même Benoît XVI qui invitait, il y a quelques semaines, sur grand écran lors du Congrès eucharistique de Québec « les jeunes garçons » à se joindre aux vocations chrétiennes en leur promettant, de sa voix onctueuse et roucoulante typique, qu’ils ne le regretteraient pas.
Tant d’hypocrisie lève le cœur. Ces excuses ne sont que des paravents pour une Institution qui a toujours protégé les pédophiles et qui continue à le faire tout en tenant des discours vides et inutiles.
Voici les arguments qui soutiennent mon propos :
1. L’Église catholique est une institution patriarcale et hiérarchique qui valorise l’autorité et la suprématie mâle. Or, l’agression sexuelle, et plus spécialement la pédophilie, avant d’être une activité sexuelle est d’abord et surtout un abus de pouvoir. Des êtres narcissiques utilisent les enfants comme objets pour nourrir leur illusion d’un ego pur et éternellement jeune. Toute structure hiérarchique rigide qui voue un culte à l’autorité arbitraire favorise ces abus.
2. L’Église catholique rejette les femmes et les homosexuels. En même temps qu’elle prétend condamner la pédophilie, elle met de côté plus de la moitié de l’humanité et s’acharne contre les homosexuels en espérant détourner l’attention de ses propres failles.
3. Pour éviter les comportements pédophiles, l’Église catholique instaure des procédures qui viseraient à éliminer les candidats homosexuels à la prêtrise. Elle opère volontairement une confusion parfaitement odieuse entre homosexualité et pédophilie. Elle rejette ses propres fautes sur les autres. La pédophilie n’ayant rien à voir avec l’homosexualité, elle ne fait donc rien pour prévenir la première et elle continue à s’acharner contre la seconde.
4. Tous ces cardinaux et évêques qui se comportent encore en princes, et leur leader en tête, prétendent nous mettre en garde contre les illusions du narcissisme. Pourraient-ils cesser de jouer les vedettes? Pourraient-ils favoriser la démocratie dans leurs rangs?
Décidément, l’Église et son chef n’ont pas changé : « Faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais. »
Vous pouvez être croyants si vous voulez, mais au moins ne soyez pas crédules.
14 juillet 2008
La désinformation économique
Certains chantres de l’économie néolibérale profitent de la tribune qu’ils occupent pour faire des déclarations complètement illogiques avec l’assurance des croyants. Comme le disait Voltaire, « Mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose. » Et l’œuvre de désinformation s’accomplit.
J’aimerais ici m’attaquer à deux énormités que j’ai eu l’occasion de lire récemment. Je ne nommerai pas leur auteur pour ne pas m’en prendre à sa personne. Ce qui m’intéresse, ce sont les idées.
1. Les spéculateurs
Je croyais rêver quand j’ai lu quelque part qu’il fallait apprécier le rôle important que jouent les spéculateurs. On se demande bien lequel à part celui de faire gonfler artificiellement les prix.
Le même auteur disait qu’il fallait bien récompenser les spéculateurs pour les risques énormes qu’ils prennent. Doit-on récompenser et admirer les gens qui liquident leurs économies au casino? Si vous pariez un million de dollars que vous pouvez traverser la rue les yeux fermés sans vous faire frapper, est-ce que je dois vous féliciter pour avoir pris un risque?
Les spéculateurs prennent volontairement des risques insensés dont toute la société paie le prix. Il n’y a là rien de louable.
2. Les revenus sont proportionnels à la productivité des individus
Les revenus des riches sont plus importants quand leurs employés sont plus productifs, mais ça ne garantit pas qu’ils payeront mieux ces derniers.
Dans une récente allocution au Conseil confédéral de la CSN le 11 juin 2008, la présidente, Claudette Carbonneau, rappelait que, si la richesse avait doublé dans le dernier quart de siècle, le pouvoir d’achat du travailleur moyen au Canada n’avait augmenté que de 53 $. Les revenus de la classe supérieure des travailleurs ont augmenté de 16 % et ceux de la classe inférieure ont diminué de 20 %.
Plus enrageant encore a été pour moi de lire la proposition suivante : si on n’est pas satisfait de son salaire, on n’a qu’à travailler deux fois plus, ça le fera doubler. Si vous travaillez dans une usine et que vous allez deux fois plus vite, soit vous vous blesserez, soit vous tomberez malade, mais votre salaire ne changera pas.
Si vous travaillez chez McDonalds, pensez-vous que vous pourrez servir deux fois plus de clients dans le même temps? Pensez-vous que ça va améliorer votre salaire?
Si on met deux fois plus d’étudiants dans ma classe, est-ce que ça va changer mon taux de rémunération?
Une pareille suggestion n’a pas d’autre effet que de culpabiliser les gens les moins bien rémunérés. Qui peut l’appliquer sinon des professionnels rétribués à l’acte qui peuvent décider d’accorder moins de temps à leur client pour encaisser plus. Sacrée bonne idée!
Il y a tout de même des limites à défier la logique.
7 juillet 2008
Deux pour un
Le duo Doucet Lagacé vous propose
Le 4 juillet, propriété exclusive de Tom Cruise et d’Oliver Stone?
ET
Compassion ou sadisme ?
Je ne suis certainement pas le seul à m’informer chaque jour que « Dieu crée » sur l’avenir politique états-unien. « Personne n’échappe à la gravité », comme le dit si bien mon ami Brian Molko.
Ne riez pas… Les champions de la liberté ont encore à nous apprendre. Aux États-Unis, les mots interracial et métis, l’idée d’un peuple construit par la force de sa pluralité ethnique et culturelle ne sont pas que notions abstraites. Et pourtant, quelque 45 ans après la mort de notre JFK instrumentalisé à ne plus savoir qu’en penser, un jeune homme nous martèle avec son désir de changement. Ce désir de changement, qui peut lever la main et déclarer sans rigoler qu’il n’est pas justifié?
Les USA représentent à ce jour —j’omets volontairement les démocraties/monarchies représentatives— le système démocratique (le plus efficace en durée) le plus fidèle et le plus juste qu’il est permis d’espérer. Je vois les dents des cyniques riant à pleine bouche devant mes propos, mais où dans le monde pouvons-nous espérer qu’un levier politique renverse les débâcles militaires actuelles? En Allemagne, en Turquie ou en Slovénie? Fadaise! Qui d’autres que ceux-là même qui ont créé le problème sont en meilleure position pour le solutionner?
Non. La seule réponse forte pourrait venir de la toute nouvelle Russie construite par monseigneur Poutine, mais que fera-t-il lorsque ses oligarques auront traversé l’océan pour le pays du Big Mac et du silicone cancérigène? Et surtout, que fera-t-il, M. Poutine, lorsque M. Obama vendra à rabais les stocks d’armes U.S. Army désuètes qui figurent en première page du catalogue que nos amis Caucasiens vendent à prix d’or à la Chine, à la Corée, au Vézénuela, etc.?
Cela est une autre histoire… Plus près de chez nous maintenant : que fera Harper avec ses torchons antigais et anti-avortement devant un noir (Holy shit, ai-je dit le mot?), et encore plus près de chez nous, jusqu’où sera prêt à aller notre Dumont national (Filion???) avec son rapport Castonguay endossé comme un chèque en blanc? Au Vermont, le système de santé est gratuit pour les moins de 18 ans. C’est un début.
Quelque chose me dit qu’on révisera les grandes lignes des partis au pouvoir en notre pays castorisé et drogué à la feuille d’érable lorsque nous célébrons la confédération, alors que nous vivons en fédérations, et que dire aux buveurs de Bleue Dry que la fête nationale est en fait une fête provinciale? À ce que je sache, nous n’avons pas encore obtenu l’indépendance! [Note de la rédaction : C’est le sens anglo-saxon de nation. En français, une nation n’a pas besoin d’avoir un état indépendant. Exemples : la nation arménienne, la nation acadienne, les nations cries et innus, etc.]
Où sont Oliver Stone et Tom Cruise dans ce billet? À la fin bien sûr! M. Stone, avec tout le respect que je lui dois, est resté prisonnier entre deux briques du WTC, et M. Cruise devrait pour une fois laisser la parole aux dames, quitte à danser en permanence sur les sofas d’Oprah, pour que la plus belle des femmes de ce monde (ceci est un billet, ne l’oublions pas) soit libre de chanter Tom Waits et d’accompagner le premier candidat mixte-noir-blanc-métis-interracial-catholique-musulman-coureur de jupons-patriote-et surtout humain, dans cette Amérique pourrie par le cash flow indécent et immortel du lobbying.
Avec un sourire éclatant d’innocence, je vous dis en bon français : Yes, we can!
Érick Doucet
Compassion ou sadisme?
Une pensée bouddhiste dit : « Le saint ne laisse pas de nom. » J’ai toujours cru qu’une personne vraiment « sainte », c’est-à-dire bonne et désintéressée ne pouvait pas être connue. Sinon, il y entre une part de narcissisme et de complaisance suspecte.
Méfiez-vous des abbés Pierre et des mères Teresa qui se complaisent en la présence des pauvres et des malades. Est-ce qu’ils les aident vraiment ou est-ce qu’ils instrumentalisent leurs malheurs?
Un exemple désolant
J’ai connu un vieux bonhomme de 90 ans qui a passé toutes les dernières années de sa vie à fréquenter les salons funéraires. Il disait qu’il trouvait ça beau. Je me demandais bien pourquoi il trouvait ça beau.
À force de le faire parler et d’étudier son comportement, j’ai découvert qu’il jouissait vraiment de la vue des cadavres (il ne fréquentait pas les salons où il n’y avait que des urnes) et qu’il appréciait énormément entendre les membres de la famille qui pleurent et se lamentent (c’étaient ses funérailles préférées). Et, la prime pour lui, c’était le lunch gratuit après les funérailles.
Morbide? Maladif? Aucun doute. Et les industriels de la sainteté, sont-ils bien meilleurs?
Francis Lagacé
30 juin 2008
Cruising bar 2 : la caricature optimiste
Je vais d’abord souhaiter une joyeuse fête du Canada aux Canadiens qui me lisent et un heureux moving day aux personnes qui déménagent.
Mon conjoint et moi sommes allés voir Cruising bar 2 avec beaucoup de curiosité et un peu d’appréhension.
Nous en sommes ressortis avec un sourire et de la tendresse pour l’humanité. Ce que le deuxième film perd en mordant et en originalité (on ne peut réinventer la roue), il le gagne en humanité.
En effet, ces caricatures nous offrent des moments fort sympathiques. On se prend à les comprendre et à éprouver de l’empathie. Après tout, ces personnages (pas seulement les quatre dragueurs, mais aussi les autres) sont tous assis dans la salle et bien prétentieux celui qui pourrait se dire absolument exempt de ces traits humains qui sont là grossis pour notre plaisir.
Le narcissique qui ne trouve jamais personne à sa hauteur, le distrait confus qui accumule gaffe par-dessus gaffe, le « vendeur de chars » trop sûr de lui, le timide qui n’arrive pas à s’affirmer.
Outre le fait qu’on n’a pas voulu trop faire déchoir les personnages, il y a des scènes touchantes qui ravivent notre confiance en l’humanité. Celle où Serge, le ver de terre, et sa conquête essaient de se rapprocher est vraiment trop mignonne.
Des films qui donnent le goût d’être gentil, c’est bon parfois!
23 juin 2008
Fête nationale
Je ne serai pas très original cette semaine et je souhaiterai bonne Fête nationale à mes lecteurs. Mais, d’où me vient cette lassitude quand je pense au 24 juin? Pourquoi ne sens-je plus l’enthousiasme d’autrefois? Pourquoi ai-je l’étrange impression de revivre le Jour de l’an, où la radio nous ramène la Bolduc et la Bottine souriante? Pourquoi ai-je le sentiment que la Saint-Jean est confinée au folklore et que le folklore est confiné à la Saint-Jean comme au Jour de l’an?
Sera-ce longtemps une fête nationale si, tout ce que nous y trouvons, c’est les refrains du passé?
Le projet indépendantiste est-il encore emmuré dans sa vieille obsession canadienne française? Évitons la confusion : faire du français la langue officielle d’un pays (à venir, mais le bébé prolonge drôlement sa gestation) ne signifie pas limiter la nationalité à l’origine canadienne française. Madame Nguyen est aussi québécoise que moi et, tant que vous ne serez pas capables de comprendre ça, vous ne serez pas capables de faire un pays.
Nous, dont la devise est Je me souviens, oublions que les Ryan, les Johnson, les Berger, les Burns et autres Fratte sont des personnes qui ont été intégrées dans notre « nous » collectif.
Il faudrait que nous soyons un peu plus réalistes et ne fassions pas de fixation canadienne française ni catholique. Il faudrait aussi que la Bolduc soit écoutée comme témoin historique en dehors de la Saint-Jean et du Jour de l’an, ça la rendrait beaucoup plus sympathique. D’ailleurs, cette bonne canadienne française était une Irlandaise, Mary Travers.
Il faudrait peut-être changer notre devise pour Je vais essayer de m’en souvenir.
17 juin 2008
Actualités religieuses ?
Existe-t-il une chose qui puisse s’appeler actualité religieuse? Franchement, j’en doute un peu. Mais pourquoi donc Radio-Canada fait-elle tout un plat avec le congrès eucharistique de Québec? Au point d’en faire une question à sa tribune téléphonique du lundi 16 juin 2008. Quel intérêt une radio publique a-t-elle à mousser les activités de la secte catholique?
Rappelons-nous que Radio-Canada avait flanqué Pierre Bourgault à la porte en 1989 ou 1990 parce qu’il avait osé critiquer l’Église catholique sur les ondes. Ce congédiement inadmissible n’a jamais été renversé et n’a fait l’objet d’aucune campagne publique de contestation. Je n’ai jamais entendu parler de quelqu’un qui se soit fait virer pour avoir dit du mal des athées.
Qu’il y ait des actualités religieuses ou pas, il y aura toujours des religions et des crédules pour embarquer. On espère simplement que, l’instruction et la réflexion aidant, il y en ait moins et que le bon sens et l’honnêteté triomphent des simagrées et de la crédulité.
Je me fais souvent dire qu’une bonne raison d’accepter la religion est que la croyance est universelle. Cet argument m’a toujours paru tellement insignifiant que je ne croyais pas nécessaire d’y répondre. Il se trouve qu’il en touche certains, aussi voici la réponse bien simple qu’il faut y faire : le meurtre, le viol, le vol et la méchanceté sont universels. Est-ce là une raison pour les accepter? Poser la question c’est y répondre.
Le meurtre, le viol et le vol sont universels parce que la haine, la concupiscence et la cupidité sont universels. Il faut encadrer la conduite humaine et lui fournir des conditions qui favorisent la justice et les bons comportements.
La croyance est universelle parce que la crainte de la mort est universelle. Il faut juste apprendre à vivre avec cette dernière [la crainte]. Ou alors, on se contente de la croyance pour se calmer, mais en aucun cas ça ne devrait déboucher sur la religion, système d’oppression qui utilise la croyance comme carburant. Vous voulez croire? D’accord, mais n’obligez pas les autres à faire comme vous et ne vous autorisez pas de cette croyance pour imposer des comportements ou en interdire d’autres. La croyance, ça doit rester dans la tête du croyant.
Fin des actualités religieuses.
10 juin 2008
Les anges s'envolent
Cette semaine, lancement du livre-disque Les anges s'envolent, une histoire en trois actes passant de l'enfance mutilée, par l'apprentissage difficile de la liberté vers l'assomption de la sérénité, tout ça sans mièvrerie. Une histoire chaotique qui s'ouvre sur l'espoir, accompagnée de musique qui offre toutes les atmosphères.
Musique par Érick Doucet et textes par votre serviteur.
Lancement en ville le mercredi 11 juin de 18 h à 20 h au Cheval blanc 809, rue Ontario Est (près Saint-Hubert).
Lancement domestique le vendredi 13 juin de 18 h à 20 h au 3217, av. Laurier Est (angle Saint-Michel), 514-723-0415.
2 juin 2008
Brèves sceptiques
1. Le maire Jean Tremblay de la ville de Saguenay a transmis une lettre aux médias dans laquelle il dit que l’Église ne doit pas interférer dans les affaires de l’État, mais il promeut en même temps l’expression religieuse dans les Institutions publiques. Contradictoire vous dites?
Il prétend que le « problème » des accommodements religieux est né des athées qui cherchent à interdire toute référence à Dieu dans l’espace public. C’est tellement simplet que ça se passe de commentaires.
2. Il paraît qu’on a découvert dans la jungle amazonienne une tribu encore inconnue jusque-là, et qui n’aurait pas été en contact avec le monde civilisé. Ça me rappelle un film documentaire que j’avais vu au début des années 80. Dans ce film, on nous invitait à aller à la rencontre d’une tribu qui faisait connaissance avec les hommes blancs et leur civilisation pour la première fois.
Dans le village en question, il y avait un comité d’accueil dont les membres portaient des sandales en plastique, des montres numériques au bras et des peignes de plastique dans les cheveux. On entrait dans leurs tentes pour y découvrir toutes sortes d’objets manufacturés.
Je parierais que les adolescents de cette tribu ignorée ont des posters de groupes hip-hop dans leur chambre.
3. Il circule sur le net une proposition d’action afin de faire baisser les prix de l’essence. Cette action consisterait dans le boycottage de deux compagnies de pétrole spécifiques. On nous dit qu’à la longue, les compagnies en question seraient obligées de baisser leur prix pour attirer à nouveau des clients.
Il est curieux qu’aucune de ces deux compagnies ne soit états-unienne. Par ailleurs, il paraît douteux qu’un tel boycott soit possible étant donné que, dans certains localités, il n’y a qu’un seul fournisseur d’essence, lequel appartient à l’une ou l’autre de ces compagnies.
26 mai 2008
Ne paniquons pas avec la dette
À la une du journal Métro du mercredi 21 mai 2008, on titrait «Chaque Québécois a une dette de 81.820$».
D’abord, c’est inexact parce qu’il ne s’agit pas d’une dette individuelle, mais d’une dette collective. Personne ne peut réclamer de chacun d’entre nous la somme en question.
Ensuite, cela a pour but de nous faire peur inutilement. Quand vous avez une dette, vous devez la comparer à votre revenu et à vos actifs pour voir si vous avez la capacité d’y faire face. Si vous devez 10.000$, mais avez des revenus de 35.000$ et des biens (maison, auto, terrain, placements) de 100.000$, vous n’avez pas à vous inquiéter.
Alors, pour la fameuse dette collective, il faut calculer les revenus d’État (toutes les municipalités, tous les gouvernements fédéral et provinciaux). Ensuite, il faut calculer la valeur de tous les biens collectifs, c’est-à-dire tous les ponts, toutes les routes, tous les édifices publics (écoles, collèges, universités, hôpitaux et édifices gouvernementaux), les ports, les aéroports, les prisons, les palais de justice, les conservatoires, etc. Calculez la valeur de tous ces biens, et vous verrez que vous avez des actifs pour appuyer vos dettes.
Finalement, quand on nous assène, selon la ritournelle usée, que les Québécois sont les plus taxés, on oublie toujours que les Québécois ont aussi plus de services que les autres.
Il ne sert à rien de parler de la dette collective si on ne la compare pas à la richesse collective. Arrêtez de paniquer avec la dette!
19 mai 2008
Religion = Pouvoir
En page A 10 du Devoir du 16 mai 2008, on apprend que le maire de Saguenay persiste à faire la prière au début des séances du Conseil municipal.
En page C6 du Devoir des 17 et 18 mai 2008, Georges Leroux essaie de faire croire que les partisans de la laïcité sont des intégristes, alors qu’ils réclament simplement qu’on dissocie éthique et religion. Cette dernière confusion conduit à attribuer une supériorité morale à la religion, supériorité qui n’a jamais été démontrée.
Dans le courrier des lecteurs du Devoir du 15 mai 2008, Guy Laperrière de Sherbrooke nous apprend que l’intention de prière du dimanche 11 mai dans le Prions en Église consistait à demander que l’Esprit saint inspire le partenariat entre les grandes entreprises et le gouvernement.
Une même conclusion : la religion et l’Église sont des structures de pouvoir, elles s’y accrochent et elles s’acoquinent même au capitalisme. Pas jojo, tout ça!
12 mai 2008
Les universités à courte vue
Il est franchement consternant de constater à quel point, sous prétexte de vouloir être à l’avant-garde, tout ce qui « grouille, grenouille et scribouille » au nom des universités fait preuve d’une ignorance de l’importance fondamentale de leur mission d’enseignement au premier cycle. Et dans cette mission d’enseignement au premier cycle, les chargées et chargés de cours jouent un rôle indispensable.
