Francis Lagacé

LE BILLET DE FRANCIS LAGACÉ




Environ une fois par mois, plus quand ça me chante, moins quand je pars en vacances, je propose une réflexion sur un sujet politique, social, philosophique ou culturel.

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14 février 2026

Bonté et beauté : œuvres de résistance


Le monde actuel est cruel et sans empathie. Le fascisme croît partout et, plutôt que de s’attacher à en défaire les prémisses, on n’a rien de plus pressé que de s’en prendre aux personnes migrantes, lesquelles ne sont pour rien dans l’avidité des propriétaires de logement, la gestion mercantile du système de santé ou l’augmentation faramineuse du coût des aliments.

Outre les nécessaires prises de position politique, toutes les façons d’entrer en résistance seront les bienvenues dans ce monde qui se déshumanise. Iels sont de plus en plus nombreuses et nombreux à se dire que cultiver la bonté et la beauté autour de soi constitue un moyen de s’opposer au triomphe du technocapitalisme.

Et, en cela, je m’inspire de l’exemple de mon amoureux, éternel diffuseur de l’amabilité et de la douceur, en cherchant à répandre dans mon entourage l’aménité qui fait tant défaut dans les rapports humains devenus mécaniques.

Éclairer la beauté partout où on lui fait de l’ombre, la créer au besoin, n’est-ce pas une active façon de retrouver notre humanité ? De renouer avec cette touche d’idéalisme léguée par d’anciens Grecs qui voyaient la vraie beauté dans la bonté ?





13 janvier 2026

La polarisation en question 2


Comme vous le savez, je publie rarement des textes qui ne sont pas de moi, mais je vous propose ici de lire la réflexion que m’a soumise Annie Gauvin, conseillère en gestion éthique, à la suite de la publication de mon billet du 30 septembre 2025, La polarisation en question.

Voici ce qu’elle nous dit :

« Le mot « polarisation », tel qu’il circule aujourd’hui, fonctionne comme un anesthésiant critique. Il transforme un rapport asymétrique — entre des projets fondés sur l’exclusion et la violence, et le refus de cette violence — en un conflit d’opinions équivalentes. Ce déplacement est décisif : il ne neutralise pas la haine, il neutralise la résistance.

Car nommer le racisme, la misogynie ou l’homophobie comme des lignes infranchissables devient soudain un signe de rigidité, voire d’extrémisme. Le problème n’est plus ce qui est dit ou proposé, mais le fait de refuser d’en débattre calmement. On ne remet plus en cause le contenu, on disqualifie.

L’injonction au débat joue ici un rôle central notamment quant aux violences symboliques et aux luttes de pouvoir. Elle suppose que tout soit discutable, y compris ce qui nie la dignité humaine et les fondements de la vie en société. Or certaines idées sont des dispositifs de domination. Les traiter comme de simples opinions, c’est déjà leur accorder une légitimité qu’elles n’ont pas.

Présenter les rapports entre les humains comme un « objet » de débat parmi d’autres est peut-être le glissement le plus grave vers des asymétries inacceptables. Ils constituent pourtant la base à partir de laquelle une société peut assurer son existence. Chercher un compromis avec leur négation n’est pas une posture de nuance, c’est une abdication, voire un renoncement à notre humanité.

Ainsi, parler de polarisation sans interroger ce déplacement du cadre revient à adopter, souvent sans s’en rendre compte, le terrain imposé par l’extrême droite. Ce n’est pas la société qui se radicalise de manière symétrique, c’est le centre de gravité du débat public qui se déplace, lentement mais sûrement, vers la droite, entraînant le centre avec lui.

Nommer ce processus n’est pas attiser les tensions. C’est refuser que la banalisation de l’inacceptable se fasse sous couvert de modération. Et rappeler que la clarté morale, en certains points, n’est pas un luxe idéologique, mais une responsabilité collective. »

Annie Gauvin





4 janvier 2026

Chanter son malheur


L’autre jour, j’ai entendu à la télévision une vedette de chez nous parler de l’avantage de chanter. Je ne la nommerai pas, car je ne veux pas lui faire de publicité ni négative ni positive. Elle déclarait du haut de sa science : « Il n’est pas possible de chanter et d’être malheureux en même temps. »

Comment peut-on méconnaître à ce point l’âme humaine ? Vous ne connaissez personne qui exprime son malheur en chantant ?

Pendant toute mon enfance et toute mon adolescence, j’ai chanté mon malheur à tue-tête. À la fin de l’exercice, j’étais épuisé. Cet épuisement me distrayait de mon malheur, mais pendant que je chantais, j’étais malheureux autant qu’il est possible de l’être.

Que fait-on des chants de deuil ? Que fait-on des chansons de peine d’amour ? Que fait-on du blues ? De l’opéra, où les sentiments sont exacerbés ? Du bel canto, où quand on est heureux, on est le plus au monde, et quand on est malheureux, on l’est plus que quiconque ?

Bien sûr qu’il est possible de chanter et d’être malheureux en même temps. C’est même pour ça que chanter fait du bien. Croire que les deux ne peuvent coexister, ce serait prétendre qu’un remède n’est efficace que si l’on n’est pas malade.




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