Le Conseil supérieur de l’éducation a émis la semaine dernière un avis au ministère de l’Éducation, du Loisir et des Sports. Eh bien, cet avis ignore superbement la réalité du premier cycle. On n’en a que pour les fonds de recherche et pour la course à la clientèle internationale. Ces obsessions conjoncturelles liées au sous-financement des universités sont des leurres si on ne se rend pas compte que la base des universités repose sur le premier cycle.
Personne ne niera l’importance et la nécessité de la recherche, mais la primauté que les Établissements d’enseignement supérieur lui accordent n’a rien à voir avec de nobles idéaux et tout à voir avec un désir de trouver des subsides parce que ce sont là les étudiants qui paient le plus cher et les programmes qui rapportent le plus.
Finalement, c’est un chercheur de l’INRS, entendu à la radio de Radio-Canada hier pendant l’émission Les années lumières, qui a sorti candidement le jugement que portent les universités sur le premier cycle. L’INRS étant une université de recherche uniquement, elle n’avait donc pas d’étudiants de premier cycle, ce qui la désavantageait au point de vue infrastructure, car disait-il en substance : « Les subventions pour les étudiants de premier cycle permettent d’avoir des locaux, de les chauffer et de les éclairer. » Voilà, tout est dit, le premier cycle, ce n’est pas important, mais ça peut être utilitaire. Le journaliste a réussi à rattraper le tout en disant que ce sont les bons étudiants de premier cycle qui font les bons étudiants des cycles supérieurs, mais le mal était fait.
Rien qu’à l’Université de Montréal, les chargées et chargés de cours enseignent plus de 50 % des cours (en excluant la Faculté de médecine) et les étudiants se disent satisfaits de leur enseignement à 91 %. S’il y a de bons étudiants aux deuxième et troisième cycles, c’est un peu grâce aux chargées et chargés de cours. Si les universités veulent avoir un avenir, il faudrait peut-être qu’elles regardent un peu plus à leur base.
5 mai 2008
L’indécrottable religion
Il est remarquable à quel point, lorsqu’on ferme la porte à la religion, elle réussit à rentrer par la fenêtre. Dans les universités, les programmes de théologie n’ont plus tellement la cote, en tout cas ceux qui s’accrochent à l’orthodoxie des églises.
Malheureusement, les religieux et autres prédicateurs se recyclent dans l’éthique. Cette confiscation de l’éthique par les religieux est tout simplement inadmissible. On ne comprend vraiment pas pourquoi les religieux et autres croyants auraient quelque connaissance supérieure en éthique, sauf par un préjugé naïf et ignorant.
Le nouveau programme d’éthique et de culture religieuse proposé par le ministère de l’Éducation entre tête baissée dans cette erreur. La religion n’a pas sa place à l’école. Elle devrait être enseignée dans les églises. Mélanger la connaissance des cultures religieuses et les règles d’éthique, c’est faire croire qu’il y a un lien entre l’éthique et la religion. À moins qu’on me fasse une démonstration de cette absurdité, je regrette, il n’y a pas de lien.
Chose fort amusante, les partisans de la religion à l’école se plaignent que le programme de culture religieuse confonde les enfants et risque de leur faire se rendre compte que toutes les religions se valent. Il est assez drôle que les tenants d’une religion avouent eux-mêmes qu’il est absolument impossible d’établir la supériorité, encore moins la véracité, de leur croyance. En effet, quel dieu choisir? Oui, ils valent tous la même chose : rien.
Toutefois, cela n’est pas une raison pour les présenter dans un cours où il doit être question d’éthique et de responsabilité citoyenne. Le comportement éthique relève des principes de justice, d’égalité et de liberté. Il doit être adopté rationnellement. Il n’y a aucune place pour la religion là-dedans.
Le Mouvement laïque québécois propose une pétition contre le programme en question. Pour s'opposer à cette place indue qu'on fait à la religion, on peut la signer sur le site suivant : http://www.petitiononline.com/laique/petition.html target .
28 avril 2008
Les impôts
Je viens de terminer mes déclarations de revenus. Ça m’a pris une quinzaine d’heures pour tout ramasser, faire les calculs et les nombreuses photocopies nécessaires. Le plus long, ce ne sont pas les calculs, mais bien sûr de réunir tous les documents et de vérifier tous les cas à déclarer.
Certes, c’est un peu compliqué d’avoir à la fois le statut de salarié, d’artiste, de travailleur autonome, de déclarer une multitude d’employeurs.
Tout le monde aime se plaindre des impôts : de leur coût comme des complications que leur déclaration nous causent. Pourtant, il est tout à fait normal de payer des impôts. Parce que les impôts, s’ils sont structurés de manière progressive, sont la façon la plus équitable de répartir la richesse.
Les taxes sur la consommation favorisent les gens les plus aisés. En effet, les 12,9 % combinés de la TPS et de la TVQ représentent parfois la marge de manœuvre qu’il reste à un ménage à faible revenu. Pour un ménage qui dispose d’un revenu nettement supérieur à la moyenne, c’est quelques dollars de plus pour un achat qu’on peut déjà se permettre.
Si une famille pauvre doit s’acheter un appareil ménager à 300 $, les 38,70 $ de taxe peuvent constituer un trou dans son budget. Ce n’est pas le cas pour une famille riche. Il faut donc comprendre que les taxes à la consommation ne sont pas une mesure progressiste alors que les impôts si.
Malgré les préjugés contre les impôts, malgré leurs inconvénients annuels, nous devrions les favoriser pour rétablir la justice sociale.
21 avril 2008
Qu’est-ce qu’un professeur?
Pour la grande majorité de la population, un professeur est une personne qui enseigne à des élèves ou à des étudiants. Dans cette majorité, on peut inclure les étudiants universitaires qui, dans leur évaluation de l’enseignement, parlent de leurs professeurs.
Quand ils ont aimé l’enseignement qu’ils ont reçu, ils écrivent dans leurs commentaires : « Madame Unetelle est une excellente professeure. » Et cela, même si dans près de 50 % des cas, il s’agit d’une chargée de cours. En effet, le bon sens usuel prédomine : un professeur est une personne qui donne des cours.
Mais, à l’Université au Québec, les choses ne sont pas toujours si simples. Le titre de professeur est un titre réservé qui s’applique à une personne disposant d’un poste et ayant comme fonctions l’enseignement, la recherche, l’administration et les services à la collectivité.
Ainsi quand on parle de professeurs, certains en excluent les chargées et chargés de cours. Dans les discours publics qu’on entend, où l’on dit que les étudiants n’ont pas accès à un professeur, on mêle deux niveaux de compréhension. La population peut s’imaginer un pauvre étudiant tout seul sans professeur pour lui donner de cours ni pour l’encadrer, alors que le même étudiant se dira satisfait de ses professeurs parce qu’il a recu l’enseignement de chargées et chargés de cours dévoués et passionnés par l’enseignement.
Les déclarations à l’emporte-pièce sur la situation des universités et sur les rapports entre les étudiants et les professeurs mériteraient beaucoup plus de nuances.
14 avril 2008
Tout un Forum
Vendredi soir dernier de 18 heures à 20 heures, le Syndicat des chargées et chargés de cours de l’Université de Montréal a honoré 32 de ses membres pour leurs réalisations : prix dans l’enseignement, publications, communications internationales, créations et autres activités.
Quand nous avons demandé au journal Forum, l’hebdomadaire de l’Université de Montréal, de couvrir l’événement, on nous a répondu qu’on ne travaillait pas après 17 heures. L’excuse est tellement grosse et manifeste un tel manque d’intérêt pour les chargées et chargés de cours qu’il ne nous est pas venu à l’idée de protester.
Curieux tout de même qu’on soit capable de faire le reportage d’activités sportives qui se tiennent en fin de semaine ou de faire un rapport de la soirée de reconnaissance des employées et employés ayant plus de 25 ans de service, laquelle s’est pourtant tenue un mercredi après 18 heures.
Ce fait et d’autres qui ont mécontenté la Coalition des associations et syndicats de l’Université de Montréal (CASUM) seront à étudier par les membres du comité sur une politique de l’information qui a été voté lors de l’Assemblée universitaire du 7 avril dernier.
Pour le moment, Forum porte bien mal son nom. Il n’est pas le lieu d’expression de l’ensemble de la communauté. On devrait peut-être l’appeler Porte-voix ou Mégaphone de la Direction.
7 avril 2008
Si l’âge d’or, réveillez-le!
On n’a qu’à regarder les photos de nos grands-parents, les gens de 50 ans au milieu du siècle dernier étaient des vieillards. Ce n’est plus tout à fait le cas aujourd’hui.
Toutefois, on regroupe toutes les personnes qui ont 50 ans et plus dans une catégorie sociologique qu’on appelle « Âge d’or ». Les « clubs d’âge d’or » et les personnes de 50 ans ou plus peuvent se regrouper dans la Fédération de l’âge d’or du Québec, fondée en juin 1970, et dont l’objectif clairement affirmé est d’«être l'organisme le plus représentatif des personnes de 50 ans et plus » ( FADOQ-Vision).
Je suis devenu membre de la Fadoq en novembre dernier parce qu’il me semble que cette association a effectivement un rôle à jouer, mais il est essentiel qu’elle s’ouvre à des réalités nouvelles.
J’ai été mécréant et athée toute ma vie ; je ne crois pas que je vais me mettre à baiser des croix en vieillissant. Je suis un homosexuel militant ; je ne crois pas que je vais rentrer dans le placard en vieillissant.
Les gens qui ont écrit « Au diable la tuque, au diable le goupillon !» (Manifeste du Refus global, 1948) et tous ceux qui y ont applaudi sont des aînés depuis longtemps. Où les voit-on dans les mouvements d’aînés ? Tout le monde devient-il conservateur en vieillissant ? J’en doute fort, mais si la pression sociale des organismes qui veulent parler en notre nom va dans ce sens-là, c’est sûr qu’on n’ose trop élever la voix.
Je ne demande pas aux membres de la Fadoq d’être tous d’accord avec moi, mais il est très important que ce regroupement n’agisse pas comme si tout le monde était blanc, francophone et catholique. Je lis à la fin de l’édito du président de l’Association, dans le dernier numéro de Virage, le magazine de la fédération, qu’il invite les membres « à entreprendre au plus tôt les petites et les grandes remises en question qui s’imposent pour mener notre organisation plus loin. »
Eh bien, à la bonne heure, j’écrivais justement dans mon mot du président de l’Association des familles Lagacé-Lagassé inc. de février 2007 qu’une tradition : « c’est une innovation qui marche bien et qu’on décide de garder. »
Je propose à la Fadoq et à son magazine de m’accueillir dans ses pages comme le mouton noir des aînés et d’ouvrir à la diversité ses activités et orientations. Il y a des aînés de toutes les couleurs, de toutes les croyances et non croyances, de toutes les tendances politiques et de toutes les orientations sexuelles. Place au débat, place à l’ouverture, place à la magie des aînés indignes! Si l’âge d’or, réveillez-le!
31 mars 2008
Victimes impuissantes
Cette semaine, le billet passe la parole à un lecteur. Martin Dufresne est un homme dont j’admire l’esprit critique. Si toutes les personnes qui ont réagi au texte de la semaine dernière ont compris qu’il traitait de cas pathologiques, Martin a vu en plus que ce billet pouvait aussi être interprété comme refusant le droit à des victimes de se plaindre.
En fait, le septième paragraphe de mon billet (sur les conditions qui conduisent à ce comportement) n’est pas assez développé et ne permet pas de faire toutes les nuances nécessaires. Martin apporte aussi des précisions sur le personnage de Dan Greenburg, lesquelles ajoutent une perspective différente à ses écrits.
Voici donc son commentaire :
« Même si tu ne le dis pas, tes deux premiers exemples désignent quasi-explicitement des femmes en les exposant au mépris de tes lecteurs.
Dans le premier des cas, je crois qu'avant de leur lancer la pierre, tu devrais peut-être te demander pourquoi des femmes sentent le besoin d'insister auprès de leur conjoint pour mettre au jour les vrais sentiments de ceux-ci à leur égard. Le silence des hommes dans les rapports de couple n'est pas de bon augure pour la personne qui dépend du maintien de la relation, affectivement ou financièrement, ou qui peut avoir de bonnes raisons de s'inquiéter d'un glissement de son conjoint vers une misogynie ambiante à mesure que s'émousse l'excitation du début.
En général, ton texte reprend la critique psychologisante très répandue des personnes qui se disent victimes d'une situation contre laquelle elles protestent. On "jouerait" à la victime, on envierait ce statut... air connu. Il est devenu quasi-impossible de montrer ce en quoi les groupes opprimés sont réellement victimisés tant le blâme psychologique jeté sur les personnes qui se disent victimisées est devenu prépondérant... même lorsqu'elles le sont réellement. La réaction aux demandes d'aide amène à percevoir tout témoignage de souffrance ou d'injustice subie comme une défaillance personnelle... à contrer par une attitude plus éclairée, courageuse, moins immorale à la limite! Je sais que tu prétends ne traiter que des cas pathologiques mais rien n'empêche que ton discours ne serve à censurer des personnes réellement victimes. Il nourrit cette optique qui force les personnes réellement victimisées et encore impuissantes à transformer leur situation - comme bien des femmes le sont - à se taire face à un discours qui leur prête une pathologie.
Finalement, Dan Greenburg... yark!!! Son How to be a Jewish mother (1964) est un des livres qui a fait le plus pour rendre la misogynie drôle et acceptable. Et ce n'est pas un hasard s'il siège au conseil d'orientation de la Coalition of Free Men, le principal lobby masculiniste américain, qui dénonce entre autres le "victim feminism" (féminisme victimaire), comme nos masculinistes québécois. (voir ci-dessous).
Martin Dufresne
P. S.: N'hésite pas à faire suivre ce commentaire à tes correspondant-es si tu veux.
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Men Freeing Men: Exploding the Myth of Traditional Male
Men's Rights Versus Victim Feminism, September 7, 2004
Commentaire de l'éditeur, Francis Baumli (Saint Louis, MO USA) - See all my reviews
This anthology, now in its fourth printing, is more timely than ever and won the "Best Book on Men's Issues" award given by The Coalition of Free Men. Endorsed by Dan Greenburg, Ed Asner, Karen DeCrow (past president of NOW), Warren Farrell, and many others, it contains writings by 50 authors, including such luminaries as Eugene August, Jed Diamond, Herb Goldberg, Arthur Winfield Knight, Naomi Penner, Jim Sanderson, and Suzanne Steinmetz. Edited by myself, Francis Baumli, Ph.D., it addresses men's liberation and men's rights. Topics include men and feelings, male depression, penis size, male midlife crisis, how prostitution humiliates men, and how men are the primary victims of pornography. Other issues examined are men and dating, how women manipulate men, men's desire for sexual foreplay, and how successful marriages are defined by playfulness. Political issues in men's liberation are examined too. Victim feminism is criticized, women's liberation endorsed. Other topics include men's image in movies and television, men and work, men and divorce-alimony, visitation, child support, mediation, child custody, joint custody. (This book's advice on joint custody is the most father-friendly you will find anywhere, with arguments that have special appeal to judges.) Father custody, and a lawyer's advice on how to get it, is discussed, along with men's rights in abortion. Men's health, macho dangers, men and birth control, men and sterility, male loneliness, men and suicide, the battered husband in domestic violence, the sexist military draft, and how handicapped men confront the macho ideal are also explored. There are also pleasant topics such as male friendship, the origins of Father's Day, the joys of parenting.
Used as a college textbook in women's studies and men's studies, this book elicits vigorous class discussion while reconciling opposing views on women's and men's liberation.
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Pas exactement le genre de type à citer à l'appui d'une démarche progressiste... »
24 mars 2008
Jouer à la victime
La technique n’est pas nouvelle; elle est d’ailleurs répertoriée dans Le manuel du parfait petit masochiste de Dan Greenburg, paru en français au Seuil en 1985 (édition originale chez Random House en 1966).
Imaginez, dans un couple, l’une des personnes demande à l’autre : « M’aimes-tu? » L’autre répond : « Bien sûr. » Mais la première reprend : « Oui, mais m’aimes-tu vraiment, vraiment? » et elle continue le jeu jusqu’à ce que le doute s’insinue ou que la lassitude s’installe et que l’autre finisse par dire : « Bien peut-être que je ne t’aime pas vraiment comme tu le souhaites. » Ou alors, irritée, elle dit ironiquement : « C’est ça, je ne t’aime pas! »
Dans tous les cas, la personne initiatrice de la démarche finit par dire : « Je le savais! Tu ne m’aimes pas pour vrai! » Peu importe les arguments que vous aurez, elle finira toujours par obtenir ce qu’elle souhaite : rendre les deux malheureux et pouvoir poser en victime.
Ça me rappelle une personne connue dans mon enfance qui, lorsqu’elle recevait de la visite, passait des bonbons une première fois, puis lorsqu’elle en passait une deuxième fois, espérait que personne n’en prenne parce que, d’après elle, la politesse consiste à ne jamais prendre deux fois de ce qu’on nous offre. Mais, devant les refus polis de la deuxième fois, elle insistait et faisait des scènes pour qu’on en prenne parce que c’était mépriser ses efforts que de refuser son offre. Donc, elle finissait toujours par gagner : Elle convaincait les invités de reprendre des bonbons et pouvait se plaindre le lendemain qu’elle avait reçu des impolis et des mal élevés.
Cette attitude peut se retrouver au travail quand un commis va trouver son patron pour lui dire qu’il n’est pas bien dans le rayon où il se trouve et qu’il se demande si son travail convient à cet endroit. Malgré les arguments du patron pour lui dire qu’il peut rester dans ce rayon-là, il finira par obtenir un changement d’affectation.
Dès qu’il aura obtenu cette mutation, il s’écriera en larmes : « C’est ça, je le savais, on ne m’apprécie pas dans cette fonction. On m’oblige à travailler dans un autre rayon. » On ne gagne jamais avec des personnes qui ont décidé d’avance qu’elles seraient victimes.
Mais avant de juger ces gens et de les considérer comme des êtres méchants, je crois qu’il faut s’interroger sur ce qui les a conduits à se comporter de la sorte. Quelles souffrances ont-ils endurées pendant leur enfance? Quelles sortes de parents ont-ils eus? Quels déterminismes sociaux permettent de conforter ce genre d’attitude? Espérons que, là comme ailleurs, des moyens de prévention pourront un jour être trouvés.
En attendant, la seule réaction responsable devant ce comportement consiste à mettre la personne face à ses propres contradictions et à ne pas hésiter à les exposer si nécessaire.
17 mars 2008
Assumer nos hivers
Les chutes de neige des dernières semaines ont mis à rude épreuve la patience des citadins surtout. On peut aimer ou pas l’hiver, on peut y trouver des avantages, des inconvénients, s’en plaindre ou s’en réjouir, tout cela est légitime, mais il ne faudrait surtout pas faire comme s’il n’était pas là.
Or, c’est notre tendance de postmodernes d’agir comme si nous étions toujours en plein été. Nous devrions au moins nous comporter en tenant compte des réalités hivernales et en tirer les leçons qui s’imposent.
Me voilà en bonne compagnie, car madame Denise Bombardier disait justement, dans sa chronique de l’édition des 15 et 16 mars 2008 du Devoir, que nous devrions cesser de nier l’hiver.
Toutefois, ce qui nous distingue de manière importante, c’est que loin de voir dans notre déni une faille morale, j’y vois plutôt une conséquence de l’idéologie turbocapitaliste.
En effet, pourquoi ne profiterions-nous pas des tempêtes de neige pour fermer les bureaux et les grandes surfaces? Les gens qui ont besoin de produit de première nécessité les trouveraient toujours dans les magasins de proximité. Les employés affectés au déneigement pourraient faire leur travail tranquilles sans être embarrassés par la circulation. Les citoyens ne risqueraient pas leur vie à se rendre au travail. Les familles pourraient en profiter pour admirer calmement la neige qui tombe et prendre du temps pour se parler. Et les maniaques du pelletage pourraient s’y livrer sans précipitation puisqu’ils ne seraient pas attendus dans l’heure.
Pourquoi donc ne pouvons-nous pas profiter d’un répit offert par la nature? Parce qu’il faut consommer. Parce qu’il faut absolument que l’on puisse rapporter aux enfants au plus vite les céréales au miel et aux fraises dont la boîte contient le dernier DVD du petit Jérémie. Parce qu’il faut absolument que madame Panet puisse acheter son lait de soya bio au chocolat. Parce qu’il est essentiel que l’on puisse acheter un banc de scie pour l’atelier qu’on ouvrira au mois de mai. Parce qu’il faut consommer. Parce qu’on l’a tellement entendu qu’on est arrivé à croire la devise du néolibéralisme : « Vous n’existez pas si vous ne consommez pas. » Il y a une très belle pièce de Jérôme Minière qui s’intitule : If you don’t buy, you die.
Il n’y a pas que les écoles qui devraient fermer les jours de tempête. Le système pourrait nous laisser souffler un peu.
10 mars 2008
Le pouvoir des foetus
La Chambre des communes du Canada a adopté en première lecture le projet de loi C-484 du député conservateur Ken Epp. Ce projet de loi est intitulé: Loi sur les enfants non encore nés victimes d'actes criminels.
On peut le consulter à l'adresse suivante: C-484
Le but du projet de loi est de faire en sorte qu'une personne accusée du meurtre d'une femme enceinte soit accusée de deux meurtres au lieu d'un.
Bien que le projet de loi stipule expressément à son article 3.7 que la modification au Code criminel ne vise pas:
"a) un acte posé relativement à une interruption légale de la grossesse de la mère de l’enfant avec le consentement de celle-ci",
cela constitue tout de même la création d'un statut juridique pour le foetus. Cette nouveauté pourra être invoquée pour octroyer des droits aux foetus et, éventuellement, pour justifier des reculs quant au droit à l'avortement.
Les groupes féministes ont très justement fait remarquer que les crimes contre les femmes enceintes relèvent généralement des problèmes de violence conjugale (voir article dans Presse-toi à gauche). Par ailleurs, il paraît absurde de créer une catégorie de meurtre double alors que le foetus n'est pas né. Cet étrange concept "d'enfant non encore né" risque de donner lieu à toutes sortes de dérives.
C'est ce même gouvernement qui a réduit le financement des groupes de femmes.
C'est ce même gouvernement qui veut introduire la censure dans le financement des oeuvres cinématographiques.
Il faudra nous en souvenir aux prochaines élections.
3 mars 2008
L'hétérosexualité conduit-elle à la pédophilie?
Étant donné que la très grande majorité des pédophiles se décrivent eux-mêmes et sont décrits par leur entourage comme hétérosexuels, peut-être y a-t-il lieu de chercher un lien entre ces deux réalités.
Bon, j'arrête mon char. Le titre de mon article est exagéré et l'on ne peut pas transformer une simple association de faits en causalité.
Et pourtant, on retrouve dans un article paru dans Forum, l'hebdomadaire de l'Université de Montréal, dans un article du 18 février 2008 sur la zoophilie, la phrase suivante: "elle [la zoophilie] est souvent liée à d'autres intérêts sexuels atypiques comme l'homosexualité ou la bisexualité."
On ajoute qu'il s'agit de l'une des trois caractéristiques "souvent attribuées à la plupart des paraphilies ou comportements sexuels déviants".
C'est exactement le procédé absurde que j'ai illustré au début de mon article.
D'abord que signifie souvent? À partir de combien de points de pourcentage peut-on parler de souvent?
S'il y a souvent des pédophiles qui sont religieux, est-ce qu'on peut dire que la religion est un facteur de pédophilie? Et si 35% des pédophiles sont religieux, c'est sans doute souvent, mais pas le plus fréquent. Alors, le concept de souvent est à manier avec prudence.
Ensuite à partir de quels critères l'homosexualité et la bisexualité sont-elles considérées comme atypiques? Les recherches sexologiques du vingtième siècle (Kinsey, Masters & Johnson, etc.) montrent plutôt que les comportements homosexuels et bisexuels sont assez fréquents, donc pas si atypiques que ça. Ils semblent même constitutifs de la nature humaine.
Laisser passer des affirmations aussi lourdes en ayant l'air de ne pas y toucher contribue à entretenir les préjugés et à brouiller les raisonnements. C'est irresponsable de proposer des associations de faits sans fournir de détails plus précis et ça ressemble fort à un jugement de valeur qui n'aide en rien à combattre l'homophobie.
25 février 2008
Différentes différences
Comme je l'écrivais dans le billet du 5 novembre 2007, certains religieux excellent dans l'art pervers de justifier leurs horreurs à partir des arguments même qui les condamnent.
La nouvelle recette à cet égard, utilisée tant par les religieux que par les partisans de la droite dure, consiste à se réclamer du droit à la différence. Ils accusent ceux qui attaquent leur pensée pernicieuse de ne pas accepter la différence.
Ainsi, quand au nom de la laïcité on a demandé au pape de ne pas faire de discours à l'Université de Rome en janvier dernier, nombreux sont ceux qui ont crié à l'intolérance et ont appelé à la possibilité de faire entendre la différence. C'est devenu l'argument préféré des personnes qui veulent l'intrusion de la religion dans la vie publique: faire une place à la différence.
Soyons clairs: il y a différentes sortes de différences et toutes les différences ne sont pas acceptables.
Voici quelques différences à rejeter parce qu'elles attaquent les droits humains:
--l'homophobie,
--le racisme,
--l'antisémitisme,
--la pédophilie,
--le sexisme,
--la torture,
--l'esclavage.
Pour ce qui est de la religion, cette différence est acceptable si elle se limite à la croyance. Dans ce cas, elle est réservée à l'esprit du croyant et elle n'attaque pas la liberté des autres. Si, au nom de la religion, on réclame le droit d'opprimer les femmes, de contraindre les fidèles et de répandre la haine, je regrette, ce n'est pas une différence acceptable.
On en reparlera le jour où les religions abdiqueront leur prétention à justifier l'oppression.
18 février 2008
Kokis: prétentieux et mal élevé
Je ne regarde à peu près jamais la télévision. Hier soir, mon conjoint et moi décidions d'allumer le téléviseur pour voir Tout le monde en parle. Il y avait Michel Drucker. Je sais, c'est kétaine, il aime tout le monde, on ne lui connaît pas d'opinion politique ferme, mais c'est tout de même vrai qu'il a fait beaucoup pour les chanteurs québécois en France et, après tout, ça fait du bien parfois de voir et d'entendre des gens aimables.
Puis, il y avait Pauline Marois. Je ne suis pas un fan, on s'en doute, mais nous voulions voir comment elle se débrouillerait. Elle aspire à gouverner le Québec, on a intérêt à l'entendre et à analyser son discours.
Aussi, il y avait Sergio Kokis. J'espère qu'il est bon écrivain (je n'ai pas encore lu son roman, La gare, que j'ai acheté l'an dernier) pour se faire pardonner sa personnalité insupportable. Cette prétention et cette ignorance sont parfaitement imbuvables.
Je ne voulais pas parler de son accent, car les accents sont charmants (celui des Français est sexy, le nôtre est sympathique, celui des slaves est séduisant, etc.), mais il est évident par son discours que le jugement qu'il porte sur la langue ne relève que de ça et non pas d'une véritable connaissance du système langagier. Alors, cet homme qui a toujours un accent à couper au couteau méprise l'accent des Québécois et forge son jugement là-dessus poussant l'outrecuidance jusqu'à conseiller à madame Marois de subir des tests de français, elle qui n'avait commis aucune faute de syntaxe, mais une imprécision lexicale (elle a employé élaboré plutôt que riche ou varié pour parler du vocabulaire). Alors que, lui, en trois phrases a commis deux fautes de syntaxe: sauter sur le tramway, on saute dans un tramway et il y avait quelque chose à apprendre avec cette commission au lieu de apprendre de cette commission.
La jeune Laetitia Angba s'exprimait fort bien, mais avec les expressions de son âge comme tous les jeunes. La différence avec les autres Québécois qui l'entourent est son accent, acquis pendant son éducation. Monsieur Kokis trouve qu'elle s'exprime parfaitement en français, il devrait alors reconnaître que les jeunes Québécois qui s'expriment avec les mêmes mots qu'elle s'expriment aussi parfaitement, mais non, il ne le reconnaîtra pas, parce que c'est l'accent "plouc" qui l'agace.
Mais le comble, ce fut lorsqu'il se permit de réclamer un verre de vin sans se préoccuper de ce que madame Marois lui disait. Prétentieux et mal élevé, je vous dis.
Ce genre d'attitude ne révèle que la faiblesse intérieure de ceux qui l'adoptent. Merci, Madame Marois, de ne pas vous être fâchée, même s'il aurait mérité une bonne correction (verbale, s'entend).
11 février 2008
Suicide
La semaine dernière, c'était la semaine de prévention du suicide au Québec. Au cours d'une présentation sur le sujet à l'Assemblée générale du Conseil central du montréal métropolitain de la CSN, les participants ont eu l'occasion d'apprendre tous les ravages que peut causer un suicide dans un milieu de travail.
Le mal touche toutes les couches de la population, mais surtout les hommes. Il est important de ne pas prendre à la légère tout signal de détresse à cet égard. Dès que quelqu'un parle d'idéation suicidaire, il faut être à l'écoute. Il ne faut pas hésiter non plus à référer au numéro de prévention 1 866 APPELLE.
Le soir même au journal télévisé, je vois une vidéo qui circule sur le Net et qui montre un jeune se faire tabasser. Le fier-à-bras qui a réalisé l'exploit ne se gêne pas pour traiter l'autre de tapette. Les jeunes à qui on a montré la vidéo semblaient trouver cela fort amusant.
L'homophobie est très présente dans les cours d'école et dans les écoles secondaires. Fif, gai et tapette sont les pires insultes que l'on puisse adresser à un jeune. Devant tant de méchanceté, comment un jeune peut-il avoir une bonne estime de soi? Ce sentiment essentiel pour faire face aux difficultés de la vie sans songer à se supprimer.
Il y a un autre aspect aux conséquences du suicide que j'ai trouvé fort troublant. Il y a de très nombreuses années, une personne que je connaissais bien s'est donné la mort. J'ai appris plusieurs années plus tard que certaines personnes de son entourage s'en trouvaient très heureuses et bien débarrassées. Je n'ai pas de mot pour vous dire la rage que j'ai ressentie en découvrant cela.
Ainsi, non seulement le suicide ne règle rien et laisse triste les personnes qui vous aiment, mais cela fait plaisir à vos ennemis. Ne cédez pas à la méchanceté, ne cédez pas à l'homophobie, accrochez-vous à ceux qui vous aiment et n'écoutez jamais personne qui prétend trouver une solution dans le suicide. 1-866-277-3553
4 février 2008
Autres dérives médiatiques: croyances et préjugés
Sous l'influence des sondages de préférence dont nous sommes bombardés, nous avons tendance à confondre sentiment et opinion. Dire que telle boisson gazeuse est meilleure que telle autre, ce n'est pas une opinion. Penser que monsieur Untel ferait un meilleur premier ministre n'est pas nécessairement non plus une opinion.
Le sentiment relève d'une impression gardée à la suite d'une sensation ou d'une émotion. Par exemple, une personne qui débarque à Montréal en plein juillet sous une atmosphère humide pourra garder le sentiment que Montréal est une ville tropicale.
L'opinion est une orientation choisie à partir des arguments, ceux-ci étant des faits orientés sur une échelle argumentative. Par exemple, sur l'échelle "s'habiller chaudement", le fait "il fait -35 degrés Celsius" est orienté très positivement et me permet d'avoir l'opinion: "Je dois m'habiller chaudement aujourd'hui."
Cette confusion entre sentiments et opinions traverse tous les discours médiatisés, et contribue à répandre des croyances et des préjugés tenaces.
J'illustrerai ce genre de fausses conclusions que l'on peut tirer à partir de trois exemples récents: le discours de Mario Dumont sur la réforme scolaire, le halo autour du Superbowl et l'influence des prix sur l'évaluation des vins.
1. Il fallait entendre Mario Dumont vers la fin de la semaine dernière au micro de C'est bien meilleur le matin où il essayait de dire quelque chose de concret au sujet de la réforme au secondaire. Outre quantité d'énoncés vagues et nébuleux enrobés de commentaires négatifs, il n'a su que répéter ce que l'on entend partout, soit que la réforme sacrifie les connaissances. Or, la réforme, dans laquelle il faut noter qu'il n'y a pas que du mauvais, ne dit nulle part qu'il faut sacrifier les connaissances. Certes, elle insiste sur les processus et sur des procédés plus englobants, mais comme l'enseignant reste maître du choix de sa pédagogie, il lui est tout à fait possible de faire primer les connaissances.
Il y aurait long à dire sur ce débat particulier, mais ce qui importe pour mon propos ici, c'est que peu d'opinions sont émises à son sujet, car on n'utilise que rarement les faits qui peuvent servir d'arguments. On se base plutôt sur des impressions qui nourrissent les sentiments.
2. Le Superbowl est présenté comme l'événement sportif le plus important au monde. Il faudrait bien appuyer ces dires prétentieux et un peu délirants sur de véritables statistiques plutôt que sur de vaseuses généralisations. Les États-Uniens jouent sur une ambiguïté de la langue en reprenant le fait bien connu que le football est le sport le plus populaire au monde, un fait documenté par le nombre de joueurs dans le monde et le nombre de fans. Or, le football dont il est question ici est le vrai football, c'est-à-dire ce que l'on appelle le soccer.
Autre fait artificiellement gonflé, on nous fait croire que les Chinois regardent le Superbowl et qu'un milliard de personnes seront devant le petit écran. La réalité est beaucoup plus décevante: la diffusion du match est accessible en Chine (où à peu près personne ne sait ce qu'est le football états-unien) et si tout le monde qui a accès à la diffusion du match sur la planète le regardait effectivement, cela ferait un milliard de personnes.
Ça me rappelle les publicités pour American Express que je voyais à la télé étant petit. On y disait que cette carte était la plus acceptée au monde. Or, elle était acceptée uniquement aux États-Unis et dans certains commerces canadiens. Plus de vingt ans plus tard (dans les années 80), il était encore difficile pour un États-Unien de faire reconnaître sa carte en Espagne ou en France en dehors de Paris. Les États-Uniens confondaient les frontières de leur pays avec celles du monde. C'est un air connu, le monde s'arrête aux marches de l'Empire.
3. Dans l'édition des samedi 19 et dimanche 20 janvier 2008 du Devoir (en page D4), Fabien Deglise rapportait les résultats d'une étude montrant que les personnes qui goûtent un vin au prix élevé sont préconditionnées à le trouver meilleur que si on leur dit que le prix est bas. Ce phénomène n'a rien d'extraordinaire. On trouve toujours plus belle une chemise de grande marque qu'une autre même si cette dernière peut avoir plus de qualité esthétique. On se laisse donc influencer par ses croyances et ses préjugés.
De là à croire que les spécialistes en matière de vin sont tous des charlatans et des fumistes, il y a un pas qu'il faut refuser de franchir.
Quand on déguste des vins, il faut noter les sensations qu'il procure et y attribuer une note. Cela a pour résultat que les vins très chers du Nouveau-Monde (États-Unis, Afrique du Sud, Amérique du Sud, Australie et Nouvelle-Zélande), lesquels cherchent à obtenir de bonnes notes justement en haussant indument les prix, n'obtiennent pas de si bonnes notes quand on les compare à des vins bien faits mais beaucoup moins chers venant de la Vieille Europe. De même, certains vins européens bénéficiant de leur réputation sont peu estimés quand on les analyse à l'aveugle. J'ai été à même de la constater maintes fois. Le snobisme et le marketing par le prix existeront toujours, mais le sens de la mesure aussi; il suffit de s'appliquer.
Conclusion: évitons de généraliser nos sensations, méfions-nous de nos croyances et de nos préjugés, appuyons-nous sur des arguments, donc des faits vérifiables, et nous aurons un meilleur esprit critique.
28 janvier 2008
Information; désinformation
Samedi dernier, 26 janvier 2008, la Confédération des Syndicats nationaux (CSN) organisait un débat sur le droit de grève dans le cadre de la journée mondiale d'action des Forums sociaux mondiaux.
Nous avons eu l'occasion d'y constater que, bien que les grèves soient devenues beaucoup plus rares que dans les décennies précédentes, elles sont aujourd'hui beaucoup moins bien tolérées.
On a fait référence au glissement de concepts qui s'est opéré entre ceux d'usager et de client. Si un usager a certains droits quant au service de transport en commun par exemple, on ne peut en dire autant de tout client d'un magasin. Les services essentiels sont devenus un prétexte pour interdire presque toute manifestation de grève. La paranoïa à laquelle nous avons assisté lors de la grève légale des employés de garage de la Société de transport de Montréal montre à quel point on refuse le moindre effet négatif d'une grève. Il est pourtant entendu qu'une grève ne saurait contribuer au rapport de force entre les employés et l'employeur si elle n'avait absolument aucun effet négatif.
Ce fut encore plus ridicule dans le cas de la grève à la Société des alcools du Québec, où certains réclamaient l'intervention du gouvernement comme si l'accès à l'alcool était un service essentiel.
Monsieur Paul Brunet, président du Conseil pour la protection des malades (CPM), a fait valoir qu'il fallait tenir compte des besoins de la population et qu'en définitive, c'est elle qui devrait avoir le dernier mot.
Ma réponse à cette remarque est que l'on veut bien que la population puisse décider, mais il faut pour cela qu'elle soit bien informée et qu'elle soit consultée pour vrai. Quelqu'un dans la salle a fait remarquer que les infirmières en 1999 avaient l'appui total de la population, mais cela n'a pas empêché le gouvernement d'intervenir sauvagement dans leur conflit.
Je signale aussi que nous avons assisté l'an dernier, dans le cas du conflit de travail au Cimetière Notre-Dame-des-Neiges, à une odieuse désinformation visant à jeter le blâme sur les syndiqués alors que l'arrêt de travail était la responsabilité de l'employeur qui interdisait à ses employés l'accès au site de travail.
Encore une fois, le rapport dans les médias de cette journée du 26 janvier a été mince et anecdotique. On a parlé de 300 personnes défilant dans la rue Sainte-Catherine alors qu'il y avait plutôt entre 1500 et 2000 personnes.
Quoi qu'il en soit, comment voulez-vous que la population ait une opinion éclairée si elle n'est pas vraiment consultée et si elle est constamment désinformée?
Pour l'instant, le dernier mot appartient aux gouvernements et au capital.
21 janvier 2008
Business as usual
Est-ce parce qu'il fait froid et que nous avons envie d'hiberner comme des ours, est-ce parce que les Canadiens ont la fibre dictatoriale et qu'ils trouvent normal qu'un gouvernement ne respecte pas les règles établies en matière de gestion démocratique, mais à part quelques éditoriaux, on n'a pas vu de grande indignation devant le scandaleux renvoi de madame Linda Keen, ancienne présidente de la Commission canadienne de sûreté nucléaire.
C'est très grave. Madame Keen a été congédiée parce qu'elle a fait son travail. Ce dernier consistait à s'assurer de la sécurité des réacteurs nucléaires au Canada. Le ministre des Ressources naturelles a utilisé un prétexte hypocrite, l'arrêt du réacteur nuisait à la production d'isotopes radioactifs utilisés en médecine, alors que la sécurité était en jeu, d'autant que les fameux isotopes ne seraient utiles qu'au diagnostic pas au traitement. Une pareille attitude est digne de petits potentats dictatoriaux et est parfaitement inadmissible dans une démocratie moderne.
Sauf chez quelques éditorialiste, où sont les demandes de démission? Un tel gouvernement, minoritaire, faut-il le rappeler, ne mérite pas la confiance du peuple. Imaginez ce que ce serait s'il était majoritaire! Est-ce parce que les Canadiens sont trop indolents et qu'on craint qu'ils accordent leurs voix à ces machiavels de pacotille que l'on ne cherche pas à les défaire?
Ce gouvernement se soucie de l'environnement comme d'une guigne. Il démet les fonctionnaires qui lui disent la vérité et soutient les appétits guerriers des voisins.
Ça ne sent vraiment pas bon. Et, pendant ce temps, vous vaquez à vos affaires sans vous inquiéter.
14 janvier 2008
Parents méchants
Aujourd'hui, je lis Petit Guide du parent infâme, une plaquette que je me suis procurée sur le Net auprès de la maison d'édition Jets d'encre.
Cette brochure contribue à briser le tabou selon lequel il faut absolument aimer ses parents. Qui n'a pas souffert dans les générations des 50 ans et plus du "Honore ton père et ta mère"? Ce mot d'ordre justifiait n'importe quel crime et interdisait toute plainte de la part des enfants.
Il y a des parents, figurez-vous, qui se faisaient un devoir de dire : "Il faut obéir à ses parents même quand ils demandent de faire le mal, c'est le Bon Dieu qui veut ça."
Si la grande majorité des parents aiment leurs enfants, ça ne signifie pas qu'ils savent toujours s'y prendre. Micheline Lanctôt s'est attaquée courageusement à cette illusion que les parents, et les mères surtout, sont par définition des êtres exemplaires dans son film Le mythe de la bonne mère.
Par ailleurs, il y a des parents monstrueux, il y a des mères monstrueuses, et la valeur des bons parents en est d'autant plus grande que, justement, ce n'est pas automatique d'être un parent équilibré. Les enfants qui ne parlent plus à leurs parents ne sont pas nécessairement des ingrats. Ce sont peut-être tout simplement des gens qui ont envie de vivre enfin normalement.
Que dire d'une mère qui entretient ses enfants dans la dépendance affective, qui les rend malades à force. Que dire d'une mère qui harcèle ses enfants pour qu'ils lui laissent leurs propres enfants à garder. Une fois qu'elle a bien insisté, qu'elle a rendu ses enfants coupables de ne pas lui laisser garder ses petits-enfants, ils finissent par céder. Alors, la grand-mère a tout le loisir de se vanter de suppléer à ses enfants incapables, et de se plaindre de la surcharge de travail qu'ils lui imposent. Vous trouvez ça gros? Je connais pourtant au moins deux cas de mégère semblable. Et, visiblement, d'après Mary Mac Laggan, auteure du livre dont je parle, les cas ne sont pas si rares.
Les mères manipulatrices ne manquent pas. Quand ce n'est pas trop grave, ça peut aller, quand ça vire au sadisme, c'est très inquiétant. Sur un mode humoristique, madame Mac Laggan donne des conseils pour toujours rabaisser les enfants. Exemple en page 32: "Parlez toujours à votre enfant comme à un débile, en adoptant une petite voix flûtée et ralentie." Ça ne vous rappelle rien? C'est aussi la technique des narcissiques, le parler gnan-gnan, auquel je faisais référence dans le billet du 24 septembre 2007.
Lors d'un bref passage à Londres, j'ai vu une affiche qui demandait: "Croyez-vous que les enfants de la rue soient coupables?" Et l'organisme d'aide qui a produit l'affiche répondait quelque chose comme oui, nous croyons qu'ils sont coupables de fuir un foyer violent. De quoi faire réfléchir.
Constater qu'il y a de méchants parents, c'est aussi reconnaître qu'il y en a de bons. Être réaliste à cet égard ne peut qu'être bénéfique à tout le monde.
On peut contacter l'auteure du livre sur le site Parent infâme. Et, comme disait Voltaire, combattons l'infâme!
7 janvier 2008
Ce qui est plus grand que nous
Dans notre société, où l'individualisme effréné fait oublier la part que chacun doit aux autres, il est particulièrement paradoxal de constater à quel point l'être humain des sociétés développées est absolument dépendant des autres alors qu'il se prétend parfaitement autonome et indépendant.
L'autarcie individuelle (c'est-à-dire la capacité de se fournir tout seul en biens et aliments pour assurer complètement sa survie) est devenue impossible, sauf dans de rares contrées isolées.
Aux individualistes de tout poil qui essaient de me convaincre qu'ils se débrouillent tout seuls, je suggère l'exercice suivant: installez-vous tout nu sans aucun accessoire dans une forêt (peu importe la saison, mais ça sera encore plus probant en hiver) et tâchez de vous débrouiller sans faire appel à quiconque.
Jamais, dans l'histoire de l'humanité, les êtres humains n'ont tant eu besoin des autres alors que jamais ils n'ont tant cru pouvoir s'en passer.
Dans une fort intéressante exposition consacrée à Benjamin Franklin par le Musée des Arts et Métiers de Paris (en cours jusqu'au 30 mars 2008), j'ai eu le plaisir de lire une pensée de Rousseau selon qui la liberté correspond au choix des contraintes mutuellement consenties. J'ai aussi pu savourer cette merveilleuse pensée de Franklin citée dans son Almanach du Bonhomme Richard: "Tout le bien qu'un particulier peut accomplir ne vaudra jamais celui que peut réaliser une collectivité qui s'en donne la peine."
Ce qui est plus grand que nous, ce qui nous transcende, ce n'est pas une quelconque déité ni une chimérique religion, mais bien la société dont nous faisons partie parce que l'être humain est un animal social et qu'il n'est rien sans l'apport de ses semblables qui l'aident à construire sa liberté.
Il est désolant de voir des penseurs comme Charles Taylor essayer de trouver au fond du firmament le souverain bien pourtant visible au bout de notre nez: le "vivre ensemble". À propos de Taylor, je vous signale un article de grande qualité, publié par le Mouvement laïque québécois, sous la plume de Marie-Michelle Poisson dans le numéro 10 de la revue Cité laïque actuellement en kiosques. On y traite de la position idéologique du philosophe: il se situe parmi les penseurs qui rejettent les progrès apportés par Les Lumières. Vous le trouverez en allant sur le site MLQ et en cliquant sur Publications dans le menu de gauche.
Renvoyez les obscurantistes à leurs devoirs!
17 décembre 2007
Mélange des fêtes
***À la suite de mon billet de la semaine dernière sur les personnes intersexuées, j'ai reçu un message d'une personne que je connais. Ce que je ne savais pas, c'est que cette personne faisait partie du groupe dont j'ai parlé et qu'elle avait dû subir une opération.
Je cite ici un extrait de son message: "Monsieur-madame-tout-le-monde ne voit pas la violence qu'il-elle exerce lorsqu'il-elle emploie des catégories binaires, nettes et tranchées. Comment le regard médical et la sélection TOTALEMENT arbitraire de critères de «différence de sexe» (clitoris de 0,8 cm maximum pour un bébé «fille»; pourquoi pas 1,1 ou 0,5 ou 0,9?) est la cause d'un profond sentiment d'étrangeté chez les personnes qui sont reléguées à l'extérieur du «normal» et de l'intelligible."
Nous ne savons pas la souffrance que nous imposons par notre confort et notre insouciance.
***La Commission Bouchard-Taylor a terminé ses audiences. Les médias ont-ils fait écho aux préoccupations du Mouvement laïque québécois? A-t-on beaucoup entendu parler des athées?
C'est à croire que l'athéisme est plus tabou que l'homosexualité. Je me souviens par exemple que lorsque Janette Bertrand a fait son coming out médiatique comme athée, elle l'a fait à Radio Canada (dont les auditeurs sont en principe plus tolérants) dans une émission d'avant-midi (alors qu'il y a moins d'écoute que tôt le matin ou qu'en fin d'après-midi) et en plein été (alors que peu de gens écoutent la radio).
***Je prends congé pendant quelques semaines, à moins que l'actualitè ne m'enrage trop. J'ai plein de corrections à faire d'ici la rentrée de janvier.
Passez de belles Fêtes!
10 décembre 2007
Les personnes intersexuées
On n'en parle pas souvent, mais environ une personne sur 2500 naît avec des organes sexuels des deux sexes ou une apparence morphologique située quelque part entre les deux. Attention, j'ai bien dit "des organes" pas "les organes". Il y a donc une espèce de doute quant au sexe auquel appartiennent ces personnes pour la simple et bonne raison qu'elles n'appartiennent pas à l'un ou l'autre, mais à l'un et l'autre. La nature n'est pas binaire; elle fonctionne en continuum.
Il ne s'agit pas ici d'orientation sexuelle (homo, hétéro ou bi) ni de genre social (homme ou femme), mais bien de sexe physiologique. Leur conformation biologique et chromosomique fait en sorte que ces personnes ne sont pas dans l'un des pôles, mais quelque part entre les deux.
Ces personnes autrefois appelées hermaphrodites sont aujourd'hui appelées des personnes intersexuées, ce qui est beaucoup plus juste.
Par le passé, on assignait automatiquement, dès la naissance, par opération médicale un sexe à ces personnes. Dans d'autres cas, quand la différence était peu perceptible, le problème se posait à l'adolescence et on forçait l'individu à faire un choix. On le fait encore trop souvent.
De plus en plus, ces personnes refusent cette obligation de choisir un sexe alors qu'elles n'appartiennent ni à l'un ni à l'autre. Elles veulent être reconnues pour ce qu'elles sont et être respectées comme elles sont.
Elles ont absolument raison et elles doivent prendre leur place. Nous devons comprendre qu'il y a un continuum et que parler uniquement de deux sexes est discriminatoire à leur endroit. Il ne s'agit pas de parler d'un troisième sexe, mais bien de reconnaître le caractère continu entre les deux pôles.
Quand j'ai évoqué, dans une réunion, la possibilité de parler d'égalité "peu importe le sexe" plutôt que "des deux sexes", je me suis fait répondre que l'hermaphrodisme fonctionnel n'existait pas. Cela me fait une belle jambe! Les personnes intersexuées existent et les forcer à choisir un sexe ou, pis encore, leur assigner un sexe à la naissance est à mon avis un crime.
Il existe de nombreux sites d'information sur la question. Au Québec, on pourra consulter le site francophone de l'Organisation internationale des Intersexués OII. Dans le menu de gauche en haut, vous trouverez le lien avec le site francophone pour le Québec ou pour l'Europe.
Connaître des réalités qui dérangent notre conception du monde nous met mal à l'aise. Pour être réalistes, les humains ne doivent pas songer à faire entrer le monde dans leurs conceptions étroites, mais bien élargir leurs conceptions pour y faire entrer le monde.
Et je manquerais à mon devoir d'enseignant si je confortais l'ignorance et les préjugés: "Inquiéter, tel est mon rôle. Le public préfère qu'on le rassure. Il en est dont c'est le métier, il n'en est que trop." (André Gide, Journal)
3 décembre 2007
Accommodements religieux
La question des accommodements raisonnables a été transformée en déversoir de toutes les inquiétudes sur la diversité sociale et nos rapports avec le religieux.
Vous trouverez ici quelques extraits d'un mémoire soumis à la Commission Bouchard-Taylor, qu'elle n'a pas le temps d'entendre en séance. Vous pourrez aussi en trouver le texte complet à la fin de la page "Athéisme" de mon site (le document sera accessible dans quelques jours) à l'adresse suivante: Athéisme.
Le mémoire est présenté à titre d'athée.
En regard de la grande place qu’on accorde aux croyants de toutes sortes, l’espace qui est accordé aux
athées est loin de correspondre à la dimension qui devrait être la sienne. Il est donc primordial que nous
prenions la place que nous méritons.
« Au sens juridique, l’accommodement raisonnable est une conséquence du droit à l’égalité et à la
protection contre la discrimination. C’est une mesure corrective qui vise à assurer qu’une personne puisse
avoir accès aux mêmes emplois, établissements ou services que les autres, peu importe ses caractéristiques
personnelles : âge, handicap, religion, langue, etc. Fait à souligner, l’accommodement raisonnable est fait
en faveur d’un ou de plusieurs individus précis et non d’un groupe. » (site Web Éducaloi, consulté le 13 octobre 2007).
Ce qui semble avoir inquiété le plus la population, c’est le fait que des pratiques religieuses entrent
en conflit avec les deux principes suivants : l’égalité entre les hommes et les femmes ; la neutralité de
l’espace public. La question qui se pose est donc en fait : quelle est la place de la religion dans l’espace
public ? Et ce qui doit changer, c’est le traitement privilégié que peuvent recevoir les religions.
Les principes que je mets en avant sont partagés par la majorité des citoyens du Québec, j’ose le
croire : égalité, solidarité, justice, liberté, démocratie et paix. Les Chartes des droits et libertés ont
normalement pour but de faire écho à de tels principes.
Malheureusement, parmi les commentaires que j’ai entendus, le débat est souvent présenté comme
étant un conflit entre « leur religion » et « la nôtre », exactement comme je le craignais dans mon billet du
20 août 2007 (« La religion comme repère ? », http://www.francislagace.org/billet.php, 20 août 2007). Eux
étant les immigrants ou descendants d’immigrants de deuxième génération (il conviendrait de se demander
à partir de quand on va cesser de renvoyer les gens au pays d’origine de leurs ascendants) et nous étant les
Québécois blancs francophones catholiques.
Or, le problème est posé par la religion elle-même. Et les « bons catholiques » ne font pas mieux
que les autres en présupposant que leur religion est naturelle ou autochtone (au sens propre du terme) alors
que les autres seraient artificielles ou importées. En tant qu’athée, je suis insulté chaque fois que j’entre
dans un édifice public et que j’y trouve le crucifix, qui glorifie la souffrance.
Que la religion catholique fasse partie de l’histoire du Québec, j’en conviens, mais ce ne sera jamais
une raison pour nous imposer ses symboles dans les lieux où elle n’a pas sa place. Les livres d’histoire,
l’architecture des temps passés, les films documentaires et les musées sont là pour jouer ce rôle de rappel
culturel.
Il y a donc deux principes absolument incontournables dans la gouverne de l’espace public : 1. La
neutralité totale de l’État ; 2. L’absence de privilèges pour les religions.
Les inquiétudes soulevées pas les exigences des pratiques religieuses doivent trouver leur solution
dans la restriction du phénomène religieux à l’espace qui est le sien : l’espace privé des adhérents.
Pour éviter d’inutiles conflits, le respect des croyances, puisque c’est un droit individuel, ne doit
inclure ni le respect de l’oppression, ni le respect des inégalités, ni le respect de la haine.
En ce sens l’espace public doit être absolument libre de religion.
Conclusion
À mon avis, les accommodements raisonnables ne posent pas de véritables problèmes en général et
le débat qui a cours actuellement dans la société québécoise porte en fait sur la place de la religion dans
l’espace public.
Pour remettre les religions et les croyances à leur place, dans l’espace privé, il convient de
reconnaître que la religion catholique n’a pas droit à des privilèges par rapport aux autres. Il faut donc
débarrasser tout l’appareil d’État des survivances catholiques comme il faut éviter toute intrusion de
quelque autre religion que ce soit dans les institutions publiques.
Les croyants ont droit à leurs croyances, mais ils ne peuvent en aucun cas les imposer ni à l’État ni
au reste de la société.
Les valeurs qui doivent guider une société civilisée sont les suivantes : égalité, solidarité, justice,
liberté, démocratie et paix.
Le respect de ces valeurs exige la neutralité absolue de l’État et l’absence de tout privilège pour les
religions.
26 novembre 2007
La mémoire n'est pas généreuse
Dans le domaine des idées, que ce soit dans les arts ou dans les sciences, nous n'avons pas la mémoire généreuse. Tout le monde est réticent à reconnaître qu'une idée qu'il développe vient de quelqu'un d'autre, comme si c'était se rabaisser que de donner son essor à une bonne idée. Pourtant, nous ne faisons que cela: poursuivre ce qui a été lancé par d'autres. Je n'ai pas inventé les sites web, je n'ai pas inventé les billets, je n'ai pas inventé les livres, mais j'ai eu quelques bonnes idées dans ma vie.
Voici l'histoire de l'une d'entre elles.
À l'été 1999, je propose à la maison Triptyque le projet d'un guide de 100 vins abordables pour fêter l'an 2000 sans se ruiner. Le livre serait utilisable pour les festivités de fin d'année, mais aussi pour l'année qui suit. La gamme des prix visait entre 8$ et 25$. L'objectif était d'atteindre un public assez large et les vins devaient être disponibles en produits courants.
Le projet fut adopté, et je me mis au marathon de dégustation et d'écriture, chaque vin étant accompagné d'une petite notice un peu littéraire. Les importateurs de vin ont été mis à contribution pour fournir les étiquettes. Le titre finalement retenu Le Gai Boire, clin d'oeil au fait que l'auteur est gai et écrit dans un magazine gai (Fugues), faisait aussi référence au "gay sçavoir" liant la philosophie au fait de savoir qu'il n'est pas nécessaire de perdre sa chemise pour acheter des vins agréables et y trouver du plaisir.
Le mercredi 8 décembre 1999 entre 17 h 30 et 20 h était lancé Le Gai Boire (les 100 vins de l'an 2000) au bar le Drugstore, au 1360, rue Sainte-Catherine Est. L'introduction présentait le parti-pris du livre: des vins à 25$ ou moins, disponibles dans la section produits courants (avec quelques rares exceptions spécifiées). Cette introduction indiquait comment utiliser le guide.
L'introduction était suivie d'un glossaire des termes généralement utilisés dans le domaine du vin. Suivait un petit guide d'emploi des vins au restaurant. Les vins sont ensuite présentés dans l'ordre suivant: les blancs, les rouges, les rosés, les mousseux, les liquoreux et, finalement, les vins fortifiés. À la fin, on trouvait un index alphabétique de chaque vin selon l'ordre des sections.
Chaque vin occupait une page, où se trouvait l'étiquette reproduite en noir et blanc, et l'on trouvait une petite description littéraire du vin. Ceux dont le rapport qualité-prix était plus intéressant et dont l'expérience montrait qu'ils ne donnaient pas mal à la tête étaient surmontés d'une petite couronne de lauriers.
Le flop relatif de ce guide (nous n'en avons vendu que quelques centaines) est dû à plusieurs méprises, elles-mêmes liées au caractère multi-hybride du produit final. On a d'abord cru que le guide était destiné uniquement aux gais et lesbiennes, alors qu'il faisait référence à l'auteur et à la littérature (gay sçavoir).
On a aussi cru qu'il fallait être vraiment littéraire pour le lire, alors que les petites histoires se lisaient facilement. En fait, cible indécise ou cibles trop nombreuses, le guide a connu le succès d'un ouvrage de littérature plutôt que celui d'un guide pratique. Il reste que plusieurs lecteurs m'ont réclamé par la suite une réédition parce qu'ils avaient beaucoup aimé.
Le vendredi 17 mars 2000, vers 13 h et quelque, après une dégustation de chablis offerte par la maison Fèvre, dans une salle du Palais des Congrès réservée par ladite maison dans le cadre du Salon des vins, Jean Aubry, chroniqueur au Devoir me prend à part. Je me souviens de cette belle journée ensoleillée, la neige avait suffisamment fondu pour que je n'aie pas besoin de porter mes bottes couvre-chaussures.
La conversation va comme suit:
Aubry: --Alors, la vie est bonne?
Lagacé: --Oui, la vie est bonne, la santé est bonne, le travail ne manque pas, seulement le temps.
Aubry: --As-tu l'intention de rééditer ton livre pour l'année 2001?
Lagacé: --Non, pas vraiment, j'ai peu de temps. L'an dernier, j'ai été élu trésorier de mon syndicat et je m'apprête à me re-présenter aux élections d'avril. Ma carrière prend un tour plus syndical.
Aubry: --C'est parce que j'ai la proposition d'un éditeur et j'aimerais reprendre ta formule. On pourrait s'entendre ou collaborer.
Lagacé: --Aucun problème pour reprendre la formule. Il n'y a pas de copyright sur les idées. Quant à collaborer, je n'en ai pas vraiment le temps. Allez-y, je ne vois aucune objection.
Aubry: --Tu es sûr?
Lagacé: --Mais oui, allez-y sans crainte.
Automne 2007, je reçois le Guide Aubry 2008 quatrième ou cinquième édition de ce que monsieur Aubry a fait à partir d'une formule qui était bonne et qui marche. J'en parle dans ma chronique de décembre de Fugues, j'en parle longuement et positivement (Ma chronique).
Il s'y trouvait les phrases suivantes: "J’aurais bien mauvaise grâce à ne pas vanter le guide de Jean Aubry, Les 100 meilleurs vins à moins de 25 $ publié par les Éditions Transcontinental. Inspiré par mon Gai Boire paru en 1999 chez Triptyque, dont il a repris la formule, tout en l’agrémentant d’autres renseignements complémentaires..."
Cet extrait a donné lieu à un échange de courriels entre votre serviteur et monsieur Jean Paré, éditeur de monsieur Aubry. Le tout s'est résolu par un message téléphonique laissé à mon répondeur, où on me remerciait finalement d'avoir parlé positivement du guide, mais précisant que monsieur Aubry ne se souvenait pas d'en avoir discuté avec moi. Le rappel est fait ici.
En aucun cas, je n'ai voulu déprécier le travail de monsieur Aubry. En aucun cas, je ne me suis plaint qu'il ait repris une bonne formule que je l'ai explicitement autorisé à reprendre. Et voilà l'histoire.
19 novembre 2007
Le racket de la bible
Mon conjoint et moi avons passé une nuit à l'hôtel à Québec en fin de semaine.
Richard me faisait remarquer qu'il y avait encore la bible dans les tiroirs de la table de chevet.
On dit que la bible est le livre le plus vendu au monde. Je comprends, si elle est présente dans la majorité des chambres d'hôtel.
Je me demande comment on réagirait si c'était plutôt Justine ou les malheurs de la vertu du Marquis de Sade qu'on y trouvait.
Diane Précourt a écrit un article intéressant sur ce sujet dans Le Devoir de la fin de semaine des 27 et 28 octobre 2007. La pratique est répandue dans toute l'Amérique du Nord, mais serait interdite dans certains pays, cependant elle ne nous précise pas lesquels.
En tout cas, je ne me rappelle pas avoir vu ce livre dans les chambres d'hôtel françaises.
J'ai souvent envie de jeter ce document à la poubelle quand je me retrouve à l'hôtel, puis j'hésite, parce que je crains les représailles de l'hôtelier ou du personnel, on ne sait jamais. J'ai souvent à retourner dans un même hôtel et la bible fait l'objet d'une vénération par les amateurs de religion même s'il s'agit d'un ramassis de textes dont la valeur est très variable et l'intérêt plutôt limité.
Est-ce que les hôteliers sont victimes d'intimidation de la part des dealers de bibles? Est-ce que le Québec ne devrait pas se débarrasser de cette pratique archaïque? Qu'en pensez-vous?
(Note: Je vais faire changer l'adresse de contact de mfrancis@generation.net pour francis.lagace@gmail.com. La première ayant connu des ratés.)
12 novembre 2007
Le bonne-ententisme
Sous prétexte d'éviter des esclandres, de ménager de bonnes relations avec les autres, de ne pas encourir de représailles, on trouve dans les milieux de travail des partisans de la bonne entente à tout prix.
Ces personnes insistent sur la crédibilité qu'elles veulent avoir auprès de l'employeur, sur la nécessité de collaborer et sur les bons résultats que le respect assure.
Malheureusement, les bonne-ententistes confondent les bonnes relations personnelles et la nécessité de rapports directs et clairs avec les patrons. Ils confondent aussi la veulerie avec la crédibilité.
De quelle crédibilité bénéficie-t-on quand on ne pose jamais de question?
Quel respect mérite-t-on quand on se comporte comme une carpette?
À trop vouloir plaire, on ne se fait pas respecter, on se fait marcher dessus. On mérite beaucoup plus le respect quand on se tient debout.
Les enseignants qui ont de l'expérience savent bien que la bonnasserie n'attire que le mépris des élèves alors que la fermeté justifiée suscite respect et admiration.
Il en est de même dans nos rapports avec nos employeurs. On aura de biens meilleurs résultats à dire clairement ce qui est acceptable et ce qui ne l'est pas, et à poser les questions qui doivent être posées. La bonne collaboration ne signifie pas le renoncement à ses droits. L'attitude cordiale avec les personnes permet tout aussi bien de souligner les points de désaccord et de rappeler l'autre à ses devoirs.
5 novembre 2007
Il n'y a pas d'intégrisme laïc; il y a de la perversité de certains religieux
Les autorités ecclésiastiques ont toujours excellé dans l'art sournois d'accuser les autres de leurs propres vices et d'inventer des torts qui nous distraient de leurs propres turpitudes.
De tout temps, quand on a questionné la pertinence de la croyance inconditionnelle en un dieu et en des principes difficilement justifiables d'un point de vue rationnel, les autorités religieuses se sont complu à rejeter par avance toute discussion en s'écriant: "C'est le diable qui parle. Ne vous laissez pas séduire par lui. Contester l'autorité, c'est écouter le diable!"
Inventer une cause inexistante (le diable) de la contestation d'une réalité inexistante (dieu) est une façon habile d'esquiver la critique, car on doit obliger le contestataire à prouver la non-existence du principe négatif (le diable) avant de prouver la non-existence du principe positif (dieu), ce qui scientifiquement est impossible: on ne prouve pas la non-existence. Seule l'existence peut être prouvée, et c'est à celui qui affirme de faire ses preuves. Celui qui doute a tous les droits si on ne lui fournit pas d'arguments suffisants.
L'argument d'autorité est toujours le dernier refuge de ceux qui ont tort et les églises ne s'en privent jamais.
Alors, maintenant que l'on veut retirer les privilèges indus d'un groupe religieux sur les autres, les intégristes de tout poil invoquent un supposé intégrisme laïc. Il faut vraiment nous prendre pour des imbéciles pour utiliser pareil argument. La laïcité n'oblige personne à suivre des dogmes. Elle ne demande pas aux gens de changer leur croyance et ne les oblige pas à accepter des croyances aberrantes. Au contraire, la laïcité permet à tout le monde d'exercer son libre arbitre dans le respect des différences individuelles. Elle oblige cependant à ne pas imposer ses croyances aux autres. Cela s'appelle le respect. C'est ce respect élémentaire que les autorités ecclésiastiques osent appeler intégrisme alors que leur oppression aberrante, elles l'appellent liberté religieuse.
Maintenant, quand le cardinal Ouellet dit qu'on devrait réévangéliser le Québec, c'est d'un absurde consommé. Voulez-vous bien me dire pourquoi on devrait privilégier une religion plutôt qu'une autre? Laquelle enseigner de toutes ces croyances aberrantes? Battez-vous entre vous, toutes religions du monde, et quand vous aurez la preuve que l'une est meilleure que l'autre, nous verrons s'il est nécessaire de l'enseigner. En attendant, ne demandez pas au système public de faire le travail des églises. Enseignez vos croyances dans vos temples et n'essayez pas de les imposer à tout le monde.
29 octobre 2007
La nostalgie, mauvaise conseillère
Hier, au gala de l'ADISQ (l'Association du disque, de la vidéo et du spectacle), le groupe Mes Aîeux a gagné le prix de la chanson la plus populaire pour son tube "Dégénération". C'est un très bon choix, le public ne se trompe pas. Il fallait voir le sourire narquois de Stéphane Archambault quand il rappelait que les radios avaient refusé cette chanson sous prétexte qu'elle ne trouverait pas de public.
La chanson a tout plein de qualités: bon rythme, voix superbes et texte qui fait voir l'inconséquence de nos agirs, car on veut toujours ce qu'on n'a pas.
Mais, je crains qu'on aime aussi cette chanson pour les mauvaises raisons quand on s'accroche à des expressions comme "Tu rêves à une table entourée d'enfants". Il est facile de céder à la nostalgie, d'autant plus facile quand il s'agit d'une époque que plusieurs n'ont pas vécue et qu'ils idéalisent.
S'imaginer que l'époque des familles supposées unies (qui duraient en fait par crainte de la religion ou des représailles de la famille élargie ou de la honte, tout simplement) était une époque de joie et d'entraide relève du romantisme le plus naïf.
Les familles traditionnelles étaient le lieu de tous les étouffements. Les parents qui se détestaient passaient leurs nerfs sur leurs enfants et l'entraide était souvent une façade pour des jeux de massacre interminables. Que les enfants du divorce se le tiennent pour dit, les enfants de ces belles grandes familles unies rêvaient souvent de divorce. J'aurais moi-même donné n'importe quoi pour que mes parents divorcent et que je puisse enfin me sauver avec mon père.
Les familles traditionnelles considéraient l'intelligence comme une tare, d'autant plus quand la génitrice n'atteignait pas 70 de QI (pour mémoire, la moyenne est de 100), et on ne se gênait pas pour torturer tous ceux qui aimaient le moindrement le bon sens et la culture. Pensez à Ovide Plouffe! Nous n'en sommes pas encore tout à fait sortis d'ailleurs, et les Québécois ont encore une méfiance très complexée envers les intellectuels. On a beau être socialiste, on ne voit pas pourquoi l'égalité des droits signifierait qu'il faille broyer les os des personnes qui aiment penser.
Alors, oui, félicitons Mes Aïeux, apprécions la belle chanson, mais ne cédons pas à l'illusion nostalgique.
22 octobre 2007
Laïcité, laïcité
La suggestion annoncée par la CSN de proposer une Charte de la laïcité n'a pas l'heur de plaire à tout le monde. C'est normal, il faut discuter et étudier les modes d'application d'une telle proposition. Mais, si plusieurs trouvent que le projet va trop loin, ce qui n'est vraiment pas mon cas, j'estime que les arguments qu'on y oppose ne sont pas très solides.
Il faut répéter et marteler sans cesse, quand on parle de liberté, que la religion n'est pas une liberté comme les autres puisqu'elle entraîne le droit d'opprimer et le droit de discriminer les fidèles supposément consentants.
Quand on vient dire, comme je l'ai lu dans une lettre des lecteurs du journal Métro de vendredi dernier, que c'est une atteinte à la liberté que d'interdire à un officier de l'État de manifester ses préférences religieuses dans le cadre de son travail, on ne comprend pas qu'une personne qui incarne l'autorité ne peut en aucun cas favoriser une religion sans exercer une discrimination à l'endroit de toutes les autres et des athées.
Si les individus ont le droit de professer leur foi, il n'en est pas de même des autorités, qui ne peuvent pas encourager quelque croyance que ce soit.
D'autres arguments sont d'un ridicule consommé. Un lettre parue dans le Métro du 15 octobre disait que les gens qui ont "des convictions religieuses [...] sont souvent les plus respectueux des autres." Comme je le dis ailleurs sur ma page Athéisme, en aucune façon les gens religieux ne sont meilleurs citoyens que les athées. Mon expérience personnelle m'a plutôt fait constater que, plus une personne est religieuse, plus est menteuse et hypocrite.
On sait aussi que le taux de criminalité n'est pas moins élevé, les crimes sont d'ailleurs souvent plus sordides, dans les endroits où on est plus croyant.
Wilfrid Derome, expert en homicide au XXe siècle, a constaté, comme le signale son biographe Jacques Côté (Wilfrid Derome, expert en homicides, Boréal, 2003), que les crimes familiaux étaient beaucoup plus violents à la campagne, là où la pratique religieuse est plus forte qu'en ville.
Finalement, le comble du risible est apparu quand des partisans de l'enseignement religieux ont soumis que les enfants seraient mélangés et ne sauraient pas qui est le vrai dieu si on leur enseignait l'histoire des religions. Justement, il n'y a pas de vrai Dieu. Et c'est bien la preuve que les enseignements des religions n'ont aucune valeur puisqu'ils ne permettent pas de savoir qui a raison.
Pour protéger la liberté de tous, l'État doit restreindre la liberté de ses officiers dans l'exercice de leurs fonctions. C'est le simple bon sens.
15 octobre 2007
Il faut libérer l'espace public
Dans l'édition du 11 septembre 2007 de Presse-toi à gauche, Sébastien Robert répondait, par son article S'accaparer l'espace public, au mien du 4 septembre, Sortir la religion de l'espace public.
Je le remercie de ses intéressantes réflexions, mais nonobstant le respect et l'affection que j'ai pour lui, je crois qu'il confond deux ordres de choses et qu'il fonce tête baissée dans le piège que lui tendent les organisations religieuses.
Revendiquer la réduction du temps de travail est une chose. C'est une revendication légitime de toutes les travailleuses et de tous les travailleurs depuis que le syndicalisme existe. Il est essentiel pour la santé de tout le monde, et au vu des gains de productivité qu'ont permis toutes les avancées technologiques, que la durée de la semaine de travail soit réduite tout en conservant la même rémunération. Le rapport actuel entre l'investissement des propriétaires et le profit qu'ils tirent du travail de leurs employéEs est plus grand qu'il n'a jamais été. Cela justifie un peu plus de respect pour celles et ceux qui font vivre les dirigeants d'entreprise dont les revenus sont astronomiques.
Il est normal aussi que l'on répartisse mieux le temps de travail dans la journée et que les travailleuses et travailleurs disposent de temps pour se reposer. Et, effectivement, ils pourront bien faire ce qu'ils veulent pendant ces pauses (prier, fumer, aller aux toilettes ou tchatter avec leurs chums).
Mais introduire la religion dans les lieux de travail n'a absolument rien de légitime. De quel droit et en vertu de quel privilège, certaines pauses seraient accordées aux personnes qui prient et pas aux autres? Pourquoi donc faudrait-il qu'on aménage du temps et de l'espace pour les activités religieuses sur les lieux de travail?
Si les employéEs demandaient qu'on aménage une salle pour les personnes qui collectionnent les timbres ou les canettes de bière, je ne crois que l'on trouverait cela approprié.
L'objectif du pasteur Brinton et de ses semblables est de faire reconnaître la religion dans l'espace public alors qu'il s'agit du dérivé d'une croyance, laquelle n'est qu'une affaire personnelle qui doit rester dans la tête des personnes qui y croient. Libres à elles de se réunir dans des lieux qu'elles auront réservés à cet effet dans le cadre de leurs activités privées. Reconnaître une seule religion sur les lieux de travail, c'est ouvrir la porte à les reconnaître toutes. Et on ne voit pas en effet pourquoi l'une devrait avoir un privilège sur les autres.
Il faut d'une part, et très laïquement, revendiquer une meilleure répartition du temps de travail, une diminution de la semaine de travail, plus de respect pour le droit des employéEs de bénéficier de pauses. C'est une première chose. C'est toutefois extrêmement différent de demander des pauses liées à la foi religieuse.
Ce n'est certainement pas en accordant des privilèges aux religions que l'on aidera la cause des travailleuses et des travailleurs. Les religions multiplient les discriminations et les motifs de dispute entre les êtres humains à cause de leurs exigences et distinctions byzantines.
Il faut au contraire libérer l'espace public de toute référence religieuse.
8 octobre 2007
La droite dure (adjectif et verbe)
En m'installant à une table de travail dans la bibliothèque centrale de l'UQAM, j'ai découvert, la semaine dernière, une revue que je ne connaissais pas. Ça s'appelle Égards et ça se définit comme une revue de "résistance conservatrice".
Je ne savais pas que les conservateurs avaient besoin de résister, eux qui ont tous les micros, possèdent la plupart des journaux, gouvernent le Canada et les États-Unis, mais bon...
Assez curieusement, la plupart des collaborateurs se disent contre l'économisme, mais en fait cela ne devrait pas étonner quand on sait que les fascistes du XXe siècle se disaient contre le capitalisme et plutôt pour le corporatisme. On a beau se dire contre le capitalisme, on en répand tous les clichés idéologiques et on ne se gêne pas pour en tirer tous les avantages.
La revue a, bien sûr, son site www.egards.qc.ca.
On y découvrira les six principes qui la gouvernent:
1. La croyance en un ordre transcendant;
2. L'attachement envers la variété qui signifie une horreur pour "les objectifs égalitaristes et utilitaristes";
3. La conviction qu'une société civilisée exige des classes;
4. La certitude que la liberté et la propriété sont étroitement liées;
5. "La méfiance envers les sophistes, les calculateurs et les économistes (...)"
6. La conscience qu'il ne faut pas précipiter les changements.
J'y suis allé faire mon tour aujourd'hui et j'ai trouvé un article qui dépeint les athées militants comme des adeptes du prosélytisme promouvant leur croyance au néant en missionnaires. Le petit problème avec cette façon de nous décrire, c'est que les croyants conservateurs s'imaginent que l'athéisme est une croyance. Il n'y a aucune preuve, aucune raison de croire en Dieu. Alors, nous n'y croyons pas et nous demandons à nos congénères d'y réfléchir. Ce n'est pas du prosélytisme; c'est lutter contre l'obscurantisme.
On y dit aussi que l'athéisme ne progresse pas. Ce qui est visiblement faux au vu des données statistiques sur la question.
Dernière mise au point sur l'athéisme: il y aura toujours des croyants comme il y aura toujours des erreurs, des bêtises, des comportements psychologiquement explicables mais rationnellement inappropriés. Les athées espèrent seulement que ces erreurs seront un jour l'exception, ce que nous invite à prévoir l'avancement des connaissances dans les sociétés démocratiques et développées malgré les assauts de la propagande religieuse.
Ce qui est étonnant dans cette association de gens qui se regroupent sous le terme d'"égards", c'est la hargne et la bile qu'ils déversent sans égard sur tout ce qui est progressiste.
En manifestant ce genre d'égards, on risque d'être payé de retour mêmement.
2 octobre 2007
L'école doit-elle enseigner à croire au Père Noêl?
Dans le journal Forum de l'Université de Montréal, daté du 4 septembre 2007, à la chronique "Capsule Science" en page 4, on trouve des réflexions proprement ahurissantes. L'auteur, Mathieu-Robert Sauvé, y reformule la pensée d'un monsieur Durand, professeur émérite à la Faculté de théologie et de sciences de la religion, lequel déclare:
Le fait de tenir les enfants à l'écart du darwinisme "n'est pas si grave que ça",
car ils auront bien l'occasion de le découvrir tôt ou tard.
Plus loin, on nous cite un M. Lessard, sans l'avoir présenté en aucune façon, qui parle de la grande liberté dont jouissent les enseignants dans les classes en traitant plus du XIXe siècle ou plus de la préhistoire, etc.
Les élèves de nos écoles seraient ainsi soumis aux caprices des enseignants? Accorder un peu plus de temps à une période historique qu'à une autre ne se compare pas au fait de choisir d'enseigner des faussetés.
Si je disais, il n'est pas grave d'enseigner aux enfants à croire au Père Noël, car ils découvriront tôt ou tard qu'il n'existe pas, il me semble qu'on devrait me rabrouer. L'école existe justement pour nous apprendre que le Père Noël n'existe pas, sinon on se demande bien à quoi sert l'instruction.
La réflexion énoncée à propos du créationnisme équivaut à dire qu'il n'est pas grave d'enseigner que la terre est plate. Après tout, les enfants découvriront tôt ou tard qu'elle est ronde.
Sottise que tout cela! L'école est là pour faire gagner du temps aux enfants, pour apprendre tout de suite la réalité plutôt que de vivre dans l'ignorance.
Lire des propos pareils de la part d'universitaires m'inquiète au plus haut point.
1er octobre 2007
Le billet paraîtra mardi; je ne suis pas dans l'état de l'écrire aujourd'hui.
24 septembre 2007
Dérives néolibérales: narcissisme, fausse famille et parler gnan-gnan
L'idéologie néolibérale prégnante dans notre société favorise l'émergence et la progression des personnalités narcissiques. Le désintérêt total pour le sort des autres, l'arrivisme à tout crin et l'accumulation de capital politique et symbolique pour soi seul nous conduisent à une société froide dans laquelle le sort des déshérités est considéré comme quantité négligeable. On le constate avec la vilaine mode qui consiste à ridiculiser les pauvres et les assistés sociaux. Il y a pourtant des déterminismes économiques et sociaux contre lesquels les laissés pour compte du néolibéralisme triomphant ne peuvent à peu près rien si la société tout entière ne pratique pas la solidarité de manière systémique.
Systémique, parce que la charité privée ne vient pas à bout des problèmes de pauvreté. C'est à l'État d'assurer à chacun une subsistance décente par le biais de la redistribution des richesses. Sinon, on en arrive à une rétribution des "bons pauvres", ceux qui flattent l'égo des puissants, et à la marginalisation des "mauvais pauvres", ceux qui militent pour la justice sociale.
Mais, les narcissiques qui se hissent dans les structures de pouvoir, dans les organisations et dans les entreprises, n'aiment pas qu'on ait d'eux cette image de personnes froides et implacables. Ils se déguisent donc en personnes soucieuses de bonnes valeurs. C'est ainsi qu'ils racontent à qui veut les entendre que leur milieu de travail est comme une grande famille. Se faisant, ils atteignent deux objectifs:
1. Ils font croire qu'ils ont des sentiments pour les gens avec qui ils travaillent (ou qu'ils font travailler à leur place, ce serait plus exact).
2. Ils obligent leurs camarades de travail, qui du coup deviennent réticents à les critiquer pour ne pas leur faire de peine. Qui veut blesser son frère ou sa soeur? Qui veut faire de la peine à quelqu'un de la famille? Après tout, il faut en laisser passer si on veut que l'harmonie règne.
C'est là un piège terrible, car bien sûr éviter de faire face aux problèmes pour ne pas faire de peine est le meilleur moyen de les empirer et de créer une situation malsaine dans laquelle le narcissique a toujours beau jeu de triompher alors que ses victimes se sentent incomptétentes, humiliées, victimes d'échec parce qu'elles ne comprennent pas dans quel panneau elles sont tombées.
Il est très important au contraire de dire simplement et franchement ce qui ne va pas pour pouvoir passer à autre chose. Il ne faut pas céder au chantage émotif des narcissiques qui espèrent, de cette façon, camoufler les problèmes dont ils sont la cause. Ce n'est pas un signe de méchanceté ni de froideur que d'oser dire la vérité. C'est au contraire le signe d'une préoccupation pour des relations plus saines, plus humaines et plus généreuses.
Et cela m'amène au troisième point de mon titre: Le parler gnan-gnan.
L'une des techniques employées par ces narcissiques, qui sont de plus en plus nombreux dans toutes les organisations, dans le but de transférer leur culpabilité sur les autres, consiste à adopter un ton doucereux, quasi enfantin, et à rejeter de la part des autres toute tentative de parler fermement sous prétexte que c'est agressant, dérangeant, peu humain.
Infantiliser ses interlocuteurs est une forme de violence perverse qui permet au narcissique de s'offusquer chaque fois qu'on lui oppose un refus, chaque fois qu'on s'exprime en adulte ferme et confiant sous l'accusation d'être méchant, de parler trop fort. L'abus de cette technique finit par créer chez les victimes le goût, effectivement, de parler plus fort pour se défouler. Les déversoirs de rage contenue que sont les tribunes téléphoniques des radios, tout comme la vulgarité de certains humoristes, ne sont que le pendant naturel du parler gnan-gnan que nous imposent les dirigeants narcissiques qui veulent notre bien.
Parler clairement, sans rage, mais fermement est la meilleure façon de ne pas avoir à crier plus tard parce qu'on aurait accumulé un trop-plein à force de se contenir pour ne pas faire de peine aux narcissiques et à leurs victimes infantilisées.
Méfiez-vous comme de la peste de ceux qui prétendent que votre milieu de travail est une famille. Ce n'est pas le cas, ce ne doit jamais être le cas. Les relations de travail doivent être saines et cordiales, et non parasitées par des relations de fausse famille qui vous obligent à vous retenir de régler les problèmes à mesure qu'ils se présentent.
C'est remarquable d'ailleurs, lorsqu'on garde des enfants, on se rend compte que, si on leur tient un langage "gnan-gnan", ils se mettent à pleurer pour un rien, alors que si on leur parle normalement, ils sont beaucoup plus sereins dans tout ce qui leur arrive, même lorsqu'ils se blessent en jouant. Ces patterns existent aussi chez les adultes.
Les gens qui parlent fermement sont beaucoup moins violents que les "gnan-gnan" qui infantilisent leur auditoire. Ils assument leur statut d'adultes et traitent leurs interlocuteurs en égaux.
Outre ces attitudes à développer personnellement, il est important que nous continuions à travailler à la solidarité sociale. Il n'y a pas de solution individuelle à la pauvreté et à l'injustice.
17 septembre 2007
Dérives médiatiques
Il y a quelque chose de profondément indécent à voir la façon dont la disparition de Cédrika Provencher est exploitée par les médias, même ceux qui sont considérés comme sérieux.
Croit-on vraiment que de faire passer son père aux heures de grande écoute sur les réseaux de télé aidera à retrouver la pauvre fille? Qu'est-ce donc tout à coup que cette célébrité qu'on octroie à quelqu'un à cause du malheur qui arrive à son enfant?
Je ne peux m'empêcher d'être très songeur devant cet emballement inexplicable.
Les médias sont-ils en train de devenir des entreprises de divertissement au sens propre du terme? Divertir= "détourner".
Le traitement rapide et sans réflexion des informations n'aide personne. Un autre exemple est la foison d'erreurs et de faussetés qui se sont dites dans la défense tous azimuts que les médias officiels ont apporté à Charles Taylor à la suite du billet de Richard Martineau (qui se réveillait seulement quatre mois après le fait signalé ici même) sur la remise du prix de la Fondation Templeton.
Nombre de médias ont dit (et Martineau lui-même) que la fondation était catholique et avait récompensé un catholique. John Templeton est presbytérien, pas catholique.
Nombre de journalistes ont dit que la Fondation Templeton encourageait des recherches dans toutes sortes de domaine, dont la religion, qui est seulement un de leurs secteurs. C'est faux! La Fondation Templeton encourage la recherche qui insère la religion dans tous les domaines. S'il n'y a pas de place pour la croyance ou la religion dans une recherche, elle ne la financera pas. Tout ça est indiqué en clair sur le site de la fondation. Fondation Templeton
On a ensuite dit qu'on accusait Taylor de pécher (le mot est bien choisi) par association et que c'était bien mesquin. Mais franchement! On n'accuse pas Taylor d'avoir des amis religieux, on l'accuse d'accepter un prix d'une Fondation qui confond science et religion. Ça me paraît assez grave merci!
C'était, la semaine dernière, le premier anniversaire de la fusillade au collège Dawson. Les médias en ont parlé trois jours avant, le jour même et deux jours après. Difficile d'invoquer, en pleine rentrée de septembre, le manque de nouvelles pour justifier une pareille insistance. Qu'est-ce donc que cette délectation morbide dans le rappel d'un événement macabre?
Ces faits n'aident pas beaucoup à soutenir la crédibilité des médias.
10 septembre 2007
Les communautés virtuelles
Les sites du genre My Space, qui permettent d'afficher un profil et de se joindre à d'autres personnes selon qu'on les connaît ou que notre profil leur convient ont leurs partisans et leurs détracteurs.
Les détracteurs diront que c'est une perte de temps, qu'on y trouve des futilités, que l'on ne réussit pas à se faire de véritables amis de cette façon, que ça n'apporte rien de plus que le courriel, qu'il y a trop de tricheurs et d'arnaqueurs, que la plupart des gens visitent ces lieux à la recherche de rencontres sexuelles, que les tordus y foisonnent, etc.
Les défenseurs diront que c'est un moyen actuel et efficace de garder le contact avec des gens qu'on aime même s'ils sont loin, de rencontrer de nouvelles personnes qui ont des intérêts communs, que ça permet d'élargir nos réseaux par affinité, que l'on découvre toutes sortes de choses intéressantes, qu'on peut s'y amuser avec ses copains à distance, qu'on y retrouve souvent des connaissances ou des amis d'enfance ou d'école, que si on gère bien son profil sans donner accès à des informations intimes à n'importe qui, on peut faire des rencontres de personnes qui ont envie de partager des idées, des projets et des activités souvent de grande valeur.
Ces temps-ci, il semble que ce soit Facebook qui ait la cote. Je l'avoue, je m'y suis laissé prendre et m'y suis inscrit à l'invitation d'un camarade. J'y ai découvert des gens de toutes les préoccupations et, en général, un niveau de présentation de très bonne tenue.
C'est certain qu'il faut modérer son enthousiasme: ce n'est pas le monde idéal.
La terminologie induit des ambiguïtés. Par exemple, on parle de ceux qui se joignent au réseau d'une personne en terme d'amis. En fait, ce sont des correspondants. Bien sûr, certains sont déjà des amis et ils se joignent parce qu'on les y invite. Mais le but est aussi d'étendre son réseau de connaissances à toutes les personnes qui le veulent bien et qui peuvent partager avec nous leurs intérêts, certaines activités et leurs connaissances. Certains pourront devenir des amis.
Dans tous les cas, les correspondants sont tout de même considérés comme des personnes sympathiques puisqu'on cherche à garder le contact avec eux.
Il faut aussi être prudent. Les nombreux petits jeux, les envois de musique, photos et autres gadgets sont liés à des applications qui appartiennent à des commanditaires de Facebook. Ces commanditaires recueillent toute l'information qu'ils peuvent à partir des profils. Ainsi, il leur sera possible de faire de la publicité pour toutes sortes de produits.
Des lecteurs qui s'amusent à se promener dans le site pourront glaner de l'information privée (adresses, dates de naissance, etc.) et s'en servir pour commettre des fraudes.
Il est donc essentiel de faire preuve de prudence et de ne pas trop livrer de renseignements personnels qui pourraient donner lieu à des usages illicites. Mais, pour le reste, une fois cette prudence exercée, il y a moyen d'utiliser ce système pour créer une communauté virtuelle qui partage des goûts, des intérêts ou des causes. On peut inviter des personnes qu'on ne rencontrerait pas autrement à faire partie de notre réseau afin de pouvoir bénéficier de leurs idées, de leurs connaissances et, parfois, de leur appui pour de bonnes causes, à condition bien sûr qu'on soit prêt à rendre la pareille quand elles en auront besoin.
Si on n'y passe pas trop de temps, si on n'hypothèque pas ses heures de travail, si on exerce la prudence minimale nécessaire, si on est clair sur ses intentions dans son profil, il y a des avantages certains à faire partie de ces communautés virtuelles, dont la géométrie est variable et qui, en fait, profitent à tout le monde.
2 septembre 2007
Sortir la religion de l'espace public
Il existe un courant, représenté aux États-Unis par Henry G. Brinton, pasteur d'une église presbytérienne de Virginie, qui veut que les membres d'une religion puissent prendre des pauses pour prier et intégrer leur religion au travail. (voir par exemple "Faith at the office. Why not?" dans USA Today, jeudi 31 juillet 2007, p. 7A)
Si l'on commence à ouvrir la voie à de pareilles idées, c'est le début de la fin pour la paix et l'harmonie sociale.
Il ne faut pas être un surdoué pour se rendre compte que toutes les religions sont contradictoires et qu'elles ont des exigences farfelues incompatibles avec une vie civile cohérente.
Donner du temps pour prier ou pour pratiquer les religions dans les lieux de travail contribuera à une surenchère d'exigences qui conduiront à des chicanes interminables.
Il ne faut pas commencer à faire de la place dans les milieux de travail à la religion. Bien au contraire, il faut sortir la religion de tous les lieux qu'elle parasite pour la laisser là où elle doit être : dans les églises, dans les maisons des croyants et dans leur tête, mais absolument pas ailleurs.
Entre deux religions qui ont des prescriptions contradictoires, laquelle un employeur devra-t-il choisir? Et qui un syndicat devra-t-il défendre entre deux membres qui veulent disposer la cafétéria selon les besoins de leur foi?
La religion étant une affaire de croyance et la croyance étant une affaire de pensées personnelles qui ne doit en aucun cas entrer en conflit avec les comportements exigés par le respect d'une vie en société laïque et humaine, les pratiques religieuses doivent absolument être confinées dans leurs lieux spécifiques, là où elles n'interféreront pas avec le bon sens.
De grâce, ne laissons pas entrer au pays cette idée absurde selon laquelle la religion peut avoir sa place au travail.
J'aimerais terminer en proposant cette réflexion éclairante de l'humoriste états-unien George Carlin :
"Peut-être avez-vous remarqué que, dans les médias, les gens qui croient aux OVNI sont traités de toqués, terme utilisé pour les marginaliser [...] Pourtant, ceux qui croient en un être éternel et tout-puissant, qui demande d'être aimé et adoré inconditionnellement et qui accorde punitions et récompenses selon ses caprices sont supposés être des gens droits, crédibles et de valeur. Et cela, malgré la grande quantité de croyants qui sont clairement des fanatiques bornés." ( When will Jesus bring the pork chops? George Carlin, Hyperion, 2004, p. 12, ma traduction)
Alors, quand on vous parlera de religion au travail, pensez à la place que vous voulez faire aux adorateurs de soucoupes volantes autour de la machine à café.
27 août 2007
Les vieux cons
Le premier juillet 1976, j'écrivais la pensée suivante dans mes cahiers: "Le culte de la jeunesse est une erreur. Il n'est aucun âge qui ait plus de droits qu'un autre." J'avais alors 19 ans.
Ce n'est donc pas par parti pris pour la jeunesse contre la vieillesse que je prendrai ici la liberté d'affirmer qu'il ne faut pas non plus avoir le culte de la vieillesse.
On est beaucoup trop généreux quand on excuse la bêtise d'une personne par son âge avancé. Georges Brassens a écrit une très belle chanson sur le sujet: "Le temps ne fait rien à l'affaire, Quand on est con, on est con." (Voyez le site parolesBrassens pour le texte complet)
Ce n'est pas parce qu'une personne est vieille qu'il faut, sous prétexte de respect, lui laisser dire des conneries.
Dommage, mais le respect, ça se mérite, ça se garde et ça se perd. Il y a toutes les chances du monde que le vieux con d'aujourd'hui ait été un jeune con hier.
Bien sûr, tout être humain a droit à la dignité minimale et même des malades enragés comme André Arthur (vieux il l'est déjà) ou Jeff Filion (vieux il deviendra) ne doivent pas être lynchés ou maltraités, mais on n'a pas à respecter les idées stupides d'une personne aussi jeune ou aussi âgée soit-elle.
C'est remarquable, dans les assemblées politiques, je rencontre des gens intelligents qui réfléchissent avec beaucoup de clarté même s'ils ont 80 ans et plus. Alors pourquoi serions-nous contraints de laisser faire quand de vieux imbéciles disent des âneries?
N'ayons donc pas peur de contester les vieux cons et les vieilles connes.
20 août 2007
La religion comme repère?
Dans La Presse du samedi 18 août 2007, on lit en page A6 la déclaration suivante de Gérard Bouchard, coprésident de la Commission de consultation sur les pratiques d'accommodement reliées aux différences culturelles:
"C'est vrai que la culture des immigrants paraît plus robuste parce que, d'abord, la religion y est bien vivante, alors que chez nous, on s'en est vidé. Nous n'avons plus de traditions, nous avons perdu nos repères, et nous avançons un peu à tâtons."
Un tel préjugé favorable à la religion ne laisse pas d'inquiéter chez un coprésident de commission qui doit étudier le rôle de l'État dans les relations avec les citoyens, d'autant plus que le même préjugé a été constaté chez l'autre coprésident, M. Taylor (voir billet du 4 avril 2007, francislagace.org/billet.php).
La culture des Québécois, alors appelés Canadiens français, était-elle si solide quand ils étaient à peine capables de bredouiller leur prénom, quand ils se référaient aux curés pour la moindre décision et que la peur de l'enfer était la seule motivation pour exécuter des simagrées hebdomadaires qui déroutent tout esprit un peu rationnel?
Si la population québécoise a évacué la religion, les habitus culturels ne sont pas nécessairement tous tombés. Le goût du consensus et la crainte de déplaire, comme celle de tenir des discussions controversées sous prétexte d'éviter la chicane, sont des reliquats (on ne saurait mieux dire) de cette époque, qui a bien mérité son surnom de "Grande Noirceur".
Quels doivent être nos repères? La justice, la solidarité, l'égalité, la liberté, la démocratie et la paix. Ce sont là les valeurs essentielles d'un peuple moderne et émancipé.
Que nous propose-t-on? De revenir à la religion qui nous étouffait pour faire face à la religion qui étouffe nos concitoyens d'autres origines culturelles? La question des pratiques d'accommodement n'est pas, contrairement à ce que j'ai déjà entendu dans une région que je ne nommerai pas pour ne pas lui faire de tort, une opposition entre "notre religion" (sic) et "la leur", mais bien une question de la place de la religion dans le public, alors qu'elle devrait se confiner au privé.
Quand on quitte une mauvaise habitude, on ne la remplace pas par une autre. Les gens qui arrêtent de fumer doivent tout simplement adopter un régime de vie sain: faire de l'exercice, avoir une saine alimentation et prendre le temps de relaxer. Ils ne s'en sortent jamais tant qu'ils essaient de remplacer cette habitude par une autre.
Idem avec la religion. On organise sa vie autour de principes humanistes qui rendent utile notre contribution dans la société.
Ce n'est pas un retour à la religion qui nous donnera des repères solides. Bien au contraire, la vie m'est apparue belle et intéressante à partir du jour où j'ai compris que la religion était une sinistre farce destinée à asseoir le pouvoir d'exploiteurs patentés. En quittant ces faussetés, on se rend compte que la vraie motivation de l'agir humain et ce qui doit servir de balises, c'est notre appartenance à la société des humains et notre devoir de rendre la vie plus juste pour tous.
Le vrai malaise, c'est que la religion dont nous nous étions défaits est en train de rentrer par la faiblesse des dirigeants qui n'osent pas affirmer la laïcité de l'État et des services publics. Si la Commission ne voit pas ça, elle errera dans de vieilles ornières qui ne nous apporteront rien de bon.
14 août 2007
Les Nouvelles d'été
Il existe un préjugé courant selon lequel il n'y a pas beaucoup de nouvelles en été, ce qui justifie l'attention exagérée que l'on donne aux faits divers.
On a même entendu hier soir sur les ondes de Radio-Canada* Marc Cassivi, journaliste à La Presse, déclarer : "L'été, il n'y a pas de nouvelles."
Est-ce que je dois comprendre que les nouvelles doivent courir après les gens comme ça et qu'on ne doit pas faire d'effort pour les trouver?
Est-ce que je dois comprendre que l'été :
--personne ne se marie, ne divorce, n'a d'enfant;
--il n'y a pas de festivals culturels importants;
--les politiques de tout niveau ne prennent aucune décision;
--il n'y a pas de grève ni de lock-out;
--les entreprises deviennent des citoyens corporatifs modèles;
--il n'y a plus de pollution;
--il n'y a pas d'achats, de ventes, de négociations, de tractations entre les compagnies;
--il n'y a plus de guerre nulle part;
--il n'y a pas de grandes manifestations sportives;
--il n'y a pas de découvertes scientifiques;
--il n'y a pas de publication d'idées nouvelles;
--les artistes ne créent plus;
--la partie Sud de la planète, qui est en hiver, arrête de vivre;
--il n'y a pas d'épidémie;
--il n'y a pas de congrès internationaux;
--il n'y a pas d'école d'été des différents courants sociaux ou politiques;
--les groupes alternatifs de réflexion et d'idées ne tiennent pas de rencontres;
--il n'y a pas d'exploration ni de découverte minière;
--les accidents n'ont plus de causes structurelles, seulement catastrophiques;
--plus personne dans la population ne veut être instruit;
--les causes humanitaires n'existent plus;
--il n'y a pas de mouvement migratoire;
--les administrations publiques fonctionnent à merveille;
--il n'y a pas de braconnage;
--les entreprises ne font ni embauche ni mise à pied;
--il n'y a pas d'innovation technologique;
--les gens arrêtent de consommer;
--il n'y a plus de discrimination dans aucun segment de la population;
--la blogosphère s'éteint;
--on ne fabrique plus de médicaments;
--les ordres et groupes professionnels ne tiennent plus d'activités;
--personne ne donne de conférence;
--les échanges monétaires sont au point mort;
--personne n'émet de décret, ne prend de décision douteuse;
--la construction de bâtiments n'a pas d'orientation ni de concentration;
--etc.
Si un arbre tombe dans la forêt sans témoin, est-ce qu'il y a un bruit? Y a-t-il des nouvelles ou n'y en a-t-il pas?
Comme journaliste, j'aime bien aller dans la forêt.
*Note: Bons Baisers de France, 21 h à 22 h, c'est la deuxième fois que je regarde la télé depuis mon retour de Berlin, l'autre c'était pour voir et entendre Pierre Lapointe avec l'Orchestre métropolitain et Yannick Nézet-Séguin, wow!
7 août 2007
Pédophilie
L'actualité récente au Québec (disparition d'une fillette, annonce sur un site de pédophiles d'un lieu où zyeuter des enfants) a remis à l'affiche la question de la prévention de la pédophilie. C'est un problème très grave et chacun aimerait bien posséder une solution miracle.
Malheureusement, les médias et l'imagination populaire n'ont qu'une seule image du pédophile: le vilain étranger qui rode autour des jardins d'enfants. On songe donc à mettre les parents en garde contre les étrangers et on prévient les enfants de ne pas se fier au premier venu.
Or, ce n'est là qu'une figure du pédophile; la figure la plus courante est beaucoup plus troublante, car dans la majorité des cas, le pédophile est quelqu'un de bien connu par sa victime, quelqu'un qu'elle aime en général et à qui tout le monde dans la famille fait confiance. Autrement dit, quand ce ne sont pas les parents eux-mêmes qui sont pédophiles, ils livrent volontiers leurs enfants à leur bourreau puisqu'il s'agit d'une personne proche qui bénéficie de la confiance absolue des parents.
Alors, comment mettre les parents en garde contre eux-mêmes?
Vous voulez un portrait du pédophile?
La revue Enfance majuscule sous la plume de Stanislaw Tomkiewicz a traité dans son numéro 35 en 1997 de la "Personnalité de l'agresseur".
Grosso modo il y en a deux types (voir l'article lui-même pour les détails et les nuances). Le premier, appelé pédophile de gauche, est le plus facile à reconnaître puisqu'il se dénonce lui-même. Il estime que les relations sexuelles entre enfants et adultes sont acceptables et il tente de faire reconnaître le droit à ce genre de relations sexuelles. Donc, facile à reconnaître et facile à contrer dans le raisonnement puisqu'il est improbable qu'un enfant puisse donner un consentement éclairé à des relations sexuelles. Il y a là un abus de pouvoir. (C'est d'ailleurs la base de toute relation pédophile: l'abus de pouvoir)
Le deuxième type, appelé pédophile de droite, est une personne très rigide au point de vue moral. Une personne au-dessus de tout soupçon qui vante les valeurs familiales, l'obéissance et la vertu. Ce sont souvent des personnes modèles en matière de pratique religieuse. On retrouve beaucoup d'alcooliques honteux (c'est-à-dire qui se cachent) parmi ces personnes dont l'allure extérieure est parfaite.
Dans tous les cas, toutes mes lectures sur le sujet attestent que les pédophiles sont des gens qui idéalisent l'enfance, insistent sur l'importance de garder son coeur d'enfant et qui nient les défauts de l'enfance. Par exemple, un adulte normalement constitué sait que le jeune enfant qui n'a pas encore atteint le stade de la logique formelle n'est pas suffisamment armé pour faire face à des décisions importantes dans la vie, et donc que la petite enfance n'est pas un monde idéal; l'enfant y est dépendant de la bienveillance des adultes qui l'entourent.
On peut aussi supposer, comme cela est évoqué dans un article de Hubert Van Gijseghem paru dans la page "Idées" du Devoir du mercredi 24 avril 2002, que le pédophile vit une fixation narcissique au lien maternel qui lui donne l'illusion de sa toute-puissance. Afin de maintenir cette illusion, il entretient un amour avec l'enfant qu'il a été, et je cite l'auteur de l'article: "L'enfant, pour le pédophile, sera donc bien toujours un alter ego avec lequel il est en amour puisqu'il s'agit de son image spéculaire idéale, complète, sans faille, d'une parfaite beauté et pureté. L'investissement érotique d'un enfant reste finalement une autoglorification narcissique." Donc, comme je le disais plus haut, abus de pouvoir.
Mais, là est la question, comment faire en sorte que les parents narcissiques n'abusent pas de leurs enfants et ne créent pas une chaîne de futurs abuseurs?
Comment réformer la société pour empêcher que se développent des personnalités pédophiles?
Les méchants pédophiles qui torturent des enfants restent (heureusement) des cas d'exception. Certes, il ne faut pas cesser de les traquer. Mais, le plus courant, c'est la pédophilie ordinaire des familles, pratiquée par le père, la mère, la grand-mère ou le meilleur ami de la famille. La prévention consiste donc en une meilleure éducation et dans l'évitement du développement des personnalités pédophiles.
Mais quelle est la façon d'y arriver? Il est urgent que des psychologues et des pédagogues se penchent sur la question.
1er août 2007
La lutte des classes
L'idéologie est partout. Elle parle à travers nos moindres gestes, nos phrases les plus anodines, qui révèlent à l'observateur le chemin qu'ont parcouru des poncifs infondés, par exemple quand un enseignant parle de ses clients plutôt que de ses élèves ou encore quand tout le monde autour d'une table s'entend pour dire que le privé est donc plus efficace que le public alors qu'il n'existe aucune preuve de cela.
C'est aussi par idéologie, et non par méchanceté comme on serait tenté de le croire, que certains professeurs se sentent supérieurs aux chargés de cours et les méprisent de n'avoir pas choisi la même carrière qu'eux, alors que la question ne se pose pas du tout de cette façon. Les voies que choisissent les professeurs et les chargés de cours dépendent la plupart du temps de la structure du marché au moment où ils frappent à la porte des universités et parfois de qui ils rencontrent à ce moment-là. Or, dès qu'une voie est choisie, elle est renforcée par la pratique de sorte qu'elle se sépare inévitablement de l'autre, créant des classes différentes de travailleurs, classes qui ne doivent rien au mérite mais tout au statut.
Dans un pays européen où il n'y a plus de noblesse, j'ai pourtant été confronté à une conception quasi-héréditaire du statut professoral. Je me trouvais dans un groupe et, au fil de la discussion, deux de mes interlocuteurs ont présenté comme remarquable le fait suivant : un universitaire de leur connaissance avait comme mère une professeure d'université (comme il se doit), mais comme père un marchand de tissu. Dans leur admiration de ce fait, on sentait que c'était comme une mésalliance que venaient réparer les études du fils.
J'ai été tellement estomaqué qu'on me présente comme extraordinaire une chose si banale, j'ai été si ahuri que l'on puisse penser de telle façon que je me suis refermé sur moi-même et ai ensuite suivi mollement la conversation.
Réflexion faite, je crois que c'était la seule attitude à adopter. Je ne pouvais rien leur expliquer; j'étais disqualifié d'avance, n'étant pas moi-même issu de la bonne classe.
Personne n'est plus aveugle ni plus sourd qu'un bénéficiaire de l'idéologie. C'est auprès de ceux qui en sont les victimes qu'il faut travailler.
Patience et conscience.
25 juillet 2007
Méprise et mépris
De Berlin, où je suis au Congrès de l'Internationale de l'éducation, et pendant que j'attends après mon lavage, quelques remarques sur deux faits récents.
C'est aux nouvelles de Radio-Canada télé sur les ondes de TV5 que j'apprends ce matin qu'on a encore détecté des coureurs dopés au Tour de France. Et de dire que le Tour est très malade.
Mais, on se trompe de cible. Ce n'est pas le Tour qui est malade, mais le sport de compétition. En fait, le Tour est probablement le sport le moins malade de tous, puisqu'on y détecte visiblement mieux qu'ailleurs les fraudeurs.
La vraie question qu'il faut se poser: le sport de compétition a-t-il encore une signification?
Deuxième fait. Hier au Congrès, on a adopté une résolution sur l'abus du recours à des enseignants à temps partiel. On a souhaité l'amélioration de leurs conditions de travail.
Ce fut l'occasion pour des camarades professeurs de traiter les chargées et chargés de cours de professeurs de second ordre. Ce mépris et cette morgue ne se justifient pas devant les évaluations des étudiants et leur appréciation de ces enseignants qui aiment enseigner, aiment les étudiants et n'ont pas de subvention pour faire de la recherche.
Combien de temps le mépris durera-t-il?
17 juillet 2007
Dieu et Diable dans le même sac
Juste avant de partir pour un congrès qui m'occupera pendant les deux prochaines semaines, je vous propose une toute petite réflexion suscitée par un graffiti rouge vu sur un mur à la sortie d'une station du métro parisien.
Ça disait: "Choisis: Jésus ou Satan?"
Voilà bien une fausse alternative dans laquelle les religieux de tout poil aimeraient bien nous enfermer.
On ne choisit pas entre Satan et Jésus parce que c'est strictement la même chose. Quand on choisit Jésus, on choisit Satan. Ça fait partie du package deal de la croyance aux bondieuseries et aux "démoneries".
Quand on choisit Satan, on choisit Jésus. L'un ne vient pas sans l'autre. Ce sont les deux côtés d'une même médaille dévaluée, qui veut diviser la réalité en bonnes et mauvaises choses, alors que tout un chacun doit bien savoir que la vie est complexe et que ce qui est bon aujourd'hui peut être bien mauvais demain, ne serait-ce que les aliments plus ou moins frais qu'on trouve dans les marchés.
Je n'ai pas plus de sympathie pour les ridicules adorateurs de Satan et pour leurs messes noires, qui ne sont que des prétextes enfantins pour se livrer à des orgies, que j'en ai pour les prosélytes du "petit Jésus" avec leurs âneries dépassées.
Quand on vous propose de choisir entre Jésus et Satan, ce qu'on cherche à faire en réalité, c'est de vous imposer la croyance religieuse. Ce n'est pas un choix, c'est un mensonge grossier.
Je vous reviens dans une douzaine de jours (+ ou -), ça dépendra de l'inspiration et du temps que me laissera le congrès de l'Internationale de l'Éducation.
9 juillet 2007
Vacances
Je suis en vacances à Paris. Consolez-vous, il pleut et fait froid. Je reviendrai à mes billets dans plus ou moins une dizaine de jours.
2 juillet 2007
L'Obscurantisme
En fin de semaine dernière, j'étais dans la belle ville de Madawaska dans le Maine pour le Festival acadien. Dans le cadre de ces festivités, la société historique de Madawaska rendait hommage aux familles Lagacé. Chaque année elle souligne l'apport d'une famille acadienne, et j'y représentais, bien sûr, l'Association des familles Lagacé-Lagassé inc. Les Lagacé ont deux descendances: l'une acadienne et l'autre québécoise. C'était une occasion de fêter et de rencontrer des Lagacé-Lagassé de partout en Amérique du Nord.
J'étais logé à l'hôtel Château Edmundston dans la jolie ville d'Edmunston sur la rive néo-brunswickoise du fleuve Saint-Jean (Madawaska est sur l'autre rive). Accueil charmant, et du français partout.
Un oncle et deux tantes y restaient aussi et nous avons pris le petit déjeuner ensemble le matin du samedi. Au moment, où je signe la facture de la carte de crédit pour mon repas, ma tante Hélène remarque que je suis gaucher. Je lui explique alors comment j'avais été contraint, étant petit, de me servir de ma main droite. On m'obligeait à m'asseoir sur ma main gauche pour que je ne puisse pas l'utiliser. Cela a duré pendant tout le primaire.
Nous étions en train de conclure que ces temps-là étaient bien loin et qu'heureusement, aujourd'hui, il n'y a plus pareil obscurantisme dans la population. Il reste peut-être quelques vieilles personnes ignorantes qui sont incapables de comprendre qu'on ne doit pas corriger l'utilisation d'un côté, mais c'est tout. [Un autre jour, je vous parlerai de la complaisance dont on fait trop souvent preuve envers la bêtise de certaines personnes sous prétexte qu'elles sont vieilles.]
Une personne qui nous avait entendus nous a alors signalé qu'elle avait été obligée d'avertir la direction de la garderie où va son garçonnet. En effet, pour bien faire, des éducateurs ou éducatrices voulaient le corriger de sa gaucherie.
Encore en 2007, il y a des gens qui croient que la gaucherie est une tare. Cette idée circule donc toujours et il faut éduquer, sans cesse éduquer.
On entend encore des choses comme "Ce n'est pas de sa faute s'il est gaucher." Je me demande comment un droitier réagirait si on lui disait: "Ce n'est pas de ta faute si tu es droitier".
Les idéologies ont la vie dure, et ce n'est pas seulement par la bêtise de certaines personnes. C'est aussi par l'ignorance générale. Si cela est arrivé dans cette garderie, cela veut dire que ça peut arriver ailleurs dans une école. Soyez donc aux aguets si vous avez des enfants gauchers afin de vous assurer qu'ils ne soient pas brimés. Et surtout, éduquez votre entourage! Les gauchers ne parlent pas assez des difficultés que leur cause l'ignorance des droitiers.
Refusez toujours l'obscurantisme.
27 juin 2007
La Folie
Nous avons vraiment la folie trop facile. Je veux dire par là que la folie nous sert trop souvent d'explication facile, d'excuse ou de refuge.
D'une part, la folie sert d'explication facile pour déconsidérer tous ceux qui ne correspondent pas à la norme. On ne prend pas alors la peine de se poser de questions sur les façons différentes de voir les choses qui remettent en cause nos préjugés et nos routines insignifiantes. Toute personne accusée de folie est dès lors disqualifiée et incapable de se défendre, chacun de ses gestes et chacune de ses paroles venant renforcer le préjugé de ses accusateurs.
Ce genre d'explication et d'accusation ne sert que ceux qui détiennent du pouvoir et leur permet de manipuler ceux qui craignent la nouveauté ou la différence.
D'autre part, elle nous sert aussi d'excuse trop facile pour laisser faire des gens qui agissent de façon inconsidérée, mais consciente. On pardonne alors toutes sortes de sottises à des gens qui en profitent. On met à part des poètes et des artistes qui s'en font une gloire comme s'ils oubliaient que la vraie folie (la perte de la raison) n'a rien de drôle ni pour les personnes qui en souffrent ni pour leur entourage.
La folie peut également servir de refuge de premier choix pour ceux qui refusent de s'accepter et d'accepter la vie. Des gens qui, par manque de courage, de volonté ou de force de caractère, se réfugient dans une folie qu'ils construisent eux-mêmes. Ils se détruisent et causent de graves complications à leur entourage tout en se sentant peut-être fiers de "mourir fou comme Baudelaire" ainsi que le souhaitait Nelligan. La cause en est possiblement, toutefois, un entourage peu ouvert à la différence, un milieu qui leur a transmis un manque d'estime de soi.
On a trop fait l'éloge de la folie sans distinguer les folleries de la folie. Les folleries, les folichonneries sont nécessaires, elles détendent, défoulent, font passer le stress et sont bénéfiques parce que, justement, elles évitent de sombrer dans la folie en évacuant un trop-plein.
La vraie maladie mentale n'a rien de drôle et inciter ceux qui en souffrent à se faire soigner devrait être un devoir.
Des exemples?
Prenons une personne qui se teint les cheveux en bleu. Est-elle folle? Non, originale. Une personne qui se promène en chantant dans la rue est-elle folle? Non, elle aime la chanson.
Une personne qui chante à tue-tête dans la rue et ne s'arrête pas quand on lui parle? Alors, oui. On voit bien l'excès et l'absence de conscience de l'autre.
Un autre exemple serait une personne qui se vante d'être née le 6, de s'être mariée le 6 et d'avoir eu 6 enfants et qui, en conséquence, exigerait que sa fille en fasse autant. On voit là un dérèglement total de la raison.
Il faudrait donc cesser d'avoir la folie si facile et se concentrer sur les personnes qui ont besoin d'être soignées pour éviter les dangers qu'elles constituent pour elles-mêmes et pour les autres.
Quant aux poètes, artistes et révolutionnaires, ils devraient cesser de jouer les fous (c'est-à-dire de se défendre ou de se glorifier par la folie parce qu'il n'y a pas de quoi rire) et on devrait aussi cesser de les traiter de fous (puisqu'ils ne le sont pas).
18 juin 2007
D'où vient l'homosexualité?
Quand on est homosexuel, on se fait poser la question des milliers de fois. Oui, encore aujourd'hui, il y a des gens qui cherchent la "cause" de l'homosexualité. "Comment devient-on homosexuel?" me fais-je demander.
La réponse est toujours la même et elle est pourtant bien simple: Savez-vous comment on devient hétérosexuel? Personne ne connaît la réponse à cette question alors que les hétérosexuels sont franchement beaucoup plus nombreux. Pourquoi vous ne vous posez pas cette question-là?
Aujourd'hui, je lance un roman, Rose? Vert? Noir!, dans lequel on renverse tout le fardeau de la preuve. Tout le monde s'y demande comment on peut être hétérosexuel. Un peu ma version des Lettres persanes de Montesquieu.
Mais, comme je me refuse toujours à faire de l'essentialisme, il est certain qu'une société dominée par les homosexuels n'est en rien meilleure qu'une société dominée par les hétéros. Tout le texte, comprenant plusieurs niveaux de lecture, montre que le pouvoir cherche à se maintenir par tous les moyens et que la connaissance est souvent détournée parce qu'on refuse de voir ce qui dérange et, surtout, ce qui remet en cause les structures du pouvoir.
On trouve toujours des justifications pour maintenir les choses en l'État. Le changement et l'ouverture, ça coûte beaucoup. Il faut beaucoup de volonté pour s'attaquer aux idées reçues. On a tendance à croire naturel ce qui fait notre affaire. Naturelle, la famille? Naturel, le couple hétérosexuel? Naturels, les rôles sexuels?
Pascal nous disait déjà que la coutume était une seconde nature parce que, sans doute, la nature était une première coutume. Il y a là de quoi méditer.
Bonne lecture!
Rose? Vert? Noir! les Écrits francs s. a. (site les écrits francs), Montréal, 2007, 163 p.
11 juin 2007
Les « vraies affaires »*
Ce sont en général des hommes, relativement jeunes, ils ont entre 18 et 40 ans. Ils aiment se retrouver entre eux dans les brasseries ou autour d’un écran pour suivre leurs matches préférés. Alors, entre eux, ils se disent les « vraies affaires ». De quoi s’agit-il au juste? De certaines choses qu’il ne convient pas de répéter en public quand on est bien élevé, mais que certains animateurs de radio se plaisent à crier tout haut pour leur faire plaisir. De quantité de clichés et de stéréotypes qu’on n’a plus le droit d’encourager, mais qui font tellement de bien à dire pour se défouler. Est-ce que c’est ça les « vraies affaires »?
Le paragraphe qui précède fonctionne exactement selon le mode du préjugé. Il y a des gens qui aiment se complaire dans leur façon de voir et qui trouvent que la société va trop vite à leur goût ou que ceux qui ne pensent pas comme eux ou ne vivent pas comme eux prennent trop de place. Alors, que font-ils? Ils se dépêchent de construire une caricature qui permet de cibler un type, une forme, de donner un visage reconnaissable à ce qui les embête. On crée un portrait-robot, ce qui est commode pour ensuite dire que tous ceux qui correspondent à ce portrait sont des ceci ou des cela et qu’ils n’ont pas d’allure.
C’est exactement ainsi qu’a été conçu le premier paragraphe en créant un portrait-robot (injuste et inexact bien sûr, quoique basé sur certaines données sociologiques) de celui qui crée des portraits-robots et appuie les forts en gueule des radios propres à exciter les foules. Alors, on imagine un jeune sportif de salon à casquette, peu féru de livres et qui se plaît à cracher son venin sur le plateau Mont-Royal, même s’il n’a pas la moindre idée de ce à quoi ce quartier montréalais ressemble.
Mais, la réalité est beaucoup plus complexe et ce serait bien bête d’accuser tous les sportifs à casquette d’être des amateurs de Jeff Filion. Ce serait aussi un manque de jugement de croire que tous les intellectuels détestent les sports. On sait par exemple qu’Hubert Aquin, l’un des plus grands intellectuels québécois des années 60 et 70, était féru de hockey et de football américain. Il est d’ailleurs parmi les fondateurs du Grand Prix de Montréal.
Les jugements rapides, les portraits-robots faciles, la tentation de classer dans les « vraies affaires » tout ce qui se conçoit bien pour nous et de rejeter comme bizarre tout ce qui ne nous paraît pas approprié font en sorte que nous nous privons d’échange et de rencontres qui seraient fort enrichissantes.
« Mais, où s’en va-t-il avec son sermon? » se demande tante Cunégonde pendant qu’elle me lit confortablement assise à une table d’un bar qui accueille de jeunes musiciens indépendants (c’était trop facile pour vous de l’imaginer devant son téléviseur avec sa tasse de thé). Eh bien, une association de familles est un lieu privilégié pour faire se rencontrer les générations, et c’est dans le choc des générations que nous découvrons le nouveau et pouvons faire partager l’ancien. On se rend compte aussi très vite que ce n’est pas parce qu’on porte le même nom que l’on voit les choses du même œil. Et ces différences qui se rencontrent d’une famille à l’autre se produisent également dans une même famille au sein d’une même génération.
Soyons donc ouvert à l’apport de la jeunesse, à l’apport de la différence et mettons en commun nos expériences. Faire le tour de nos origines et de nos ramifications nous oblige à découvrir toute la variété de l’aventure humaine. Si nous profitons bien de cette chance, nous saurons que, dans la vie, les « vraies affaires » ne sont pas simples, elles prennent leur temps à se faire comprendre et à révéler toutes leurs couleurs. Ainsi nous aurons fait notre part pour lutter contre les préjugés et les stéréotypes qui nuisent aux rapports harmonieux d’une société.
*Ce texte est paru dans la rubrique "La réflexion du président" dans le vol. 17, no 2, du journal La Gâchette de l'Association des familles Lagacé-Lagassé inc.
4 juin 2007
Liberté de religion ou liberté de croyance?
La question de la place du religieux dans l'espace public va à terme constituer un problème insoluble. Comment des religions qui prétendent toutes détenir la vérité, lesquelles vérités sont contradictoires, peuvent-elles s'accorder dans la société?
Comment peut-on soutenir le droit des pratiques religieuses qui, bien qu'elles se contentent souvent d'être ridicules (par exemple ne pas manger de porc), défient parfois le bon sens et la logique (par exemple l'interdiction des transfusions sanguines).
Il faudra réfléchir, et je pose la question sérieusement, à distinguer le droit de croyance et le droit de religion. On peut facilement accepter le droit de croyance parce qu'il est impossible de se mettre dans la tête des autres. Ainsi, vous avez bien le droit de croire au père Noël ou encore qu'il pousse des fraises bleues dans l'Antarctique et qu'on ne peut les cueillir que lorsqu'il n'y a personne dans un rayon de 100 mètres. Cependant, la limite de votre croyance s'arrête aux murs de votre tête (pour parler métaphoriquement). En aucun cas, vous ne pouvez tirer des règles de conduite de ces croyances parce que, justement, ce ne sont que des croyances. Pour tirer des règles de conduite, on doit se baser sur des principes philosophiques et sur la connaissance scientifique du monde.
La religion pose problème parce qu'elle implique un culte et une pratique. Ces cultes et ces pratiques imposent des contraintes qui ne sont pas raisonnables, sauf si elles restent dans le domaine du privé et ne touchent que le pratiquant lui-même.
Va pour la liberté de croyance, qui doit admettre qu'elle ne concerne que la manière de penser et non d'agir. Mais pour la liberté religieuse, ne réclame pas une liberté comme les autres, le religieux qui demande la liberté d'opprimer, et je vois mal comment une société juste peut y trouver son compte.
28 mai 2007
Le droit de grève
Quand les premiers grévistes ont exercé ce moyen de pression, il était illégal. C'était la seule façon pour des travailleuses et travailleurs de faire reconnaître leurs droits. C'est pour cela que plusieurs d'entre eux sont morts lors de violentes émeutes à Chicago en 1886. Et c'est ainsi qu'est née la Journée internationale des travailleuses et travailleurs que nous célébrons le premier mai bien qu'elle ne soit malheureusement pas reconnue officiellement par les gouvernements du Canada et des États-Unis.
Une grève, par définition, ça dérange et ça cause des problèmes.
À Montréal, les employées et employés de garage de la Société de Transport de Montréal ont déclenché une grève le mardi 22 mai 2007. Très vite, les autorités politiques se sont excitées, attisées par les discours de l'ADQ et de son chef, pour déclarer qu'il fallait mettre un terme à cette grève alors que les services essentiels étaient maintenus.
Une entente de retour au travail est intervenue le vendredi 25 mai 2007 sans aucune garantie d'amélioration aux conditions de travail parce que la partie syndicale était menacée du recours à une loi spéciale.
N'est-ce pas un peu rapide? Que signifie donc le droit de grève si on ne peut l'exercer? À quoi les employés syndiqués peuvent-ils avoir recours s'ils n'ont pas accès à leurs moyens de pression légaux?
La question mérite d'être posée.
18 mai 2007
Cette semaine, il n'y a pas eu de billet parce que j'ai été fort occupé lors de ma visite dans la ville de Liège à l'invitation de la Fédération des travailleurs de Belgique et du groupe LGBT Alliàge.
Merci à Francis Lamberg, à la Lucarne.org, à Promotions et culture et à Alliàge pour l'accueil généreux et chaleureux.
Aussi, ma boîte de courriels a été remplie dès le 14 mai de sorte que tout le monde recevait un message d'erreur lorsqu'on m'écrivait. Le tout devrait être rétabli maintenant.
Si jamais la situation se reproduit, n'hésitez pas à réessayer quelques jours plus tard.
Au plaisir de la prochaine communication!
11 mai 2007
Fères, soeurs ou camarades?
Un organisme intersyndical international nous invitait récemment à imaginer que les personnes qui sont discriminées ou violentées à cause de leur engagement syndical étaient nos frères et nos soeurs. L'idée était que nous devrions être plus en colère encore contre ces gestes s'ils étaient posés à l'endroit de membres de notre famille.
Cette proposition m'a plutôt gêné parce que, pour moi, l'injustice est l'injustice et elle m'indigne avec autant de force peu importe qui elle touche. L'empathie est universelle, sinon elle n'est qu'égoïsme élargi. Il me semble que toute atteinte à un humain est atteinte à l'humanité. Une ou un camarade est aussi digne de mon intérêt qu'un frère ou une soeur. À l'inverse, on pourrait avoir un frère ou une soeur dont le degré de camaraderie et de solidarité n'est pas très élevé.
Je préférerai toujours l'appellation camarade. À l'origine, le camarade était celui qui partageait la chambre d'un autre militaire. Pour être camarade, il fallait donc une bonne dose de tolérance et de respect.
Aujourd'hui, le terme peut désigner tous ceux qui partagent le travail, les conditions de vie, les objectifs sociaux ou politiques et, pourquoi pas, l'humanité.
Alors, soyons solidaires, camarades!
P.-S. : En plus, ce mot a l'avantage d'être épicène, c'est-à-dire qu'il a la même forme au féminin et au masculin.
5 mai 2007
C'est ça que le monde veut!
Pour justifier l'indigence des programmes radios, des émissions de télé ou des contenus des journaux, on nous sert souvent la phrase passe-partout qui dédouane les producteurs et culpabilise le public: "C'est ça que le monde veut!"
L'argument paraît solide, après tout, on fait des sondages, on consulte des focus groups et on répète ce qui marche bien. On met sur les tablettes ce qui se vend bien, et le public en redemande!
De là à dire qu'on a les médias qu'on mérite, il n'y a qu'un pas, vite franchi.
Et pourtant...
Prenons un exemple simple, celui des salles de cinéma. Tout le monde sait que le public aime les films d'action à l'américaine, d'ailleurs, c'est ce qui fait les grands succès tous les étés, n'est-ce pas?
Eh bien, justement, ce n'est pas si simple. Les grands distributeurs obligent les salles à garder les films états-uniens un nombre x de semaines, qu'ils marchent ou pas. S'ils marchent, on prolonge, mais s'ils ne marchent pas, ils restent pendant le nombre minimum de semaines obligatoires. Résultat: quand les gens vont au cinéma, s'il n'y a rien d'autre que ça, ils vont aller voir ce qui est offert.
À l'inverse, les films québécois ou français n'ont pas le droit de rester à l'affiche plus longtemps qu'un nombre x de semaines (ce nombre étant plus petit que celui accordé aux films états-uniens). Résultat: même quand ils marchent très fort, les films québécois ou français ne durent pas longtemps. Voilà un cas très clair où ce n'est pas vraiment le public qui décide malgré tout ce qu'on en dit.
Prenons maintenant les grandes surfaces, elles offrent certains produits qu'elles mettent bien en évidence. Ce sont ceux-là qui se vendent le mieux. On dit ensuite que les gens en veulent. C'est sûr, ce sont les produits les plus facilement accessibles qui sont les plus vendus, pas ceux qu'on cache dans les coins.
Pour en revenir aux médias, quand on dit que les lecteurs, les auditeurs ou les spectateurs sont contents de ce qu'on leur offre, cela ne veut pas dire qu'ils n'apprécieraient pas autre chose. Il ne faut pas demander au public de faire une analyse pour laquelle sont payés les journalistes et les producteurs.
Quand on nous dit: "Nous offrons le choix au public et il préfère ceci plutôt que cela." Oui, mais comment voulez-vous que le public préfère des choix que vous ne lui offrez pas? Les médias sont justement là pour l'éclairer et il faudrait que ce soit lui, le public, qui décide de quelle information il a besoin ne sachant même pas si elle est disponible?
Quand Jean-Pierre Coallier a lancé sa radio de chansons uniquement en français il y a nombre d'années, tout le monde lui disait que le public n'en voulait pas. C'était manifestement faux! Le public ne savait pas qu'on pouvait lui offrir cela. Quand il en a eu la chance, il a beaucoup apprécié.
Il en est de même des journaux. Les journalistes et les propriétaires de médias ne doivent pas se dédouaner en prétextant que le public ne demande pas autre chose. C'est aux médias à faire la recherche et l'analyse nécessaires à savoir ce dont le public a besoin pour être bien informé et non pour savoir si telle couleur lui plaît davantage que telle autre ou si telle chronique est plus "sexy" avec telle vedette qu'avec telle autre. Les médiateurs ont deux responsabilités, celles d'informer et de former le public.
On a les médias qu'on mérite? Pas sûr du tout!
26 avril 2007
La politique spectacle et le rôle des médias
Dans une chronique signée par Laurent Paquin dans le journal Métro du 25 avril 2007, on peut lire que la dernière campagne électorale n'était pas excitante même si on ne pouvait prédire comment elle se terminerait. Et l'auteur de nous citer en exemple le hockey.
Cette façon de concevoir les débats politiques comme une joute sportive est un peu, beaucoup, encouragée par les médias qui ne cherchent que ce qui fait sensation. Mais, sait-on d'avance ce que le public veut savoir? Pourquoi le décide-t-on à sa place?
D'autre part, le chroniqueur affirme qu'il n'y avait ni débat d'idées ni vision d'avenir dans les propos des candidats. Voilà qui confirme que le commentateur ne pose pas un jugement sur la campagne électorale, mais bien sur sa couverture médiatique.
Des débats d'idées, il y en a eu. Les discussions auxquelles ont participé les représentants de Québec Solidaire ont été très instructives et très sérieuses. Mais, cela n'a pas fait les manchettes. Les débats d'idées ne font jamais les clips du 18 heures ni du 22 heures.
La politique ne devrait pas être un spectacle et les campagnes électorales ne devraient pas être des concours de singes savants, mais plutôt des occasions d'opposer les projets des équipes.
Tant que l'on considérera les campagnes électorales comme du divertissement, tant que l'on attendra après les autres pour nous dire ce qu'il y a d'intéressant, on ne risque pas d'y trouver son compte.
D'une part, les médias généralistes devraient être plus rigoureux dans leur couverture afin de bien faire voir les idées véritables des protagonistes.
D'autre part, les électeurs devraient s'enquérir des points des programmes qui concernent leurs préoccupations citoyennes.
Finalement, il ne faudrait pas confondre les débats électoraux et leur couverture par les mass médias.
21 avril 2007
Kyoto et l'économie: les conservateurs n'y entendent rien!
La réponse simpliste du rapport Baird proposé par le gouvernement conservateur mérite une réponse vraiment simple.
Les conservateurs craignent que, si nous appliquons les principes de l'accord de Kyoto, nous vivrons en santé dans une économie malade.
Alors, n'atteignons pas les objectifs de Kyoto, ainsi l'humanité pourra mourir dans une économie florissante!
Prétendre que ce n'est pas le Canada qui fera la différence est aussi bête que de dire qu'il ne sert à rien de voter, car notre vote ne compte pas. Dans le monde, tous les gestes comptent. L'effet d'entraînement n'est jamais à négliger, et puis il faut toujours commencer quelque part.
17 avril 2007
Le cynisme politique encourage les mauvais candidats et les mauvaises politiques
Il est de bon ton, dans les milieux populaires, de dire que tous les politiciens sont pareils, qu'ils ne sont que des pourris qui travaillent pour leur poche et que, peu importe pour qui on vote, cela ne change rien.
Arrivent alors des grandes gueules qui prétendent nettoyer tout ça et on se dit qu'on va leur donner leur chance.
Il fallait entendre les commentateurs politiques dire pendant la campagne électorale fédérale de 2006 que Harper n'était pas si terrible qu'il en avait l'air et que, de toute façon, comme on connaît les politiques, il ne réaliserait pas tout son programme. Il ne fallait pas avoir peur parce qu'on sait bien que les politiciens ne font pas tout ce qu'ils disent. Et ce sont ces mêmes commentateurs qui nous rebattent les oreilles aujourd'hui en nous disant: "Mais, voyons, ne vous plaignez pas de Harper, c'est enfin un politicien qui fait ce qu'il dit!"
Et c'est la même chose avec les élections provinciales que nous venons d'avoir. Les commentateurs nous disent: "Voyons, il ne faut pas avoir peur de Mario Dumont. Il n'est pas si terrible. Après tout, il ne réalisera pas tout son programme." Il y a même une lettre de la page "Idée" du Devoir des 14 et 15 avril 2007, signée par Pierre R. Desrosiers qui est intitulée : "Qui a peur de Mario Dumont?" Et on y lit textuellement: "Dumont n'est pas au pouvoir. Et il devra, s'il veut l'être, se ranger vers le centre. Ce qu'il a promis en campagne électorale ne compte pas."
Comment ça, ce qu'on promet en campagne ne compte pas?
Et si jamais Dumont prend le pouvoir, ce même monsieur Desrosiers nous dira: "Voyons donc, arrêtez de vous plaindre, voilà un politique qui tient ses promesses."
Que font ces grandes gueules à part agir comme ils le reprochent aux autres?
À quoi songent-ils sinon à leurs intérêts personnels, sinon aux intérêts de leurs amis capitalistes et exploiteurs?
Non, les politiques ne sont pas tous pareils! Ce ne sont pas ces gueulards qui soutiennent l'assurance santé, l'assurance automobile, la justice sociale, la protection de l'environnement, l'aide aux étudiants, les lois anti briseurs de grève, etc.
Oui, ce qu'on promet pendant la campagne est important! Le gouvernement Harper a privilégié les entreprises au détriment des individus. De même pour le gouvernement Charest.
Non, on ne doit pas donner sa chance à quelqu'un qui tient un discours dangereux pour l'équilibre de la société! Ne dites jamais "Ça pourra pas être pire!" C'est un discours comme ça qui a amené les chemises brunes au pouvoir en Allemagne.
Le cynisme encourage la droite et fait élire des candidats cyniques. Restez vigilants!
10 avril 2007
La loi du plus fort est toujours la meilleure
(Bien sûr, je n'en crois rien)
Dans le journal Métro du jeudi 5 avril 2007, on lit une lettre de Bernard Mooney, chroniqueur au journal Les Affaires. Le contenu en est troublant, c'est le moins qu'on puisse dire.
D'abord, l'auteur nous dit que prétendre que l'ADQ est à droite, c'est ridicule. Ensuite, il nous explique pourquoi la droite est une bonne chose.
Il faut être clair, oui l'ADQ est à droite, très à droite, et c'est une très mauvaise chose. La droite dure du genre de l'Action démocratique veut que l'État ne se mêle pas des affaires économiques, ce qui laisse le champ libre aux pires abus. Je vous recommande fortement la lecture du livre ADQ À droite toute!, paru chez Hurtubise HMH en 2003 sous la direction de Jean-Marc Piotte. On y explique en quoi les politiques prônées par l'ADQ sont dangereuses pour le tissu social.
Une affirmation importante du texte de M. Mooney est la suivante: "Lorsqu'on dit que la droite est dangereuse, on dit que la liberté économique est dangereuse." D'ailleurs, la phrase a été reprise et mise en évidence par le quotidien.
Eh bien, oui, la liberté économique est dangereuse. Toute liberté non civilisée est dangereuse. La liberté qui n'est pas balisée par les règles sociales, c'est la loi de la jungle. Si on pratiquait dans la société des personnes la liberté telle que monsieur Mooney la souhaite dans le domaine économique, que se passerait-il? Les plus forts auraient le droit de prendre ce qu'ils veulent et de tabasser les plus faibles. Les plus costauds pourraient violer femmes et enfants, ce serait au nom de leur liberté.
La loi de la jungle n'est pas plus souhaitable dans le domaine économique que dans le domaine social.
Les entreprises et les agents économiques ont des responsabilités sociales, et c'est le rôle du gouvernement de s'assurer qu'elles soient respectées. Qu'il y ait eu des dictatures de gauche qui ont opprimé des populations, tout le monde le sait. Il y a aussi eu des dictatures de droite. Qu'elles soient de gauche ou de droite, les dictatures sont des monstruosités antidémocratiques. On ne veut pas plus de la dictature des capitalistes que de la dictature des communistes.
Cela dit, entre la loi de la jungle et la dictature, il y a place pour une société plus humaine où les besoins de chacun sont pris en compte et assurés par une réglementation sociale. C'est ce qu'on appelle la civilisation. Oui, la liberté économique est dangereuse et il faut être conscient de ce qu'on dit quand on fait des affirmations simplistes au nom de principes mal compris.
4 avril 2007
Taylor: un pacte avec le diable
Le philosophe Charles Taylor vient de recevoir le prix de la Fondation Templeton. Ce prix de 1 500 000 dollars états-uniens est destiné à récompenser la recherche sur les réalités spirituelles.
Voici comment Richard Dawkins (auteur de The God Delusion richarddawkins.net) décrit le prix de cette fondation en page 19 de son livre: "Une très grosse somme donnée annuellement à quelque scientifique prêt à dire quelque chose de gentil au sujet de la religion." (ma traduction)
Il suffit de visiter le site de la fondation Templeton pour découvrir que tous ses programmes financés par des organismes et des individus richissimes n'ont qu'un seul but: donner un vernis scientifique aux croyances religieuses. La plupart des titres des recherches contiennent le mot "théologie" et on propose même de trouver le rôle de l'évolution dans un monde créé par Dieu. Ou alors de trouver une nouvelle voie entre le darwinisme et le fondamentalisme religieux. Voilà le club dans lequel a été admis le coprésident de la Commission d'études sur les accommodements raisonnables au Québec. N'est-ce pas inquiétant de voir le créationnisme accumuler ainsi du capital symbolique en s'associant à des sommités mondiales?
La science ne peut en aucun cas être soumise à la religion, car elle relève de méthodes précises qui garantissent son objectivité et la remise en question constante par la confrontation aux faits, non aux croyances. Une personne associée à la Fondation Templeton a-t-elle la distance nécessaire pour apprécier cela?
Monsieur Taylor a sans doute attiré la Fondation Templeton par le fait que, par exemple dans son livre Les sources du moi, (Boréal, 1998), il ramène toute morale à l'individualité et à l'exploration des ressources personnelles dont l'épiphanie se réalise dans des oeuvres artistiques. Or, c'est laisser une sorte de vide qui doit être comblé par Dieu puisqu'il n'y a plus de téléologie à l'existence humaine, trou dans lequel s'engouffrent facilement les religieux, alors que la source de la morale doit naître tout simplement du "vivre-ensemble" condition essentielle de l'animal humain et qui justifie alors, les besoins essentiels étant comblés, l'expérience esthétique.
Quoi qu'il en soit, je sais bien qu'il est difficile de refuser une telle somme, mais on ne saurait le faire sans donner de la crédibilité à un courant conservateur de pensée qui, à mon avis, veut faire régresser la pensée humaine. Mais le crypto-déisme de monsieur Taylor, pudiquement appelé "préoccupations spirituelles", semble fort bien s'en accommoder.
28 mars 2007
Élections québécoises: faut-il opposer Montréal et le reste du Québec?
Le résultat des élections du 26 mars dernier doit nous faire réfléchir à cette opposition stérile qui a traversé la campagne: les méchants Montréalais snobs contre les vilains péquenots de la campagne. N'y a-t-il pas place au Québec pour le mode et le lieu de vie qui convient à chacun?
Je le dis en page de bienvenue, c'est Montréal qui m'a permis d'être heureux parce que nulle part au monde je ne me sens mieux. Mais, ça, c'est pour moi. Libre à chacun de trouver que c'est à Rivière-à-Pierre qu'il a le plus la chance de se réaliser.
Nous devrions nous rendre compte de certaines réalités qui sont essentielles à tous les pays:
1. La prospérité des villes centres est essentielle à la prospérité de l'ensemble du pays.
2. Assurer les retombées de l'exploitation des ressources dans les régions qui les produisent est nécessaire à une vie socio-économique harmonieuse.
3. La vie dans les campagnes exige un sens communautaire important, car on peut difficilement ignorer les gens avec qui on partage l'espace.
4. La vie dans les villes permet l'individualisme, mais permet aussi la mise en commun de ressources grâce à la proximité. C'est une question de choix.
5. Ce sont les régions ressources qui fournissent les produits de nécessité pour les villes. Ce sont les villes qui achètent les produits et permettent aux producteurs de les écouler.
6. Les infrastructures des campagnes sont subventionnées par les habitants des villes. Un hôpital coûte plus cher par tête à la campagne qu'en ville, un kilomètre de route coûte plus cher par tête à la campagne qu'en ville.
7. Montréal est aussi une région, qui a besoin qu'on la reconnaisse.
8. Il est possible de s'épanouir à la campagne, mais il y est plus difficile de rencontrer les décideurs qui ont tendance à se concentrer dans les centres urbains. Avec les moyens de communication actuels, c'est un peu moins vrai, et plusieurs décideurs s'éparpillent.
Cela étant dit et constaté, nous devrions reconnaître la nécessité de la santé économique, culturelle, mais surtout sociale tant des campagnes que des villes et que loin de s'opposer ces deux objectifs convergent.
Par ailleurs, en quoi les querelles de clocher sont-elles une bonne façon de choisir un parti aux élections? Sans doute notre mode de scrutin où l'on vote pour des candidats par circonscription, où ce sont les sièges qui déterminent la prédominance des partis plutôt que l'appui populaire général, favorise-t-il ces querelles.
Voilà de quoi réfléchir en attendant les prochaines élections et en espérant une forme de proportionnelle. Mais, il ne faudra pas se contenter de réfléchir, nous devons nous parler plutôt que de nous crier des insultes comme le font si ardemment les gérants d'estrade qui encombrent nos radios.
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